www.histoire-genealogie.com

----------

Sommaire - Articles - Documents - Chroniques - Dossiers - Album photos - Testez vos connaissances historiques - Serez-vous pendu ? - Collection THÉMA - Éditions Thisa


Accueil » Documents » Actes insolites » Moi, Pierre dit Scipion, « nègre » congolais en Anjou au XVIIIe (...)

Moi, Pierre dit Scipion, « nègre » congolais en Anjou au XVIIIe siècle


jeudi 28 juin 2012, par Jean-Luc Mary

Répondre à cet article

Dès le XVe siècle, avec les progrès des voyages maritimes et le développement des colonies, des horizons lointains s’ouvrent pour les habitants des régions côtières, et parfois même de l’intérieur des terres. Mais bien que l’on trouve dans les archives du XVIe siècle quelques rares mentions de personnes de couleur (voir ci-dessous l’acte du Croisic), il faut attendre le siècle des Lumières pour voir « la première vague d’entrées de non-Blancs sur le sol de métropole » (cf. le livre de l’historien Erick Noël, Être noir en France au XVIIIe siècle, Paris, Tallandier, 2006)... Pierre dit Scipion fut l’un d’eux.

Le Dixneufiéme jour de Juin Mil sept cent vingthuit a été baptisé par nous Doyen
soussigné Pierre dit Scipion negre de le terre de congo en afrique âgé d’environ
quatorze ans appartenant à Monsieur Alexis de Raguienne. Ont été parain Messire
Pierre Grimod écuyer du fort l’un des fermiers generaux de sa Majesté dem à Panir pan de st Jean en Greve, et maraine Dame Elisabeth de Raguienne épouse de Messire prosper-andré Baüyn chevalier Seigr de Jallais et autres lieux Con(er) au parlement de Paris. Ont été présens Messire Emmanuel Ogier de la Therandiére archiprêtre de Niord en poitou, Messire françois de la Besnardaye écuyer, et Mer Loüis Bouhier de l’Ecluse Coner du Roy président au grenier à fil de chollet, Dame Catherine de Raguienne épouse de Monsieur de Raguienne de Mareüil Enseigne des vaisseaux du Roy au departement de Rochefort et plusieurs autres soussignés. Soussignés Raguienne de Jallais, grimod Dufort, Raguienne de Mareüil, Ragienne, Marie-anne de la Boüere, Jeanne de la Fresnay, Prosper de la Girardière, Rosette de Gazeau, Loüis de la Besnardaye, Augier de la Theraudiere, Bouhier de l’Ecluse et de Gazeau, de la Besnardaye, Sr Creyssel cordelier, Rassaneau et nous Doyen Rondeau doyen.

- Transcription depuis le registre des BMS 1718-1740 (collection départementale) de Jallais (49), AD du Maine-et-Loire, vue 157/233.

Notes : Qui était Pierre dit Scipion ? Nous ne savons presque rien sur lui. Ni son véritable nom de famille et ni l’identité de ses parents. Tout juste connaît-on son surnom, qu’il est originaire du Congo et qu’il est qualifié de « nègre » (au milieu du XVIIe siècle, le terme de « nègre » s’impose sur celui de « Maure »). Par ailleurs, il est indiqué que l’enfant est la propriété d’un notable Monsieur Alexis de Raguienne. S’agit-il d’un esclave ? On peut le penser, sans pour autant en être certain car, en vertu du droit métropolitain, toute personne qui foule le sol du royaume est réputée libre. Nous pouvons raisonnablement envisager qu’il était domestique au service de Monsieur de Raquienne. En effet, depuis plusieurs articles datés de 1716, la situation des esclaves débarqués en France s’est clarifiée : les colons sont désormais autorisés à amener leurs « nègres de l’un et l’autre sexe en qualité de domestiques ou autrement pour les fortifier davantage dans notre religion et pour leur faire apprendre en même temps quelque art ou métier ».

