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Jeanne Bardey, dernière élève d’Auguste Rodin (7e épisode)

De la Grèce aux bas-reliefs de l’Hôtel des postes


jeudi 10 avril 2014, par André Vessot

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Après plusieurs mois de silence, nous poursuivons la biographie de Jeanne Bardey, pour une période (1934-1938) essentiellement lyonnaise. La réussite artistique n’a pas émoussé son élan, à plus de 60 ans elle sculpte les personnalités de sa ville natale et s’apprête à apporter sa contribution aux bas-reliefs du tout nouvel Hôtel des postes. Suivez moi dans cette nouvelle étape.

- Pour lire les précédents épisodes

Les sources se font plus rares, heureusement quelques lettres des amis de Jeanne me permettent d’alimenter cette biographie [1]. En cette fin d’année 1934 le mariage de Marina de Grèce avec le duc de Kent est un événement largement relaté par la presse quotidienne. Pour cette occasion Jeanne a décidé d’offrir à la princesse une statue de son père Nicolas de Grèce.
Permettez à votre humble artiste de venir s’unir à tous ceux qui vous admirent et expriment du grand bonheur qui arrive à la princesse Marina. Nous en sommes profondément émus et joyeux. C’est un magnifique couronnement pour votre grande famille Dieu vous a récompensé de vos sacrifices acceptés avec tant de grandeur ... J’espère que votre grandeur voudra bien me permettre d’offrir à la princesse Marina un exemplaire du portrait que j’ai eu l’honneur de faire de son cher père. Que le Seigneur garde en bonheur et en santé son altesse royale la princesse Marina de Grèce et aussi tous les êtres qui lui sont chers. C’est le vœu que forme du fond de son cœur sa toute dévouée statuaire et sa fille Henriette. [2]

Le buste prend la poudre d’escampette

Le 29 novembre le Salut Public titre « Ce matin a été célébré le mariage de la princesse Marina et du duc de Kent. Une foule enthousiaste a salué le couple princier au retour de Westminster où l’archevêque de Canterbury a béni leur union ». J’imagine que Jeanne a suivi cet événement dans la presse. Cependant elle ne se doute pas que le buste en bronze n’est pas arrivé à temps. Dans une lettre que lui envoie Nicolas de Grèce [3] elle apprend que le buste ne figurait pas à l’exposition des cadeaux offerts à son altesse royale la princesse Marina. Celui-ci a pourtant été remis le 20 novembre par Monsieur Rudier, fondeur.

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Jeanne Bardey, buste de Nicolas de Grèce (Photo collection privée)

Jeanne remue ciel et terre pour en retrouver la trace, comme elle l’exprime dans une lettre à la Duchesse de Kent : Permettez à votre attristée sculpteur de venir vous offrir ses vœux les plus sincères pour votre bon Noël. Je ne sais assez exprimer ma douleur à son altesse de la perte du buste de son altesse royale le prince Nicolas. J’ai fait tout ce qui était dans mon pouvoir pour qu’il parvienne en temps voulu. Le buste arrive enfin chez la duchesse de Kent le 5 janvier 1935. Quel chemin a-t-il suivi, nul ne le sait ?

« L’Oranaise » de grande allure

En octobre 1935 Jeanne Bardey reçoit de Nicolas de Grèce une lettre plus anecdotique mais qui nous permet d’approcher un autre aspect de la personnalité de l’artiste lyonnaise. J’accepte avec plaisir le titre de membre d’honneur de votre société féline à laquelle vous vous intéressez toutes les deux ; l’adjectif que j’emploie ne s’applique bien entendu qu’aux charmants hôtes que nous chérissons et non pas aux sociétaires qui en assurent la protection [4]. Lors d’une rencontre en juin 2012, Madame G ... [5] m’a confirmé que Jeanne et Henriette avaient 4 chats, dont 1 siamois et 2 persans, rue Robert ils étaient les rois et jouissaient d’une très grande liberté. Bien entendu ils servaient aussi de modèles pour l’artiste, comme l’illustre bien la photo ci-dessous de la tête de chat en terre cuite.

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Jeanne Bardey, Tête de chat (Musée des arts décoratifs, photo Sylvain Pretto)
Moulage en terre cuite (Inventaire Bardey 214)

En 1936, Jeanne est présente au salon de printemps de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts avec 2 sculptures en terre cuite : « Son Altesse royale le prince Nicolas de Grèce » et« Ma fille ». Le Salut Public parle d’un joli buste de Madame Bardey mais dans un éclairage qui ne l’avantage pas [6]. A la même époque elle honore une nouvelle fois le salon de la Société des femmes artistes modernes. Le Matin en rend compte dans son édition du 3 mars 1936 : Ce salon féminin, tant pour son homogénéité que par la qualité des œuvres exposées, est en progression très marquée sur ses devanciers ... Dans la sculpture notons l’Oranaise de grande allure de Madame Bardey ... Je n’ai hélas pas retrouvé la trace de cette œuvre, qui est probablement conservée dans une collection privée.

Dans le cadre de ses relations avec les personnalités lyonnaises, une lettre de la chambre des députés a attiré mon attention, elle reçoit une invitation à déjeuner le 12 mars 1936 avec Monsieur et Madame Justin Godart, dont notre artiste a croqué le portrait [7].

Justin Godart, un gone humaniste



Faute d’informations précises sur les relations entre Jeanne et Justin Godart, je ne peux que constater les nombreux points de convergence qu’ils avaient entre eux. Radical socialiste, Justin Godart était un proche d’Edouard Herriot, mais à l’inverse du maire de Lyon il avait l’avantage d’être natif de cette ville. De plus il avait des convictions sociales très fortes qui se traduisaient dans son action politique, et ses prises de position devaient plaire à Jeanne. Ainsi je note qu’ il avait présenté en 1923 un projet de loi sur le vote des femmes. Et puis cette même année, rappelons-nous de ce monument du jardin des plantes sculpté par l’artiste lyonnaise (voir la 5e partie) ; n’étais-ce pas Justin Godart qui était le président du comité pour l’érection de ce monument à la coopération et à ses fondateurs lyonnais et qui présidait aussi le groupe de la coopération à la chambre des députés.

