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Une chronique familiale et une aventure généalogique : Les jeunes années de Claudine Coudour, l’épouse d’Antoine, dans une famille éprouvée (épisode 28)


jeudi 19 septembre 2013, par Danièle Treuil

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- Pour lire les épisodes précédents...

Avec Antoine et le temps de la Révolution, on est arrivé à une croisée de chemins. Avant de poursuivre dans la lignée Pras, je vous invite à prendre une « bifurcation » pour parler de son épouse, l’arrière-grand-mère de mon père, Claudine Coudour. Avec elle, nous allons faire aussi un parcours, qui nous mènera de son enfance dans une famille éprouvée, à ses ancêtres, une ouverture vers une lignée de notables, loin du monde paysan. Dans cet épisode, je propose de découvrir son entrée dans l’existence et de situer son environnement familial.

Une mère trop tôt disparue

Claudine, le numéro 13 d’une longue série…

Quand la petite Claudine vient au monde en ce sixième jour du mois d’avril 1784, sa mère Catherine Oblette n’a pas encore quarante ans. Mariée à Antoine Coudour, moins de seize ans plus tôt, le 17 novembre 1767, elle vient d’accoucher de son treizième bébé, dans la nouvelle maison que son mari a fait construire à Vaudier. Elle espérait un garçon ; elle en avait certes trois, mais aussi déjà quatre filles ! Avec Claudine, cela faisait cinq. Elle avait bien commencé pourtant, peu de temps après son mariage, à la grande satisfaction de son époux : trois garçons coup sur coup… mais hélas tous morts en bas âge ! Les deux suivants avaient heureusement survécu et un peu plus tard Annet était arrivé, en 1776, prénommé comme son oncle paternel, un prêtre. (entre-temps, un Étienne était mort en 1774) ; les filles avaient mieux résisté au premier âge : sur les six mises au monde, seulement deux - si l’on peut dire - étaient mortes à peine nées. Quelle tristesse de voir des tout petits disparaître, même si c’est le lot encore de nombreuses femmes. Elle avait eu du mal à les nourrir et elle avait fait appel à une nourrice. Non protégée par l’allaitement, elle s’était trouvée pratiquement enceinte chaque année, épuisée par ses maternités successives, particulièrement cette dernière fois.

Maintenant, elle est au bout de ses forces, au bout de son courage. Elle le sent bien, sa fin approche. C’est une question de jours, elle ne s’est pas relevée depuis ses dernières couches. Elle se décide à demander la venue du notaire pour dicter son testament.

Il est 15 H en ce 11 avril 1784

Après avoir consulté les notes de Jean Canard (météorologie ancienne, Forez et Lyonnais, publié par l’auteur en 1960), j’imagine la scène. Le soleil a subitement fait son apparition. Il est temps, après un hiver rude comme toutes ces dernières années, et un début de printemps neigeux. Il fait chaud sur la route qui mène du bourg de Saint-Just-en-Chevalet à Vaudier, distant de 6 km environ. Le notaire Charrein s’éponge le front. On vient de le faire quérir auprès de Catherine Coudour, une des filles Oblette. Il est parti aussi vite qu’il a pu. Heureusement, la route n’est plus embourbée, le cheval qui tire la carriole ne peine pas trop. Quelle tristesse d’aller au chevet de cette courageuse Madame Coudour : tant d’enfants en si peu d’années ! Elle n’aura pas profité bien longtemps de la belle maison construite quelques années plus tôt sur la place du bourg.

Le voilà arrivé. Les amis et voisins appelés comme témoins sont là, le curé aussi. Catherine est au lit, elle est très faible, mais elle parvient à se redresser un peu à son arrivée. Ils échangent quelques mots. Comme il peut le constater, elle dispose du « libre usage de sa vue, de sa mémoire et de son entendement ». Il va pouvoir recueillir les dispositions qu’elle veut prendre, pour que tout se passe bien à son décès et que l’avenir de ses enfants soit assuré. Pour l’instant, ils sont si jeunes ! Bien sûr, son mari sera légataire universel en attendant qu’ils soient majeurs. Pierre, l’aîné des garçons n’a que treize ans et la grande, Philippa quinze ans ! Quelle charge pour cette gentille fille, qui a su si bien la seconder jusque-là, mais qui va se retrouver seule. Ci-dessous, le dessin de Jacques Laugier, qui a caché volontairement le visage de Catherine, par discrétion et respect vis-à-vis du personnage réel.

