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Le dossier de Guillaume Benjamin Howell pour son départ en Algérie en 1852

Une famille s’unit pour préparer ce départ.


jeudi 22 octobre 2009, par Jean-Pierre Bernard

La situation politique et économique était désastreuse. On avait besoin de gens en Algérie, et des colonies agricoles se créaient un peu partout. Guillaume Benjamin HOWELL, lassé de son sort en Alsace, voulut se construire un nouveau destin en Algérie. Avec l’aide de sa nombreuse famille, il réunit les pièces de son dossier.


5 documents conservés aux Archives nous font un peu revivre le parcours de HOWELL :

- Sa lettre au Préfet, du 22 juin 1852,
- Un acte de notoriété,
- Un certificat médical,
- Son admissibilité comme colon agricole en Algérie,
- Une correspondance du Maire de Schirrhein au Préfet.

Le village de Schirrhein, en Alsace, dans le département du Bas-Rhin, est situé à l’est de Haguenau, entre Bischwiller et Soufflenheim.

Guillaume Benjamin HOWELL s’est installé là, après une carrière dans les douanes, pour y pratiquer l’agriculture. Il est à la tête d’une nombreuse famille : 7 enfants, une belle-fille et deux petits-enfants, soit 12 personnes.

Après sans doute avoir réfléchi et hésité, il se décide à écrire au Préfet :

Lettre du sieur HOWELL au Préfet du Bas-Rhin, du 22 juin 1852

HOWEL Guillaume Benjamin, laboureur, domicilié à Schirrhein, 60 ans, ancien proposé des Douanes en retraite, ancien cantonnier des routes de l’Algérie, marié, une « bruhe » (bru), 7 enfants et 2 petits-enfants.

« … malgré ses efforts pour l’agriculture, et par suite de la non réussite des récoltes et du manque de travail depuis plusieurs années, ne pouvant plus suffire à l’entretien de sa nombreuse famille,… ainsi que sa fortune se réduit à la modique évaluation de 1060 francs… veut aller en Algérie. »

Au bas de la lettre : « certificat de bonne conduite signé du Maire le même jour. »

Cette lettre de demande nous apprend que Howell était déjà allé en Algérie, et qu’il y avait travaillé comme cantonnier. On ne sait pas s’il y avait séjourné jeune et célibataire, ou bien avec son épouse et une partie de sa famille. On y apprend que sa situation n’est pas des plus brillantes, et qu’il a bien du mal à nourrir toute sa maisonnée.

Acte de notoriété du 22/6/1852, établi par le Juge de Paix de Bischwiller (Jean Bertrand)

Il fallait obligatoirement, pour être admis dans les Colonies agricoles, posséder une somme qui changea selon les époques. Pour constater la possession de cette « fortune », Howell va trouver le Juge de Paix du canton.

"Concernant HOWEL Guillaume Benjamin. Témoins :
- 1° BADER M…, journalier, 30 ans,
- 2° SCHERER Antoine, bûcheron, 35 ans,
- 3° MUHLHAUSSER Antoine, bûcheron, 36 ans,
- 4° MARCHAND Joseph, pensionnaire de l’état, 69 ans.

Fortune de Guillaume Benjamin HOWELL :

- 1° En linge de literie, le tout presque neuf, est préparé pour les trois grandes filles, y compris plusieurs autres meubles, pour une somme de 300 francs.

- 2° Les trois filles, sortant de condition de domestique, enverront à leur père une somme de quatre cent francs, provenant de leurs gages économisés : 400 francs.

- 3° Enfin que le fils Georges versera une somme de deux cent francs, en partie en numéraire, en partie en objets à emporter, commodités ou ustensiles nécessaires : 200 francs. Ensemble : 900 francs.

- Que de plus, le père jouit d’une pension des Douanes de cent soixante francs par an : 160 francs.

Soit au total : 1.060 francs.

Certifie que toutes ces valeurs sont francs et libres d’engagement quelconque" (suivent les signatures).

HOWEL n’est pas bien riche ! Il semble qu’il n’ait guère comme revenus que sa pension d’ancien douanier. Il n’est pas précisé qu’il est propriétaire d’une maison, ni qu’il possède des terres.

Ses trois grandes filles sacrifient leurs trousseaux pour ajouter à la somme, et lui donnent encore 400 francs, économisés sur leurs salaires.
Georges, le fils (probablement journalier), propose une somme en argent comptant, et les « objets à emporter » (sans doute un soc, et d’autres instruments aratoires).