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Justin Godart (source Gallica)



Une plaque commémore le lieu où il a vécu, au 46 du quai Saint-Vincent, presque en face d’une fresque célèbre « le mur des lyonnais ». La municipalité de Gérard Collomb a rendu hommage à ce gone humaniste, défenseur moderne de « la veuve et de l’orphelin » et grand Lyonnais, en donnant son nom au salon d’honneur de l’Hôtel de ville.

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Plaque commémorative Justin Godart (Photo collection personnelle)



Pour en savoir plus sur Justin Godart vous pouvez lire cet excellent article de Bruno Benoit.

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Querelles de vieux amants ...

Après ce petit détour retrouvons François Guiguet, je vous avais parlé dans le 6e épisode de son très beau portrait d’Henriette, qui lui a valu le prix Paul Chenavard. Il habite à Lyon depuis quelques années et réside 8 cours Lafayette chez sa belle-soeur Emilie Champetier, veuve de Joanny Guiguet. Les lettres de Jeanne sont donc plus rares, car elle lui écrit uniquement lorsqu’elle voyage.

Madame Bardey est une fort belle femme et Guiguet en est amoureux au grand dam de ses nièces de Corbelin, Angèle et Marie, qui nommaient les dames Bardey sous le sobriquet « les folles de la rue Robert ».

Il a 76 ans, elle 64 ans, mais cela ne les empêche pas de se quereller comme de vieux amants [8], cette lettre en témoigne :

Votre lettre m’attriste vivement. Comment avez-vous pu croire un instant que votre présence n’était pas désirable ? Loin de moi une pareille pensée ! Je me le reprocherai toute ma vie car je ne pourrai oublier combien vos conseils m’ont été salutaires et toujours votre pensée est à mes côtés lorsque je dessine et même lorsque je vois de belles choses. Nous sommes à Paris ; mais rarement chez nous. Mon travail se fait en dehors. Je serai très heureux de vous voir, mais vers la nuit …
A bientôt j’espère avoir le plaisir de vous voir et de dissiper les nuages causés par mon violent caractère.
Votre dévouée et reconnaissante
 [9]

Au mois d’octobre de cette même année François Guiguet est opéré à Lyon d’une occlusion intestinale par le professeur Paul Santy, il part en convalescence à Corbelin, dans son village natal. Emile Beaussier, président de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts, lui adresse ses voeux pour l’année 1937 : mes collègues et moi sommes très affligés de vous savoir souffrant ces temps derniers. Nous souhaitons bien vivement un complet rétablissement de votre santé. Acceptez mes souhaits les plus respectueux pour 1937 [10].

La ville d’Athènes a bien changé ...

Nous terminons l’année 1936 avec Nicolas de Grèce, dans une lettre à Jeanne il évoque le retour dans son pays après 14 ans d’exil.
… mes souhaits les plus cordiaux pour vous-même et votre charmante Koré [11].
Notre fille Marina a donné le jour à une charmante petite fille le jour même de Noël. Grâce à Dieu la mère et l’enfant se portent à ravir. Nous sommes heureux de la venue de cette petite fille, la deuxième de son sexe et le sixième de la lignée de nos petits enfants. Cela ne me rajeunit guère.

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Jeanne Bardey, La Koré d’Athènes
Extrait de « Sous l’olivier » d’Edouard Herriot
Edition de 1932 (Archives Varille)

Nous venons de passer un mois à Athènes où j’ai souvent pensé à vous. Vous pouvez facilement concevoir mon émotion poignante de revoir mon beau pays après 14 années d’absence !! Vous dépeindre la beauté d’Athènes, son ciel et sa lumière cristalline, serait superflu ! J’en garde encore le souvenir dans les yeux et la nostalgie dans l’âme. J’ai revu mon Parthénon et ses marbres dorés et j’ai fait un effort pour retenir mes larmes. J’ai visité à plusieurs reprises notre pauvre musée et suis resté en extase devant ses trésors incomparables dont un grand nombre m’était inconnu. Tout cela m’a profondément remué et je n’ai pu m’empêcher de faire la réflexion que le monde serait bien plus beau si l’on s’occupait davantage des joies que nous procurent les arts que de faire de la mauvaise politique.
Je trouve la ville d’Athènes bien changée … malheureusement pas toujours à son avantage. Il y a beaucoup de nouvelles choses dignes d’éloges mais hélas il y a aussi beaucoup de laideurs et de fautes de goût qui ne font pas honneur à ceux qui se disent les descendants de Phidias et de Praxitèle ! A quoi sert de se vanter de ses ancêtres si l’on ne fait rien pour suivre dans leur pas ? Avez-vous donc décidé de quitter Paris définitivement ne pouvant plus résister aux attraits de Lyon …
 [12]

Dernière correspondance avec François Guiguet

En février 1937, Jeanne envoie une carte à François Guiguet. où elle évoque les bas-reliefs qu’elle va proposer pour l’hôtel des postes, ce sera probablement la dernière car la santé de l’artiste se dégrade : J’espère et souhaite que votre santé se raffermisse de jour en jour et que seul le beau travail vous occupe. Je viens vous demander de bien vouloir faire prendre les toiles que j’ai en dépôt chez moi. On me demande mon atelier pour la présentation des travaux de trois sculpteurs pour l’hôtel des postes. Ce n’est pas que je trouverai de la place pour les mettre ; mais je crains un accident dans ce remue-ménage. J’espère avoir bientôt votre visite et pouvoir vous montrer nos projets de bas-reliefs. Nous travaillons avec ardeur.
Nous vous envoyons toutes deux tous nos meilleurs souvenirs. Votre fidèle élève
 [13]

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Jeanne Bardey, esquisse d’une sculpture pour les bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo Archives Varille)

Je ne pense pas que Jeanne ait montré ses projets de bas-Reliefs à François Guiguet. Toujours est-il qu’elle passe à leur réalisation avec sa fille Henriette. Au mois d’août « Le Salut Public » fait état de l’avancement des travaux du nouvel Hôtel des Postes. Il évoque les 24 bas-reliefs ornant les piliers des 3 portiques d’entrée, qui rappellent les trois époques de l’histoire lyonnaise. Ils ont été réalisés par 6 sculpteurs : Georges Salendre et Jean Dulac (la cité gallo-romaine et au moyen-âge), Jeanne et Henriette Bardey (Lyon de la Renaissance), MM Renard père et fils (Lyon moderne).