Catherine demande au notaire de se rapprocher. Après une dernière bénédiction du prêtre, elle mobilise ce qui lui reste d’énergie et demande au notaire de s’installer pour prendre ses dernières volontés. Elle commence alors à dicter d’une voix tremblante, mais suffisamment distincte. On imagine son émotion. Quel chagrin pour elle d’abandonner ses petits… particulièrement sa toute nouvelle née, tout juste baptisée. Elle meurt le lendemain 12 avril, elle est enterrée deux jours plus tard au cimetière de St-Just-en-Chevalet, après autorisation du curé de Juré, paroisse dont elle dépend. Pourquoi ce changement ? Un problème de caveau disponible… ? La petite Claudine a six jours. Toute la famille est sens dessus dessous.

Veut ladite testatrice…

Voici un extrait du testament :

Transcription du testament de Catherine Oblette - 11/4/1884

Par devant le notaire royal, demeurant à St Just en Chevalet, soussigné et en présence des témoins ci-après nommés

fut présente Catherine Oblette, femme d’Antoine Coudour, laboureur au lieu de Vaudier, paroisse de Juré, laquelle étant indisposée (ligne effacée) ayant le libre usage de sa vue, mémoire et entendement, ainsi qu’il est apparu audit notaire et témoins, voulant disposer de son bien, elle a fait et dicté audit notaire et en présence desdits témoins son testament et ordonnance de dernière volonté, de la manière ainsy qu’il suit

Veut laditte testatrice qu’outre les offices accoutumés, son héritier cy après nommé, fasse dire dans le courant de l’année de son décès deux quarantaines, dix messes basses de la fin des trépassés ; et qu’il distribue aux pauvres après la moisson qui suivra son décès le pain que pourra produire vingt mesures de bléd-seigle.

donne et lègue laditte testatrice et à titre d’institution et hérédité particulière à Pierre, Annet, Etienne, Philippa, Geneviève, Anne, Philippa la jeune et Claudine Coudour, ses trois fils et cinq filles, à chacun la somme de cinq cents livres à eux payables à leur mariage ou majorité et dans les termes qui seront réglés pour lors par l’héritier cy-après nommé.

donne et lègue laditte testatrice et toujours à titre d’institution et hérédité particulière, délaisse à chacun des enfants dont elle peut devenir (mot illisible) par la suite leur légitime, telle que devroit, payable (mot illisible) aux enfans actuellement vivant.

plus donne et lègue à chacune de ses filles un trousseau composé d’un demi tour de lit en laine et fil, une couhètre de duvet de plumes, une couverture (boulangeon), six draps de lit, six serviettes, une nappe de douze pieds et un habit nuptial selon leur condition.

Et au surplus de tous les biens et droits de laditte testatrice, présents et à venir, noms, raisons et actions, dont elle n’a cy depuis disposée, ni ne disposera par la suitte, icelle testatrice a fait en yceux ; crée (mot effacé) et institue pour son héritier universel (fidécommis) ledit Antoine Coudour, son mary auquel elle veut que le tout apartienne au moment de son décès, aux charges héréditaires et encore à la charge pour ledit Coudour de remettre, quand il avisera, la succession de laditte testatrice à celuy de leurs enfants qu’il voudra choisir et s’il viendroit à décéder sans avoir fait ladite remise, en ce cas elle se trouvera faitte de plein droit, en faveur dudit Pierre Coudour, son fils aîné, que laditte testatrice, aux dittes conditions, institue, dès à présent, pour son héritier universel pur et simple ; veut laditte testatrice que le présent testament soit seul exécuté comme testament ou comme codicil ; et après que lecture en entier du présent testament a été faite et dictée, laditte testatrice a dit qu’il contient sa dernière volonté et y a persisté.