Était-il affranchi ? Difficile de répondre à la question sans faire une recherche aux archives. En effet, il est spécifié que les propriétaires ont l’obligation de faire enregistrer les permissions obtenues de leurs gouverneurs généraux ou commandants aux îles au greffe de « l’amirauté du lieu du débarquement dans la huitaine après leur arrivée en France ». Or, « c’est en cas de non-enregistrement seulement de la part de leurs maîtres que lesdits esclaves seraient libres ». De même, l’article XV accorde aussi le « statut d’homme libre aux esclaves que leurs maîtres définitivement rentrés en métropole n’auraient pas, un an après l’abandon de leur plantation ou la cessation de leur office aux îles, renvoyés aux colonies » (cf. Erick Noël, ouvrage cité ci-dessus). Dans le cas de Pierre dit Scipion, nous ne connaissons pas sa date d’entrée en métropole, mais on peut supposer qu’elle est relativement récente.

Par ailleurs, Erick Noël souligne que le baptême est généralement la première étape qui précède l’affranchissement et que c’est lors de cette cérémonie que la personne de couleur reçoit un non chrétien, mais aussi des parrain et marraine susceptibles de lui apporter un soutien moral ou matériel. Pour Scipion, c’est son parrain, le notable Pierre Grimod, qui lui donne son prénom chrétien. Dans cet acte, on remarque également la présence de nombreux témoins prestigieux, preuve sans doute d’une certaine curiosité à l’égard du jeune enfant de couleur.

Enfin, toujours grâce aux travaux de l’historien Erick Noël, nous savons que la présence de Pierre dit Scipion en France s’inscrit parfaitement dans le corpus des cas étudiés. En effet, au XVIIIe siècle, les gens de couleur recensés en France sont majoritairement des jeunes hommes, âgés de 10 à 19 ans, car les maîtres préféraient « faire venir des individus susceptibles de les servir docilement ou d’être mis en apprentissage ».

D’autres mentions de l’exotisme dans les registres :

Le dixiesme jour de novembre l’an mil cinq centz quattre vingtz cinq fut batizée Marye de Saint Thomer, négresse, demeurantte en la maison du cappitaine Mathias Lecointe (...).

- Le Croisic, Notre-Dame-de-Pitié (44) - Lusage, curé - AD - B 1560-1591 - Vue 363/461.

[6 décembre 1646, sépulture de] Jan Due dict La Mazure, natif du Havre de Grâce en Normandie, naguère retourné des isles Saint Christofle où il s’estoit habitué y a douze ans et marié.

- Nantes, Saint-Léonard (44) - Cité par Alain Croix, Moi, Jean Martin, recteur de Plouvellec, Éd. Apogée, 1993.

Lire l’avis des premiers lecteurs

Cet ouvrage, étude inédite, se propose de vous faire découvrir quelques-unes de ces mentions insolites et de vous en montrer la richesse historique et généalogique. Il répond à bien des questions au sujet de ces textes insolites qui parsèment les registres paroissiaux : Pourquoi certains curés notent des mentions insolites ? Que nous apprennent-elles sur la vie quotidienne de nos ancêtres ? Comment repérer, déchiffrer, transcrire et commenter ces témoignages du passé ? Comment les utiliser pour compléter notre généalogie et l’histoire de notre famille ou de notre village ?

Il s’agit du premier numéro de Théma, la nouvelle collection d’histoire et de généalogie.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • Se connecter
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

7 Messages

  • Bonjour !

    Pierre dit « Scipion », c’est un joli nom pour un roman ! Dommage que l’on n’en sache pas davantage...

    Y a-t-il eu des noirs célèbres qui ont vécus ou sont nés en métropole ? Je suppose aussi qu’ils ont eu des descendants ?

    Merci pour cet article.

    Répondre à ce message

  • Bonjour

    J’ai relevé cette année en Normandie cet acte de décès qui m’a interpellée, me demandant quelle avait été le parcours de cet homme né vers 1750

    + à Gournay-en-Bray (76) le 03/03/1837 acte n°27
    de : LESET Henry Dit Le Nègre (M) † le 02/03 à l’hospice civil - dmt à Gournay Sans profession 85 ans
    Originaire de Guinée (Afrique)
    Témoin : BELLOIS Jean 51 ans, garde champêtre appariteur ami
    Témoin : DOLLÉ Charles 60 ans, concierge de la Maison de Sûreté, ami du défunt
    Sans aucun papier ou écrit pour avoir d’autres renseignements.

    Répondre à ce message

  • Moi, Pierre dit Scipion, « nègre » congolais en Anjou au XVIIIe siècle 1er juillet 2012 09:22, par Madeleine Delplanque

    Bonjour, j’ajoute une petite contribution.