Le même numéro du « Salut Public » fait part du décès de l’humaniste lyonnais Joseph Serre, grand poète, philosophe chrétien et homme de bien, c’était aussi un ami de notre artiste. Voici l’un de ses poèmes évoquant son enfance dans le parc de Grange-blanche à la Demi-Lune [14] :

Comme tout était beau ! Comme tout était grand !
La lumière partout ruisselait à torrent ;
Les bulles de savon, splendides et profondes volaient
Et comme Dieu, l’enfant faisait des mondes !
Avec ma grande sœur et ma petite sœur,
Entre elles deux souvent, j’errais dans la douceur,
Des longs mois de printemps de notre Demi-Lune.
On priait lentement la Vierge au clair de lune,
Dans la grâce du mois de Marie et des fleurs.
Mes vers sont le reflet de ces printemps meilleurs.

L’adieu au maître

Quatre semaines seulement se sont écoulés qu’une autre mauvaise nouvelle tombe, le décès brutal de François Guiguet le 3 septembre 1937, alors qu’il était encore au travail. « Lyon-Républicain » s’en fait l’écho : Le monde des arts et des amateurs éclairés apprendra avec peine le décès à Corbelin, son pays natal, de l’excellent maître François Guiguet. [15]

Les funérailles ont lieu le 6 septembre dans l’église de Corbelin. En pleine période de vacances la plupart des membres du comité étaient absents de Lyon et beaucoup ne connurent cette triste nouvelle qu’à leur retour.
Cependant quelques artistes, parmi lesquels les peintres Léon Garraud, F. Guillermin, André Jacques, Léon Junique, E. Wegelin, le sculpteur Edouard Descamps, l’accompagnèrent et lui rendirent les honneurs funèbres.
Avec eux, toute la population de Corbelin qui vint défiler devant le cercueil de celui qu’elle estimait comme un grand artiste et un homme de bien.
Monsieur Léon Junique au nom de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts, dans une émouvante improvisation, adressa un dernier adieu à ce grand confrère disparu et su dire à sa famille la part profonde que nous prenons tous à leur deuil.
 [16]

Le lendemain des funérailles un groupe d’amis de Guiguet écrit un éloge dans « le Salut Public ». L’art de Guiguet, délicat et savant tout en science et tout en profondeur, le situait parmi les grands maîtres dont il avait été le disciple attentif et aimé : Ravie, Puvis de Chavannes, Degas, Chialiva.
Dans quelques traits dont il avait le secret, comme dans ses portraits longuement étudiés, il extériorisait et exprimait toute une vie intérieure.
Sa renommée comme dessinateur et portraitiste s’étendait au monde entier. Ses œuvres empreintes de perfection et de grâce intime ornent nos principaux musées. Deux de ses toiles figurent au Musée de Lyon [17]. Guiguet avait été élève de l’école des Beaux-Arts de Lyon. Il était membre de la Commission des Musées.
François Guiguet n’était pas seulement un artiste hors rang, la haute tenue de son esprit le mettait malgré son excessive modestie au nombre de ces hommes rares, qui par l’influence de leur caractère et de leur pensée sont les maîtres spirituels d’un pays.
 [18]

Vingt ans après le décès de Rodin, Jeanne perd son autre maître et son ami fidèle depuis 30 ans. Je n’ai hélas trouvé aucun document ni témoignage permettant de connaître les sentiments de notre artiste, mais je pense que cela a dû être une dure épreuve.

Mort du prince Nicolas de Grèce

Jeanne Bardey continue de correspondre avec Nicolas de Grèce pour lui proposer ses services ou, s’adressant au peintre Nicolas Leprince, pour le conseiller. Je vous présente le brouillon d’une de ses lettres : J’aimerais mettre mon travail à votre disposition, c’est là ma seule manière de manifester mes sentiments d’admiration et de dévouement. Puisque son Altesse Royale la duchesse de Kent est heureuse de posséder le buste de son père, il me semble qu’à côté de ce buste paternel celui de son altesse royale la princesse Hélène est tout indiquée et je pense peut-être à tort que son altesse royale a plus de loisirs à Belgrade qu’elle n’en a à Paris. Dans ce cas je serais toute décidée à entreprendre ce beau travail. Par la même occasion je pourrais aussi faire un portrait de votre petit-fils. Vous savez que les voyages ne m’effraient pas ... [19]

Je n’ai retrouvé ni la trace d’un éventuel voyage à Belgrade, ni celui de la réalisation d’un buste de la princesse Hélène. Par contre elle a envoyé à la princesse Olga un buste de son père bien aimé  [20]
En décembre 1937 Nicolas de Grèce répond aux vœux de Jeanne, occasion de parler de ses projets et de la remercier pour ses conseils artistiques. Il va partir en Grèce pour le mariage de son neveu. Hélas fin janvier 1938 sa santé se dégrade et cause de vives inquiétudes à son entourage, comme le confirment plusieurs communiqués parus dans la presse. Un bulletin de santé indique que le prince Nicolas souffre de troubles circulatoires [21]. Tous les quotidiens annoncent son décès survenu dans la matinée du 8 février.

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Funérailles de Nicolas de Grèce (Gallica, Le Matin du 16/02/1938)

En même temps que le prince Nicolas de Grèce, le peintre Nicolas Leprince vient de s’éteindre. Car l’un et l’autre ne faisaient qu’un. Cette double identité était connue des gens avertis. Mais lorsque le prince Nicolas commença d’exposer, à Paris et à Londres, personne ne savait qui était cet artiste inconnu dont on admirait, et dont on achetait les paysages et les portraits.
Le Prince Nicolas était un parisien de longue date. Bien avant que l’exil ne l’obligeât de se fixer à Passy, il faisait de longs séjours chez nous. Dans ses mémoires, publiées à Londres, il a d’ailleurs célébré les charmes de Paris : « Paris, écrivait-il, à quelques saisons et en n’importe quelles circonstances qu’on y revienne, reste éternellement la ville du charme et de la beauté, d’une vitalité que rien n’abat, où l’air même qu’on respire monte à la tête comme du champagne. »
 [22]
Les funérailles du prince Nicolas de Grèce ont lieu le samedi 12 février à Athènes.