Ainsy fait et dicté le présent testament par laditte testatrice au devant du lit où elle est détenue dans sa maison au lieu de Vaudier, parroise dudit Juré, le onze avril mil sept cent quatre vingt quatre, après midy, en présence d’Antoine George, marchand demeurant au lieu de Vaudier, parroise de St Just en chevalet, témoin soussigné, de Romain Rivaud, laboureur, de Pierre Sardaine (mot effacé) ... de Claude Suchet, laboureur demeurant au dit lieu de Vaudier, susditte parroisse de St Just, autres témoins qui ont déclaré « avec laditte testatrice ne scavoir signé » [1], tous cinq, de ce enquis et sommés.

signé : George, George et Charrein, notaire royal.

controllé à St Just en Chevallet le sixième d’octobre mil sept cent quatre vingt quatre.Reçu : quinze livres ; Signé : Fonthieure + d’autre Antoine George (?)
Insinué ledit jour. Reçu : quinze livres ; plus reçu pour l00 deniers quarante cinq livres, en tout soixante quinze livres, des mains et deniers dudit Antoine Coudour.
aprouvé les renvois, ainsy que la rature de huit mots à l’autre page.

Catherine, comme le notaire en était sûr, fait donc de son époux, Antoine, son légataire universel, à charge pour lui de transmettre à ses enfants un certain nombre de biens, soit à leur majorité, soit au moment de leur mariage. En cas où il décéderait avant le terme, c’est Pierre l’aîné qui héritera et qui sera en charge d’exécuter les dispositions testamentaires. Le legs est de cinq cents francs pour chaque enfant. Cela représente quatre mille francs au total. En plus, Catherine veut que ses filles aient un bel habit de noces et le minimum pour assurer leur ménage, quand le temps sera venu : de quoi garnir le lit confortablement pour résister aux hivers, mais aussi une belle nappe de douze pieds, pour célébrer dignement les fêtes. En outre, Catherine veut assurer le repos de son âme : en plus des offices accoutumés, elle demande que de nombreuses messes soient célébrées, et qu’on procède à des aumônes aux pauvres, non pas en l’argent, mais en bled-seigle. Elle ne sait pas signer.

Jusqu’au dernier moment…

Elle a jusqu’au bout assurer ses activités multiples ; les deux grands-mères étaient décédées depuis longtemps, dès avant son mariage, et elles n’étaient pas là, comme à l’accoutumée dans d’autres familles, pour aider aux soins du ménage et des enfants.

Les femmes souvent à cette époque accouchaient seules à la maison, secondées par quelque voisine. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que l’usage de faire appel à une sage-femme - une femme sage disait-on dans le pays - s’est généralisé. Jusque-là, compte tenu du rythme des naissances, l’arrivée d’un bébé était considérée comme un événement ordinaire. La femme préparait tout d’avance. Elle chauffait le four la veille pour faire les galettes, faisait cuire une poule, afin de préparer le bouillon recommandé aux accouchées ; rangeait la maison, en prévision des visites. Les familiers de l’entourage, en particulier les domestiques, ne se doutaient de l’accouchement qu’à l’audition des cris du nouveau-né.

La mère ensuite ne devait pas sortir de chez elle avant la cérémonie de purification dite des relevailles ou de décommérage. C’est donc le père ou une femme appelée la releveuse, en général celle qui avait aidé à l’accouchement, qui conduisait le bébé à l’église pour le baptême, le jour même de la naissance ou le lendemain, et elle veillait bien à lui faire passer le seuil de la maison les pieds en avant, pour éviter les mauvais présages.

Ils étaient huit petits enfants qui n’avaient plus de maman…

Les autres, nous l’avons dit, étaient déjà morts !

