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Les Poilus et le pigeon voyageur dans la Grande Guerre : À Fromeréville III - 14e épisode


jeudi 26 avril 2012, par Dominique Schutz, Michel Guironnet

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- Pour lire les épisodes précédents

« ...Chaque jour, les cyclistes ou les motocyclistes des régiments qui montent en ligne viennent en effet au colombier chercher les petites cages d’osier renfermant les pigeons de service et qu’ils emportent fixés sur leurs épaules... »} [1]

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Voiture de colombophiles
La photo est,dans l’album, datée de « Froméreville le 20 avril 1916 » mais sur la photo elle même, il semble bien être indiqué « 20/5/1916 »

Sur cette photo, un sapeur colombophile [2] est occupé à préparer le panier pour le pigeon voyageur. A côté de lui, à droite, un autre militaire (un cycliste ?) emporte un panier fermé sur lequel on voit bien le petit sac et le « portefeuille » pour les dépêches.

Sachant que la 34e compagnie d’aérostiers stationne également à Fromeréville, peut être ces paniers vont ils être embarqués à bord des ballons ? Où plus simplement sont ils destinés aux troupes en première ligne pour assurer la liaison avec le Poste de Commandement basé ici.

Pour commander, il faut être renseigné. Mais le renseignement coûte souvent fort cher et les sacrifices consentis sont faits en pure perte s’il ne parvient pas ou parvient trop tard.

Cela explique le souci qu’apporte le commandement dans l’organisation des services de liaison et dans la mise au point des moyens de transmission.

On sait d’autre part que, dans la bataille moderne, l’activité de l’artillerie ennemie et la mauvaise visibilité rendent insuffisants la plupart des moyens employés pour assurer une liaison étroite du commandement avec les unités combattantes et font parfois défaut aux moments les plus critiques.

Les lignes téléphoniques sont généralement rompues dans la zone des attaques ; l’intensité de la circulation sur les routes et la réglementation qu’elle impose ralentissent considérablement la transmission des renseignements ; les signaux optiques obscurcis par la fumée et la poussière, demeurent souvent inefficaces ; enfin, les observations aériennes, dans de nombreuses circonstances défavorables dues au mauvais temps, ou à l’éloignement des objectifs, ne renseignent pas toujours le commandement d’une façon suffisamment précise sur la marche du combat.

Seuls, les pigeons voyageurs fonctionnent régulièrement malgré le bombardement, la poussière, la fumée ou la brume, et apportent, dans un délai relativement court, des précisions sur la situation des troupes engagées.

Grâce à eux, le commandement est toujours exactement informé et reçoit à temps les appréciations et les demandes des exécutants. On conçoit, dès lors, l’importance que le commandement français a pu attacher à l’emploi du pigeon voyageur comme agent de transmission au cours de la Grande Guerre.

Le pigeon voyageur dans la Grande Guerre.

Pendant la dernière guerre, c’est dans l’armée française qu’est née l’idée d’utiliser le pigeon voyageur sur la ligne de feu, l’organisation par pigeons voyageurs qui permirent d’établir les liaisons entre les troupes en première ligne et le commandement.

Ces liaisons ont pu fonctionner malgré les bombardements les plus violents, malgré les nappes de gaz et les obus asphyxiants. Les rapports fournis à la suite des différentes et importantes opérations engagées, tant à Verdun que sur la Somme et qu’en Champagne, ont fait ressortir d’une façon indiscutable la valeur de ce volatile comme agent de liaison pendant le combat.

C’est ainsi que du 2 au 5 juin 1916, les messages adressés par le Commandant Raynal ont permis de suivre les efforts de l’héroïque garnison du fort de Vaux ; que du 21 au 23 juin, lors d’une puissante attaque par les Allemands alors que toutes les communications téléphoniques étant détruites, des barrages d’artillerie interdisant l’accès du terrain aux coureurs, le commandant d’une unité engagée a recours aux pigeons pour obtenir les renforts nécessaires ; qu’au cours de la bataille de Verdun, deux pigeons ont porté chacun 7 messages importants, un grand nombre d’autres ont été atteints mais ont cependant rempli leur mission, et que plusieurs d’entre eux sont rentrés au colombier à demi-éventrés.

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Aux Colombophiles Morts pour la France Au Pigeon de Verdun
Plaque apposée sur le Fort de Vaux
De ce fort est parti pendant la bataille de Verdun, le 4 juin 1916, le dernier pigeon voyageur du Commandant Raynal (N° 787-15) portant le message suivant :

« Nous tenons toujours mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. Faites-nous donner de suite communication optique par Souville qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon ».