Une dizaine de jours plus tard se tient à Paris, Faubourg St Honoré, l’exposition du Cercle de l’Union Artistique. A la galerie de portraits qui sont présentés s’ajoutent quelques paysages, comme ceux de Grèce, fort délicats, du regretté prince Nicolas de Grèce, père de la duchesse de Kent, qui vient de mourir ... [23]

1938, dernier salon de printemps

Après cette succession de mauvaises nouvelles, Jeanne participe à son dernier salon de printemps où elle expose le buste en terre cuite de François Guiguet, une façon de lui rendre hommage. Luc Roville en rend compte dans le « Salut Public », j’en reprends de large extraits qui mettent en valeur les leçons du peintre dauphinois, telle que les a assimilées Jeanne au cours de ces 30 années.

Ce salon a une excellente tenue, meilleure, m’a-t-il semblé, que les précédents. Il est bien agencé ; les œuvres intéressantes sont mises en valeur ; les autres (et il n’en manque pas plus qu’aux autres) discrètement écartées. Il faut en attribuer le mérite au comité d’organisation et particulièrement à l’actuel président, Monsieur Beaussier.
Il se place sous le patronage du Président Herriot, puisque le visiteur est accueilli dans le salon d’honneur par son buste puissamment modelé par madame Bardey et puisque tout auprès, une vitrine présente quelques pages du manuscrit de son livre « Sous l’olivier » ...

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Jeanne Bardey, Buste d’Edouard Herriot, Lyon, 1937 (© Lyon, Musée des Arts décoratifs, photographie Pierre Verrier)
Moulage en plâtre (inventaire Bardey 53)

Ce salon présente une importante rétrospective du peinte Guiguet, décédé l’année dernière. Il est très bien que cette exposition soit faite au salon de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts : c’est là qu’elle a tout son sens et toute sa valeur éducative. Cette société groupe en effet les artistes de tendances plus traditionnelles, les plus portés au classicisme. Mieux que des disciples de Matisse, Derain ou Picasso, ils peuvent entendre les leçons d’un Guiguet et c’est surtout pour eux que ces leçons peuvent être bienfaisantes ...

La leçon de Guiguet est d’abord une leçon de vie : il a choisi ses modèles autour de lui, il les a peints comme il les voyait dans leurs aspects familiers, dans leurs habitudes quotidiennes et ainsi est-il arrivé à réaliser les images les plus saisissantes de l’enfance, de l’adolescence, de la jeunesse. tels portraits de jeunes filles ont un charme profond et une vérité qu’on a pas dépassée.

Il est toujours resté simple, ennemi de tout clinquant, ne cherchant jamais à séduire par autre chose que la vérité des formes et l’expression des sentiments ; et il n’a a jamais oublié qu’une toile est d’abord une surface, qu’elle doit le rester et qu’on doit bannir ces trompe-l’œil qui lui font des trous ou des saillies. Cet horreur du faux éclat est aussi une utile leçon pour ces peintres qui, par des empâtements ou d’autres artifices, s’efforcent de faire sortir le modèle du cadre comme si le cadre n’était pas la limite et la saillie principale au delà desquelles rien ne doit s’avancer.

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Jeanne Bardey, Buste de François Guiguet (Photo collection privée)
Terre cuite (Salon de printemps 1938 de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts)

Mais aux artistes qui lui conservent encore du respect, Guiguet enseigne surtout ce qu’est le dessin : une chose souple, pressante, variée, qui pénètre partout, ne néglige rien mais en même temps s’adapte, s’atténuant ou disparaissant au besoin dans l’ombre ou dans la grande lumière. C’est une joie de suivre ses traits et de voir avec quelle légèreté et quelle exactitude il dessinait une bouche, un œil, une main. L’effort n’est pas apparent ; on sait pourtant avec quel soin et quelle lenteur il conduisait ses ouvrages : un portrait n’était définitif qu’après plusieurs années et parfois, la mort refusait au modèle d’accorder un si long délai.

Les qualités de cet art sont profondes et durables : l’œuvre de Guiguet ne périra pas dans l’estime des hommes [24].

Luc Roville note aussi, pour la sculpture, que Les bustes de Madame Bardey [25] sont traités avec un souci de vie et de vérité selon la leçon de Guiguet, dont elle a fait l’image.

Jean Zay au salon des Femmes Artistes Modernes

Le 14 mars 1938 s’ouvre le salon des Femmes Artistes Modernes à la galerie Charpentier, 76 rue du Faubourg Saint Honoré. « Le Matin » en fait une critique très élogieuse : Ce salon est, sans contredit, l’exposition la plus représentative, la plus complète de la peinture féminine moderne. Il fait montre, même, cette année, d’une qualité et une dignité plus grandes que ces devanciers ...  [26]. « Le Temps » évoque le portrait de Rodin dû au talent de Mme Camille Claudel. [27]

Louis Vauxcelles, dans « Le Monde illustré », note que Les Femmes Artistes Modernes groupe sans contredit le dessus du panier des palettes féminines. Et il faut, avant de nommer les principales exposantes réunies à l’hôtel Charpentier, par les soins de l’éminente et inlassable présidente Marianne Camax-Zoegger, féliciter cette dernière de n’avoir oublié personne, j’entends personne des femmes de talent ... Ce qui est certain, c’est que, des cent vingt-cinq envois, il en est bien peu qui soient médiocres et la sélection a été soigneusement filtrée ... L’essentiel ici est que les femmes peintres contemporaines ont enfin compris que leur mission n’est pas de refléter la technique, le sentiment et le faire du professeur avec lequel elles ont travaillé, mais d’être enfin elles-mêmes, sans postiche ni assimilation. Pendant bien longtemps en effet, avant que n’eut lieu, au cours des transformations sociales, l’émancipation de la femme, les « peintresses » et les « sculptrices », même les plus brillantes, appelaient invinciblement la comparaison avec le peintre masculin qui avait guidé leurs débuts ... Même la grande Camille Claudel, de qui Mme Camax-Zœgger a eu la pieuse pensée de montrer une œuvre chez Charpentier, n’est pas sans avoir subi la formidable emprise de Rodin ... Parmi les sculpteurs Mmes Anna Bass, Annette Champetier de Ribes, Jeanne Bardey, Marie-Louise Bar, qui font cortège à la grande Camille Claudel. [28]

Le samedi 19 mars, Monsieur Lebrun, président de la République, accompagné de Jean Zay, ministre de l’Education Nationale et des Beaux-Arts, honorent ce salon de leur visite. Dans un livre publié en 2006, Marie-Jo Bonnet rappelle cet événement : Quelle belle reconnaissance par le front populaire du travail collectif des femmes artistes modernes qui ont réussi à rassembler pendant presque dix ans une soixantaine d’artistes parmi les plus importantes de l’entre-deux-guerres. Dans le climat de double morale esthétique qui régnait alors, c’est un tour de force d’avoir réussi à montrer ces œuvres au public, en constituant une sorte de force collective qui atteste d’une réalité, d’une vitalité et d’un regard autre qui a également droit de cité. [29]

Le nouvel Hôtel des postes est bientôt fin prêt pour les festivités d’inauguration, mais auparavant replongeons nous dans l’histoire de l’Hôpital de la Charité, en remontant au 17e siècle.