Les deux plus jeunes des filles ne garderont aucune image de leur mère. Claudine, bien sûr, un bébé de six jours, mais non plus Philippa jeune ; peut-être Anne, et Geneviève se rappelleront-elles une vague silhouette, un sourire, une odeur… qui s’estomperont avec le temps ; les trois garçons sont plus grands au moment du décès, respectivement douze, onze et huit ans… ils se souviendront, mais surtout Philippa l’aînée, la grande.

On remarque que plusieurs des enfants sont prénommés comme la petite sœur ou le petit frère décédé avant eux : c’est le cas pour Pierre né en l772, après deux autres Pierre qui n’ont pas survécu, il est devenu alors l’aîné des garçons ; pour Étienne, né en l776, après un Étienne, qui a vu le jour en l774, mort presque aussitôt ; une Geneviève, arrivée au monde en l778 (après la mort d’une autre décédée en l775).

Le choix du prénom est d’une grande importance. C’est confier le nouveau chrétien à un saint qui sera à la fois un protecteur et un modèle. C’est le plus souvent dans la région le prénom du parrain ou de la marraine, sœur ou frère aîné, oncle ou tante ; c’est le cas des Philippa, l’aînée est marraine de la plus jeune qui a quatorze ans de moins. Quand on donne à un enfant le prénom de celui qui est décédé, c’est souvent parce qu’on choisit pour lui le même parrain et la même marraine, surtout s’il est mort en bas-âge. C’est aussi la volonté d’assurer de façon concrète un lien entre les vivants et les morts. Le choix du prénom revêt en fait une double signification, magique et religieuse.

Au total, pour résumer, cinq enfants sont déjà morts au moment où Catherine s’en est allée, dont quatre pratiquement à un an d’intervalle, au même rythme que les naissances… 1771, 1773, 1774, 1775 !! Pourquoi ces morts en cascade ? Il faut dire qu’à la même période chez les Pras (qui ne sont pas encore en parenté), on compte aussi une véritable hécatombe. Chez le grand-père d’Antoine Pras par exemple, on relève six morts sur huit enfants (nés de 1748 à 1762) et chez son grand-oncle, sept sur dix, (nés de 1772 à 1787).

La vie fragile

En fait, on dit qu’entre 1740 et 1789, la moitié des enfants environ n’atteint pas l’âge adulte. Pourtant, on ne note pas de grands froids, ni d’épidémies catastrophiques dans cette période, sinon peut-être celle d’une variole. Mais les maladies infantiles sont encore très meurtrières, comme la rougeole, la varicelle, les oreillons, la coqueluche ou la rubéole. La diphtérie, ce maudit “croup”, ne pardonne jamais, pas plus que la variole justement ou la dysenterie. Beaucoup trop d’enfants, exposés sans précaution au soleil dans un champ où la mère travaille, sont victimes d’insolation, d’autres meurent de froid. L’hygiène est encore rudimentaire. On se lave peu. Les enfants dorment dans le même lit et la contagion va grand train. En vain, porte-t-on l’enfant malade à un saint protecteur, rien à faire contre la fatalité pense-t-on !

Après les disparitions du premier âge, deux autres enfants Coudour mourront encore avant l’âge adulte, Anne à quinze ans, Philippa jeune - nous ne savons pas quand exactement - au total, sept enfants sur treize. C’est davantage que la moyenne…

Survivre

Qui a élevé la petite tribu ? Apparemment Antoine ne s’est pas remarié, malgré l’absence des grands-mères. Il survivra trente-cinq ans à son épouse, car il meurt le 2 mars 1819 à soixante-dix-sept ans, au domicile de Pierre, son fils prêtre (sur le registre, il est mentionné 80 ans environ, on devait le considérer très vieux). Au moment du décès de Catherine, Philippa aînée n’a pas encore seize ans, mais c’est sans doute elle qui assume la maison, aidée par les domestiques. La jeune fille est non seulement en charge de la nouvelle née, Claudine notre aïeule, à qui il faut trouver une nourrice, mais aussi de Philippa jeune (deux ans), Anne (trois ans 1/2), ces deux-là qui mourront adolescentes, Geneviève (six ans). Les trois garçons qui ont survécu à leur petite enfance sont plus grands et s’en tirent mieux : prenaient-ils un peu de temps pour bercer leur petite sœur, Claudine, solidement emmaillotée, comme le voulait l’usage, dans son berceau de bois, en chantant :

