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Un incident de voyage à la Bégude en 1750


jeudi 10 avril 2014, par Paul Rouviere, Thierry Sabot

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Voici une page de la vie de nos ancêtres dont l’histoire se déroule dans l’actuel département du Gard. Il y est question de la difficulté de voyager au milieu du XVIIIe siècle, du manque de ponctualité des coches d’eau, de la location des chevaux qui réserve parfois bien des surprises, des soins donnés aux chevaux malades et des conséquences pour l’animal... le tout passé devant notaire !

Le mercredi 4 novembre 1750, après midi et sur l’heure de neuf, a été en personne devant nous notaire royal soussigné, et en présence des témoins à la fin nommés, fut présent messire Joseph François Scipion Deslèbres, fils d’Antoine, du lieu des Lèbres de Chassazat, paroisse de Bernas, diocèse d’Uzès,

lequel ayant parti de chez lui lundi dernier, second du courant, accompagné des Srs. Coste et Boule, ecclésiastiques, paroisse dudit Bernas, et étant arrivés ledit jour au Saint-Esprit de couchée, ils y firent séjour le lendemain dans la vue de se mettre dans le coche [1] pour aller à Avignon au séminaire de Saint Charles, et le coche n’étant pas arrivé, ayant renvoyé leurs chevaux chez eux, ils résolurent d’en prendre de louage au Saint-Esprit, ce qu’ils firent effectivement, et ledit Sr. Deslèbres en ayant pris un que le nommé Tourtillat, serrurier de ladite ville de Saint-Esprit lui avait loué à vingt sols par jour à condition qu’il le lui nourrirait ;

cela étant, ayant parti ledit Sr. Deslèbres avec les Srs. Coste et Boule sur les huit heures du matin, ils étaient arrivés à la Bégude de Saint-Laurent-des-Arbres, chez M. Bourret, hôte, environ l’heure de deux après midi pour dîner et donner l’avoine aux chevaux, tous les trois ont mangé à leur ordinaire du bon foin, ensuite les trois chevaux ont été conduits à l’abreuvoir qui est tout près de l’écurie, et donné ensuite l’avoine qu’ils ont mangée, dont celui du Sr. Deslèbres, qui était une jument, avait été séparé par le nommé Pierre Melet, qui était loué par ledit Sr. Deslèbres pour avoir soin des chevaux et qui a donné à ladite jument un boisseau avoine qu’elle a mangé à son ordinaire sans lui connaître aucune maladie,

néanmoins étant ces messieurs sur le point de partir ledit Melet s’était aperçu que, dès que la jument a eu achevé de manger son avoine, s’était couchée ; pour lors ledit Melet, qui en avait soin, l’a faite lever et, voyant qu’elle se tourmentait, l’avait visitée et trouvé et reconnu qu’elle avait les vines, ce qu’on appelle vulgairement, et que les abattait, selon la connaissance de Melet,

et à l’instant a conduit la jument au lieu de Saint-Laurent, dans la maison du Sr. Chaulandy, dans laquelle Louis Guilhard maréchal ferrant habite, qui avait été requis par le Sr. Deslèbres de visiter la jument instamment, à quoi Guilhard avait consenti et l’avait visitée, et a dit et déclaré qu’elle avait les vines, l’avait ouverte et les lui avait tirées toutes pourries, et ne pouvant la soigner, il lui avait préparé un breuvage convenable à son mal, fait des chargements (pansements), se considérant que la jument avait été forcée et que son mal venait depuis quelques jours,

ce qui est si vrai que la bête lui a paru crevée par des efforts et des courses qu’elle avait pu faire et que sa maladie ne procédait point du voyage du Sr. Deslèbres, d’ailleurs que c’était une bête hors d’âge, y manquant l’œil droit et en très mauvais état, en sorte qu’elle était morte dans cet état malgré tous les soins et médicaments qu’on lui avait donnés et ledit Malet de l’avoir promenée, qui ne l’a abandonnée que jusqu’à ce qu’elle a tombé dans la bergerie de Chaulandy qu’elle a été morte,

et qu’alors Guilhard et Melet ont observé que la bête n’est pas morte par le défaut du Sr. Deslèbres qui n’avait aucune valise sur la jument et que le voyage du Saint-Esprit jusqu’à la Bégude n’y a point que trois lieues et demi ou environ ne pouvait lui occasionner sa mort,

et Guilhard avait voulu être payé de ses drogues pour l’abreuvage, vin pour les chargements et de ses peines et soins, ledit Deslèbres lui avait donné 2 livres 17 sols ainsi qu’ils ont liquidé entre eux ; de tout quoi le Sr. Deslèbres en a requis acte qui lui a été octroyé pour lui servir et valoir ainsi qu’il appartiendra.

