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Comment j’ai retrouvé l’état de santé d’une personne recherchée


jeudi 24 octobre 2013, par Michel Guironnet

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En recherchant des informations généalogiques sur la vie des mariniers du Rhône, et sur un dénommé Chevalier en particulier, grâce à une source inattendue, j’ai découvert de précieux renseignements sur un moment de son existence et surtout un rapport sur son état de santé. Quel généalogiste n’aimerait pas trouver de telles infos sur un de ses ancêtres ?

Fils d’un « patron » ou d’un tonnelier très occupé ?

Depuis longtemps je cherche à mieux connaître la vie des familles de mariniers sur le Rhône et à savoir si ce métier se perpétue entre les pères et leurs garçons.

Nombre de mariniers et de « patrons » sur le Rhône à Condrieu s’appellent Chevalier (et diverses autres orthographes !) Je plonge donc dans les registres paroissiaux à la recherche de Jean Chevalier, identifié comme marinier dans les dernières années de la batellerie à chevaux (entre 1830 et 1850).

Jean naît, c’est sûr, en pleine Révolution. Mais j’ai le choix entre deux actes « homonymes » :

- Jean serait le fils de Fleury Chevailler, tonnelier absent à la déclaration en mairie tant il est « en ce moment à vaquer à ses affaires »,et de Marie Paret (25 nivose an II - 14 janvier 1794).

- Jean serait le fils d’Etienne Chevalier « patron sur le Rhône » et de Jeanne Verrier (10 frimaire an II) Jeanne a accouché la veille « à onze heures du soir » Ce Jean est donc né le 29 novembre 1793. Je penche pour ce dernier acte car le père est déjà marinier...mais cela ne prouve rien, et ma recherche en reste là !

Quelques temps plus tard, au hasard d’une recherche sur Gallica, je déniche le livre de Louis Edouard Vialla de La Valfère, publié à Lyon en 1831 : « Manuel du poitrinaire »
Vialla est, entre autres, « Docteur-Médecin de la faculté de Montpellier » et « membre correspondant de l’Athénée de Médecine de Paris » et il est aussi « ex-médecin de l’hospice de Condrieu » Tiens, tiens !

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Et si c’était lui ?

Chose incroyable, je viens (peut être) de retrouver la trace de Jean Chevalier dans ce livre... et même encore mieux, cette source inattendue me permet de découvrir un moment d’existence de ce personnage, de connaître son état de santé comme on peut le lire dans l’observation suivante qu’en donne le médecin [1] :

"Jean Chevalier, marinier à Condrieu, âgé de vingt-huit ans, d’une forte constitution, peau brune, cheveux châtains foncés, arriva de Provence, se disant malade depuis quinze jours.

Il avait contracté en route, le 17 février 1826, une toux qui bientôt s’était trouvée compliquée de lassitude, douleur de reins et des membres, d’anorexie et d’une petite fièvre accompagnée de frissons presque continuels.

Accablé de fatigue, il se reposa quelques heures sur la route près de Valence ; saisi par le froid, il ne put que difficilement et pédestrement continuer sa route. Ce ne fut qu’au mois de mars que je le vis pour la première fois.

L’immobilité où il était resté plusieurs heures sur la route avait considérablement augmenté son catarrhe, et avait allumé une forte fièvre, qui ne le quitta pas jusqu’à Condrieu, qu’il ne put atteindre qu’après une marche précipitée et au-dessus de ses forces.

Pendant huit jours Jean Chevalier fut dans un état presque désespéré, en proie à une fièvre vive, avec pouls fréquent, fort, développé ; chaleur, peau humide, toux continuelle, expectoration opaque, épaisse et très abondante.

La parole devint rauque et pénible, les joues s’excavèrent, la dyspnée [2] s’exaspéra les jours suivans au point que le malade était obligé, pour exécuter la respiration, de se tenir assis sur son lit, le cou tendu, et tout le tronc en contraction ; il s’exténuait rapidement, et quand le trentième jour la fièvre s’éteignit, je crus qu’il allait entrer en agonie.

Mais tout à coup la maladie prit l’aspect du catarrhe chronique, il se trouva d’une faiblesse extrême, décoloré, crachant beaucoup et ayant un léger râle ; sa face et ses extrémités s’infiltrèrent.

Les boissons émollientes furent continuées, deux vésicatoires qu’il avait aux cuisses furent entretenus, le repos et le silence furent observés, et une guérison assurée vint couronner mes efforts après deux mois de traitement.

Quel généalogiste n’aimerait pas trouver de telles infos sur un de ses ancêtres ?

Catarrhe

Ce terme a disparu du vocabulaire médical,il signifiait écoulement, flux. Selon les tenants de la théorie des humeurs, le catarrhe nasal était un flux humoral qui s’écoulait par le nez et provenait du cerveau.

Au XIXe siècle, cette curieuse étiologie étant abandonnée, « catarrhe » devint un terme général pour énoncer toute espèce d’inflammation muqueuse, précisée par une épithète.