La grande sœur se marie tard en 1800, à trente-deux ans passés. Elle a attendu que Genevière convole en noces le 6/1/1799, et que Claudine, la petite dernière, approche de ses seize ans. Elle épouse un veuf, Claude Philippe, natif de Villemontais. Mais la malheureuse jeune femme décède la même année, deux mois après son mariage… une fausse couche qui a mal tourné ? Est-ce en souvenir d’elle que Claudine appelle plus tard une de ses filles Philippine, celle qui devient religieuse et que nous avons déjà évoquée ?

Pour Claudine et sa sœur Geneviève - les deux filles restantes - l’absence de la mère, puis de la grande sœur, doit peser lourd, sans compter le chagrin que leur a causé déjà la mort de leur sœur Anne de quinze ans ( et sans oublier le décès de quatre frères, même si elles ne les ont pas connus !). Après pareille hécatombe, se considéraient-elles comme des rescapées, des miraculées… pleines de vie ou, au contraire, résignées, s’attendant au pire ? Quel était leur rapport à la mort ? Comment appréhendaient-elles leurs maternités futures, un événement qui avait coûté la vie à leur mère et à la grande sœur ? Toujours est-il qu’elles avaient besoin d’affection et, si Claudine succombe à Antoine Pras avant le mariage, (mais elle avait vingt-quatre ans), Geneviève se retrouve à dix-neuf ans enceinte d’un garçon de quinze ans Jean Marie Rivaut, d’une famille de notables. Il deviendra d’ailleurs lui-même maire de Juré, le gros bourg dont dépend Vaudier.

Elles n’ont pas été à l’école, puisqu’elles ne savent même pas signer leur nom. Elles ont pourtant un frère prêtre et deux oncles curés, mais ce n’est pas encore la coutume de scolariser les filles, surtout dans les familles de paysans. Comme toutes les épouses de l’époque, elles seront dépendantes de leur mari.

La maison de « Belle Place » et le village de Vaudier

Vaudier ou vodiel

Vaudier (autrefois Vodiel) est un gros hameau planté à la naissance d’une vallée, orientée vers le sud-est, à cheval sur les limites des communes de St-Just-en-Chevalet et de Juré. Le nom ne désignait autrefois que l’agglomération élevée sur l’ancienne paroisse de St Just ; celle qui appartient à Juré s’appelait la Place ou Belle Place ( Jean Canard).

Le village, en fait, est situé sur une crête entre St-Just-en-Chevalet et Juré, dont il est séparé à mi-chemin par la ferme de la Bussière dont Antoine fera l’acquisition plus tard. Mais c’est le pays de sa grand-mère maternelle, et il s’y rend souvent pour voir sa parenté. Les familles Coudour et Pras se connaissent.

« Au XVIIe siècle, nous dit encore Jean Canard, Vaudier était l’apanage [2] de la grande lignée locale des Dubost de Trémolin, qui y possédaient plusieurs domaines. Alors que, au milieu du siècle suivant, cette vieille famille vivait ses derniers jours de gloire, surgissait à Vaudier celle des Coudour » [3] .

Une famille venue d’Urfé

L’implantation de cette branche Coudour à Vaudier est relativement récente, milieu du XVIIIe siècle. C’est à l’occasion de son mariage en effet, le 22 août 1740, que le grand-père de Claudine, Pierre Coudour né vers 1722, s’installe à Vaudier, où la famille de la jeune femme réside à ce moment, une famille Fournit.

D’après nos recherches, la plupart des familles Coudour sont originaires de la région de Champoly et particulièrement d’Urfé, ce qui est le cas pour cette branche. C’est à moins de dix kilomètres de Juré.

