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La Campagne du soldat Marcel Marandeau pendant la Guerre de 1914-1918


jeudi 20 mars 2014, par Noël Marandeau

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Marcel Marandeau en tenue de fantassin du 93e R.I

En 1993, Marcel Marandeau, mon grand-père paternel pour lequel j’avais beaucoup d’admiration, décédait à l’âge vénérable de presque 99 ans. Il aurait pu mourir dix fois, cent fois avec ce qu’il avait vécu 80 ans auparavant. Marcel avait fait la Guerre 14-18. Malheureusement, il n’avait pas, comme certains Poilus, raconté par écrit cette période douloureuse de sa longue vie. Aucun de ses enfants n’avait pensé à noter les souvenirs que leur père leur dispensait avec parcimonie et, hormis deux cartes postales retrouvées par hasard, aucune correspondance n’a été conservée.

Afin de rendre hommage à mon Poilu de grand-père, près de 20 ans après sa disparition, j’ai décidé d’écrire un livre retraçant sa campagne durant la Grande Guerre : Un Poilu Nommé Marcel.

Mais faute de témoignages directs, ce document a donc été rédigé à partir de ses papiers personnels, à l’aide des « Journaux de Marches et d’Opérations », consultés sur le site Internet « Mémoire des Hommes », des documents du Service des Archives Médicales Hospitalières des Armées, et avec le concours de sites dédiés à la Guerre 14-18.

Il faut donc, au-delà des mots, se replonger dans le contexte de l’époque et faire preuve d’imagination pour essayer de comprendre ce qu’a pu être la vie du Poilu Marcel. L’article qui suit en est le résumé.

La Campagne 1914-1918

Année 1914

Le Recrutement, l’incorporation, la formation du soldat

Né le 8 mai 1894 à Vernantes, petit village angevin, Marcel Marandeau a donc 20 ans en 1914. Après avoir passé le Conseil de Révision à Longué, chef-lieu du Canton, où il sera reconnu « bon pour le Service Armé », il devra ainsi, selon la loi de 1913 sur le Recrutement Militaire, effectuer 3 ans de Service, mais le sort en décidera autrement.

En effet, l’assassinat en juin 1914 de l’Archiduc François Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois et son épouse, va précipiter le Monde dans la folie de ce qu’on appellera plus tard La Grande Guerre.

Le 2 août 1914, la France décrète la Mobilisation Générale, bientôt suivie par d’autres pays.

Un mois après, le 4 septembre, Marcel quitte la ferme familiale de « La Vrillère » et rejoint le 8e Régiment de Chasseurs à Cheval basé à Orléans. Pourquoi ce régiment, peut-être parce qu’il était agriculteur et avait donc une certaine connaissance des chevaux ? On ignore s’il en monta un, mais il est certain que c’est là qu’il effectuera ses classes.

Le 11 octobre, il passe aux Armées et rejoint le 93e Régiment d’Infanterie à la Roche-sur-Yon, en Vendée. Il trouve la Caserne Travot presque vide car dès la Mobilisation, le 93 est parti dans les Ardennes. La Classe 1914 dont fait partie Marcel va donc poursuivre son entrainement, certainement à la caserne Mirville, dépôt du régiment, en vue de son départ pour le front. De là, il enverra une carte postale à ses parents sur laquelle on le voit en tenue de fantassin (photo ci-dessus).

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Recto de la carte postale envoyée par Marcel

La montée au front

Le 10 novembre, avec un renfort de 560 recrues de sa classe, Marcel quitte enfin la Roche-sur-Yon et rejoint en train son régiment se trouvant maintenant avec la 21e Division d’Infanterie en Picardie, dans la région d’Amiens. À son arrivée, il est affecté à la 10e Cie du 3e Bataillon. Après une période d’accoutumance, ce n’est que le 15 décembre que notre Poilu connaîtra réellement la vie des tranchées et son baptême du feu.

Ce sera aussi son premier Noël loin de sa famille.

Année 1915

Il restera ainsi dans ce même secteur jusqu’en juillet 1915. Pendant cette période, entrecoupée de séjours en tranchées et de petits repos, notre poilu aura l’occasion de participer, le 7 juin, à l’attaque de la ferme fortifiée de Toutvent près d’Hébuterne.

