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Les trois fléaux qui affligent la France en 1694


samedi 1er mars 2003, par Thierry Sabot

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En 1694, le curé de Rochefort (69) dresse un inventaire des fléaux qui viennent de frapper durement le royaume et nos ancêtres : la grande guerre de la Ligue d’Augsbourg, la famine et la grande mortalité...

(L’orthographe du document d’origine est respectée).

"Il est à remarquer à la postérité et on pourra faire sçavoir à ceux qui ne sont pas encore naiz que l’année présente 1694 a esté une des plus rigoureuses années qui aye peut estre jamais esté. La France affligée des trois flaux (sic) :

1. Grand guerre despuis six ans estant obligée de se deffendre contre l’Angleterre, l’Ollande, l’Espaigne, l’Empire, l’Allemagne et tous les princes et électeurs de ce pays là, et enfin le duc de Savoy assisté d’une grande quantité de calvinistes chassez de France, dans laquelle guerre s’est répandu une abondance de sang incroyable tant de la part de nos ennemis que des nostres.

2. Famine. Le plus commun prix du bled a esté de sept livres le bichet, les autres grains à proportion et quatre solz la livre de pain, et encore n’en trouvait-on point, vivant de laictage, d’herbe, d’horties, de troncs de choux, ou bien l’on mangeait quelque pain de coquille de noix, de geyne ou crape de raisin mais le plus commun estoit le pain de faugeire qui rendait les personnes toutes jaunes et si faibles que la plus part des gens ne pouvoient ny travailler ny se tenir sur leurs jambes. Nous nous voyions venir des processions de pauvres qui crioient miséricorde, et si on leur donnoit quelque mourceau de pain il les prenoient avec une avidité incroyable, se mettant à genoux et joignant les mains avecque autant de remerciement que si on leurs avoit donné un royaume. La quarte d’huyle se vendoit jusqu’à dix ou douze livres, le vin s’est vendu despuis quatre ou cinq ans vingt, vingt cinq et jusqu’à quarante solz la quarte et le plus commun prix de ceste année a esté en vendange de dix ou douze escus le poinson. Outre ce le peuple accablé de subsides. On n’entendait parler que de voleries.

3. Grande mortalité. En bien des endroits de la France, il est mort le tiers du peuple et en d’autres la moytié, les pauvres mourans de faim ou pour avoir longtemps demeurez sans pain ou pour avoir mangé de ces meschants pains, les riches mouroyent aussy bien que les pauvres d’une fièvre maligne et pourprée et quelques uns mais peu de charbon. On trouvoit quantité de pauvres morts dans les chemins, sans secours, qui marchoient jusqu’à ce qu’ils tomboient et la plus part sans sacrements, les curez n’estant pas advertis. Le Bon Dieu nous proeserve de semblables calamités par sa miséricorde. Ainsi soit-il"

(Registre paroissial de Rochefort [1], A.D. du Rhône).

Notes : En 1693-1694, le froid et la famine sévissent sur le royaume : on compte de 1,6 million à 2 millions de victimes (cf. les annotations des registres paroissiaux). «  Pour la première fois depuis plus de 30 ans, on revit le pain de fougère, le pain de gland, les moissons coupées en vert et les herbes bouillies  » (P. Goubert). Pour faire face à la famine, le Parlement ordonne aux curés la rédaction d’un état des pauvres dans chaque paroisse et la prise en charge des miséreux par tous ceux qui peuvent le faire (séries GG des AM et H des AD). En mai 1694, le setier de blé atteint le prix record de 52 livres. Le même mois, le Parlement ordonne trois jours de procession dans toutes les paroisses.
Les conséquences : à partir de 1694, accroissement de la mobilité, chute brutale des baptêmes (cf. 1670) avant une forte et rapide récupération de 1695 à 1707, mariages retardés, hausse des abandons d’enfants et multiplications des décès… parfois 25 % de la population d’une paroisse. Selon Marcel Lachiver, «  En deux ans, il ne naît que 1 325 000 enfants, alors qu’il est mort 2 836 000 personnes. Le déficit dépasse les 1 511 000 âmes. En deux ans, (...) la population de la France passe de 22 247 000 habitants à 20 736 000 et diminue donc de 6,8 %  ». François Lebrun ajoute : «  Le rapprochement avec les pertes de la Première Guerre mondiale n’a rien d’incongru : la crise de 1693-1694 a fait en deux ans presque autant de morts que celle-ci, mais dans une France deux fois moins peuplée et en deux ans au lieu de quatre  ». Les condamnations aux galères pour vol passent de 254 à 401 en 1693-1694.
En 1694, Fénelon dans sa Lettre à Louis XIV, critique la politique royale et expose la situation du pays : «  (...) vos peuples (...) meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers ; tout commerce est anéanti (...). La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provision  ».

La Grande Guerre citée par le curé est celle dite de la Ligue d’Augsbourg (1689-1697) : l’Angleterre, la Hollande, l’Espagne, la Suède et quelques principautés allemandes s’opposent à la politique agressive de Louis XIV. La révocation de l’Édit de Nantes rallie les protestants à la Ligue

D’après Contexte :
- Thierry Sabot, Contexte, guide chrono-thématique, Editions Thisa, 2012.

