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Les crèches de Noël : mœurs et coutumes marseillaises


samedi 12 janvier 2013, par Janine Lopez-Beaume

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Voici la transcription d’un article d’Auguste Laforet, membre de l’Académie de Marseille, Chevalier de la Légion d’Honneur, Juge au Tribunal de 1re Instance de Marseille. Il dirigeait la « Revue de Marseille fondée au profit des pauvres » où cet article a été publié en 1856.

S’il est une fête attendue avec impatience et célébrée avec bonheur, une fête populaire, entre toutes, à Marseille, où les fêtes sont si populaires : c’est Noël !

Noël, la fête du riche et du pauvre, du grand et du petit, du travailleur de la ville et du travailleur de la campagne, de l’enfant et du vieillard... la bonne fête pour tous...

Noël, qui parcourt la rue et s’assoit au foyer, qui dépeuple nos cercles et nos cafés, qui ferme les portes de nos théâtres, qui impose le silence à tous les bruits de nos quais et le repos à toutes les agitations de nos ports... Noël, la grande fête partout...

Noël, encore, qui dans les bosquets de nos « bastides », dans les forêts de nos montagnes, moissonne le laurier aux baies couleur de jais, le houx couleur de corail, le laurier-thym aux touffes blanches et roses déjà épanouies, pour parer de leurs dépouilles les voûtes de nos halles, le sol de nos marchés, l’enseigne du magasin, le coin de l’éventaire, l’impériale de l’omnibus, le front des chevaux de la voiture de roulage et jette un gracieux défi à l’hiver qui vient de naître, en antidatant ainsi de quatre mois, avec ces fleurs et cette verdure, le réveil de la végétation et le retour du printemps.

Noël aussi qui, avant l’invention des chemins de fer, avait supprimé les distances dans nos contrées, et qui, mieux que ne l’a jamais fait aucun de nos magistrats conciliateurs aux jours de ses plus heureuses inspirations, arrange les différends les plus rebelles à tout arrangement, les différends d’anciens amis, termine les procès interminables, les procès de famille.

Noël enfin qui, sans que nos autorités s’en préoccupent, sans que nul d’entre nos songe seulement à s’en plaindre, prononce en toute vérité cette phrase, cause et souvent prétexte des scènes les plus sanglantes de la fin du dernier siècle. Cette phrase qui, même de nos jours de calme et, au besoin, d’énergique répression, amènerait d’épouvantables désordres, si on l’adressait quelques jours plus tôt ou quelques jours plus tard, à une population de 200 000 âmes :

Aujourd’hui il n’y a pas de pain !!

(Les boulangers de Marseille ne pétrissent pas dans la nuit du 24 au 25 décembre. C’est la seule nuit de l’année qu’ils passent loin du pétrin et ils achètent cette unique vacance en doublant leur travail la nuit précédente. Le 24 au matin, chaque ménage double sa provision de pain qu’il ne renouvelle que le 26.)

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Un article sur les divers usages qui se rattachent à la célébration, parmi nous, de la grande fête de décembre, aurait mieux trouvé sa place dans le numéro précédent de cette revue. Nous l’avions compris, et nous comptions agir en conséquence. N’ayant pas pu exécuter notre projet, nous nous bornerons de l’usage des crèches qui, même en janvier a encore l’intérêt de l’actualité.

En effet, quoique la fête de Noël à Marseille n’ait pas seulement le jour et le lendemain, mais qu’elle ait la veille aussi, les Marseillais ne se contentent pas, pour célébrer la fête par excellence pour eux, de ce triduo, de ces trois grandes journées ; 24, 25, 26 décembre, c’est « quarante » jours qu’ils y consacrent.

A défaut d’un chômage que nul ne pourrait se permettre aussi long, ils continuent et reproduisent la commémoration de la naissance du Sauveur par la permanence de la Crèche sous le toit domestique, à partir du 24 décembre jusqu’au 2 février suivant. Là, chaque soir de cette pieuse « quarantaine », enfants, parents, serviteurs, tous viennent chanter en langue provençale les noëls transmis de bouche en bouche à la génération qui arrive par la génération qui s’en va, en ayant soin toutefois de les faire précéder du cantique entonné par les anges, il y a deux mille ans, et que l’Église ne cesse de répéter dieu :

Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !

