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Mon grand-père Louis Rosset, prisonnier à Montluc 27 juin - 24 août 1944 et une énigme à résoudre


jeudi 16 janvier 2014, par Christianne Vessot

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Devenue aujourd’hui un lieu de mémoire, la prison lyonnaise de Montluc fut tristement célèbre sous l’administration allemande entre 1942 et 1944 : 10 000 détenus y ont séjourné, dont mon grand-père Louis Rosset. Retour sur une période douloureuse de l’histoire familiale.

Le fort Montluc, bien connu des Lyonnais, est devenu tristement célèbre en novembre 1942 quand il a été réquisitionné par les Allemands et placé sous leur contrôle exclusif. Il devient le lieu d’internement des résistants [1], des otages, des populations juives en attente de leur départ vers Drancy et les camps de concentration [2]. Après le débarquement des alliés en juin 1944 et les actions de la résistance, les Allemands entreprennent la suppression massive des détenus de Montluc, plus de six cents d’entre eux sont exécutés.

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Massacre de St-Genis-Laval (Photo collection personnelle)
Pour éviter toute nouvelle déportation vers l’Allemagne ou toute exécution sommaire de prisonniers, et suite aux protestations du Cardinal Gerlier et aux menaces du Commissaire de la République Yves Farge, des groupes francs prennent position autour de la prison afin d’empêcher toute évacuation de prisonniers. Le quartier est cerné le 24 août lorsqu’en fin d’après-midi le Capitaine de la Wehrmacht Boesche, commandant la prison, reçoit deux résistants venus parlementer. Il accepte de quitter Montluc avec ses hommes le jour même à la condition qu’ils aient la vie sauve.
Les clefs sont finalement remises à un prisonnier au moment où les derniers Allemands quittent la prison, en début de nuit.
Les prisonniers sont alors évacués dans les locaux des Missions Africaines ainsi que dans le couvent des Franciscaines missionnaires de Marie, de l’autre côté de la voie ferrée.
La prison de Montluc est libérée dix jours avant que la ville le soit définitivement, des troupes allemandes patrouillant encore en ville en dépit de l’avancée des alliés. Le drapeau tricolore flotte dès le 25 août 1944 au matin sur la terrasse de la prison.

Sabotage au garage de Sèze

Deux mois plus tôt, le 26 juin 1944, vingt-cinq voitures allemandes sont détruites au garage de Sèze, suite à un sabotage organisé par des résistants. Le lendemain les ouvriers, les deux chauffeurs, dont mon grand-père Louis Rosset, le gérant et son associé, tous ceux présents sur le lieu de travail sont arrêtés.

Aucune nouvelle de mon grand-père jusqu’au 30 juin, lorsque le gérant du garage M René Ailloud et son associé M. Pierre Monestier sont relâchés par les Allemands. Ils donnent comme information que les ouvriers sont incarcérés à Montluc, sans plus de précisions quant aux deux chauffeurs M. Antoine Rouchouse et Louis Rosset. Il a fallu attendre début juillet la confirmation par la Croix-Rouge de leur détention en ce lieu .

La mémoire familiale garde le souvenir douloureux de l’angoisse vécue au quotidien par ma grand-mère et ses enfants, en particulier ma mère, alors âgée de 19 ans et enceinte de moi. Je cite son témoignage « le 27 juillet 1944, des prisonniers sortis de Montluc étaient abattus place Bellecour [3] et exposés aux yeux du public avec interdiction d’enlever les corps pendant plusieurs heures. Sachant que mon père y était interné j’ai pris ma bicyclette pour aller voir si ce n’était pas lui. J’ai croisé une lointaine cousine avant d’arriver à destination qui m’a dit de ne pas m’approcher car mon père ne faisait pas partie des victimes, c’étaient des jeunes gens. Alors je suis rentrée pour prévenir la famille. »
Il a été libéré comme tous les prisonniers du fort le 24 août 1944 et début octobre il adhère à l’association des rescapés de Montluc.

Montluc a rejoint la liste des hauts lieux de la mémoire nationale en ouvrant ses portes au public en septembre 2010. J’en ai fait la visite commentée le 3 février 2011, découvrant avec beaucoup d’émotion les conditions de vie des détenus. J’ai appris par l’employée qui surveillait le lieu que le responsable de l’association des rescapés de Montluc, Monsieur Bruno Permezel, essayait de faire un recensement des prisonniers du fort. L’ayant contacté, je lui ai envoyé un dossier sur mon grand-père Louis ROSSET.

Cette visite m’a replongée dans cette période si troublée, tant de fois rapportée au cours de mon enfance, que je n’écoutais plus que d’une oreille distraite. J’étais loin de penser qu’elle allait déboucher sur une énigme.

A l’automne 2011, en consultant le tout nouveau site en ligne des archives départementales du Rhône je me suis aperçue qu’il y avait une rubrique Montluc où j’ai recherché immédiatement le dossier de mon grand-père.

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Dossier Montluc de Louis Rosset (Archives départementales du Rhône)

Et quelle surprise en voyant sur le dossier la date de libération « 20 juillet 1944 », le lendemain de la prise d’otage de Châtillon d’Azergues. Depuis je m’interroge sur le pourquoi de cette date sur le dossier ?

Je me suis souvenue de quelques propos entendus dans ma famille : « Il ne craignait rien car il était rayé des listes » ; « Il était courtois avec l’officier allemand dont il garait la voiture. Celui-ci lui a montré des photos de sa famille et lui a dit sale guerre ». Ils me paraissaient nébuleux, mais aujourd’hui ils me donnent la certitude que mes grands-parents ont lu cette attestation et cherché une explication.

La surprise passée, j’ai recherché les dossiers des personnes dont le nom m’était connu. Les deux gérants du garage de Sèze, Messieurs Ailloud et Monestier ont été libérés le 30 juin comme ma grand-mère l’avait dit. Quant à Monsieur Antoine Rouchouse, la date mentionnée est aussi le 20 juillet.

Pour moi l’avantage primordial de n’être plus inscrit comme prisonnier évitait de faire partie des listes d’otages. Qui a pu intervenir ? Un officier allemand connaissant bien les chauffeurs de l’établissement aurait-il pu se permettre d’effectuer ce jeu d’écriture ?

Y a-t-il eu négociation et enquête sur les salariés du garage de Sèze ? Ne connaissant pas le nom des ouvriers, je n’ai pas pu rechercher leurs dossiers pour savoir s’il y avait eu une mesure collective. Mais alors pourquoi ne pas les libérer physiquement ?

Sur le conseil de M. Permezel, j’ai écrit à Caen au ministère de la défense, Bureau des archives des victimes des conflits contemporains. Aucun document n’a été retrouvé concernant Messieurs Louis Rosset, Antoine Rouchouse, René Ailloud et Pierre Monestier.

Je garde toujours l’espoir de retrouver des témoignages me permettant de résoudre cette énigme. Si dans votre famille ou votre entourage vous avez connu des gens ayant travaillé au garage de Sèze à cette époque, ou leurs descendants, prenez contact avec moi.

Notes

[1Jean Moulin, L’abbé François Boursier, Jeanine Sontag élève de Lucie Aubrac ...

[2Enfants de la colonie d’Izieux

[3René Bernard, Albert Chambonnet, Francis Chirat, Gilbert Dru, Léon Pfeffer

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