Ainsi la coqueluche, l’angine, l’entérite, la rhinite, la conjonctivite, l’otite, la bronchite, l’urétrite, la leucorrhée et la cystite étaient appelées (à condition qu’il y eût écoulement) catarrhes, qualifiés respectivement de convulsif, guttural, intestinal, nasal, oculaire, de l’oreille, pulmonaire, urétral, vaginal ou vésical.

Notes

[1Dans sa « 2e observation » sur la « catarrhe chronique »

[2« Il faut comprendre, sous la dénomination de dyspnée, toute respiration laborieuse, difficile, dans laquelle les mouvements d’inspiration, plus rarement d’expiration, ne s’effectuent qu’avec peine. Cette difficulté de respirer, continue ou intermittente, s’accompagne d’une sensation pénible dont les malades rapportent le siège, tantôt à l’épigastre ou à la partie antérieure de la poitrine, tantôt aux attaches du diaphragme ou à toute la partie supérieure du thorax. Les symptômes peuvent varier, mais si la respiration s’exécute avec peine, avec difficulté, il y a toujours dyspnée » « Compendium de médecine pratique » par M.Ed. Monneret et M.Louis Fleury (1839)

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5 Messages

  • Je fait partie des généalogiste qui sont dans ce cas
    Moi aussi je recherche l’arrière grand mère de mon épouse dont je connais la date naissance FRANCON Antoinette née le 17 nov 1864 à Saint Victor sur loire qui a l’âge de 20 ans accoucha d’une enfant naturelle Marie FRANCON née le 23 février 1885 à saint Étienne (sa grand mère que nous avons connu ) qui été élevée dans un orphelinat car sa mère chassée du domicile paternel alors qu’elle était enceinte serait devenue folle...!
    Depuis plus d’information ni date de décès comment connaître les registres des hôpitaux de la Loire et autres ?
    Membre de la généalogie de la Loire je travaille sur HEREDIS

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  • Petite information concernant la batellerie :
    Mon grand-père est né en 1922 et sa famille vivait le long du canal de la deule (plus précisément à marquette lez lille, département du Nord) et il a connu les chevaux tirant les péniches avant l’avènement des petits trolleys sur rails.

    Petite anecdote : les conducteurs de chevaux puis de trolley avaient l’habitude de jeter des pièces dans la cour des cafés longeant le canal quand ils passaient dans un sens et « buvaient leur coup » dans l’autre...

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  • Bonjour,

    Plusieurs remarques sur cet article :

    - la batellerie est bien un métier de père en fils. J’ai eu l’occasion de travailler sur les familles BRIDIERS et LECUELLE batelier dans le Centre, la Bourgogne et le Rhône-Alpes, mariniers depuis 6 générations, seule la dernière génération née dans les années 1960/1970 a commencé à quitter le métier. Plus qu’un métier c’est aussi un mode de vie, je connais plusieurs familles de mariniers qui sont sédentaires et à la retraite, certains ont maintenant un camping car, d’autres ont conservé un bâteau pour les vacances... Ce sont d’abord des gens du voyage, c’est familial et culturel. Pour faire des recherches sur ce type de famille, il faut commencer par acheter les cartes fluviales des régions correspondantes et au gré des ports, on reconstitue l’histoire des familles,
    - les hôpitaux gardent les archives de leurs patients sur des durées limitées, souvent 10/15 ans après le décès du patient pour les maladies non génétiques. Même procédure que pour les actes <100 ans, il faut justifier sa parenté avec la personne décédée pour obtenir son dossier médical. Par contre les hôpitaux ne déposent pratiquement jamais leurs archives médicales aux fonds départementaux, dommage !
    - Gallica est effectivement une source importante d’information : j’ai retrouvé au Brésil la trace d’une petite fille née à Grandris (69), devenue cantatrice et bienfaitrice de l’hôpital de Grandris Letra, sur l’histoire duquel je travaille en ce moment.
    Merci pour vos articles toujours intéressants.

    Répondre à ce message

  • Est-ce bien le Jean que vous recherchiez ? Prénom et nom étant fréquents, il pourrait s’agir d’un homonyme.
    En effet vous parlez d’abord de 2 Jean Chevalier nés en 1793 et 1794, or celui de la description médicale est déclaré avoir 28 ans en fevrier-mars 1826, soit une naissance en 1798 ou 1797.
    Pour un médecin l’âge du patient est une chose importante, donc le risque d’erreur me semble limité .
    Dans tous les cas c’est un document très intéressant.

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    • Bonsoir,

      C’est bien pour cela que j’ai écrit « peut être » car je n’en ai pas la preuve absolue.

      Je pense toutefois que le Docteur qui a soigné ce marinier ne lui a pas demandé ses papiers mais juste son âge...et lorsqu’on constate les nombreuses approximations sur les âges dans les actes d’état-civil, peut être que notre homme avait quelques années de plus !

      Cordialement
      Michel Guironnet

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