Et qu’il est touchant, dans cette circonstance, le tableau toujours si touchant de la prière faite en commun, le soir, par la famille réunie. Devant la Crèche, au premier rang, ceux qui n’ont encore vécu que de la vie du ciel, les anges du foyer, les enfants pour glorifier le Dieu nouveau-né lui offrent avec les chants de leur innocence et de leur pureté, les trépignements de joie, les battements des mains dont-ils les accompagnent.

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Plus loin, ceux qui ont vécu, hélas, de la vie de la terre, les hommes faits, les vieillards, entrevoyant déjà, dans Jésus enfant, Jésus sauveur, s’interrompent tout-à-coup et, pour obtenir la paix de leur âme, ils lui offrent leur résignation, leur bonne volonté, une larme qu’ils se hâtent d’essuyer et que vient de leur arracher la douleur secrète, le regret, peut-être le remords.

Monstrelet, Étienne Pasquier, André Duchesne et d’autres chroniqueurs nous apprennent que Noël était le cri de joie que le peuple de Paris poussait dans les fêtes et réjouissances publiques, « principalement quand il voulait congratuler à son prince ».

Dulaure nous apprend, en outre, dans son « Histoire de Paris » que le cri de Noël, comme manifestation de joie et de bonheur était, au XIVe, tout à fait usuel et employé dans les évènements même de la vie privée. En énumérant les cris de PARIS, à cette époque, Dulaure rapporte que, s’il arrivait quelque malheur aux Parisiens, on les entendait, à leur porte crier :

Aïde Dieu de maïsté Com de mal heure je suis nez ! Com par sui or mal assenez.

Ceux au contraire, à qui il était arrivé bonheur criaient : Noël, Noël !

La Crèche suffit à notre population pour manifester les sentiments et les situations opposées ; la présence de la Crèche au foyer, c’est le cri de joie ; son absence, c’est le cri de douleur.

Oui, entrez du 24 décembre au 2 février, dans l’une des maison du quartier St-Laurent, le quartier de nos pêcheurs, le quartier le plus marseillais de notre vieille cité, si au dessus de la place où la famille prend ses repas, vous apercevez, sur une petite planche, quelques figurines de terre cuite ; un enfant de naissance couché sur un peu de paille, entre un bœuf et un âne accroupis, tout à côté , la Vierge et Saint Joseph, et, un peu plus loin, quelques bergers et leurs brebis, dites aussitôt ;
Ces braves gens ont fait la Crèche, ils sont contents, ils sont heureux, la famille est au complet.
Si au contraire, vous ne voyez rien, dites alors :
La mort a visité ce toit pendant l’année qui vient de finir...

Mais la Crèche n’est pas seulement pour nous la joie et la douleur, elle est aussi le souvenir, l’actualité, l’espérance.

Un berceau, nous fait rêver de notre première enfance, il nous fait rêver de nos mères et des douches chansons avec lesquelles leur douce voix apaisait nos premières douleurs, endormait nos premières insomnies, rendait plus profonds nos premiers sommeils.. Mais cette voix, la Crèche nous la rappelle peu à peu, ces chansons elle nous les redit...
Ô bonheur : Cette mère, la Crèche nous la rend !
De la vue d’une Crèche date notre premier désir de possession, de sa possession notre première jouissance de propriété, et quelle jouissance !!! je le demande à mes contemporains : n’étaient-ils pas plus heureux, le jour où ils sont rentrés sous le toit paternel portant, fardeau bien lourd pour eux sur le « Cours » qu’ils ne le sont aujourd’hui, s’ils possèdent une de ces somptueuses villas, assises sur la plage arrondie de Montredon ou sur l’alignement à perte de vue du Prado ?

C’est à la Crèche aussi que les descendants des Phocéens doivent leurs goûts, leurs vocations, leurs aptitudes : c’est en élevant l’humble toit de l’étable de Béthleem, en faisant mieux que copier, en créant nous-mêmes le paysage qui environne cette étable, c’est sous l’impression de la poésie et de la musique des Noëls de la Crèche que nous devenons, les uns poètes ou musiciens, les autres peintres ou architectes. Qui le sait ?

