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De Marseille à Lyon (décembre 1786 à mai 1788)


jeudi 3 avril 2014, par Michel Guironnet

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Pour retrouver les précédents épisodes des aventures de « la Veuve Heimbrock » cliquez sur ce lien : Marie Thérèse Heimbrock

18 décembre 1786

« Convaincue de l’excellence de ses procédés, elle voulut tout tenter pour en faire usage » (rapport S Philantrophique 1792).

Partie de Hollande fin septembre 1786, Marie-Thérèse Heimbrock s’établit en Provence et reprend de suite ses négociations. A l’issue d’expériences faites à Marseille selon ses procédés « un certificat avantageux » lui est remis par des membres de l’Académie et des fabricants de chanvre.

Le certificat est contresigné par un conseiller du Parlement d’Aix-en-Provence

" Le chanvre d’où ont été tirés les échantillons que l’on présente a été acheté chez le Sieur FRAISSINET Négt demeurant près de St Victor, c’est le même que l’on employe pour les cordes et callefatage des navires.

La Dame Vve d’HEIMBROCK en a acheté cent livres qu’il a fait porter à la maison de campagne du Sr MURAIRE au quartier d’Aren. C’est là ou la ditte dame a commancé ses oppérations & sa préparation sous les yeux de plusieurs’ personnes, elle a fait ensuitte rapporter ledit chanvre en ville, chez les Sr LAUGIER & MEISSONNIER fabriquant d’amidon pour être passé sous la meule de leur moulin , après cela on a encore rapporté ledit chanvre a la ditte campagne, ou un ouvrier peigneur l’a travaillé, sous les yeux et les ordres de la ditte Dame, pour le rendre tel qu’on le voit par les échantillons.

Si l’on est bien aisé pour s’assurer encor plus de la vérité du fait, elle offre de renouveller ses oppérations sous les yeux des personnes qui seront nommées d’office.

Nous soussignés certiffions l’énoncé cy dessus véritable pour avoir vu et suivi toutes les opérations. En foy de quoy nous avons signé le présent." A Marseille Le 18 xbre 1786.

MOULINNEUF Membre de l’Académie ; Sébastien BRUN Maître Peigneur ; CHARLEVAL Conseiller au Parlement d’Aix ;L. MURAIRE Négociant"

Ce document est en double dans les papiers personnels de Marie Thérèse. Le deuxième ne porte que les signatures, sans les indications des « titres » des signataires.

Quelques commentaires sur ce document : [1]

Il semble évident ; à lire l’article consacré à la famille FRAISSINET, « Un siècle d’alliances et d’ascension sociale : les Fraissinet » [2]par Eliane RICHARD ; que Marie-Thérèse HEIMBROCK s’est adressée à ces négociants marseillais en raison des relations d’affaires ; sous-tendues par l’attachement au protestantisme ; que ces familles entretenaient avec la Hollande.

D’autre part, le CHARLEVAL signant le certificat doit être François de CADENET, Seigneur du lieu, une des seules paroisses de Provence où l’on cultivait le chanvre.

Jean LAUGIER est bien recensé comme fabricant de poudre d’amidon, près de la « porte d’Aix » à Marseille en 1810.

Etienne MOULINEUF a laissé quelques traces également comme secrétaire de l’Académie de peinture de Marseille, mais sa présence peut plus difficilement être expliquée.

En revanche, il ne doit plus y avoir trace de la maison de campagne « du sieur MURAIRE à Arenc », car ce site a été entièrement détruit lors de la construction du nouveau port de Marseille vers 1848 Arenc désigne aujourd’hui l’un des bassins du port moderne.

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Détail du plan du port de Marseille vers 1800
Plan du port de Marseille, Imprimeur de Erhard (Paris)
Domaine public
Bibliothèque nationale de France, GED-229
Sur Gallica : ark :/12148/btv1b8439145m

Pour terminer, n’oublions pas que la fameuse « Canebière » de Marseille n’est autre, à l’époque, qu’un champ de chanvre (du latin canabis : chanvre) alors limitrophe de la ville !

1787 Février ?

Le rapport de la Société Philantropique (1792) confirme ces éléments et apporte les précisions suivantes : « Le climat de Marseille étant trop chaud et trop sec pour la préparation du fil, Madame HEIMBROCK jugea que, d’après les informations qu’on lui avait données, que la ville de Lyon était le lieu de la France le plus convenable pour son établissement ».