    La courte vie d’Urbain Lendor

    Ce jourdhuy samedi trente avril 1791 à onze du matin en l’Église cathédrale et parroisialle de la ville de Mende sest présenté devant nous Jacques Saltel curé de laditte Église, un nègre nommé Lendor né en Afrique et qui nous a paru agé d’environ seize ans ledit Lendor n’ayant sceu nous dire son age ny le lieu de sa naissance et luy ayant demandé sil avait été baptisé nous a répondu nen avoir aucune idée et scachant par nous même qu’il est habitant dans cette ville depuis environ huit ans et qu’il a suivy les Écoles chrétiennes les offices divins et les cathéchismes de notre paroisse ; cela considéré et sur le désir qu’il nous a témoigné de recevoir le Saint Baptême nous avons accédé à son zelle et lavons baptisé sous condition et sous le nom d’Urbain Lendor. Son parain a été Urbain de Retz de Servière, sa maraine dame Jacquette de Morée sa femme domiciliés de cette ville qui nous ont prié et requis dans notre ministère, ce que nous leur avons accordé et nous sommes signés avec Julhien André Chabrol et Jean Georges Marcé prêtres témoins au présent a été avec ledit Urbain Lendor signés avec le parain et la maraine et nous susdit curé. 1miec095015/mi000336 - Mende -, AD Lozère 48
    Urbain Lendor a signé son acte de baptème

    Ce cinq janvier 1794 vieux stile lan segon de la république françoise une et indivisible, est décédé Orban dit Landor au mas de Gibelin commune de Ribennes, age danviron dis huit ans negré de nesance du païs dafrice . A été enterré le landemain au simetiere de Ribennes. Presents Alexandre Dumas de Gibelin et Jean Delpuech de Combettes iliteres en foi de ce Hermebessiere off. Public 4E126/002/0000007 – Ribennes – AD Lozère 48

    extrait de notre site : http://www.lozere-histoire-genealog...
    (Anecdotes)

    bonne journée

    Voir en ligne : http://www.lozere-histoire-genealog...

    Répondre à ce message

  • Voici l’acte de baptème d’un esclave « nègre ». Registres de Port-St-Père 11.5.1741 (près de Nantes) :
    "L’onzième jour de May Mil Sept Cent quarante un est baptisé par Moy soussigné Jan Baptiste Constantin surnommé L’Eveillé du pays de Fouida en Afrique (il s’agit de Coueda au Bénin), âgé d’environ vingt ans, esclave d’Ecuyer François Marie Constantin Henry Charles Le Meunier Desgraviers, demeurant en la Maison Noble du Branday....
    Parrain et marraine portent des noms « prestigieux » de notables locaux, Ecuyers du roi et qui savent signer...
    Il s’est ensuite marié à Maure de Bretagne le 4.7.1768(près de Rennes)après une injonction à nous faites par le Parlement de Rennes... par laquelle il nous est ordonné de célébrer le mariage.. Il est toujours dénommé nègre du pays de Coueda en Afrique, esclave de... Il a 47 ans, sa femme 27. Ils auront 4 enfants. Le 1er naitra 6 semaines après leur mariage, le second en 1771 ne vivra qu’un an, le 3e naitra en 1772 et le 4e né en 1776 vivra 4 jours entrainant la mort de sa mère des suites de couches.
    Je perd la trace de ce « nègre » et de ses deux enfants restants qui portent tous le nom de L’EVEILLE.

    Répondre à ce message

  • Moi, Pierre dit Scipion, ngre congolais en Anjou au XVIIIe sicle 7 juillet 2012 15:01, par Mercier Brigitte

    trouve dans les archives de Toulon paroisse de Saint-Louis(7E 145 65 vue 60 sur 69)
    « L’an 1776 le 11e jour de novembre a ete baptisee par nous soussigne Marie Catherine Fortune agee selon les apparences d’environ 7 ans, achetee par Mr Du Marin capitaine des vaisseaux du roi l’isle de France dans les Indes, d’un negrier venant de la cote du Malabar. Son parrain a ete Henri Chastel et sa marraine Catherine Garcin.Le parrain a signe avec Mr Du Marin, la marraine a dit ne savoir signer.. »

    Répondre à ce message

http://www.histoire-genealogie.com - Haut de page




http://www.histoire-genealogie.com

- Tous droits réservés © 2000-2014 histoire-genealogie -
Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Ours | Charte | Logo | Espace privé | Logiciels | édité avec SPIP  |