C’est peut-être, grâce à ses Crèches que Marseille, compte au nombre de ses fils, des poètes qui s’appèlent Mery, Barthelemy, Joseph Autran, Gaston de Flotte, des musiciens tels que, Boisselot, Bazin et Maurel ; des peintres comme Papety, Barry, Ricard et Loubon. Qui sait encore ? C’est peut-être en achevant de dresser sa première Crèche, un « santon » (diminutif du mot provençal San qui veut dire Saint.) encore à la main que notre grand Puget s’est écrié, il y a 225 ans ; je serai peintre, architecte, sculpteur !

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A mesure que nous passons de la première à la seconde enfance, à mesure que notre intelligence se développe, les rôles changent entre la Crèche et nous. Elle avait prêté et on lui restitue ; elle avait semé et elle récolte ; elle avait donné la leçon et elle reçoit le devoir.

Tout ce qui frappe nos yeux, alors si clairvoyants, tout ce qui émeut notre cœur, alors si impressionnable, nous le confions à la Crèche, comme nous le confierons plus tard à la toile d’un tableau, aux feuillets d’un album, aux pages d’un livre.

Oui, comme je viens de le dire, c’est à la crèche, comme je viens de le dire, c’est à la Crèche que nous faisons notre première étude de dessin linéaire ou de paysage, notre première composition de géographie et d’histoire - histoire de notre ville natale, histoire de notre pays.

Quand Marseille n’avait pour arroser ses champs et pour alimenter ses fontaines que l’eau du ciel, que la pluie tombant ou devant tomber deux fois l’année, à un intervalle de six mois, en avril et en septembre. Quand elle ne possédait d’autres usines que des moulins à vent, très-nombreux, il est vrai, car le mistral lui, ne fait jamais défaut ; quand elle ne buvait d’autre lait que celui de ses chèvres et de ses brebis, et que le lait de sa vache était réservé pour les malades, à la porte desquels la bonne bête apportait elle-même le bienfaisant remède,
voici ce qu’était alors une crèche ; au-devant de l’étable, un petit espace couvert de sable, puis tout auprès des collines clairsemées de pins et d’oliviers, sous l’ombre brûlante desquels descendaient les personnages de tout âge et de toute condition, portant dans leurs bras, sur la tête ou sur les épaules, les présents divers destinés à l’Enfant-Dieu ; quelquefois dans un coin, une grotte à parois humides ; c’était, pour le rôle de l’eau, tout ce que pouvait inspirer à l’imagination la plus complaisante, les gouttes intermittentes que laissaient échapper les lions de la place Royale, les grenouilles des Allées de Meilhan et les Méduses du Cours...

Aujourd’hui que, grâce à un ingénieur d’un mérite si éminent, grâce à une dépense que n’avaient faite jusque-là que les états les plus puissants, Marseille a amené un fleuve à ses portes, le premier plan de la Crèche s’est élargi et étendu, la mousse figurant les prairies a remplacé le sable qui figurait au naturel de notre terre alors toujours sèche et altérée, le peuplier pointe hardiment où le pin gracieux arrondissait son dôme de verdure, des jets d’eau s’élancent à ’limitation du jet d’eau de notre plaine Saint-Michel qui a 60 mètres de haut et qu’on aperçoit de trois lieues en mer, et la dernière perspective, le couronnement de la plus haute colline, ce n’est plus un moulin à vent, c’est le troisième monument du globe, c’est notre pont-aqueduc de Roquefavour !

Et, il en est de même au point de vue historique ; quelle est la Crèche marseillaise qui en 1823 n’a pas eu son Trocadero, remplacé successivement par la casauba d’Alger et la demi-lune St-Laurent de la citadelle d’Anvers ? Quelle est celle qui n’aura pas cette année sa Tour Malakoff ?