Relevé le 21 juillet par l’Armée anglaise, le régiment de Marcel quitte le front et se dirige à pied en zone de repos, vers Breteuil au sud d’Amiens. Nos soldats resteront là jusqu’au 11 août et continueront leur entrainement en vue du prochain départ vers le front.

En effet, dans la nuit du 12 au 13, le régiment embarque en train jusqu’à Vitry-la-Ville dans la Marne et rejoint, à pied, la région de Somme-Tourbe où il restera jusqu’à son entrée en tranchées. Le 27 août, le 93e gagne le secteur de Mesnil-les-Hurlus. Là, entre séjours en lignes, travaux de tranchées, entrecoupés de petits moments de pause en arrière des lignes, Marcel et ses camarades vont subir de très nombreux bombardements.

La Bataille de Champagne et première blessure de Marcel

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Extrait du Registre Matricule du Poilu (A.D 49)

Le 25 septembre, le régiment va participer à l’Offensive de la Bataille de Champagne. Son objectif : la Butte du Mesnil, une véritable forteresse.

L’attaque, commencée à l’aube dans des conditions difficiles, tourne court. Les bataillons d’assaut subissent de nombreuses pertes. Celui de Marcel, en réserve dans la tranchée de première ligne, bloqué par des éléments se repliant, ne peut sortir. C’est dans ce moment de confusion que Marcel sera blessé à l’index par un éclat d’obus.

Bien que peu gravement touché, notre poilu sera tout de même dirigé vers le Poste d’ambulance 16/XVI de La Salle, puis sur celui de la 1/82e D.I de Somme-Vesle où il restera jusqu’à sa complète guérison.

Le 4 novembre, Marcel retrouve le 93e R.I dans le même secteur, près de Tahure, mais il n’y restera pas longtemps car le régiment, placé en grand repos, se dirige en autos vers le sud de Châlons-en-Champagne. Il y cantonnera jusqu’au 30 novembre, partagé entre les exercices et la remise en condition.

Le 3 décembre, le régiment repart à pied en direction de Somme-Suippe et retrouve les tranchées de Tahure. En cette fin d’année le front est assez calme, mais le temps est très mauvais. La pluie, ininterrompue, transforme en bourbier tranchées et boyaux. Même les cantonnements, en arrière des lignes sont dans le même état. Cette insalubrité permanente favorise la prolifération des rats. La santé de nos poilus se dégrade d’autant plus que le froid fait son apparition, et les malades chaque jour plus nombreux, ne peuvent se protéger que dans des abris précaires.

C’est dans ces conditions plus que défavorables que Marcel finira l’année 1915.

Année 1916

Évacuation de Marcel pour cause de maladie

En ce début d’année, malgré un radoucissement des températures, des pluies persistantes causent toujours un état sanitaire médiocre. Pourtant, les relèves et les activités dans les tranchées se suivent et se ressemblent : bombardements, travaux de remises en état, puis à nouveau détente au cantonnement.

Le 4 février, après un nouvel abaissement de température, Marcel est revenu malade des tranchées. C’est dans un état plus que fébrile qu’il est évacué, par crainte de la typhoïde, sur l’Hôpital Corbineau de Châlons-sur-Marne. Guéri, il retournera au 93e R.I le 17 mars.

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Certificat de visite de l’Hôpital Corbineau H.C n° 18

Le 23 mai, après peut-être une permission chez ses parents à Vernantes, Marcel passe au 114e R.I, cantonné à St-Maixent et appartenant à la 152e D.I.

Le 26, il rejoint ainsi son nouveau régiment à Cuperly, aux environs de Châlons-sur Marne. Marcel est alors affecté à la 1re Cie du 1er Bataillon. Changeant souvent de secteur, il restera dans cette région pendant plus d’un mois.

Le 19 juillet, embarqué par camions, le 114e R.I rejoint sa nouvelle zone d’opérations au nord de Suippes, le secteur de Perthes-Tahure où il doit relever un autre régiment. Marcel y restera tout le mois d’août pendant lequel il subira de nombreux bombardements et de fréquentes attaques partant des tranchées ennemies, mais toujours repoussées,.

La 152e D.I devant être retirée du front et envoyée en instruction, le régiment de Marcel est transporté entre le 26 et 30 août vers le Camp de Mailly où il restera jusqu’au 19 septembre, alternant détente et exercices afin de se préparer pour une nouvelle montée en ligne.