Mais 1060 francs était presque un minimum. Le Juge de Paix s’étant renseigné, il reçut une lettre du Préfet, le 5 juillet 1852, précisant que la somme demandée ne pouvait être inférieure à 1000 francs. Et le Préfet précise :

« Le but de l’adoption de cette mesure, est d’alléger le budget des dépenses afférentes à la colonisation et de permettre de supprimer les subventions accordées par l’État, pendant la première année, aux colons arrivés en Algérie. Il importe donc, dans l’intérêt même des cultivateurs, de n’admettre que ceux pourvus de quelques ressources. »

Certificat médical du médecin cantonal, du 22 juin 1852

Constatant la bonne santé de :

HOWEL Guillaume Benjamin Ancien douanier en retraite, ancien cantonnier de l’Algérie, laboureur 60 ans père et chef de famille
WAGNER Catherine sa femme 54 ans
HOWEL Jeanne Madeleine célibataire 29 ans
HOWEL Antoinette célibataire 27 ans
HOWEL Madeleine célibataire 20 ans
HOWEL Charles célibataire 21 ans (classe de 1850 -N°248 - Libéré)
HOWEL Gertrude célibataire 15 ans
HOWEL Joséphine célibataire 12 ans
HOWEL Georges marié 34 ans
WEININGER Salomé mariée 27 ans (épouse de Georges)
HOWEL Justine célibataire 4 ans (fille de Georges)
HOWEL Antoine célibataire 2 ans (fils de Georges)

Ce certificat nous est précieux, pour connaître la composition de cette nombreuse famille. Tous y figurent, c’est donc bien que Guillaume Benjamin pense partir avec toute sa « tribu ».

Presque deux mois se passent, dans l’attente de la réponse de la Préfecture, positive, ils l’espèrent, pour rejoindre en Algérie une Colonie agricole. Qu’ont-ils pensé durant ce temps ? Les conversations à la maison devaient sans cesse revenir sur ce départ espéré, cette sorte « d’Eldorado » promis pour s’y faire vraiment une vie meilleure !

Document du Conseil de Préfecture, du 19 août 1852

« Admissibilité à titre de colons dans les Colonies agricoles de l’Algérie pour » :

HOWEL Guillaume Benjamin Laboureur Ancien préposé des Douanes - Ancien cantonnier en Algérie

(suivent quatre autres familles).

Chez les HOWEL, soulagement… l’admission est là ! Il ne manquera plus que l’aval du Ministre de la Guerre, qui décide en dernier ressort, et qui leur délivrera l’autorisation de passage gratuit, sur un bateau de l’État.

Le Préfet leur accordera certainement les « secours de route », pour cette nombreuse famille, somme destinée à payer les frais de traversée de la France jusqu’au port d’embarquement.

En principe, le Ministère de la Guerre demandait aux colons agricoles, pour éviter les grosses chaleurs, de repousser leur départ plus tard dans l’année.

On ne sait rien de plus… jusqu’à un cinquième document !!

Mot du Maire de Schirrhein au Préfet, du 27/12/1852

Qui fait connaître que les sieurs :

… (4 noms)

- 5° HOWEL Guillaume Benjamin, de Schirrhein, est décédé le 20 novembre 1852. …

Catastrophe dans la famille ! Tous les espoirs de vie meilleure réduits à zéro, et plus de père à la tête de la famille.

Guillaume Benjamin HOWEL et sa famille n’iront pas en Algérie !

Les dossiers de départ pour la commune de Schirrhein

La famille HOWELL n’était pas la seule à vouloir partir en Algérie. D’autres familles préparèrent aussi leurs dossiers, identiques à celui-ci.

Voici un tableau récapitulatif succinct :

SCHNEIDER Michel Cordonnier et laboureur Refusé pour mauvaise conduite et faux certificats
MOSSER Nicolas Laboureur 1.150 francs Admis
MARTIN Philippe Jacques Laboureur 1.100 francs Admis
SCHOTT Ignace Laboureur - Avec un domestique : GENTNER Nicolas 1.600 francs Admis
HEISSEREN André Scieur et long et charpentier 1.315 francs Admis

Et aussi deux domestiques, dont l’un est nommé ZINCK, le patronyme du second étant illisible.

Sur les familles citées ci-dessus, aucune n’est partie. En effet, sur le document n°5, lettre du Maire au Préfet, l’informant que HOWEL est décédé, figure la mention suivante :

« Les sieurs MARTIN Philippe Jacques, MOSSER Nicolas, HEISSEREN André, et SCHOTT Ignace, viennent me déclarer d’avoir abandonné l’intention d’aller habiter l’Algérie. »

Tous restèrent donc au village de Schirrhein.

Sources :

- ADBR, Strasbourg - Série III M - Emigration - Dossiers individuels par villages.

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16 Messages de forum

  • Je suis très intéressé par votre travail, car ma famille Maternelle Heinis, de Mornach (Haut Rhin) a aussi émigré en Algérie vers la même époque.

