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Boire ou piloter, il vaudrait mieux choisir : l’intempérance des pilotes de Seine au XVIIIe siècle


mercredi 11 janvier 2012, par Jean-Pierre Derouard

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Les difficultés de navigation dans l’estuaire de la Seine ont très tôt obligé les capitaines des navires horsains à avoir recours à un pilote ou lamaneur autochtone, connaissant parfaitement les passes entre les bancs et la slikke, les secques et les syrtes, et aussi les traîtrises du mascaret. Deux stations de pilotage se partagent alors la Seine : Quillebeuf et Villequier, avec une sous-station à La Mailleraye.

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Villequier

Les Ordonnances de la Marine de Colbert, en 1681, ont valeur pour tout le royaume, Titre III, article 8. Le lamaneur qui entreprendra, étant ivre, de piloter un vaisseau, sera condamné en cent sols d’amende, & interdit pour un mois du pilotage.

Deux de ses commentaires du XVIII° siècle, témoignent d’un certain fatalisme :

1715. Car un homme yvre n’est capable de rien, & la conduite d’un Navire est en de mauvaises mains, que d’être entre les mains d’un Pilote yvre, cependant il faut convenir qu’il est rare de trouver un Marinier sobre sur le Vin, l’Eau de Vie, Bière ou autre boisson.

1776. Dans le vrai, si cet article étoit pris à la lettre, les interdictions seroient si fréquentes et si multipliées, qu’il n’y auroit presque jamais de pilotes en exercice, tant les hommes de mer sur les ports, sont sujets à s’enivrer. Mais il est différens degrés d’ivresse, & ce qu’il y a de singulier, c’est qu’il est des pilotes et autres mariniers, qui ne montrent jamais plus d’habileté, de courage & de prévenance tout à la fois, que lorsqu’ils sont ivres à un certain point. Le meilleur est néanmoins de ne pas s’y fier, ne fut-ce qu’à cause de la difficulté de distinguer le degré d’ivresse qui ne seroit pas dangereux ; & à cela le remède est facile le maître ayant la liberté de refuser tout pilote qui sera reconnu ivre. Si ensuite il le laisse enivrer à son bord, ça sera uniquement sa faute.

Notons ici que les pilotes ont pour obligation de conduire les navires jusqu’à leur destination finale, que le manque de marée ou de vent les oblige souvent à stationner plus ou moins longtemps dans l’une des posées du fleuve, et que tout au long du parcours ils doivent être nourris, et sans doute abreuvés, par le capitaine des navires.

À La Mailleraye, les pilotes trompent leurs longues attentes des navires dans les auberges et y laissent une large part de leurs émoluments (Abbé Albert Anthiaume, Les pilotes havrais, 1931)

Noël, La navigation de la Seine, 1802. Trop d’exemples attestent que des pilotes ivres se présentent à bord des bâtiments, et en prennent la conduite, au risque évident de compromettre la vie des marins, la sûreté des bâtiments et la fortune des armateurs.

Le Règlement pour les Pilotes de la Seine du 6 décembre 1803, article VI, répète pratiquement les Ordonnances de 1681. Tout pilote qui entreprendra étant ivre, de piloter un bâtiment, sera condamné à la perte de ses salaires et interdit pour un mois.

Boismare (Sur la Topographie de la ville de Quillebeuf) constate en 1811 que la boisson ordinaire est à Quillebeuf le petit cidre mais aussi que « les hommes pour la plupart font abus de liqueurs fortes ».

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Quillebeuf au milieu des bancs de la Seine

Le problème de l’intempérance des pilotes ne figure plus dans le règlement local de 1827. Ce n’est pas forcément parce que le problème en est définitivement réglé.

Mais ne jetons pas la pierre aux pilotes. Prudent Prévost (Souvenirs sur la Seine, manuscrit du début XX° siècle) se souvient que son père batelier, « hélas, ne crachait pas sur l’alcool » et que les douaniers à chacune de leur visite n’aspiraient qu’à une chose, leur verre de ratafia. Nous avons par ailleurs démontré (Bacs et passages d’eau de la Seine, 2003) l’alcoolisme de nombreux passeurs d’eau, qui rendait les traversées dangereuses et suscitait la plainte des usagers.

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