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Les Auvergnats de Paris

Réflexions sur les migrations des ouvriers et artisans originaires du Massif Central


mardi 1er mai 2001, par Jean Monange †

A partir du XIX° siècle, avec le développement de l’industrie, l’horizon de nos ancêtres ne se limite plus à l’espace du village ou du « pays ». Pour des raisons diverses, les migrations se font plus nombreuses. Jean Monange nous livre ses réflexions sur le sujet.




Colonisation parisienne

Dès la fin du XVIIe siècle les migrants du Massif Central avaient colonisé Paris. Ils brillaient dans tous les travaux durs et fatigants que les parisiens boudaient. L’eau courante n’existait pas encore et les parisiens consommaient de plus en plus d’eau : les « Auvergnats » porteurs d’eau leur amenèrent à domicile. Ils existe deux catégories de porteur d’eau la plus favorisée possède une tonne de 800 à 1200 litres montée sur roues et attelée à un cheval, l’autre la plus humble et la plus nombreuse se contente de deux seaux d’une douzaine de litres qu’ils portent sur l’épaule à l’aide d’un joug. Les premiers disposent d’une fontaine spéciale qui leur est réservée moyennant finances.

Les seconds doivent aller à la fontaine publique prendre la queue pour remplir leur seaux avant de les monter à l’étage des clients pour trois sous le voyage, plus les étrennes à la Noël (car la clientèle est fidèle, l’Auvergnat" sachant avec un abord agréable et courtois capter sa clientèle). Mais à la suite des travaux du baron Haussmann les eaux de la Vanne et de la Dhuys arrivent dans tout Paris et desservent les étages.


De porteur d’eau à Charbougnat

Mais rien n’arrête l’imagination Auvergnate. Les riches aspirent à se laver davantage mais n’ont pas les installations nécessaires, les anciens porteurs d’eau vont leur en emmener de la chaude. Marcelin Cazes, futur propriétaire de la brasserie Lipp, exerça, à ses débuts parisiens, cette activité. Le livreur venait avec une charrette transportant la baignoire et des seaux d’eau chaude. Arrivé devant le domicile du client il montait successivement la baignoire, l’eau chaude, puis de l’eau froide qu’il allait chercher au robinet de la cour (il faut supposer qu’à l’époque antérieure il apportait également l’eau froide !). Il n’avait pas le droit de rester dans l’appartement pendant que le client (qui était le plus souvent une cliente) prenait son bain, aussi il se reposait sur le palier. Ensuite il ne lui restait plus qu’à aller vider l’eau sale dans la cour et à recharger sa charrette. Tout cela devait s’accomplir sans renverser une goutte d’eau, sous peine de perdre son pourboire.

La profession de porteur d’eau froide ou chaude périclitant les Auvergnants vont se reconvertir dans le charbon.

Les marchands de charbon auvergnats seront bientôt connus sous le nom de « bougnats » (sans doute l’abréviation de charbougnat, charbonnier, avec le prétendu accent que leur prêtent les Parisiens. L’origine de l’alliance si durable entre l’Auvergnat et le charbon est peut-être la vente à Paris du charbon de Brassac. Il y avait également, parmi les petits métiers de la rue, des marchands de bois (les ligots) ambulants qui vont se fixer et vendre tous les combustibles. Mais surtout le charbon permet la reconversion progressive des porteurs d’eau dont la vente baissait en hiver alors que précisément celle du charbon augmentait. A la différence du porteur d’eau, le charbonnier avait une petite boutique. C’est le début de l’ascension commerciale avec ses difficultés, ses risques mais aussi ses chances. Pendant toute l’époque de transition, beaucoup d’Auvergnats seront en même temps allumeurs de réverbères, ce qui leur prendra une heure par jour et leur assurera un petit fixe. Mais déjà ils regarderont du côté d’une autre activité de vente, celle du vin. Ils vont alors soit l’adjoindre à leur commerce de charbon, soit s’y consacrer entièrement. Les bases de la future activité principale des Auvergnats de Paris sont déjà jetées. Les porteurs d’eau, devenus charbonniers et marchands de vin, viennent d ’un pays rude ou une paysannerie garde des moeurs austères sous la direction de son clergé.

