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Un pèlerinage au XVIIIe siècle : Notre Dame de Liesse


mercredi 17 octobre 2012, par Gauthier Langlois

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Parmi les lieux de pèlerinage les plus importants de l’Ancien régime figure Notre Dame de Liesse en Picardie. La richesse des actes de B.M.S de la première moitié du XVIIIe siècle permet de dresser un portrait de la ville, de ses habitants et ses pèlerins.

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La basilique Notre-Dame de Liesse vers 1780 (Source : Gallica)
À droite on observe une des auberges de la ville, reconnaissable à son enseigne et une boutique de souvenirs religieux.

Un pèlerinage d’origine médiévale

Liesse-Notre-Dame, autrefois appelée Notre-Dame-de-Liesse est une petite ville de l’Aisne située à 15 km au Nord-Est de Laon et à 40 km de Reims. En 1709 la ville compte 287 feux ou familles soit environ 1500 personnes qui vivent majoritairement du pèlerinage autour de la grande église gothique dédiée à la Vierge.
La légende affirme que ce pèlerinage remonte au XIIe siècle. Trois chevaliers de la région avaient été fait prisonnier lors des croisades en Orient. Le roi qui les détenait prisonnier cherchait vainement à les convertir à l’Islam. En dernier recours il chargea sa fille Ismérie de cette mission. Mais ce fut le contraire qui se passa. La jeune princesse sarrasine se convertit à la foi chrétienne suite au miracle de l’apparition d’une statue de la Vierge. Elle délivra les chevaliers et rentra avec eux en France. En remerciement les chevaliers élevèrent en 1134 l’église Notre Dame de Liesse.

Des pèlerins venus en famille parfois de fort loin

Au hasard des actes de sépulture et baptême on découvre l’origine de quelques pèlerins. La majorité vient des villes et villages des environs ainsi que des régions voisines : Picardie, Champagne, Lorraine, Île de France. Ainsi ce Jean Patée qui après un voyage de 80 km depuis Charleville-Mézières meurt à Liesse au terme de son pèlerinage :

Le 8 juin 1732 est decedé en l’hotellerie du Chef de Saint Jean, Jean Patée agée de quarante ans Environ fils de Nicolas Patée et de Nicolle Tissé ses pere et mere de Charleville estant venu en ce lieu en pelerinage, après avoir esté Confessé et avoir receu le Saint Viatique et le Sacrement de l’extreme onction. Son corps a eté inhumé le lendemain dans le cimetiere de Liesse par moy Pretre habitué de Liesse, en foy de quoy j’ay signes avec moy Marie Catherine Patée sa soeur et de Claude Delaby le jour et an susdit. [Signé :] marie catherine pasté - Delaby – Bachard

Quelques-uns viennent aussi de très loin comme ce couple originaire d’Auzelles en Auvergne qui a fait plus de 530 kilomètres pour visiter Notre Dame de Liesse :

« Le trente avril 1728 par moy Prêtre habitué de Liesse soussigné a esté Baptisé en la Chapelle Curiale dudit Liesse Marie Jeanne Vervais fille d’Antoine Vervais [et d’] Élisabeth Blossière son épouse de la Paroisse d’Azel, diocèse de Clermont en Auvergne, estants venus en pelerinage a Notre Dame de Liesse a fait ses couche... »

À travers ces deux actes et quelques autres on remarque que le pèlerinage se fait souvent en famille. La motivation des pèlerins n’est pas précisée mais on peut supposer que certains comme ce Jean Patée viennent chercher une guérison miraculeuse. D’autres viennent sans doute remercier la Vierge d’avoir exaucé leur vœu. Ainsi le couple venu d’Auvergne est peut-être venu prier Notre Dame pour la remercier d’une grossesse qui se faisait attendre.