Un mémoire pour la « Baronne de HEIMBROCK née Bavaroise, et depuis deux ans habitant la ville de Lyon »(non daté mais des premiers mois de 1789 d’après d’autres indices, ce mémoire est l’œuvre du Baron DE BORDES du CHATELET) ajoute : « Elle fut en conséquence en Provence, mais le climat y étant trop sec, et les chanvres n ’y ayant point la perfection de ceux qui viennent dans un climat plus tempéré, elle est venue à Lyon... »

Est-il possible de savoir précisément à quelle date Marie-Thérèse se fixe à Lyon ?
Le 24 février 1787 son ami FASSIER lui écrit de Lyon, en réponse à ses lettres « Arrivé hier soir d’un voyage qui a été plus long que je n’avais lieu de penser, mon premier soin a été de demander mes lettres. Les deux que vous avez bien voulu m’écrire, l’une renferme la plus grande marque de votre attachement. Il est inutile que j’entreprenne de vous dire combien j’y suis sensible, les expressions qui s’offrent à ma plume sont trop faibles pour rendre le sentiment qui est en mon cœur... »

Le lyonnais FASSIER connait bien Madame HEIMBROCK. Pourtant celle-ci vient à peine d’arriver de Hollande ! Décidément elle connaît beaucoup de monde, mais par quels moyens ?

Il semble bien que Marie-Thérèse HEIMBROCK réside temporairement chez la maman de FASSIER car le courrier commence ainsi : « Madame & chère maman...« et poursuit Je me réserve de vous témoigner tout le plaisir (partie manquante) que j’aurai l’avantage de .. ?...tester la parole que vous m’avez donné de venir partager notre petite solitude, qui cessera de l’être lorsque nous vous posséderons... ».

Marie-Thérèse doit habiter un quartier éloigné de celui de FASSIER Celui-ci est très occupé : « Bien des soins auxquels il faut que je vaque m’empêche de m’entretenir plus longtemps avec la chère maman, mais qu’elle n’oublie pas que rien ne peut détruire en son fils les sentiments d’amitié avec lesquels il ose se dire son très humble serviteur et ami » Nous retrouverons FASSIER en 1789"

Entre début 1787 et fin 1787 ?

Une copie de lettre (non datée), de la main de M.T.H [3] permet des hypothèses :
« Je suis trop sensible, Madame, à vos procédée honnet a mon égard pour ne pas me pater de répondre a votre dernière lettre que vous avez bien voulu avoire la bonté de m’écrire... »
Nous n’avons pas malheureusement ce courrier (Marie-Thérèse, vers la fin de sa vie réutilise ses papiers à d’autres fins : comptes, brouillons, découpages...) mais on peut admettre que la dame en question est la femme de l’intendant de Lyon, TERRAY.

Je vous avoue qu’elle a mis le calme dans mes sens, car je perd tous espérance dans cette province par la dernière lettre que Mr l’intendant m’a fait l’honneur de m’adresser ; mais aussi Madame, je dois par ma reconnaissance vous prouver que je n’ai nul envie de comprometre Monsieur lintendant et de mesurer de sa protextion s’il veux bien me l’acorder. Et je ne le peu mieux le prouver qu’en faisant encor une fois en France des épreuves en présance des personnes digne de fois. Et quoique la saison est guèr(e) propre pour cette opération, et que le manque des ustensilles necessaire à ce travaille multiplis mes peinnes avec les ouvriers que j’employe.

"Rien ne me coutera pour vous convincre Madame ainsi que Mr l’Intendant de la réalité et utilité de cette entreprise. Je ferai donc un dernière effort sur mes petits moyens pour acheter trois quitale (quintal) des chanvre. Je le ferai transporter à Chaponau ou j’ai loué une petite chaumière pour m’y retirai et y faire de nouvelles épreuves, et aussi pour contanté quelques dames de cette ville qui veulent avoir de cette chanvre.

M.T.H se lamente « dans cette province » et loue une chaumière « à Chaponau ».
Il s’agit bien sûr de Chaponost sur les hauteurs de Lyon. M.T.H a donc suivi les instructions de l’Edit Royal de 1784 : elle réside là où elle projette d’établir sa fabrique. (ou dans ses environs), à plus de 7 lieues (environ 28 Kms) de la frontière, et a fait sa soumission devant l’intendant du Lyonnais, à l’époque TERRAY [4]

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Pour cela, elle fait à nouveau des expériences comme elle en a déjà réalisé à Marseille fin 1786.