Fait et passé au lieu de Saint-Laurent-des-Arbres dans la maison du Sr. Chaulandy, présents Sr. Pierre Mourgues, précepteur des écoles publiques, et le Sr. André Silhol, chirurgien, habitants de Saint-Laurent, signés avec le Sr. Deslèbres, lesdits Guilhard et Melet illitérés et de ce interpellés, et nous Pierre Benoît Fabre, notaire royal de ce lieu, soussigné, requis.

Notes : On remarque qu’autrefois le maréchal-ferrant faisait aussi fonction de vétérinaire, d’où parfois l’expression de maréchal vétérinaire.

N’étant pas en mesure de rendre vivant son cheval de location à son propriétaire, le sieur Joseph François Scipion Deslèbres « se couvre » en faisant établir un acte notarié qui souligne son irresponsabilité dans les mauvais soins donnés au cheval ainsi les circonstances du décès de ce dernier.

Qu’est-ce que « avoir les vines » ? Mystère ! S’agit-il de l’avive ? « C’est-à-dire une inflammation qui fait enfler les glandes qui sont situées au-dessous de l’oreille, vers le coin de la ganache, et empêche la respiration, de sorte que le cheval court risque d’étouffer, s’il n’est secouru promptement. Cette maladie vient aux chevaux pour avoir été abreuvés d’eau froide et vive, surtout quand ils ont chaud ; ou bien, lorsqu’on les a trop poussés au travail. On connaît qu’un cheval a les avives, lorsqu’il perd tout d’un coup l’appétit, se couche, se lève souvent, et se tourmente étrangement, qu’il a la tête baissée, les oreilles froides, et regarde son ventre, parce que ce mal est toujours accompagné de tranchées et de rétention d’urine : il y a des tranchées sans avives, mais rarement des avives sans tranchées. » (d’après La Nouvelle maison rustique).

Source : Archives départementales du Gard, 2 E 60 / 7 f° 238.

Notes

[1Il s’agit de la voiture publique qui assure la liaison entre Pont-Saint-Esprit et Avignon.

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3 Messages

  • Bonsoir,

    Bravo pour votre très bon article !

    Je me pose la question de savoir pourquoi ce nom de La Bégude est si courant, soit comme quartier soit comme village, à l’entrée des villes de quelque importance.
    L’étymologie d’après Dauzat est « bégudo » en provençal « boire ».

    Les auberges destinées à accueillir les voyageurs étaient elles toujours à l’entrée ? Et puis, il y a deux entrées aux villes, selon d’où on vient !
    Auriez vous une autre explication ?

    Cordialement.
    Michel Guironnet

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    • > Un incident de voyage à la Bégude en 1750 23 avril 2006 10:13, par Paul Rouviere

      Bonjour

      Pour le mot bégude j’ai l’étymologie grecque : pêque (source ou fontaine) et odos (chemin), donc un logis situé le long d’un chemin et près de quelque source, où les voyageurs trouvent de quoi boire et manger.

      Quant à sa définition, c’est le faubourg d’un village de crête, situé près d’une route, au bas d’une colline où se dressent les anciennes fermes, ou bien une auberge ou un bouchon placé sur un chemin, où l’on s’arrête pour se rafraîchir, un lieux où l’on abreuve les bestiaux.

      A mon avis la caractéristique des bégudes est d’être situées sur les chemins royaux, pas très loin d’un groupe d’habitations, mais pas forcément à l’entrée (ou sortie) d’une ville. Elles avaient pour vocation d’accueillir les voyageurs et leurs montures. Et en raison de leur situation, elles étaient très souvent des relais de poste ou de chevaucheurs du roi.

      La bégude de St-Laurent-des-Arbres (30) se situe sur le grand chemin royal de Bagnols à Villeneuve, près du village perché sur la colline, et au bord de la rivière Nizon. L’abbé Durand, historien de St-Laurent, associe la bégude et la chapelle de Thézan, situées face à face de part et d’autre du chemin royal. Cette chapelle, recensée dès 1155 parmi les fiefs de l’évêque d’Avignon, aurait été, selon une tradition locale, un lieu de rassemblement pour les expéditions outre-mer, à l’époque des croisades. Sa situation lui a valu d’être aussi un relais de poste.

      La bégude de Rochefort (30) a une situation comparable, au pied du village sur le grand chemin de Villeneuve à Remoulins.

      Cordialement

      Paul ROUVIERE

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  • Un incident de voyage à la Bégude en 1750 27 février 2010 11:45, par Gièle Lameth

    « elle avait les vines, l’avait ouverte et les lui avait tirées toutes pourries »
    Pourriez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

    GL

    Répondre à ce message

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