En effet, le 20 au matin, le 114e R.I est embarqué en train afin de rejoindre la région de Beauvais dans l’Oise. À partir du 25 va commencer un long mouvement vers le nord, à pied et en camions. Après un arrêt d’une semaine à Fouilloy, le régiment atteint enfin son nouveau secteur au nord de Combles, village entièrement détruit situé au nord de la Somme.

Le 19 octobre, le bataillon de Marcel est dans les tranchées ou plutôt dans des trous d’obus aménagés qui se remplissent d’eau à la moindre pluie. Alternant des périodes de repos entre les séjours en 1res et 2es lignes, le bataillon subira de nombreux bombardements et fusillades, et participera au sein de son régiment, à plusieurs attaques.

Après une période de calme du 5 au 18 novembre à une trentaine de kms du front, le 114e repart à nouveau, et le 24 novembre le bataillon de Marcel rejoint les tranchées des environs de Sailly-Saillisel, non loin de Combles, où il va effectuer des travaux d’organisation et de défense, luttant contre la boue qui envahit les boyaux et tranchées, ceux-ci s’éboulant sous les bombardements quotidiens.

Relevé enfin par l’Armée anglaise à partir du 4 décembre, le 114e part se détendre à l’ouest d’Amiens et y restera jusqu’à la fin de l’année.

Année 1917

Attaque du Mont Sapigneul et deuxième blessure de Marcel

Le 17 janvier, après sa réorganisation, le 114e R.I repart vers le sud de la Somme et après un déplacement à pied d’une cinquantaine de kms, il rejoint les tranchées non loin de Biaches. À part quelques bombardements, le séjour dans le secteur est relativement calme, les bataillons étant occupés, sous un froid de plus en plus vif, à réorganiser leurs emplacements. Ils resteront là jusqu’à la fin du mois.

Le 31 janvier, le régiment repart à pied vers le sud d’Amiens, à Hailles où il va profiter d’une semaine de repos. Le 8 février, il est embarqué à la gare de Boves à destination de la Marne. Débarquant à Vitry-la-Ville, le régiment y cantonne en attendant les ordres.

Le 16 enfin, le 114e R.I s’embarque à nouveau en train pour rejoindre la région de Reims. Débarqué à Valmy, le Rgt s’installe en cantonnement d’alerte et y restera jusqu’au 28, date à laquelle il repart à pied en direction du Camp de Mailly situé à 80 kms.

Arrivé le 5 mars à Mailly, le Rgt va suivre jusqu’au 20 une période d’instruction et effectuer une manœuvre de corps d’Armée.

Le 21, le 114e RI repart au sud de Mourmelon-le-Grand et cantonne à Bouy où le bataillon de Marcel va participer à la construction d’une voie ferrée. Après quelques jours de travaux, le régiment repart et rejoint Soulières, une zone au sud d’Epernay.

À peine arrivé, le 31 mars, Marcel part à nouveau avec son bataillon, mais cette fois en autos vers la montagne de Reims afin de construire ici aussi, une voie ferrée au profit de l’Artillerie.

Le 9 avril, le 1er Bataillon ayant rejoint son régiment, il se met une nouvelle fois en route avec la D.I vers le nord-ouest vers Ville-en-Tardenois où il arrive le 15. Le 16, par une marche très pénible sous la neige, le Rgt rejoint nuitamment Cormicy afin de se mettre à la disposition du 7e C.A et participer à l’Offensive Nivelle. Dans la nuit du 17 au 18 le régiment est dans les tranchées au sud de Berry-au-Bac au sein de la 37e D.I. Son objectif est d’attaquer et d’enlever une tranchée allemande sur la pente du Mont-Sapigneul. En raison du mauvais temps, l’attaque est repoussée au lendemain, par contre l’artillerie ennemie bombarde violemment les positions du 114, qui en raison du grand nombre d’hommes s’y trouvant, lui cause des pertes importantes. Marcel fait partie des blessés et a reçu un éclat d’obus à la tête, un au bras et un autre à l’épaule gauche. Inconscient, il a pu être évacué vers l’Ambulance de Trigny (Centre de triage du VIIe C.A) puis sur l’Ambulance chirurgicale 10/6 de Vaux-Varennes où là, peut-être seuls ses membres ont été soignés. Ensuite il a sans doute été dirigé sur l’Hôpital d’évacuation (HOE du VIIe C.A) de Prouilly où il est laissé pour mort. Après plusieurs jours d‘attente, il est transporté par train sanitaire vers le Touquet-Paris-Plage et admis le 23 avril à l’Hôpital complémentaire (temporaire) n° 35 situé à l’Hôtel Hermitage. L’éclat situé dans son crâne est enfin extrait le lendemain. Notre blessé restera dans cet établissement jusqu’au 25 mai, date à laquelle il est de nouveau évacué en train vers la Normandie, à l’Hôpital auxiliaire n° 9 de Caen.