Le fait qu’elle dise la saison peu propice ; ainsi qu’à la fin de son courrier la phrase « qu’à ce renouveau de l’année, je joins mes vœux à ceux qui onts l’honneur de vous connaitre... » ; laisse penser qu’elle écrit en hiver, début janvier 1787.

La suite de sa lettre, ainsi que d’autres documents, confirme cette date : « Dès que Monsieur l’intendant sera de retour en ville (Lyon, TERRAY est souvent en déplacement pour sa fonction) j’aurais l’honneur de lui représanter mon mémoire et des nouveaux échantillons que je croyerai prete si le teins reste au beaux. Si aprez je puis trouver quelqu’un qui veut s’asocier avec moi, je ne le refuse pas, Madame, pourvue que ce soit une personne qui est en état de fournir les fonds nessaire (nécessaire)... »

Mais ces démarches ne débouchent pas, elles rencontrent même des oppositions. Au point que Marie Thérèse renonce.

Dans une copie de lettre ; sans date ni indication de destinataire (vers 1787 ?) elle explique :
« Vous devroit, Monsieur, avoir été étonné hier au soir que j’ai dit si franchement ma façon de penser, mais telle est mon malheur que je ne sai pas me masqué. Je sui aussi convincu que vous, Monsieur, de la pureté des intentions de Monsieur l’intendant ou au moins plus qu’il ne paroit être des mienes, mais came je voye que ma patiance a atendre plus long teins, après la lettre que j’ai reçu, serai devenu inutille ainsi que toutes les démarches que j’aurais pu faire à cet égard, je suis forcé à me résoudre à retirer mes papiers. »

« C’est une affaire qui a été mal comancée, et encore plus mal finie. D’après toutes les réflexions au quelle je puis me livrer a ce sujet, je n’ai point d’autre partie a prendre que de (re)partir pour l’engleterre, je suis assé heureuse (partie déchirée)... encore me procurer le moyen et en ayant.... je pouvez encore convincre (Monsieur,) l’intendant ainsi que toute la France que mes intentions étois droit et (ce) n’est pas de sa faute s’il ne la pas cru. C’est (de la faute) de ceux qu’il a consulté. »

« Je vous avoue sincèrement que c’est avec regret que je quite une royaume que j’ai toujour préférai, il me reste cepandant encore lespérance qu’en pasant à Paris je retrouverai peut-être encore quelques personnes qui voudrons sincèrement s’interesser à cet affaire, et l’apuyer de leurs crédits, et la présanter au Contrôleur Générale. » Comme je crains de ne plus avoir le plaisir de vous voir à votre retour en cette ville, recevé je vous prie mes remerciements de peinnes que vous (avez) bien voulu prandre pour l’avancement de mes affaires, je vous souhaite un bon voyage beaucoup de plaisir, j’ai l’honneur d’être Monsieur..."

Le destinataire peut être le BARON de BORDES du CHATELET ; ou encore CORDIVAL, secrétaire de l’Intendant TERRAY. Ces possibilités sont ouvertes : le texte de cette lettre correspond à 1787 mais il ressemble beaucoup à celui de la lettre de Juillet 1784 envoyée au Marquis de SAINT SIMON. Le doute est donc permis... Il semble toutefois vraisemblable de dire que Marie-Thérèse écrit le 13 novembre 1787 à ROLAND DE LA PLATIERE, alors inspecteur des Manufactures

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Signature de Cordival

28 novembre 1787

Lettre signée ROLAND DE LA PLATIERE, du 28 novembre 1787, datée de Lyon : « Je n’eus point l’honneur, Madame, de répondre à la lettre que vous me fîtes celui de m’écrire le 13 du courant, parce que j’étais sur le point de venir en cette ville, où je me proposais de vous exprimer de vive voix et avec quelque détail, le vif regret du peu de succès des démarches et propositions nombreuses que j’avais faites pour trouver le moyen de mettre en pratique les connaissances que vous possédez sur l’art de la filature du chanvre... »

ROLAND de LA PLATIERE réside à Villefranche. Il se déplace beaucoup pour ses fonctions d’inspecteur des manufactures. Pour les démarches entreprises en faveur de Marie-Thérèse, il s’est certainement rendu à Paris ou à Versailles. Ce doit être là qu’il reçoit la lettre citée plus haut... et de retour à Villefranche, il répond à Marie-Thérèse.