On trouve aussi des Coudour sur les paroisses de St-Marcel-d’Urfé et St-Romain-d’Urfé ; un peu plus bas sur celle de Souternon (quand on descend vers St Germain- Laval), d’où est originaire le premier que nous connaissons grâce à un acte : Philippe Coudour, marchand, marié en 1631 à une fille Pras de notre lignée. Un certain nombre d’entre eux est en effet marchands à l’époque, peut-être des cadets de famille, qui ne pouvaient hériter de la terre et qui ont cherché une autre voie.
Je n’ai pas fait la jonction entre ce Philippe, contemporain des parents de Georges, et la branche de Claudine, dont les Coudour jusqu’à Antoine sont tous nés à Urfé.

La propriété de « Belle Place »

D’après Jean Canard, c’est Antoine qui, une fois marié à vingt-deux ans avec Catherine Oblette, décide quelques années plus tard, par nécessité ou convenance, de se construire une autre résidence, plus vaste et plus moderne. Il l’établit, non pas au cœur du village, mais un peu plus à l’ouest, au-delà du chemin qui marque la limite de la paroisse de St-Just, en un lieu appelé « la Place » ou « Belle Place  » (à cause de la vue sans doute). On dépend ici de la paroisse de Juré. Tout est terminé vers les années 1778, au moment de la naissance de Geneviève (née le 27/2), laquelle est enregistrée sur cette nouvelle paroisse, comme celles des quatre enfants qui suivront, où sera célébré le 8 avril 1784 le dernier baptême, celui de Claudine !
« La bâtisse, nous dit Jean Canard, est une grande maison bourgeoise, avec une large façade blanche, surmontée d’une toiture rouge pentue, que dépassent un clocheton et des lucarnes, en contraste avec la grisaille des toits plats d’alentour. C’est la maison Coudour ».

Histoire de la maison à travers le cadastre

De père en fils, cette maison est restée chez les Coudour jusqu’à un Pierre Coudour, arrière-petit-fils du frère de Claudine, né en 1876 et mort en 1941. Il était presque du même âge que mon grand-père Stéphane et ils étaient en relation. Médecin généraliste à Saint-Just-en-Chevalet, c’était - d’après la tradition - un homme bon et toujours disponible pour ses malades. Marié en 1909, devenu rapidement veuf sans enfant, il s’était remarié en 1929 avec une infirmière, qui n’était pas native de la
région, connue pendant la guerre de 1914 et de vingt ans plus jeune, dont il n’eut pas non plus de descendance. Elle lui survécut jusque dans les années 1980 et nous l’avions rencontrée, introduits par Jean Canard. A sa mort, sa nièce a vendu la maison à des Suisses, dont cette chronique nous a permis de faire connaissance. M Ruch aimerait bien retrouver l’histoire de la maison et nous avons commencé à regarder en lien le cadastre et les recensements. Le cadastre napoléonien ne commence qu’en1823 dans la région et les recensements, en 1846… ce n’est pas évident. A cette date, deux maisons apparaissent, dont l’une a longtemps été occupée par des métayers… finalement les recherches ne sont pas terminées, qui nous permettraient de savoir quand la « belle maison » a été exactement construite. Toujours est-il qu’en 1846, Pierre, le frère aîné de Claudine, était mort depuis plus de vingt ans (en 1822) ; c’est un autre de leurs frères, Étienne (né en 1876, de huit ans plus âgé qu’elle), qui occupe la demeure, en 1846, avec trois domestiques ; il est à ce moment curé de St Romain d’Urfé et de surcroît tuteur des enfants de Pierre. L’autre maison, visible sur le cadastre, est donc habitée par des métayers, une famille Pras que nous retrouvons en 1851 (pas de parenté proche avec nos Pras). Aujourd’hui elle existe toujours de l’autre côté de la cour. La veuve Coudour la louait à une famille de métayers, les Tamain (peut-être parents avec ceux qui avaient occupé la Bussière). L’abbé Jean Canard évoque qu’Étienne signait les registres paroissiaux de Juré, avec la mention « Abbé de Belle place », soucieux qu’il était de son standing et la maison - qui contrastait par son allure avec celles d’alentour - était, de toute évidence, un faire-valoir pour lui ! Mort en 1847, il est remplacé par son neveu qui est aussi celui de Claudine, Antoine Victoire Louis Coudour, fils du Pierre défunt, qui vit là avec sa femme Claudine Gardette, son beau-père et leurs enfants. La famille Extra (encore une parenté du côté Oblette) a remplacé les Pras dans la seconde maison, comme métayers.