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Cet ouvrage, étude inédite, se propose de vous faire découvrir quelques-unes de ces mentions insolites et de vous en montrer la richesse historique et généalogique. Il répond à bien des questions au sujet de ces textes insolites qui parsèment les registres paroissiaux : Pourquoi certains curés notent des mentions insolites ? Que nous apprennent-elles sur la vie quotidienne de nos ancêtres ? Comment repérer, déchiffrer, transcrire et commenter ces témoignages du passé ? Comment les utiliser pour compléter notre généalogie et l’histoire de notre famille ou de notre village ?

Il s’agit du premier numéro de Théma, la nouvelle collection d’histoire et de généalogie.

Notes

[1Il s’agit de Rochefort près d’Amplepuis.

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7 Messages

  • Les trois fléaux qui affligent la France en 1694 26 avril 2013 23:00, par Michelle Schott

    Ce qui m’a énormément surprise dans votre texte,c’est de réaliser que lorsqu’on fait des recherches généalogique et qu’on arrive pas exemple comme moi, dans une branche de ma famille, et de lire qui est fils de qui, sans réaliser la vie à cette époque, et que nos ancêtres ont donc vêcus à ces moments lá !!!
    Cela nous met les pieds sur terre.
    Merci Thierry de nous offrir ces pas en arrière et nous faire « vivre » cette époque de nos aieux.
    Michelle

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  • Les trois fléaux qui affligent la France en 1694 26 avril 2013 23:32, par Georges CHAVAGNAC

    Bonsoir Thierry,

    Merci de nous remettre en mémoire des fait oubliés et passé sous silence ou presque dans l’histoire officiellement enseignée.
    Heureusement qu’il y a des gens dévoués comme ce bon curé de Rochefort ainsi que les personnes citées dans la note pour révéler certains faits qui permettent de mieux comprendre ce que pouvait-être la vie à une période donnée et vous pour la rappeler.

    Très cordialement.

    Georges

    Répondre à ce message

  • Les trois fléaux qui affligent la France en 1694 27 avril 2013 08:43, par Robert Tricaud

    A force d’écrire le nom des morts sur ses registres, le curé de Joux (69) va également dresser un terrible tableau des sinistres « années de misère » 1693 et 1694

    "Georgette Colas Vermare aagé d’environ 70 ans est morte
    après avoir reçu ses sacrements et a esté enterrée par moy soussigné
    le quatorzième may mil six cent nonante quatre et le
    mesme jour a esté enterré un petit garçon mendiant
    qu’on a trouvé mort dans un chemin ce qui arrive tous
    les jours en plusieurs endroits à cause de la famine
    et de la disette de toutes sortes de vivres le bled seigle
    valant douze livres le bichet et le fromant quatorze,
    le pain bis quatre sols la livre, l’huile douze livres
    la quarte, le vin douze livres l’asnée et quatorze
    les pauvres ne mangeant point de pain et ne
    mangeant que des herbes par les prés et quelques
    morceau de pain d’avoine toutte bourrue qui
    se vend jusques à trois livres le ras, meurent
    de défaillance par les chemins ou dans leurs maisons
    après avoir langui quelques temps, les causes de
    cette disette ne peuvent estre autres que les péchés
    des hommes, leurs luxes, leurs excès et autres
    débordements dans les temps de prospérité et
    d’abondance qui ont irrité la colère de Dieu et ont
    attiré ces fléaux qui sont une guerre universelle de
    tous les princes de l’heurope contre la france qui
    a desja duré cinq ou six ans et n’a pas d’apparence
    de finir encor si Dieu ny met dautres dispositions
    les impost excessifs sur toutes sortes de choses,
    d’estats, de conditions et de mestiers, la stérilité
    de l’année dernière qui a esté si grande qu’il ny
    pas eu le quart de la récolte mesme dans les meilleurs
    endroits, tout a esté stérile jusques aux buissons,
    on ne trouve point de bled ny autres grains
    pour de l’argent, on en a fait venir quantité des
    pays estrangers, de Barbarie mais cela
    abonde peu, les villes retiennent tout, et il est
    défendu de sortir du pain de Lyon passé deux
    livres par personne sous peine d’amandes et
    de chastiments aux boulangers, et de confiscation
    du bled et du pain, et quand on l’a sorti la populace
    des faubourgs et des petites villes et villages
    et des personnes qui s’attroupes sur les chemins
    et lenlèvent impunément aux pauvres gens qui l’ont achepté
    on n’attend plus qu’une peste généralle si Dieu
    par sa miséricorde n’a pitié de son pauvre
    peuple, cette disette a comme(ncé) avec la guerre et
    par des gresles extraordinaire et a toujours
    augmenté jusques à présent et je ne seay quand elle
    finira, Dieu le seait" Combe, curé de Joux
    Registre paroissial de Joux - AD du Rhône