Le pigeon accomplit sa mission et a obtenu la citation suivante :

« Malgré des difficultés énormes résultant d’une intense fumée et d’une émission abondante de gaz, a accompli la mission dont l’avait chargé le Commandant Raynal, unique moyen de communication de l’héroïque défenseur du Fort de Vaux. A transmis les derniers renseignements qui aient été reçus de cet officier. Fortement intoxiqué, est arrivé mourant au colombier ».

Diplôme de Bague d’Honneur

« Cette plaque a été érigée par souscription des Sociétés Colombophiles de France, par les Amis des Pigeons Voyageurs et par les soins du « Pigeon de Verdun », société colombophile de Verdun, et inaugurée le 24 juin 1929 ».

Dans les opérations de 1918, ces volatiles se sont particulièrement distingués. Le 15 juillet, à l’attaque allemande de Champagne, malgré le bombardement violent auquel furent soumis les arrières du front, les liaisons par pigeons ont fonctionné d’une façon parfaite. Grâce à elles, l’avance de l’ennemi a été suivie pas à pas et les postes disséminés dans la zone de couverture ont pu ainsi rendre compte qu’ils avaient accompli leur mission héroïque.

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Panier pour pigeon voyageur

Dans la seule journée du 15, cinquante colombo grammes ont été reçus — dont 12 dans un délai de 7 à 15 minutes et 20 dans un délai de 16 à 30 minutes — Le même jour, aux opérations sur la Marne, un pigeon arrivait épuisé au colombier, les doigts de la patte enlevés par un éclat d’obus, mais porteur d’un message précieux qui permettait au Commandement de riposter efficacement à une attaque ennemie.

Tous ces exemples prouvent que dans les situations difficiles le pigeon voyageur reste le meilleur, souvent le seul agent de transmission capable de rendre les plus grands services au commandement : la liaison par pigeons messagers étant la seule qui ait résisté à tous les moyens de destruction de l’ennemi.

Mais les pigeons voyageurs ne furent pas seulement utilisés dans les troupes de première ligne, les chars de combat, les observatoires du front ou les reconnaissances de cavalerie.

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un vaillant pigeon voyageur
En visitant le Mémorial de Verdun

Dans l’aéronautique et dans la Marine, ils rendirent également des services qui furent très appréciés. La liaison des avions avec leur escadrille et des hydravions et torpilleurs avec leur port d’attache, par pigeon messager, constitua un excellent moyen de communication.

Les centres d’aviation et d’aérostation maritimes, ainsi que les escadrilles côtières possédèrent leur colombier. Tout avion ou dirigeable partant en reconnaissance emportait plusieurs oiseaux. Il en était de même de certains bâtiments de la flotte.

Grâce à ces volatiles, l’aviateur, l’aéronaute, le chalutier, le commandant de sous-marin avaient la possibilité de renseigner rapidement le Commandement et de demander du secours en cas de nécessité. On cite à ce sujet l’équipage d’un hydravion britannique qui, tombé désemparé en pleine mer du Nord, dut son salut à ses deux pigeons, dont le prompt retour au colombier permit à un torpilleur d’aller recueillir les aviateurs [3].

Pour lire la suite : La capture de prisonniers allemands

P.-S.

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Colombes de paix, pigeons de guerre

Notes

[1« Je sais tout, magazine de l’activité et de l’énergie nationales » article de Pol Fiquemont « Colombes de paix, pigeons de guerre » Numéro 151 du 15 juin 1918. Cet article, trouvé sur Gallica, apporte bien des détails sur l’entrainement des pigeons. Il est disponible dans le port-folio

[2Les sapeurs colombophiles portent sur la manche gauche un insigne représentant un pigeon aux ailes déployées ; d’après l’Aide Mémoire de l’Officier du Génie en campagne de 1915 (les insignes et attributs des hommes de troupe du génie).

Réponse de Guillaume Jacquinet postée le 11-02-2007 sur le Forum Pages 14-18 Voir également le fil :
http://pages14-18.mesdiscussions.ne...

[3Tout ce paragraphe est tiré de « Le service colombophile militaire » extrait de l’article « Les pigeons voyageurs à travers les âges » paru dans la revue « Armée et marine : revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer » N° 24 du 29 mai 1927.

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