Ils ne viennent pas à Paris par hasard mais avec un dessein bien précis : par un travail acharné et méthodique, ils vont rapporter au pays une somme substantielle. Ainsi se constitue le milieu d’accueil, le jeune émigrant trouvera désormais à Paris des compatriotes et souvent des parents qui lui procureront vivres, couvert, et surtout renseignements et travail.

Un parcours typique de bougnat

Jean Codi est né en 1801 à Recoules hameau de la commune d’Oradour du Cantal. Il a épousé Jeanne Puechmaille de vingt-cinq ans sa cadette, originaire de Neyrac dans l’Aveyron. Le couple monte à Paris et devient marchand de charbon 18 chaussée du Maine dans le quartier de Vaugirard.

En 1858 naît Jules-Pierre leur fils. Il deviendra garçon de café, « employé de commerce » pour l’état-civil (cela fait mieux, les garçons de café n’ont pas encore, à cette époque, acquit leurs quartiers de noblesse). Sa mère Jeanne est, elle, marchande de quatre saisons ambulante. En 1880 il épouse, premier signe d’intégration, une parisienne Henriette Reynier. A la naissance de leur premier enfant en 1882 ils deviennent « cours des halles » c’est à dire fruitiers, rue de la Grande Truanderie dans le quartier des Halles. Ils ont transformé le commerce ambulant de la mère en boutique bien placée au coeur des arrivages. Les affaires marchant bien ils achètent un commerce de marchand de vin au 43 rue des Petits Champs près du Palais Royal puis un superbe Café Marchand de Vin « A la Joconde » 273 rue des Pyrénées, dans le XXe populeux. En effet une superbe Joconde, comme au Louvre trône au fond du café. Paul Pierre Fualdes natif de Saint-Santin de l’Aveyron, qui est un des garçons du café, et qui porte beau ses vingt-deux printemps séduit la fille de la maison, Jeanne-Elisa et l’épouse. Peu après il part sans laisser d’adresse, il ne succédera pas à ses beaux-parents. Jules Pierre Codi est devenu une personnalité du monde des cafetiers, très écouté il devient Président du Syndicat des marchands de vins. Le Syndicat est puissant et riche fort de ses nombreux adhérents.

Jules Pierre occupe un appartement de fonction au siège du syndicat Rue de Sévigné dans le IVe. Malheureusement, il était sourd et n’entendra pas la voiture qui l’écrasera en 1933. Il fut enterré dans un caveau du Père Lachaise avec tous les honneurs dus à son rang. Il faut dire qu’il était Franc Maçon et avait fondé la loge « Clarté ». Henriette son épouse décédera à 83 ans en 1942 à son domicile de la rue de Sévigné. Le parcours de la famille Codi est bien typique de la réussite sociale des « Bougnats ». 

P.-S.

Merci au Syndicat des Cochers-Chauffeurs de Taxi, au service culturel de la mairie de Meymac, à Monsieur Curlier archiviste de la mairie d’Arbois, à Jean Fualdes, à Pierre Vaux fabricant de parapluies à Saint-Claude, à Marie Louise Monanges épouse de cordonnier marchand de parapluie à Quingey et aux auteurs des ouvrages suivants qui m’ont permit d’écrire cet article :
- Marc Prival, Les migrants de travail d’Auvergne et du Limousin au XXe siècle, IEMC Clermont-Ferrand 1979.
- Roger Girard, Quand les Auvergnats partaient conquérir Paris, Fayard 1980.
- Jean-Claude Roc & Huguette Pagès, Migrants de Haute-Auvergne, Watel 1994.
- François-Paul Raynal, Les Auvergnats de Paris, Revue L’Auvergne, littéraire, artistique & historique N° 86 1936.
- Marc Prival & Madeleine Jaffeux, Artisans & Métiers d’Auvergne, Société d’Ethnographie du Limousin Bulletin 56/58 1975.
- Abel Poitrineau, Remues d’hommes, les migrations montagnardes en France au 17è/ 18è siècles, Aubier/ Collection historique 1983.
- Jean Anglade, La vie quotidienne dans le Massif Central au XIXe siècle, Hachette 1971.
- Hebdomadaire « L’Auvergnat de Paris ».