Quant à savoir quand la maison a été construite, j’ai essayé d’approcher la date en regardant sur quelle paroisse les enfants d’Antoine et de Catherine Oblette avaient été baptisés, sachant que l’ancienne maison dépendait de la paroisse de St-Just-en-Che-valet et la nouvelle, de juré. C’est ainsi qu’on arrive à la période située entre 1776 et 1778.

La source d’eau minérale

C’est dans une prairie de la propriété Coudour que fut découverte, il y a plus de cent ans, une source d’eau minérale par un dénommé Roffat qui creusait un trou pour capter l’eau d’un terrain humide et abreuver son bétail.

"En vérité, nous dit l’abbé Canard, je pense qu’il s’agit plutôt d’une redécouverte car Vaudier était un lieu habité dès l’antiquité, dont les hommes s’étaient regroupés
autour de la source. A quelques centaines de mètres au nord-ouest, un enclos ceinturé de pierres sèches porte le nom de cimetière ; d’autre part, une excavation profonde y fut découverte, quand on construisit la route qui relie St-Just à Crémeaux. A l’entrée, qui est actuellement murée à cause des dangers qu’elle pouvait présenter pour les bêtes et les gens, on a trouvé, au début du siècle, des tuiles à rebord et un chaudron en bronze, qui témoignent de l’ancienneté de l’habitat.

Vers l900, le propriétaire de la source, M. Coudour (le père du médecin) et son beau-frère, Maître Jacques, eurent l’idée d’utiliser cette eau pour eux-mêmes, en attendant de pouvoir l’exploiter. Ils firent donc évaser les abords et creuser un puits, qui fut couronné d’une margelle en granit. « la Font » devint soudainement une source
d’intérêt et de curiosité, un pôle d’attraction des grandes foules du dimanche.

A son tour, le Docteur Pierre Coudour [4] fit analyser l’eau et ne se priva pas de la conseiller, dans le désintéressement le plus absolu à ses malades, comme traitement digestif, diurétique et hépatique. Avant de mourir il fut sur le point de la céder à la société qui exploite les sources de Vittel.

En fait, c’est une eau très chargée en gaz carbonique. Son débit assez abondant, même par temps sec, est à l’origine d’un ruisselet qui se mêle bien vite aux eaux naturelles pour glisser en direction de St-Just. La source de Vaudier est maintenant abandonnée. Penché sur la margelle du puits, on peut voir les milliers de bulles
gazeuses se renouveler sans fin dans la vase pour monter crever à la surface... "

Mais la notoriété de la famille Coudour à ces époques n’est pas seulement liée à la belle maison et à la source, il faut aussi aller chercher vers l’ascendance de la grand-mère Fournit et vers les nombreux prêtres qui se sont succédé dans les deux familles, source certaine de respectabilité.

A suivre : Avec les Coudour, l’histoire d’une ascension sociale.

Notes

[1Mots barrés et repris en renvoi à la page suivante.

[2L’apanage est une concession de fief par le souverain à ses plus jeunes fils, pour les dédommager en quelque sorte, puisque c’est le fils aîné qui hérite du trône. Les terres ainsi concédées ne pouvaient être ni vendues, ni hypothéquées, ni employées à dot et revenaient au domaine en cas d’extinction de la lignée du prince. Les filles étaient exclues de l’apanage.l Un apanage consenti pouvait se maintenir sur de nombreuses générations.

[3Abbé Canard, historien local. Les renseignements sur Vaudier et les Coudour sont titrés de son ouvrage : Maisons anciennes et vieilles familles - 1981 (région de St-Just-en Chevalet) : Michel, Fournit, Coudour.