L’accueil des pèlerins : de nombreuses auberges et un hospice

Les pèlerins pauvres ou malades peuvent être accueillis dans l’Hôtel Dieu qui sert également d’hôpital et de maison de retraite pour des habitants de Liesse. Mais les plus nombreux logent dans les nombreuses auberges ou « hôtelleries » portant des noms de saint, rappelant l’origine des pèlerins ou des noms comiques. Dans la première moitié du siècle on en compte vingt-six. Leurs patrons sont désignés sous le nom d’« hôte » ou « hotelain ». Ils cumulent parfois plusieurs métiers utiles aux pèlerins. Ainsi mon ancêtre Claude Leleux hôte de l’Image Notre Dame jusqu’en 1740 puis hôte de l’Écu de Lorraine à partir de 1741 est également marchand de souvenirs religieux.
Les aubergistes logent mais nourrissent aussi les pèlerins. Pour cela ils se ravitaillent auprès des nombreux commerces alimentaires de la ville, plus nombreux en proportion qu’ailleurs : bouchers, boulangers… Certains cumulent d’ailleurs ce type de commerce avec l’hôtellerie : Pierre Joseph Tanneur, hôte de l’image Sainte Barbe exerce aussi le métier de boulanger.

Des hôtelleries au nom évocateur

Par chance les greffiers des registres de baptême mariage et sépulture de la première moitié du XVIIIIe ont fréquemment noté le nom de l’hôtellerie dont le patron apparait sur un acte. Comme attendu dans un lieu de pèlerinage, la majorité des auberges portent un nom de saint, à commencer par Notre Dame, la patronne de la ville. Deux autres évoquent un symbole religieux : la croix. Deux noms évoquent le lieu d’origine des pèlerins ou du fondateur de l’auberge : l’île de France et la Lorraine. D’autres noms évoquent ce qu’on va trouver dans l’auberge : de la vaisselle de métal (le pot d’argent) ou un hôte serviable (la Bonne volonté). Enfin on rencontre quelques noms fantaisistes : nom d’animaux, de plante etc. Ces hôtelleries sont signalées en façade par des « enseignes » ou « images » évoquant leur nom. Voici les noms des hôtelleries que j’ai pu relever en dépouillant partiellement les actes situés 1700 et 1745. (Entre parenthèse les dates extrêmes relevées).

  • L’Hôtellerie de Notre Dame, devant l’église = Hôtellerie de l’Image Notre Dame = l’Enseigne Notre Dame (1700-1745)
  • L’Hôtellerie Saint Nicolas, vis-à-vis de l’église de Liesse (1713-1739)
  • L’Hôtellerie de Saint-Martin = L’Enseigne de Saint Martin (1713-1744)
  • L’Hôtellerie de Saint-Laurent = L’Image Saint Laurent (1700-1722)
  • L’Hôtellerie de Sainte-Catherine, rue proche l’église (1700-1739)
  • L’Hôtellerie de Saint-Michel (1715-1737)
  • L’Hôtellerie de Saint-Honoré (1726-1730)
  • L’Hôtellerie de l’Image Sainte-Barbe = A l’Enseigne Sainte Barbe (1700-1745)
  • L’Image de Sainte Hélène (1728-1735)
  • L’Hôtellerie de Saint Paul (1714)
  • Le chef de Saint-Jean (1730-1738)
  • L’Hôtellerie de la Croix d’or (1723-1739)
  • L’Hôtellerie de la Croix verte (1739-1742)
  • L’Écu de Lorraine = Hôtellerie de Lorraine (1700-1744)
  • L’Écu de France (1700-1742)
  • L’Hôtellerie du Pot d’argent (1713-1744)
  • L’Hôtellerie du Pot d’étain (1701-1739)
  • La Bonne volonté (1731-1740)
  • L’Arbre d’or (1700-1739)
  • Le Cheval blanc (1722)
  • L’Hôtellerie le dauphin (1713-1741)
  • Au pellican (1700-1714)
  • Les trois pigeons (1743)
  • La Grosse tête, proche la halle de Liesse (1713-1744)
  • L’Hôtellerie du soleil (1700)
  • Le grand Louis (1735)

À cette liste on peut ajouter une maison, sans doute une ancienne auberge, qualifiée en 1737 de « maison à Liesse dit L’Image Sainte Anne rue vers Laon ».