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Extrait du registre de statistique médicale de l’Hôpital Temporaire n ° 35 (SAMAH)

De Caen, toujours en train, Marcel rejoint Saint-Jean-de-Luz le 14 juillet et entre à l’Hôpital Bénévole 86 bis, situé à la fois au Casino « La Pergola » et au Pensionnat Sainte-Marie. C’est dans un de ses deux établissements qu’il se remettra de ses blessures et profitera certainement, jusqu’à son départ, des bienfaits des bains de mer.

Le 10 août Marcel est signalé rentré d’évacuation au dépôt du 114e RI à Partenay. N’ayant aucune information à partir de cette date, il semblerait qu’il y soit resté jusqu’à la fin décembre. Il est possible aussi qu’il soit parti en permission à Vernantes chez ses parents.

Année 1918

Nouvelle année, nouvelle affectation. Marcel ayant effectué 3 ans de service actif, le 12 janvier il est ainsi affecté au 273e R.I, régiment de réserve cantonné en partie à Béthune dans le Pas-de-Calais. Il rejoindra ainsi son nouveau régiment le 26 février, vers Révillon dans l’Aisne où celui-ci effectue des travaux d’organisation défensive. Son nouveau bataillon sera le 6e et sa compagnie, la 21e.

Marcel ne restera pas là longtemps puisqu’après quelques jours, le régiment se met en marche vers le nord et rejoint Craonne, sur le tristement célèbre Chemin des Dames ayant connu en avril 17 un effroyable carnage.

À partir du 6 mars, le régiment s’installe sur le plateau de Californie. Alternant séjours en tranchées et repos, périodes de calme et bombardements, il va rester dans le secteur jusqu’au 7 mai, date où il est relevé par un régiment britannique.

Le 12 mai, le 273e embarque à la gare de Braine pour se diriger dans la région de Beauvais. Débarqué à La Chapelle-aux-Pots, ce dernier fait mouvement vers Le Coudray-St-Germer où il va, après une brève détente, effectuer des manœuvres avec des chars légers Renault. Mais ces exercices vont tourner court car l’ennemi a déclenché une nouvelle offensive en franchissant le Chemin des Dames. À nouveau c’est le départ.

Bataille de l’Aisne et troisième blessure de Marcel

La 3e Bataille de l’Aisne venant de commencer, le 28 mai la 51e D.I est transportée par camions vers Compiègne. De là, les régiments se mettent en marche vers l’est. Après 40 kms à pied, le 31 mai, le 273e gagne le secteur de Chaudun afin de renforcer une attaque de la Division d’Infanterie Marocaine. Le régiment est installé en défensive vers l’est, près de Vierzy, mais après une forte poussée de l’ennemi, celui-ci est obligé, non sans combattre, de se replier par mouvements successifs avec le reste de la Division, harcelé par l’artillerie allemande. À l’aube du 3 juin, après un bombardement intense, des éléments ennemis ont effectué un débordement. Il faut renforcer le front, aussi le 6e Bataillon, dernière réserve de son régiment, va se voir affecté à la défense de Dommiers avec le 33e R.I. Ces éléments ne seront relevés que dans la nuit du 5 au 6. En moins d’une semaine, le 273e aura eu plus de 1300 tués, blessés ou disparus. Une fois encore, notre brave Marcel aura eu de la chance.

Après une pause de 2 jours à Retheuil, ont suivi divers mouvements avec prises de positions et travaux qui vont épuiser la troupe. Malgré cela, le régiment rejoint Coeuvres, dans le même secteur que les jours précédents.