[4Petit-fils d’Antoine Coudour.

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6 Messages

  • Bonjour Danièle,

    J’ai lu la suite de votre chronique avec beaucoup d’intérêt. Vous décrivez si bien cette époque, la vie fragile, avec les accouchements à répétition, à domicile avec l’aide d’une voisine, avant de faire appel à une sage femme. Quelle époque, avec des familles nombreuses souvent décimées par la mortalité infantile.

    Comme d’habitude j’ai beaucoup apprécié l’illustration de votre cousin Jacques Laugier. Le dessin et la berceuse d’Adèle, votre petite fille, c’est vraiment super de pouvoir faire partager cette aventure généalogique avec les plus jeunes générations.

    J’ai retrouvé dans le testament les types de formulation que je rencontre aussi dans mes propres recherches. Je suis aussi frappé par la superstition comme celle de « passer le seuil de la maison les pieds en avant, pour éviter un mauvais présage ».

    Reconstituer l’histoire d’une maison avec l’aide du cadastre et de l’enregistrement des hypothèques est aussi un exercice passionnant qui apprend énormément de choses.

    Bravo donc, j’attends la suite, « L’histoire d’une ascension sociale » avec impatience.

    Bien amicalement en vous souhaitant un bon week-end.

    André

    Répondre à ce message

    • Bonjour André

      Merci encore une fois pour votre message. C’est vrai que j’ai été impressionnée moi aussi de constater que tant d’enfants décédaient encore en bas âge dans cette 2e moitié du 18è, même dans les familles nanties comme ici. Il meurt cependant moins de bébés après l’installation dans la nouvelle maison, sans doute beaucoup plus confortable, mieux chauffée
      (les hivers étaient très froids) et aussi avec moins de promiscuité.
      Le cadastre et les recensements. que j’ai pu consulter à St Etienne au début de l’été, ont constitué une mine d’informations que les archives familiales ne m’avaient pas appris, ni les actes retrouvés ensuite. Ils m’ont permis en particulier de mieux cerner le départ des Claude de la Bussière, comme je serai amenée à y revenir. C’est ainsi que l’ aventure de cette chronique familiale sur internet me permet de compléter ma version familiale. Chacun d’entre nous devrait pouvoir accéder à ces documents. Dommage qu’ils ne soient pas encore souvent en ligne.

      Amicalement. Danièle

      Répondre à ce message

  • c’est une merveille de precision et quel bonheur pour tous de toucher du doigt le passé si proche en realité.la place des femmes n"etait guere enviable perdre tant d’enfants que de souffrance .s’il vous plait j’ai hate de savoir la suite.

    Répondre à ce message

  • Coucou Dany. C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé « la gazette » et la suite des informations concernant nos ancêtres. J’ai été très heureuse de te revoir (ainsi que les cousins présents) à cette « cousinade » dans la Loire au mois de juin. Il est important de se retrouver et d’échanger nos souvenirs et s’informer des derniers évènements familiaux. Je t’embrasse très affectueusement ainsi que Jean-Pierre.

    Répondre à ce message

    • Ma chère Chantal

      Merci de ton message. C’est vrai que nous sommes contents de nous retrouver régulièrement entre cousins, en prenant la relève de ce qu’ont vécu nos parents.
      C’est grâce à ce réseau familial que j’ai pu interroger nombre de ceux qui nous ont précédés, pendant qu’il était encore temps. Je viens d’apprendre coup sur coup le décès de deux cousins, descendants de Jeanne la soeur des Claude et du frère Joseph de Stéphane qui m’avaient donné des informations précieuses, qu’aucun document ne m’aurait permis de connaître. On regrette toujours de ne pas avoir interrogé davantage nos anciens et pourquoi pas aussi nous mêmes rédigé nos souvenirs pour les enfants ? Je l’avais demandé à mon père comme cadeau de Noêl. Il s’y était prêté bien volontiers.

      Bien affectueusement. Dany

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