A l’origine de la Charité ...



L’hôpital de la Charité a pour origine l’Aumône générale, institution de bienfaisance fondée en 1533 par de riches donateurs à la suite d’une famine persistante.
Devant faire face à l´afflux des mendiants en ses murs, la municipalité de Lyon se résigne la première à décider, en 1614, la fondation d´un hospice destiné à les héberger, désigné sous le nom d´hôpital de la Charité ... Si l´institution est au départ un refuge pour personnes déshéritées mais saines de corps, elle devient rapidement un « hôpital général », en particulier lors des épisodes d´épidémies.

Le plan de la Charité est en damier. La disposition de ce plan sert à la séparation des locaux pour les hommes, les femmes, les nourrices, les infirmes, les « renfermés », les orphelins et des locaux destinés à l´entretien. Ces différentes catégories de population amènent à une multiplication des corps de bâtiment dont la Charité offre très tôt le modèle. Le quadrilatère qui ferme les quatre cours est utile à la promenade.

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(Source : wikipédia)



Le premier bâtiment est édifié grâce au don de Jean Sève de Fromente, président des trésoriers de France de la Généralité de Lyon. La première pierre de ce bâtiment est déposée le 16 janvier 1617, avec l´inscription « Notre-Dame de la Charité ». De nombreux donateurs permettent à l´édifice entier d´être achevé en 1633 ... il se présente sous la forme d´un rectangle comprenant quatorze bâtiments.

La chapelle de la Charité est construite sur le côté nord-ouest de la parcelle. Elle est rattachée à la paroisse Saint-Michel. La première pierre est posée le 8 décembre 1617 ... mais en réalité, la construction ne commence qu´en 1620.

Le clocher, réalisé en 1666 par le maître maçon Jacques Abraham dit « La Liberté », est une tour de plan carré, surmontée d´une haute lanterne de deux étages de forme octogonale, bordée de bossages, couronnée d´un dôme à huit pans couvert en tuiles-écailles vernissées noires et se situe sur le collatéral nord. Il remplace un « clocheton » démoli en 1647 pour cause d´instabilité.

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La chapelle de la Charité (Archives Municipales de Lyon - 4FI_1028, carte postale)



Je ne rentrerai pas dans tous les détails des transformations de la Charité au XVIIIe et XIXe siècles, vous pourrez vous reporter pour cela au document complet de l’inventaire.

La deuxième moitié du XIXe siècle permet la transition de l´hospice en hôpital. Cette spécialisation infantile et maternelle est intégrée à la politique des hôpitaux lyonnais. Une clinique, un service gynécologique sont créés et le service des enfants malades (initié en 1856) prend de l´ampleur. Sous l´impulsion d´Albertin, médecin, un pavillon gynécologique de deux étages est réalisé. A l’inverse, l´Antiquaille devient centre des vénériens, le Perron, celui des incurables, la Croix-Rousse et l´hôtel-Dieu se partageant les adultes. Malgré cela, les femmes mariées restent à l´hôtel-Dieu et les filles-mères, à la Charité. Le départ des vieillards au Perron ne s´effectue définitivement qu´en 1913, permettant l´extension de la clinique infantile, d´accouchement et de gynécologie.

De la démolition de l’hôpital ... à la construction de l’Hôtel des postes



Au début du XXe siècle l’avenir de la Charité est menacé pour des questions d’hygiène et de vétusté des lieux ainsi que de surpopulation infantile.
La revue Lyon médical du 1er novembre 1903 insiste sur la vétusté des deux hôpitaux : « Quant à l´hôtel-Dieu et à la Charité, ils sont un anachronisme, ils sont le type de l´ancien hospice ; ils ne peuvent être transformés en hôpitaux modernes. Leur situation en pleine ville les condamne ; ils seront tôt ou tard appelés à disparaître. Alors, si après la désaffectation de l´hôtel-Dieu, on doit procéder à celle de la Charité, pourquoi faire les frais d´un transfert ! ».
En 1908, à la suite d´une visite à l´hôpital de la Charité, le Maire décide de désaffecter ce lieu pour éradiquer les infections contagieuses et palier le manque d´aération.
C’est à cette même période que la ville de Lyon décide d’acquérir un terrain à Grange Blanche pour servir à la création d’un nouvel hôpital sur la rive gauche du Rhône. [30]

Lors du conseil général du Rhône du 7 mai 1921, Edouard Herriot institue une commission pour examiner la désaffectation de la Charité ... De nombreuses associations de défense de cette structure tentent d´en sauver une partie : la chapelle et son clocher. Pour cela, ils livrent un véritable combat au moyen de pétitions.

Je passe sur les nombreuses péripéties et les différents projets pour « la meilleure utilisation des terrains devenant libres par la suppression de la Charité » .

Le 9 avril 1934, les Hospices de Lyon cèdent l´immeuble de la Charité à la Ville de Lyon pour qu´elle en fasse don à l´Etat pour l´hôtel des Postes.

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Démolition de la chapelle et de son clocher 1934 (Archives Municipales de Lyon - 2PH31, Lachassagne photographie)



La démolition de la Charité commence le lundi 6 août 1934 ... La chapelle, épargnée par la première vague de démolition, est détruite par la suite, faute d´espace pour la construction de l´hôtel des Postes par l´architecte Michel Roux-Spitz ; mais aussi à cause du tracé de la rue de la Charité ...  [31]

Quelques Lyonnais réagissent pour défendre le clocher. Une pétition obtient 9 000 signatures et Edouard Herriot, le maire, cède. Le clocher est sauvé [32]

Michel Roux-Spitz (1888-1957), l’architecte de l’Hôtel des postes, en plein accord avec le Président Edouard Herriot, s’impose une architecture de discipline, permettant d’allier le caractère sévère des grands immeubles de Bellecour, édifiés à l’époque du Consulat, éléments essentiels de cette partie du paysage lyonnais, à l’esprit d’hygiène et de pureté des lignes de l’architecture française contemporaine.