Dans la nuit du 11 au 12 juin, le bataillon de Marcel, réserve de division, relève un bataillon du 7e Tirailleurs algériens dans les tranchées sur la route Coeuvres-Laversine. Vers 2h30 un bombardement allemand intensif commence sur l’ensemble des positions et se continuera jusqu’à 4 heures, moment où l’ennemi lancera son attaque.

Pendant ce violent bombardement, Marcel a été atteint par un éclat d’obus au bras gauche. Sommairement pansé au poste de secours il est évacué vers le poste d’Ambulance 1/51 de Mortefontaine. De là il est transporté certainement en camion jusqu’à la gare de Compiègne où il sera embarqué dans un train sanitaire vers l’Hôpital d’évacuation n° 35 du Bourget-Triage, puis sur Paris à l’Hôpital Temporaire n° 21 du Collège Chaptal. Après extraction de l’éclat d’obus, Marcel restera dans cet hôpital jusqu’au 26 juin.

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Fiche médicale extraite du livret militaire de Marcel

Retour au 273e et affectation au 33e R.I

Après 20 jours de permission passés à Vernantes, le 29 juillet notre poilu rejoint le dépôt du 273e R.I à Béthune. Il n’y restera pas longtemps car le régiment étant dissous le 7 août, tous ses soldats vont aller compléter les autres régiments de la Division.

Marcel rejoint ainsi le 33e RI qui se trouve dans la région de Héricourt près de Montbéliard. À peine arrivé, il repart le 14 août avec son nouveau régiment vers le nord-est. Son bataillon, le 2e s’installe à Leval pour y effectuer des travaux sur des centres de résistance.

Dans la nuit du 22 au 23, le régiment se met en mouvement pour aller relever le 3e Tirailleurs en Haute-Alsace. Placé en réserve à Chavannes-les-Grands, le 33e R.I détache la 7e Cie, celle de Marcel, pour aller couper du bois à Grandvillars.

Trois semaines plus tard, dans la nuit du 11 au 12 septembre, le régiment va relever les Tirailleurs vers Réchésy, non loin de la frontière suisse, le 2e Bataillon s’installant au poste avancé de Ueberstrass.

Pendant le séjour en lignes du régiment, les périodes de calme s’intercaleront avec des moments de forte activité ennemie. Enfin, dans la nuit du 3 au 4 octobre, celui-ci est relevé et gagne Chavannes-les-Grands où il va continuer son instruction.

Le 13, le régiment repart à pied vers Héricourt où il doit embarquer le 16 en direction de Compiègne. Après 500 km de train, le régiment de Marcel débarque à Longueil-Ste-Marie et cantonne à Chevrières.

À partir du 22, le 33e R.I entame une longue marche avec la 51e D.I pour se lancer à la poursuite de l’ennemi qui commence à se retirer. S’arrêtant tous les jours pour bivouaquer, le régiment va ainsi avancer vers le nord-est, et arriver sans incident le 9 novembre à Rainsars.

Jusqu’alors placé en réserve d’avant-garde de la division, le 33e R.I passe en tête du dispositif. Le 10 au petit matin, partant de la forêt de Trélon le régiment commence son approche vers Eppe-Sauvage, à la frontière belge, objectif du 2e Bataillon, celui de Marcel. Mais les troupes allemandes, si elles ont commencé à se replier, n’en ont pas moins laissé des obstacles en travers des chemins et de nombreux éléments qui harcèlent nos poilus pendant leur progression. Des mitrailleuses se dévoilent et retardent la marche en avant du régiment.

Le 10 dans l’après-midi, le 2e bataillon arrive en vue d’Eppe-Sauvage, mais alors que les premiers éléments débouchent de la forêt, ils sont accueillis par des feux nourris de mitrailleuses partant du chemin d’Eppe au château de Voyaux et des premières maisons de la rue de Couturelles, interdisant ainsi le franchissement du premier pont sur l’Helpe Majeure.

À découvert, le bataillon se replie et attend la nuit pour emprunter un autre chemin de contournement. Mais celui-ci est également sous le feu de l’ennemi et les patrouilles vont rechercher d’autres itinéraires.