Enfin, par la Crèche, enfants nous sommes devenus hommes, à la Crèche, hommes nous redevenons enfants. Pères, oncles, grands-oncles et grands-pères surtout nous avons commencé, pour nous faire aimer des fils de nos neveux et des enfants de nos enfants à leur apprendre : Ludere par, impar, equitare in arundine longâ

Quand vient l’âge de la Crèche, et il vient bien vite, c’est nous qui en posons la première pierre ; c’est nous dont la main attentive renouvelle l’eau du blé de la Sainte-Barbe et l’huile de la lampe dont l’un doit verdir et l’autre éclairer le devant de la Crèche jusques à la veille du jour de l’an : nous aussi dont la main encore assurée, allume chaque soir toutes les bougies à l’exception de la première que doit allumer le plus jeune de la famille ; c’est nous, enfin, que l’on consulte dans les cas embarrassants et qui sommes appelés à résoudre les questions difficiles.

Le 4 décembre jour de la Ste-Barbe on a coutume à Marseille de mettre des grains de blé dans des soucoupes avec de l’eau. On place ces soucoupes sur la cheminée et la chaleur fait bientôt pousser les grains. Ces soucoupes et la lampe sont placées sur le devant de la crèche et y restent du 25 au 31 décembre, sauf le moment du gros souper de la veille de Noël et du grand dîner du même jour ou lampe et soucoupes sont placées sur la table avec le dessert. Le peuple croit que si la lampe vient à s’éteindre le jour de Noël, la famille perdra un de ses membres dans le courant de l’année ; il croit aussi que lorsque le blé de Ste-Barbe pousse bien et conserve sa verdure, la récolte des champs sera belle, s’il jaunit, on s’attend à de tristes moissons. Après le jour de l’an, le blé de Ste-Barbe est planté dans la terre.

Qui a inventé les Crèches ? Qui les a introduites à Marseille ?

Saint-François d’Assise, comme on le voit dans les chroniques de son ordre, plein d’une dévotion profonde pour le mystère de l’Incarnation, construisit un oratoire, près de Grecio, le jour de Noël, et y représenta, le plus au naturel qu’il put, la nativité de notre Seigneur, après en avoir obtenu la permission du Saint-Siège. A cet effet, il avait fait choix d’une chétive étable tombant en ruines, et, pour lui donner plus similitude avec l’étable de Bethléem, il la garnit de mousse et de paille, puis il y plaça des figures de bois représentant la Vierge, saint Joseph, et l’Enfant Jésus entre un âne et un bœuf, conformément aux tableaux des anciens peintres qui se sont eux-mêmes inspirés de ces paroles du prophète Isaïe : le bœuf a connu son possesseur, et l’âne la Crèche de son Seigneur.- Cette Crèche fut d’abord fréquentée par un grand nombre de religieux qui venaient y faire leurs prières, et bientôt elle attira les paysans d’alentour qui, pour imiter l’allégresse des pasteurs de la Judée, les premiers adorateurs de l’Enfant-Dieu, se rendirent à la Crèche de Saint François au son de leur guitares.

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La Crèche où le Divin Enfant voulut être couché, au moment de sa naissance, a été apportée à Rome au VIIe siècle, et qu’on la voit encore dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, appelée aussi, pour ce motif, Sainte-Marie ad proesepe. Elle est enchâssée dans l’argent, avec deux anges à ses côtés qui ont été donnés à la basilique par Philippe II, roi d’Espagne.

La dévotion de Saint François eut bientôt des imitateurs, et ce fut la congrégation de l’Oratoire qui l’introduisit à Marseille où elle fut accueillie avec un assentiment, un bonheur universel. A la première Crèche des Pères de l’Oratoire succéda celle de la paroisse des Accoules ; puis ce furent St-Martin, St-Laurent, la Charité, les Observantins qui, tout à tout, inaugurèrent la leur ; enfin chaque foyer eut sa Crèche. Mais nos pères firent plus : sur la porte d’entrée de leur maison, ils établissaient une Crèche, puissant préservatif contre les dangers de la mer, dans l’invocation de celui qui commande aux vents et aux flots, heureuse diversion contre l’isolement des rivages lointains dans le souvenir des plus douces joies de la famille.

Quand vinrent les mauvais jours, la Crèche resta à l’abri du toit domestique jusque en 1803, où elle reparut avec le rétablissement du culte, à St-Martin, aux Grands-Carmes et à St-Laurent.