    Cordialement
    R Tricaud

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  • Les trois fléaux qui affligent la France en 1694 27 avril 2013 08:56, par Pascale de Prémonville

    voici ce que j’ai trouve par hasard à la fin du registre de l’année 1694 pour la paroisse de Grossoeuvre ( 27 )

    NB / note du curé de la paroisse de Grossoeuvre( 27 ) pour l’année 1694 vue 199
    "cette année a été remarquable par une famine universelle qui a été au delà de tout ce qu’on peux s’ imaginer d’affreux et par les maladies qui ont fait périr beaucoup de monde
    on remarque qu’il est mort 92 curés dans le diocèse d’Evreux
    la ville de Dieppe si recommandable pour son commerce a été bombardée, toutes les maisons brulées par l’armée navale du prince d’orange, usurpateur de la courrone d’angleterre "

    les curés de village rapportaient bien l’existance de la vie de l’epoque
    Pascale

    Répondre à ce message

  • Les trois fléaux qui affligent la France en 1694 27 avril 2013 09:08, par rsauger

    michelle est surprise pourtant il est très courant dans les registres paroissiaux de trouver les annotations sur les conditions de vie de nos ancêtres j’y ai moi même trouver dans ma région les disettes avec le couts de la vie,des tempêtes signalé par exemple par le curé de chalo saint mars essonnes qui précise les dégats et ce qu’on fait les habitants avec les noms une énorme tornade signalé dans toute la France du pays basque à la Picardie dont le curé de sours eure et loir nous dit qu’elle a tué le meunier et sont apprenti dans l’éffondrement du moulin deux tremblements de terre de blois à orléans ressenti jusqu’a chartres conseil pour ceux que cela intéressent il faut depouillé les livres entierrements pour les trouvés même dans les actes j’ai trouvé l’assassinat d’un enfant de ma famille à Souday loir et cher,un décès accidentelle par noyade d’un ancêtre en et de sa fille en lui portant secours dans une rivière de Picardie,celui d’un autre ancêtre mort lui étouffé le nez dans la boue ou il est tombé suite à une beuverie dont il était coutumier comme vous pouvez le voir tout est la il suffit de chercher je vous le conseil car un arbre avec l’histoire de ses ancêtres c’est plus intéressant et cela permet de se rendre compte que nos vie ne sont pas si mauvaise il suffit d’ailleurs de voir la vie d’il y a 60 ans les ouvriers vivaient au jours le jours presque tous était journalier et ne savaient jamais s’ils auraient du travail le lendemain le chômage atteignait des sommets dans les villes dans les campagnes on était journalier aussi mais il y avait du travail dans les fermes seule les fénéants ne travaillait pas car même les idiot du villege avait leurs place les fermiers en voulaient tous un car il portait chance croyance paysanne pas prouvé

    Répondre à ce message

    • Les trois fléaux qui affligent la France en 1694 29 avril 2013 23:53, par Michelle Schott

      Bonjour Régis
      Vous avez tout à fait raison, mais il faut avoir le temps et c’est ce qui me manque malheureusement.
      Tout à fait d’accord avec vous.
      Voir des noms sachant que ce sont nos ancêtres. ce n’est pas du tout la même chose que brusquement réaliser,ce qu’il se passait pendant qu’ils vivaient la.
      Comme par exemple à la même époque découvrir les pioniers anglais débarquand en plein hiver sur le rocher de Plymouth aux Amériques, car ils avaient fuits justement la famine en Europe.
      Savoir que cet ancêtre qui est sur mon arbre par exemple,a subit ces affres de la faim.
      Amitiés
      Michelle

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  • Les trois fléaux qui affligent la France en 1694 27 avril 2013 14:17, par mzornot

    J’ai trouvé également, mais pour l’année 1709, ce qu’écrivait le curé du village de Mont les Seurre (71) ; terrible auusi !
    Lisez ci-dessous :

    J’ai bien enterré la présente année près de neuf ou dix inconnus et qui sont morts de misère.
    C’est cette année que l’on peut appeler avec droit une année de malédiction. Jamais le doigt de Dieu n’avait mieux paru pour nous donner quelques traits de ses vengeances car elle a éclaté non seulement sur les hommes par le grand nombre qui sont morts communément en tous lieux par les maladies populaires, mais même elle s’est fait ressentir jusque sur les fruits de la terre qui furent tous perdus dans ces contrées par une grande gelée qui commença le 6 janvier de l’année 1709 et qui dura près de trois mois et qui endommagea les vignes en telle sorte qu’elles ne rapportèrent presque rien, et généralement fit mourir tous les noyers et généralement toute sorte de blé, en telle sorte que la mesure a valu presque dix livres, le turquet 8 ? la mesure, l’orge autant, le sarrasin ou autrement blé noir 10 ? la mesure, et à proportion des autres grains. Jugez combien par cette stérilité de grain et de vin, le nombre des morts a été grand car l’on a regardé cette année comme une année de peste et de famine, où la guerre était plus enflammée que jamais. Dieu nous préserve dans la suite de tous ces fléaux.

    BONGUELET, curé de Mont

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