À 20 heures le 2e Bataillon progresse vers le village, les éléments avancés atteignent le pont du village où ils sont accueillis par des feux nourris de mitrailleuses. Pendant toute la nuit, le bataillon essaye de franchir la rivière mais ce n’est que vers 4 heures, le 11 novembre, que les éléments du bataillon atteignent le 2e pont d’Eppe-Sauvage qui saute un instant après que les troupes l’aient franchi. Le village est traversé et nos soldats continuant leur progression sont arrêtés par un autre ruisseau à l’est du village. Afin de le franchir, des passerelles de fortune sont construites à la hâte par les sapeurs accompagnant le bataillon.

Marcel et 3 camarades sont désignés pour aller reconnaître une de ces passerelles. À peine engagés, ils sont pris sous le feu d’une mitrailleuse, tuant sur le coup le soldat se tenant à côté de notre Poilu. Ce dernier étant lui-même touché à la cuisse droite, et ses deux autres camarades, blessés également.

Sommairement soigné, certainement par un infirmier du 33, Marcel est alors recueilli dans une ferme proche de l’action, celle de Louis Ducanchez, maire du village. Notre blessé y restera en attendant son évacuation.

Pendant ce temps, le régiment a continué son avance. À 4h45 la rivière est donc franchie sur des passerelles de fortune et à 5h15 les éléments ennemis sont rejetés jusqu’à la frontière belge.

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Certificat de visite du H.C n° 43 de Saint-Pern

L’Armistice et la fin de la guerre

Le 11 novembre à 11 heures l’armistice étant signé, un clairon du 33e R.I arrivé à Montbliard sonne le cessez-le-feu. Les troupes présentent les armes face à l’Est et la Musique du Régiment joue la Marseillaise. La guerre est enfin terminée. Oui, mais pour Marcel, comme beaucoup d’autres, tout n’est pas fini.

Évacué certainement l’après-midi en auto vers l’Ambulance de triage 1/51 de Remaucourt, il sera envoyé à l’Hôpital d’évacuation n° 34 à St-Quentin, peut-être installé dans le Lycée Henri Martin.

Le 14 novembre Marcel part de ce dernier établissement et rejoint en train sanitaire l’Hôpital complémentaire n° 43 situé au Noviciat des Petites sœurs des Pauvres de Saint-Pern, en Ille-et-Vilaine. Pendant sa convalescence, notre poilu sera peut-être informé que, le 24 novembre, le Général Écochard commandant la 51e D.I. le cite, pour son action à Eppe-Sauvage, à l’ordre de la Division et lui décerne la Croix de Guerre avec étoile.

« Au cours des combats du 10 novembre 1918, faisant partie d’une patrouille chargée de reconnaître une passerelle pour le franchissement d’un ruisseau, s’est acquitté de sa tâche avec courage malgré le feu violent de l’ennemi. A été blessé au cours de sa mission. »

(Ordre n° 435 du 24/11/1918)

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Diplôme commémoratif et médailles de Marcel Marandeau

Année 1919

Retour au 33e R.I et démobilisation

Une fois guéri, Marcel quitte l’hôpital de St-Pern le 27 décembre 1918 et doit - d’après son certificat de sortie - rejoindre le dépôt du 33e R.I. à Arras, pourtant il n’est signalé rentré d’évacuation que le 24 janvier 1919, date à laquelle son régiment occupe la région de Mayence en Allemagne. Alors a-t-il bénéficié d’une permission à son arrivée au Quartier Schramm ou est-il resté au dépôt ? Les renseignements de cette fin de campagne étant incomplets, il est difficile d’y répondre. Par contre, il est fort possible que le 3 mars, notre soldat ait assisté au retour triomphal du 33e R.I.dans sa ville de garnison. C’est peut-être au cours de la prise d’armes organisée pour l’occasion que notre soldat fut, parmi d’autres, décoré de la Croix de Guerre.

Ce qui est certain, c’est qu’après avoir reçu, le 20 août, son Certificat de Bonne Conduite, il est envoyé en congé illimité de démobilisation le 6 septembre.

Quittant pour la dernière fois son régiment et la gare d’Arras, il arrive le 8 au Dépôt Démobilisateur du 66e R.I. à Tours. Le même jour, toujours en train, il rejoint son village de Vernantes et la ferme familiale de La Vrillère.

La Guerre de Marcel est maintenant et enfin terminée. Sa campagne contre l’Allemagne aura duré 4 ans 9 mois et 7 jours, soit 1737 jours de souffrance et de doute, mais aussi de courage et d’abnégation. Il lui faudra néanmoins attendre longtemps avant d’en être remercié et honoré. En effet, il ne sera décoré de la Médaille Militaire qu’en 1965, et fait Chevalier de la Légion d’Honneur qu’en 1977.