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Exemple de médaille du pèlerinage
(source : Duployé, Notre Dame de Liesse, t. II, p. 358)

La fabrication et la vente de souvenirs religieux et d’objets de culte : une activité dominante

La majorité des habitants se consacre à la réalisation et à la vente de souvenirs religieux : nombreux sont les fondeurs de cloches, les tourneurs de cuivre, les orfèvres ou « imagiers » travaillant l’or, l’argent ou le cuivre. Ils réalisent et vendent des cloches, des enseignes de pèlerinages, des médailles à l’effigie de Notre Dame de Liesse et probablement aussi des plats de quête. Ils réalisent sans doute aussi des objets profanes tels que de la vaisselle de métal ou des bijoux. On trouve aussi des marchands ciriers qui fabriquent et vendent, comme leur nom l’indique, des objets en cire, c’est-à-dire des chandelles destinées à être brûlées dans l’église.
La plupart de mes ancêtres en ce lieu appartiennent à la corporation assez fermée des marchands orfèvres tels Jean-François Hénault (1700-1758) maître orfèvre en argent, ou son fils Jacques (1724-1787) qui épouse la fille de Claude Leleux. Le métier se transmet de père en fils. Le jeune fait son apprentissage dans l’atelier familial où il est qualifié dans les actes d’apprenti ou de garçon. À la fin de son apprentissage il est qualifié de compagnon. Puis quand il devient propriétaire de l’atelier, généralement par héritage, il est qualifié de maître. La majorité des mariages se fait au sein de la corporation pour préserver le patrimoine et les privilèges du groupe. On note encore d’après les registres que tous les hommes et femmes de ce groupe signent d’une belle écriture, ce qui prouve qu’ils ont un usage courant de l’écriture et possèdent un bon niveau d’éducation. C’est aussi le cas de la grande majorité des habitants de Liesse, car la ville possède un maître d’école et plusieurs prêtres contribuant à l’éducation des enfants.

La disparition du pèlerinage sous la Révolution

La Révolution perturbe l’économie de ce village. La disparition du culte catholique et la destruction de la statue de la Vierge par un révolutionnaire zélé entrainent pendant un temps l’arrêt du pèlerinage. Les registres d’état civil montrent une surmortalité chez les fondeurs de cloche, victimes sans doute de malnutrition, n’ayant plus les moyens de se nourrir dans cette époque de guerre et de crise économique. Cette surmortalité ne s’observe en revanche pas chez les marchands orfèvres, sans doute parce qu’ils sont plus riches et parce qu’ils ont diversifié leurs activités.
Quand le pèlerinage reprend au XIXe siècle, il n’a plus l’ampleur qu’il avait au siècle précédent.

Pour en savoir plus sur le pèlerinage de Liesse

  • Duployé (Émile et Aldoin), Notre Dame de Liesse. Légende et pèlerinage, Reims : Brissart-Binet, 1862, 2 vol. En ligne sur Google Books : Tome 1 et Tome 2.
  • Duployé (Émile et Aldoin), Histoire de Notre-Dame de-Liesse, Notre-Dame-de-Liesse : Pottelain-Masson, 1881, 34 p. En ligne sur Gallica.
  • Histoire du pèlerinage et images de médailles sur le site du Centre marial Notre-Dame de Liesse.

Gauthier Langlois est notamment l’auteur d’une étude remarquable sur Olivier de Termes :

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  • Un pèlerinage au XVIIIe siècle : Notre Dame de Liesse 23 octobre 2012 17:52, par josette Proust-Perrault

    Un pèlerinage au XVIIIe siècle : Notre Dame de Liesse}
    Monsieur
    Je veux vous féliciter pour votre excellent article ci-dessus cité.
    Je pense écrire prochainement un article sur la confrérie de Notre-Dame de liesse à Paris au XVIe siecle, j’aimerais citer votre article}
    Quelle en est la référence ?
    Je vous remercie à l’avance et vous prie de croire en mes sentiments les meilleurs
    Josette Proust-Perrault

    Répondre à ce message

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