En 1806, Monseigneur de Cice ayant aboli les Crèches dans les églises par suite de quelques abus auxquels esses avaient donné lieu, des industriels eurent la pensée de spéculer sur le goût si prononcé des Marseillais pour la représentation de la naissance du Sauveur. De là les Crèches et les pastorales publiques qui, à l’époque ci-dessus indiquée sont arrivées à la nôtre, se multipliant d’années en années jusqu’à aujourd’hui, où elles s’élèvent au nombre de vingt pour la ville seulement sans compter celles de la banlieue.

Les Crèches, théâtres mécaniques dont les personnages sont des automates plus ou moins bien articulés, et les pastorales, vrais mystères, dont les personnages dont des acteurs plus ou moins habiles, rivalisent entre elles de hardiesse dans la création des anachronismes dont nous avons déjà parlé ; mais chacune reste sur son terrain et cherche à faire surtout de la couleur locale.

Ainsi la Crèche du quartier de nos pêcheurs, exhibe le Saint-Roch, bateau de « la santé » (intendance sanitaire), qui va annoncer la naissance du Messie aux vaisseaux en quarantaine aux îles de Pomegue et Ratonneau. La pastorale du quartier de la gare fait arriver les rois mages à Bethleem en chemin de fer ; la crèche voisine de la Canebiere et des rue Paradis et Saint-Ferréol, centre de notre industrie, montre le palais de l’Exposition Universelle !
Crèches et pastorales qui, si elles ont chacune leur caractère particulier et distinctif, se rapprochent pour démentir, par un accord tout à fait de bon goût, le reproche d’incivilité adressé à notre peuple, puisque par une tradition constamment observée, le français y est réservé aux habitants des cieux, aux purs esprits, aux anges, tandis que le provençal est abandonné aux humbles habitants de la terre ; crèches et pastorales, enfin qui se partagent la faveur de notre population et la voit accourir à leurs représentations (renouvelées jusque à quatre fois les jours de fête), par famille, par maison, souvent par rues entières.

Il se trompait donc, celui de nos compatriotes qui, il y a une dizaine d’années, mentionnait la crèche Marseillaise, dans un article qu’il intitulait « les usages qui s’en vont » ! Oui, il se trompait ; la congrégation de l’Oratoire qui a importé la crèche au milieu de nous, a disparu. Il ne reste plus que quelques ruines de l’église des Accoules, qui la première lui a donné asile dans nos murs, mais la crèche leur a survécu. Elle a bravé le temps qui dévore tout, et je la crois destinée à vivre longtemps encore.

Si les détails que je viens de donner ne suffisaient pas, j’en trouverai une preuve de plus dans les 18.000 santons qui se sont vendus cette année à la foire du Cours, la meilleure qui ait eu lieu depuis bien longtemps, me disait le doyen de cette foire spéciale, celui qui depuis quarante ans en occupe la première baraque. Et si la crèche, représentation matérielle et palpable de la nativité du Sauveur devait jamais disparaître, elle resterait encore, sous le même nom, l’image la plus douce, le symbole le plus touchant de ce mystère d’amour, de dévouement de charité. – Voyez : la Crèche ne se présente-t-elle pas à l’entrée de ce vaste édifice que la charité ingénieuse, si prévoyante, de nos jours, a élevé pour y donner asile, soulagement, consolation à toutes les misères humaines ? N’est-ce pas à la Crèche que la Sœur de Saint Vincent de Paul commence sa sainte mission ? N’est-ce pas à la Crèche, dans la couche où elle le dépose, sur ses bras où elle le berce, que l’enfant du pauvre continue à recevoir ses soins, ses caresses, qui lui feraient défaut pendant de si longues heures du jour sans cette seconde mère ? Seconde mère qu’il retrouvera vingt ans plus tard, aussi tendre, aussi dévouée, aussi admirable dans les choses suprêmes qu’elle le fut dans les choses infimes, lorsqu’il tombera sur la terre étrangère, frappé d’un plomb mortel, ou victime du fléau indien.

Auguste Laforet, Revue de Marseille, AD des HA, N° 1 - 1856.

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