Marcel n’était pas un héros et il le savait. Comme tant d’autres, il a fait son devoir de citoyen afin de préserver la liberté des peuples et l’indépendance de son pays. Mais à quel prix… C’était il y a presqu’un siècle, cependant il convient de ne pas l’oublier.

Marcel Marandeau s’éteindra tranquillement au soir du 25 février 1993, à l’âge vénérable de presque 99 ans. Il rejoindra ainsi son épouse Marie, disparue le 8 mai 1968. Tous deux reposent désormais au cimetière de Vernantes.

A l’attention des lecteurs de la Gazette :

Cet article n’est qu’un bref résumé de mon livre intitulé « Un Poilu nommé Marcel ». Il est évident que celui-ci, composé de 180 pages, contient bon nombre de cartes, plans et diverses illustrations qui aident à la compréhension du parcours de notre Poilu. Je tiens à préciser que ce document, écrit dans le cadre familial a été imprimé mais n’a pas été édité dans le commerce.

Sources :
- Site internet S.G.A « Mémoire des Hommes » :
J.M.O des 93e RI, 114e RI, 273e RI et 33e RI ; de la 42e BI ; des 21e DI, 152e DI, 37e DI et 51e DI ; des 11e CA, 9e CA, 7e CA , 1er CA et 15e CA.
- Site internet de l’Historique des Régiments (chtimiste.com)
- Site internet pages 14-18.com
- Service des Archives Médicales Hospitalières des Armées de Limoges (SAMHA).
- Documents et objets personnels du Poilu.
- Photos personnelles de l’auteur.

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5 Messages

  • Quel beau travail de recherches.

    Pour ma part, j’ai beaucoup de lettres que je retranscris petit à petit à l’occasion de ce centenaire, ainsi que des photos.
    Bravo encore Noel.
    JBE

    Répondre à ce message

  • Bonjour,

    Comme le dit :JBE, c’est du beau travail !
    J’ai effectué la même chose,sous forme d’un cahier récapitulatif de ses actions militaires,(courriers ,cartes postales.. ;)dans un cadre plus familial,à propos de mon père qui est mort en 1968,à 70 ans,à cause de la fragilité de ses bronches,du aux gaz, qui l’on conduit également à l’hôpital de Compiègne.
    En dehors de toutes considérations publicitaires,je souhaite signaler les excellents « Geo-Histoire » qui traite de ce sujet douloureux,(ARTICLES ET PHOTOS d’époques impressionnantes)ainsi que le livre de M°BEAUCARNOT.
    Dans un seul souci d’enseignement,pour le plus grand nombre mes amicales salutations,AB.

    Répondre à ce message

  • Travail de mémoire très intéressant.
    C’est très bien de rendre ainsi hommage à votre grand-père

    Mon grand-père maternel à aussi fait la guerre 14-18 et à ce sujet je cherche à connaître les dates de ses permissions. Il était à Fez au Maroc

    Comment avez-vous pu retrouver ces dates pour votre grand-père ?

    Jean-Louis

    Répondre à ce message

  • Toutes mes félicitations pour votre excellent travail sur le
    parcours de votre aieul pendant la guerre 1914-18.
    je suis actuellement dans le regroupement d’informations pour
    reconstituer-comme vous l’avez réalisé- un historique sur les
    années « galére » passées au front par mon pére louis REAUD.
    Les sources sont aujourd’hui abondantes grace à internet et aux archives qui s’ouvrent à nous et j’ai donc encore bien des trouvailles qui me tendent les bras !
    Je voulais trés simplement vous informer que votre grand pére et mon pére se sont peut-étre croisés à la BUTTE DU
    MESNIL ou ils ont été blessés l’un et l’autre à UN jour d’in
    tervalle 25 et 26.9.1915 si ce n’est qu’ils dépendaient de
    RGT différents(418eRI-153eDI pour passer ensuite à la 18eRI)
    Je suis à votre disposition pour tout complément d’informa
    tion.Cordialement votre.JL REAUD

    Répondre à ce message

  • Beau travail, touchant. BRAVO !
    (trouvé par hazard)

    Répondre à ce message

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