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12 Messages de forum

  • > Les Auvergnats de Paris

    13 octobre 2006 07:41, par Quesnel Hervé

    Il est dommage qu’une fois de plus il y ait confusion entre Auvergnats et habitants du Massif central qui majoritairement ne sont pas auvergnats. Ce fut d’ailleurs à un moment de son histoire, une cause de division au sein même de la publication « L’Auvergnat de Paris ».
    Hervé Quesnel

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    • > Les Auvergnats de Paris 26 octobre 2006 11:24, par L’auteur

      Comme certains disent frigidaire pour réfrigérateur voire frigo, scheppes pour soda à l’orange amère, le « parisien vulgaris » a décrété une fois pour toute que tous les « bougnats » étaient auvergnats bien qu’ils fussent pour la plupart aveyronnais.

      Mais l’Aveyron, le Cantal et même la Corrèze sont pour le vulgaris peccum Auvergnats avant tout et tous issus du même Massif Central. Georges Brassens, qui ne maniait pas si mal la langue française, n’a t-il pas chanté « L’Auvergnat » en hommage au Marcel époux de la Jeanne (à la cane) tout en sachant qu’il était corrézien : « Et n’en déplaise aux autochtones ».

      Disons pour finir que l’auvergnat que je suis devenu en m’établissant dans le Puy de Dôme n’a pas renié tout à fait le parisien que je fus durant mes cinquante premières années.

      Voir en ligne : Mon site

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      • > Les Auvergnats de Paris 31 janvier 2007 19:40, par Quesnel hervé

        Bof, je ne vois pas en quoi votre vie personnelle est une réponse à mes affirmations. Et puis, ce n’est pas parce que une majorité de personnes dit une chose que la chose est vraie ; la majorité n’a pas raison simplement parce qu’elle est majorité. Il y a partout des Galilée que l’on aimerait voir au bûcher. Évidemment, et de plus, un seul avis peut tout autant donner tort. Ainsi, tout argument d’ordre personnel, tout argument approximatif ou sans preuve est suspicieux et écarte son émetteur.
        Ce que je dis le l’Auvergne historique est attestée. Ce que je dis du Velay aussi. Ce n’est pas mon invention, mais des faits accumulés pendant au moins deux miles ans.
        Ce que je me demande, c’est pourquoi on a éprouvé le besoin de changer les identités, à qui et à quoi cela sert-il ? Pourquoi est-il valable de se dire Auvergnat en Bourbonnais ou en Velay alors que se dire Vellave ou Bourbonnais vous ferez voir pour un homme du passé, au mieux, pour un réactionnaire antérévolutionnaire, un antirépublicain et le reste au pire.
        Les projets de la Région administrative Auvergne sont connus depuis longtemps et le changement de gouvernance n’y fait pas grand chose : développer Clermont-Ferrand pour en faire une métropole importante, arriver à 600 000 habitants (la Région en compte 1200 000. Cela ne peut se faire qu’au détriment du reste de la région y compris le Cantal, parfaitement auvergnat quant à lui.
        L’auvergnatisation est une entreprise de réidentification dont le but est de faire accepter ce mouvement centralisateur comme on accepte des sacrifices dans une famille. Un exemple entre mile : la CCI d’Auvergne se présente en introduction comme exerçant sur un territoire antique (Vercingérotix), ne parle que de l’histoire auvergnate proprement dite et occulte complètement l’histoire des autres composantes de la Région qui montreraient qu’il n’y a pas de légitimité historique à cette région. Qui lui demande de présenter une histoire réidentifiante ? En quoi serait-il si gênant de parler du reste ? C’est une manipulation et celui qui s’y prête est un manipulateur ; celui qui se contente d’écouter, de ne pas vérifier, de ne pas se poser de question est de l’espèce nombreuse de ces gens qui laissent tout dire et tout faire. Dans d’autres circonstances comparables (mais pas identiques, soyons d’accord) celui qui collabore à cette transformation et empêche la contradiction (c’est bien ici l’un des rares cas d’expression [merci de me le permettre]) est donc un collaborateur. Qui ne sait résister aux petites choses, comment résistera-t-il aux plus fortes ?
        Bon, voilà une ouverture pour tenter de comprendre les choses. Il y aurait encore à dire.
        À une autre fois, peut-être.