A l’intérieur l’immense fresque (d’une longueur de 54 mètres) du peintre lyonnais Louis Bouquet chante le rayonnement mondial de la ville de Lyon. Au centre figure symbolique de la ville de Lyon reliée, par une évocation des ondes, à toutes les parties du monde avec lesquelles elle échange idées et produits. A gauche le Rhône, à droite la Saône avec sa poésie et ses coteaux aux crus réputés.

24 bas-reliefs évoquant l’histoire de Lyon exécutés dans la pierre dure d’Hauteville formant encadrement en tableau des trois baies centrales du hall du public. Un éclairage par lentilles, en haut des baies, les met en valeur la nuit. Les huit motifs de la baie centrale, confiés à Me et Mlle Bardey, évoquent le XVIe siècle lyonnais. Des motifs de sculpture traités en haut relief ornent les clefs des diverses portes. De part et d’autre du hall du public le commerce et l’industrie par Me Bardey [33].

La renaissance à Lyon vue par les Dames Bardey

Résumer le XVIe siècle à Lyon en 8 bas-reliefs n’était pas chose facile, Jeanne et sa fille Henriette ont su en saisir l’essentiel. J’ai repris quelques notes tirées de « Histoire de Lyon et du Lyonnais » afin de présenter les différents thèmes qu’elles ont abordés.

La peste à Lyon - Lyon a vécu dans la hantise de la « contagion », le mot recouvrait les épidémies les plus diverses : grippes, scarlatine ... et la peste bubonique, la plus redoutable de toutes. L’obsession de la peste ne s’est guère relâchée. Les alertes furent nombreuses « 1481, 1497, 1520, 1551, 1564, 1577, 1581 ... » L’on exigeait des certificats de santé de ceux qui venaient de lieux suspects, tandis que les marchandises étaient mises en quarantaine. Rien ne préparait mieux l’entrée de la peste et son développement dans la ville que la guerre, qui multipliait les allées et venues des soldats, les disettes qui rendaient la population pauvre très vulnérable, les étés chauds et humides. La conjonction de ces facteurs a fait la gravité exceptionnelle des deux plus grandes pestes qui frappèrent Lyon : celle de 1564 et de 1628 ... Ambroise Paré, chirurgien du roi Charles IX, a laissé un vivant témoignage de l’épidémie dans son « Traité de la peste » publié en 1568 ...  [34]

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Jeanne et Henriette Bardey, bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo collection personnelle)
La peste à Lyon

Rabelais, la médecine - Les hôpitaux du Moyen Âge étant de petite capacité d’accueil, les échevins de Lyon, dont Gadagne et Symphorien Champier [35], décidèrent de construire un grand hôpital, sur les lieux de l’actuelle chapelle : c’est l’Hôpital de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône ou Grand Hôtel-Dieu. [36] François Rabelais, venu de Montpellier en 1532 et séjournant jusqu’en 1536, médecin à l’Hôtel-Dieu, ami des lettrés et des libraires ... publie en 1532 « Les horribles et épouvantables faicts de Pantagruel ». [37]

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Jeanne et Henriette Bardey, Bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo collection personnelle)
Rabelais et la médecine à Lyon

L’imprimerie - L’apparition de l’imprimerie à Lyon dès 1473, trois ans seulement après Paris, tient avant tout à des conditions économiques exceptionnellement favorables. Son initiateur, Barthélemy Buyer, fils et frère de juristes alliés à des familles marchandes, saisit le parti à tirer des foires : Allemands amenant leurs techniques, Italiens et autres « gros marchands » assurant des débouchés, Lyon pouvait devenir un centre de production et de diffusion d’ouvrages. Pari gagné : dès avant la fin du XVe siècle, ses cinquante « impresseurs de livres » plaçaient la ville au troisième rang en Europe par le nombre de ses éditions ... [38]

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Jeanne et Henriette Bardey, bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo Charles Maxence Gelin)
L’imprimerie

La banque, le commerce - Lyon organise quatre grandes foires par an qui se tiennent à la fête des rois, à Quasimodo, le 2 août et à la Toussaint. L’essor de ses foires internationales, l’arrivée des grands marchands-banquiers étrangers font de Lyon l’un des principaux centres européens du grand commerce et de la banque ... L’année 1466 vit la banque des Médicis transférer sa succursale de Genève à Lyon ... A son exemple les étrangers affluèrent. Florentins, Gênois, Lucquois, Milanais et Piémontais formèrent, dès avant la fin du siècle, des colonies nombreuses. En 1466, il y avait déjà quinze maisons florentines ; elles seront 46 en 1502 ...  [39]

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Jeanne et Henriette Bardey, bas-relief de l’Hôtel des postes (Photo collection personnelle)
Les marchands et le changeur devant la loge du change
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Jeanne et Henriette Bardey, bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo collection personnelle)
Le commerce

Les teinturiers en fils de soie - Les traits majeurs du commerce lyonnais se dégagent : prédominance écrasante des soies et soieries dont, il est vrai, Lyon est devenu l’unique entrée officielle depuis l’établissement par Louis XI d’un droit de 5 % à l’importation ... Rappelons qu’en 1536 une ordonnance de François 1er marquait l’acte de naissance de la soierie lyonnaise. [40]

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Jeanne et Henriette Bardey, bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo Charles Maxence Gelin)
Les teinturiers en fils de soie

L’architecture, Philibert de l’Orme - Deux quartiers de Lyon gardent aujourd’hui l’empreinte de la grande période 1470-1550. C’est le vieux Lyon, entre St Paul et St Georges, et aussi sur la rive gauche de la Saône, dans la presqu’île, la rue Mercière et ses voies adjacentes. On y retrouve quelques beaux Hôtels comme celui de Gadagne, ... l’Hôtel Bullioud avec sa ravissante galerie [41] construite par l’architecte Philibert De l’Orme.