    Bravo en tous cas pour votre travail

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  • Le dossier de Guillaume Benjamin Howell pour son départ en Algérie en 1852

    24 octobre 2009 08:20, par Simone Bouchara kerlann

    cet article est fort intêressant.je suis née en Algérie et certains de mes ancêtres sont Lorrains, Alsaciens ou Vosgiens. Où peut-on trouver de tels documents ? simone.bouchara@wanadoo.fr

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  • Le dossier de Guillaume Benjamin Howell pour son départ en Algérie en 1852

    24 octobre 2009 13:54, par Félix Clément MILLET

    Bonjour, tres interesse par cet article et concerné au meme titre puisque mon grand pere a fait partie de ces emigrés vers l’ algerie. Actuellement je poursuis mes recherches généalogiques autour de 70, CHAMPAGNEY, principalement sur « Eboulet », lieu dit aujourd’ hui oublié, ou mes grands parents exploitaient leurs terres.Tandis qu’ ils quittaient la france, seules deux soeurs restaient au pays. La se termine l’ episode et commence pour moi de nouvelles recherches sur ces personnes restées en metropole et sur les conditions de leur départ. Merci d’ avance aux personnes capables de m’ aider et de me renseigner Félix Clement MILLET. contact : felix-clement-millet@orange.fr

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  • Très intéressant. J’ai le frère de mon grand-père, tous les deux Joseph GROUILLER,né à NOAILLY (Loire)autour des années 1860,qui a aussi émigré en Algérie comme colon agricole faute de travail dans la Loire. Merci pour votre documentation.

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  • ceci est très intéressant pour retracer le parcours d’une famille que l’on sait partie dans les colonies.Mais où trouve t-on les différents éléments (ces lettres que vous citez,les secours de route…) et est-ce la même chose concernant les familles qui sont parties vers le Maroc vers le début du 20è siècle ?

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    • Bonsoir,
      Merci pour votre visite et votre commentaire.
      Vous trouverez beaucoup de documents dans les séries des Archives départementales, en particulier dans la Série III M.
      A Strasbourg, les éléments sont classés par villages, ce qui facilite la recherche lorsqu’on connaît le lieu d’origine des gens concernés.
      Il existe aussi d’autres archives, d’autres séries, et certains sites « pieds-noirs » vous livreront des expériences vécues.
      Pour le Maroc, ce n’est pas la même chose. L’émigration en Algérie était orchestrée en grande partie par l’Etat, vers ce pays dont on a fait des départements.
      Le Maroc était un Protectorat, et l’implantation française y fut bien moindre et bien moins longue.
      En espérant vous avoir donné quelques bribes de réponses.
      Moralité, il faut chercher, chercher encore un peu partout.
      Cordialement.
      Jean-Pierre BERNARD.

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  • Votre article est très intéressant.

    Je suis moi-même descendant d’une famille BURY du Haut-Rhin, Hésingue et Villageneuf,partie en Algérie en 1854 ; depuis des années, je cherche à connaitre les raisons et les conditions de départ de mon ancêtre avec sa famille, sans doute sept personnes.

    Comment et où chercher les renseignements sur cet évènement ? Merci de bien vouloir m’éclairer.
    Robert BURY

    Répondre à ce message

    • Bonsoir,
      Merci d’avoir bien voulu lire mon article et pour votre commentaire.
      S’agit-il de : Jean BURY, né en 1807 à Huningue, qui épouse à Village-Neuf en 1847, Thérèse HERTZOG (née en 1817) ?
      Ils sont partis en Algérie vers la date que vous indiquez, avec au moins 3 fils (nés à Village-Neuf, et qui se marieront tous à Détrie, commune de Sidi-Lhassen, Sidi bel Abbès, province d’Oran :
      - Jean, qui épouse Catherine BONI,
      - Simon, qui épouse Clémence Louise NERON,
      - Georges Etienne, qui épouse Madeleine GUTH,
      Un quatrième fils, Augustin, naîtra à Détrie, en 1862, et y décèdera en bas-âge.
      S’il s’agit de cette famille, connectez-vous sur Geneanet, et, sous identifiant « lepope », vous trouverez des renseignements les concernant.
      Pour vos recherches, vous trouverez aux Archives départementales du Haut-Rhin, à Colmar (à la Cité Administrative) beaucoup de documents concernant cette émigration, particulièrement dans la série III M.
      Je m’y rend souvent, et le personnel, vous verrez, y est sympathique.
      Vous pouvez aussi consulter un blog spécialisé à l’adresse suivante :
      http://emigrationalgerie.centerblog.net/

      Cordialement.
      Jean-Pierre BERNARD.

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  • J’ai été très émue par votre dossier, dasn ma famille, j’ai deux branches qui sont parties en Algérie l’une de Meurthe et Moselle et l’autre de Savoie, comment dois-je procéder pour retrouver ces deocuments ? s.assier@wanadoo.fr

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    • Bonjour,
      Merci pour avoir lu cet article et pour votre commentaire.
      Je pense que la première démarche à faire est de faire une visite aux Archives départementales de ces départements, et consulter les séries III M, émigration.
      Le site IREL du CAOM vous aidera ensuite pour les actes.
      N’oubliez pas non plus de faire parler les « anciens » de votre famille… ils en savent souvent assez pour vous aider et vous donner des pistes.
      Bonnes et fructueuses recherches.
      J.P.BERNARD.

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