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Signature de Roland de la Platière

Le courrier de ROLAND poursuit, confirmant ainsi les dires de M.T.H :
« Vous avez trouvé les mêmes obstacles, sans doute. J’ai toujours craint que le pays, non plus que les circonstances ne fussent pas favorables à votre projet, et nos démarches infructueuses ne l’ont que trop prouvé... »

Et voilà le passage important :
« Aujourd’hui, Madame, vous abandonnez cette perspective, et vous redemandez les échantillons de chanvre filé et à filer que vous m’aviez remis pour les faire voir aux personnes qu’une entreprise de ce genre aurait pu tenter... »

Rappelons que M.T.H dans son courrier écrit : « je suis forcé à me résoudre à retirer mes papiers...je n’ai point d’autre parti à prendre que de (re)partir pour l’Angleterre« . » Je ne les ai point en ce moment, ces échantillons ils ont déjà passé dans bien des mains, et je vais tacher de les ramener à moi pour vous les transmettre. Je pars sous peu (à Paris ?), et je reviens le mois prochain, je les rapporterai surement avec moi, et j’aurais l’honneur de vous les remettre aussitôt. Recevez, je vous prie, l’assurance réitérée des sentiments distingués et respectueux, avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur. ROLAND DE LA PLATIERE"

1er décembre 1787 au 19 mai 1788

Mais nous connaissons Marie-Thérèse. Elle ne renonce pas aussi facilement ; et, le premier réflexe de désespoir passé, elle reprend une fois encore ses démarches. Et cette fois-ci, les choses semblent évoluer favorablement.

Un passage d’un rapport de la Société Philantropique (1792) explique que M.T.H vint à Lyon " et présenta à Mr TERRAY, Intendant, un mémoire et quelques échantillons de chanvre préparé selon sa méthode.

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Roland de La Platière

Mr ROLAND DE LA PLATIERE en fit l’examen, et certifia par son avis du ter décembre 1787 que si l’exposé du mémoire était exact, ce moyen mis en pratique ne pouvait qu’être très avantageux pour une manufacture de toiles de quelque genre que ce fut. Mr DESCOTTES, qui a une manufacture de fil de toiles à Ste Marie d’Arvey, près de Chambéry, fit faire à Madame d’HEIMBROCK quelques expériences sous ses yeux, et sur deux qualités de chanvre.

Il remit ensuite à Mr TERRAY, le 19 de Mai 1788, un mémoire par lequel il atteste que l’œuvre qu’elle avait préparée était plus forte et aussi douce que le lin. Cette douceur jointe à la finesse est un avantage important pour qu’on puisse mieux serrer la toile. Mr DESCOTTES ajouta que la préparation de Madame d’HEIMBROCK donnait cette douceur et cette finesse en dissolvant la gomme qui colle ensemble les brins du chanvre, et en cause la roideur."

Par d’autres documents, nous reviendrons sur ces expériences de 1787-1788. Mais avant cela, il convient de dresser le théâtre des lieux qui vont abriter Marie-Thérèse durant ses années lyonnaises. Nous sommes en 1788 ; à la veille de la Révolution française.

A suivre

Notes

[1Renseignements aimablement fournis par Mr Albert GIRAUD, d’Aix-en-Provence, spécialiste de la littérature provençale.

[2dans Provence Historique N° 142 de 1985

[3Nous utiliserons souvent les initiales M.T.H pour citer notre héroïne comme elle le fait d’ailleurs elle-même dès 1786 dans ses courriers et papiers personnels

[4Intendant TERRAY DE ROZIERES (Antoine Jean) : Fils de Pierre TERRAY DE ROZIERES et de Renée Félicité LENAIN, il naît à Paris le 27 mars 1750.Il se marie le 11 février 1771 avec Marie Nicole PERRENEY DE GROBOIS.
Intendant de Lyon depuis 1784, successeur de Jacques de FLESSELLES (Intendant à Lyon entre 1768 et 1784), il le reste jusqu’à la Révolution qui supprime le poste. Il est guillotiné à Paris le 29 avril 1794 avec son épouse. Durant son mandat à Lyon il est en butte à l’hostilité d’une partie des notables de la ville et du Prévôt des Marchands TOLOZAN.
Il est le neveu de l’Abbé TERRAY, Contrôleur Général des Finances de 1769 à 1774.
Il porte « D’azur à la fasce d’argent, chargé de cinq mouchetures d’hermines de sable, et accompagnée de trois croix tréflées d’or 2 et 1 ,au chef aussi d’or chargé d’un lion issant de gueules ».

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