        Voir en ligne : > Les Auvergnats de Paris

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    • > Les Auvergnats de Paris 28 mai 2009 13:39, par mat75

      On appelle bien Parisiens les banlieusards de proches jusqu’en loitaine banlieue, il n’y a pas de quoi s’offusquer…

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  • > Les Auvergnats de Paris

    13 février 2007 09:42, par faye bernard

    Je cherche les coordonnés de Jean Anglade, et de Jean pierre D« Amico alias »Santiana" pour m’aider à écrire un livre. Merçi !

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    • > Les Auvergnats de Paris 24 mai 2007 00:21

      Je suis J-P d’Amico si vous voulez mes coordonnées, laissez- moi votre adresse e-mail sur ce site de manière à ce que nous puissions communiquer à l’avenir.
      Cordialement.

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      • > Les Auvergnats de Paris 15 mai 16:10, par mikaella

        Bonjour,
        Je suis surtout intéressée par votre nom : D’AMICO.
        C’est le nom de jeune fille de ma mère dont les parents et grand-parents sont nés dans la région de Rome.
        Avez-vous fait la généalogie de votre nom.
        J’ai toujours désiré la faire, après avoir fait celle du côté de mon père.
        Si vous voulez savoir qui je suis, et répondre à ce message en me laissant un mail, regardez toute mon histoire … terrible !!! sur mon blog : http:justicemichele.centerblog.net
        Ravie d’avoir fait votre connaissance.
        Michèle.

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    • > Les Auvergnats de Paris 22 novembre 2007 14:18

      Je ne sais pas de quand date votre message sur lequel je suis tombée par hasard . Si vous êtes toujours intéressé par mon père Jean Anglade, prenez contact avec moi et je vous donnerai son numéro de téléphone .
      Hélène Anglade
      michellehelene.anglade@orange .fr

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  • Les Auvergnats de Paris

    14 août 2008 15:20, par Le petit fils d’un Lozèrien de Paris ( Boussugue )

    où peut-on trouver l’hebdomadaire : L’Auvergnat de Paris
    d’avance merci et bravo pour l’article « les auvergnats de Paris »
    au plaisir.

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    • Les Auvergnats de Paris 21 août 2008 18:50, par J-M Thomas

      Bonjour,

      L’Auvergnat de Paris n’existe plus dans sa forme ancienne.
      il s’appelle maintenat CHR et ne donneplus de nouvelles des petits villages des département du massif central et encore moins des nouvelles des amicales.
      Si jepuis vous aider n’hesitez pas a me recontacter
      J-M Thomas
      Président de combrailles et Artense

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  • Les Auvergnats de Paris

    8 juin 2009 21:27, par Michèle Cé

    Bonjour, je suis en train de rassembler des témoignages concernant la vie quotidienne à Paris dans les années 50. Je souhaiterais être mise en contact avec des Auvergnats de Paris, filles ou fils de bougnats, alors âgés d’une vingtaine d’années (ils ont probablement entre 70 et 80 ans aujourd’hui) . En connaissez vous ? Pourriez vous m’aider à les contacter ? En vous remerciant de votre coopération.

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  • Bonjour,
    Descendante de bougnats originaires de Saint-Urcize (Cantal), Recoules-d’Aubrac et La Canourgue (Lozère), je cherche à localiser les commerces de mes ancêtres dans mon quartier (17e-18e arrondissements) dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
    Je possède des adresses grâce à l’Etat civil, mais pas celles de leurs commerces… quelles sources pourraient me permettre de les localiser, puis d’en retrouver idéalement des photographies ?
    Les patronymes concernés sont NICOLAS, SEGUIN et COSTERASTE (parfois orthographié COSTEROSTE ou COSTORASTE).
    Je vous remercie par avance très chaleureusement. Merci de me répondre par email.

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