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Jeanne et Henriette Bardey, bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo collection personnelle)
Philibert De l’Orme, architecte

La poésie et la musique, Louise Labbé - Louise Labbé [42], née vers 1524, femme d’un riche marchand cordier, belle, cultivée, sachant l’équitation et la musique, le latin et l’italien, a exprimé dans le « Débat de folie et d’amour », dans ses trois élégies et ses vingt quatre sonnets publiés en 1555, les feux d’une passion ardente et sensuelle. L’influence des italiens, celle des marotiques sont évidentes mais c’est par la spontanéité que valent ses vers les plus admirables. [43]

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Jeanne et Henriette Bardey, bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo collection personnelle)
Louise Labbé, la belle cordière
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Jeanne et Henriette Bardey, bas-reliefs de l’Hôtel des postes (Photo collection personnelle)

Inauguration du nouvel ’Hôtel des postes

Les études du nouvel Hôtel des postes commencées en janvier 1932 durèrent plus de 2 ans et furent approuvées en mai 1934. Les travaux s’étalèrent de juin 1935 à juillet 1938, 42 entreprises y prirent part avec 800 ouvriers des divers corps d’état.

Le dimanche 17 juillet 1938 le nouvel Hôtel des postes est finalement inauguré par Jules Julien, ministre des P.T.T, en présence d’Edouard Herriot.
Le Progrès du lundi relate cet événement : ... Les visiteurs officiels regagnèrent l’intérieur de l"édifice. La symphonie des P.T.T les attendait dans la salle où s’installera bientôt l’appareillage du central télégraphique. On entendit, sous la direction du maestro Agnès, un concert de qualité. Un apéritif d’honneur fut alors servi, préludant au banquet.

Les tables avaient été disposées au rez-de-chaussée, dans l’immense salle du « tri » postal. Quand les appétits furent calmés, les orateurs prirent la parole. Le premier fut M. le directeur régional Bouchez ... Ayant salué chacun de ses hôtes, il eut un mot de courtoisie à l’adresse de ses collègues de l’administration ... L’orateur n’eut garde d’oublier le maître de l’oeuvre, l’architecte lyonnais Roux-Spitz, grand prix de Rome, et il lui associa MM Marsollier et Thimel, les artistes Bouquet, Salendre, Bardey et Dulac, ainsi que M. Charial, directeur de cette coopérative ouvrière L’Avenir qui, dans une période particulièrement difficile, a permis de faire vite et à bon marché ...

Très acclamé, le président Herriot se lève pour dégager le sens de cette journée ... « Nul, en cet instant, dit-il, ne peut être plus heureux que le maire de Lyon à qui on remet ce splendide édifice. » J’estime qu’une grande institution doit avoir, comme un être humain, un corps et une âme. Le corps, vous le voyez aujourd’hui, il est splendide. Un architecte dont le nom seul fait l’éloge a créé ce corps. Il a su accorder la façade de l’édifice à l’ordonnance de la place voisine, dans une harmonie qui est la qualité propre de l’architecture française, faite de goût, de correction, de mesure, du mépris des ornements postiches et des accessoires inutiles. Il ne nous resterait qu’à supprimer le clocher voisin. J’avais demandé à l’artiste de le prendre en charge, au moins pour partie. Il s’y est obstinément refusé. Comme maire, je peux le regretter, comme amateur d’art, je ne puis que le féliciter. Je le loue encore du choix des artistes qu’il s’est adjoints comme collaborateurs et qui ont donné à cette maison la seule ornementation qui lui soit convenable, interprétant dans une note modeste et sobre le passé de notre ville ... [44]

- Pour lire la suite...

Liens

- Hôpital de la Charité : inventaire du patrimoine culturel Rhône-Alpes

- Galerie des vitraux de l’hôpital de la Charité : autochromes Lumière

- Fresque de Louis Bouquet à l’Hôtel des postes

Sources

- Centre de documentation du Musée des Arts décoratifs de Lyon

- Musée des Beaux-Arts de Lyon

- Maison Ravier : Madame Nathalie Lebrun

- Madame Annie Humbert

- Madame G., petite nièce de Jeanne Bardey

- Bibliothèque Municipale

- Généalogie et histoire, revue du Cégra, n° 140 de décembre 2009 : François Guiguet, dessinateur et portraitiste d’exception

- Bulletin de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts N° 4 de Juin 2006 : Un peintre de Naguère, François Joseph Guiguet

- Histoire de Lyon et du Lyonnais, sous la direction de André Latreille, Privat éditeur, 1975

Notes

[1Lettres conservées au Musée des Arts décoratifs de Lyon dans les archives du legs Bardey

[2Archives legs Bardey, brouillon de la lettre envoyée le 25/11/1934

[3Lettre de Nicolas de Grèce à Jeanne Bardey du 05/12/1934

[4Lettre de Nicolas de Grèce à Jeanne Bardey du 20/10/1935

[5Petite nièce de Jeanne Bardey

[6Le salut Public du 25/02/1936

[7N° 437 dans le mémoire d’histoire d’Isabelle Duperray-Lajus

[8Hubert Thiolier, les peintres lyonnais intimistes, page 195

[9Lettre de Jeanne Bardey à François Guiguet en 1936, citée par Hubert Thiolier

[10Hubert Thiolier, Les peintres lyonnais intimistes, page 197

[11Parlant d’Henriette, il la compare à la Koré d’Athènes

[12Lettre de Nicolas de Grèce à Jeanne Bardey du 29/12/1936

[13Lettre de Jeanne Bardey à François Guiguet du 18/02/1937

[14Le Salut Public du 13/08/1937

[15Lyon-Républicain du 08/09/1937

[16Bulletin de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts n° 128 de novembre 1937

[17Dont le portrait d’Henriette Bardey

[18Le salut Public du 07/09/1937

[19Legs Bardey : brouillon d’une lettre de Jeanne Bardey à Nicolas de Grèce

[20Lettre de remerciement envoyée de Belgrade en 1938 par Olga

[21Le Figaro du 29/01/1938

[22Le Figaro du 11/02/1938

[23La Croix du 25/02/1938

[24Le salut public du 07/03/1938

[25Bustes de François Guiguet, Edouard Herriot et Auguste Lumière

[26Le Matin du 15/03/1938

[27Le Temps du 22/03/1938

[28Le Monde illustré du 02/04/1938

[29Extrait du livre de Marie-Jo Bonnet, « Femmes artistes dans les avant-gardes », aux éditions Odile Jacob, 2006

[30Délibération du conseil municipal du 26/07/1909, Archives Municipales 121 WP 171

[31Extrait de l’Inventaire général du patrimoine culturel de Rhône-Alpes

[32Robert Luc, Images du passé, 29/10/2005

[33Extrait de Roux-Spitz, Réalisations, Tome 2 (1932-1939)

[34Histoire de Lyon et du Lyonnais, page 171

[35Symphorien Champier, médecin lyonnais (1471-1538)

[36Wikipédia, Hôtel-Dieu de Lyon

[37Histoire de Lyon et du Lyonnais, page 185

[38Histoire de Lyon et du Lyonnais, page 130

[39Histoire de Lyon et du Lyonnais, pages 133, et 135

[40Histoire de Lyon et du Lyonnais, pages 140 et 149

[41Histoire de Lyon et du Lyonnais, page 187

[42Louise Labbé, surnommée la belle cordière

[43Histoire de Lyon et du Lyonnais, page 186.

[44Le Progrès du 18/07/1938

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8 Messages

  • Je pensais que vous aviez abandonné mais il faut dire que c’est un beau travail de recherche.
    Les illustrations sont aussi remarquables
    Bravo André
    Pierrick

    Répondre à ce message

    • Bonjour Pierrick,

      Merci de votre message. Non, je n’ai pas abandonné, surtout en si bon chemin. Mais la rédaction de cet épisode a nécessité des recherches complémentaires plus longues et puis des soucis familiaux au cours des derniers mois de l’année 2013 ont retardé mon travail.

      Plus que jamais j’ai envie d’aller au bout de cette aventure, car mes articles suscitent de l’intérêt. L’autre jour j’ai été contacté par le Centre Pompidou.

      A bientôt sur la gazette. Bien amicalement

      André

      Répondre à ce message

  • Bonjour André,

    Félicitations pour cette belle présentation des bas-reliefs de l’Hôtel des postes et l’évocation du Lyon d’entre deux guerres.

    Lyonnais depuis longtemps, je vous avoue que c’est votre article qui m’a fait découvrir l’oeuvre de Jeanne Bardey.

    Profitant des ponts du mois de mai, je vais prendre le temps de m’arrêter à la « grande poste » pour admirer ces bas-reliefs !

    Très cordialement.
    Michel Guironnet

    Répondre à ce message

    • Bonjour Michel,

      Merci pour votre message, je suis heureux de vous avoir fait découvrir ce que moi-même j’ignorais et que j’ai découvert au fil de mes recherches et de la rédaction de mes articles sur Jeanne Bardey. Il est vrai que la façade de l’Hôtel des postes est un peu austère au premier abord.

      C’est là tout l’intérêt de la gazette qui permet de faire partager ces trouvailles. Vos propres conseils par rapport à Gallica (journal officiel) m’ont permis de découvrir certains éléments d’information sur Jeanne Bardey.

      Bien cordialement.

      André Vessot

      Répondre à ce message

      • Bonsoir André

        Après un WE chargé, je viens de prendre connaissance de ce nouvel article concernant Jeanne Bardey. Je l’ai lu avec d’autant plus d’intérêt que la période de l’entre deux guerres à Lyon m’intéresse particulièrement, puisque comme vous le savez je suis d’origine lyonnaise. C’est pour moi une ouverture sur un autre aspect de la vie artistique de cette grande cité, que j’avais abordé pour cette époque avec Irma Faintrenie, dans le domaine de la musique et du théâtre et dont je vous ai parlé à propos de mon grand-père. Quel foisonnement, porté par des femmes, en l’occurrence deux contemporaines, nées pratiquement à la même date, toutes deux amies d’Edouard Herriot, décorées par lui de la Légion d’Honneur, pour le rôle qu’elles ont joué pour le rayonnement culturel de la ville.

        Vous avez fait un travail formidable, pour retrouver trace de tant d’oeuvres de Jeanne et de toutes ces lettres, qui permettent de saisir quels étaient son talent et sa personnalité. Il apparaît que pendant toute cette période, elle a connu la notoriété et il est curieux qu’elle soit tombée ensuite dans l’oubli. Je pense que votre travail va contribuer largement à la faire redécouvrir.

        Encore Bravo et un grand merci. Danièle

        Répondre à ce message

        • Bonsoir Danièle,

          Merci d’avoir pris le temps de lire ce nouvel épisode, étant bien occupée avec les vacances des petits parisiens.

          Je comprends que cette période vous ait particulièrement intéressée, puisque le début de votre histoire coïncide avec la démolition de la Charité. Je suis aussi très attaché à ce que vous soulignez, « ce foisonnement porté par des femmes qui ont joué un rôle pour le rayonnement culturel de la ville ». En 1945 pour les élections municipales lyonnaises, les femmes vont voter pour la 1re fois, je vais l’évoquer dans le prochain épisode.

          C’est effectivement un gros travail car je pars de presque rien, il faut tout reconstituer. Heureusement j’ai eu la chance de rencontrer des gens assez extraordinaires qui m’ont permis de progresser. Mais c’est un travail passionnant car je découvre des tas de choses sur la vie lyonnaise qui m’aident à mieux comprendre son histoire.

          Quant au fait que Jeanne soit tombée dans l’oubli je l’explique assez bien et je vais sans doute l’aborder dans le neuvième épisode. J’espère, bien modestement, contribuer à faire redécouvrir cette artiste.

          En attendant de pouvoir échanger de vive voix et de vous en dire plus sur mes projets, je vous souhaite de bonnes vacances avec vos petits enfants.

          André

          Répondre à ce message

  • Je suis l’histoire de Jeanne Bardey depuis l’origine et à chaque épisode c’est le même régal. Qualité d’écriture, richesse documentaire... tout est source de plaisir.
    Mes compliments et mes remerciements à l’auteur qui nous fait partager ainsi le fruit de ses recherches.
    A. Possety

    Répondre à ce message

    • Je vous remercie infiniment pour votre message et pour vos compliments encourageants. Ce travail de recherche et d’écriture me tient particulièrement à coeur et j’y prends beaucoup de plaisir. J’espère bien modestement contribuer à faire sortir cette artiste de l’ombre.
      Bien cordialement.

      André Vessot

      Répondre à ce message

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