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Les Frères Annet et Jacques Vertamy (5e partie)

Les frères Vertamy persécutés à Condrieu sous la Terreur


vendredi 1er avril 2005, par Michel Guironnet

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La Révolution contre l’Eglise : farandole anti religieuse, confiscation et saccage des objets liturgiques, arrestation arbitraire, renonciation obligée à leur état de prêtres, mariages forcés... Jacques et Annet Vertamy subissent avec douleur la « déchristianisation » à Condrieu sous la Terreur.

La Révolution contre l’Eglise [1]

Annet VERTAMY doit obtenir son certificat de civisme pour ne pas être inquiété. II s’adresse pour cela, en pleine Terreur, au Comité de surveillance révolutionnaire de Condrieu. On peut lire ceci dans ses registres :

« Un membre disait que ce curé était un modéré mais n’était pas révolutionnaire. Mais la majorité a reconnut que ce curé avait toujours été dans les principes de la Liberté, et lors de l’établissement de la République (20 septembre 1792), il l’a soutenu ; mais que sa santé si mauvaise ne lui permettant pas de se prêter avec les bons patriotes à prêcher les libertés et à les soutenir ; que lui connaissant des principes on lui accordait l’approbation de son certificat de civisme » [2]

Cette décision est datée « du 9e jour de la 3e décade du premier (mois) de l’an II » c’est à dire du 29 vendémiaire an II, autrement dit le 20 octobre 1793. Le secrétaire du Comité n’est pas encore familiarisé avec le nouveau calendrier !

Le vicaire Claude François FREREJEAN obtient également son certificat de civisme.

Le 30 brumaire an 11 (20 novembre 1793) le comité de surveillance révolutionnaire de Condrieu s’étonne que la municipalité n’ait pas fait encore descendre les cloches quoiqu’on lui ait demandé.

« Il a fait la motion qu’ils fussent requis de faire dans les plus brefs délays, en ne laissant qu’une cloche soif pour la retraite sait pour la l’horloge »

Au cours de la même séance du Comité, on lit un rapport concernant « les effets d’ornements de prêtre, croix, calisse en or et argent trouvé dans l’église de cette commune »

Ces objets précieux peuvent valoir, selon les commissaires, 8 à 9 000 livres.

« Puisque le fanatisme ne s’est soutenu que par les menaces, la superstition et le luxe ; considérant que les Français ayant secoué le joug sacerdotal, le prêtre décoré ne doit être à ses yeux qu’un homme singulier ; pour lui ôter ce ridicule il est nécessaire de lui deffendre de se parer comme il faisait ; considérant d’ailleurs que la parure du prêtre et chasuble là n’est pas sa propriété mais celle de nos pères ; dans un moment où cette propriété doit être rendue pour la Grande Famille »

Le Comité révolutionnaire décide « que les croix, calisses et ostensoir, chasubles et autres effets en or et argent seront cassés... pour être envoyé à la Convention, avec invitation qu’elle en laisse l’employ à faire respecter par les tirans coalisés notre Liberté »

« Et cependant, on fera faire des calisses en verre afin que les prêtres puissent dire la messe aux imbéciles qui n’ont point encore reconnu la liberté pour religion. » [3]

A Condrieu, en l’an II, les officiers commandant du Régiment des Chasseurs de la Montagne sont logés chez les suspects ou dans les maisons des gens aux arrêts. La troupe est logée dans les édifices religieux (églises, couvents) et dort sur de la paille.

Ce Comité de surveillance tient ses séances tous les jours.

Pour en faire les comptes rendus, son administration se fournit à peu de frais :

« Ce registre a été pris révolutionnairement dans la ci-devant église de Condrieu. Les feuillets écrits ont été déchirés, il est destiné à la copie des lettres et pétitions du comité révolutionnaire de Condrieu... »

En page de couverture on lit, sous l’écriture des révolutionnaires : « Registre de la Confrérie des agonisans érigée dans l’église de Condrieu »

Les membres de ce comité s’engagent, dans leur adresse à leurs concitoyens à remplir leur devoir avec probité et impartialité mais sans aucune espèce d’égard ni de craintes :

« Nous poursuivrons sans relâche les amis des rois, du fédéralisme et de l’ancien régime ; ainsi que ces hipocrites qui sous le masque du zèle patriotique cachent les projets les plus perfides et se servent de la crédulité des personnes faibles pour les pousser au mécontentement, aux propos séditieux et au mépris des loix » (Vendémiaire an II = octobre 1793)


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La Maison de la Gabelle
Ancien grenier à sel pour la Gabelle. Située juste en face de l’église Saint Etienne, sa façade est du XVe siècle.

Procession et fête civique contre le fanatisme

Dans sa séance du 10 frimaire an II (30 novembre 1793), le Comité de surveillance décrète : « le quartier de la Croix sera dénommé quartier Révolutionnaire... »

Il reçoit la démission de prêtre de Jean Antoine VIVIER, qui remet ses lettres de prêtrise.

« Un des adjoints aux commissaires a démontré au peuple l’erreur dans laquelle il était de croire aux prêtres et a été applaudi. Pour manifester combien on était indigné de la conduite des prêtres, des mensonges qu’ils ont prêchés, le peuple a demandé d’habiller les asnes avec les habits des prêtres. Cela a été fait ; tout à fait une procession civique. Les asnes ont été promenés et le peuple criait : « Vive la République et la Montagne » On a été à la place d’armes où l’on a fait un repas civique, et l’on a dansé et brûlé les ornements des prêtres... »

Le lendemain 11 frimaire, « les commissaires (de Ville-Affranchie, ex Lyon) sont partis. Le peuple leur a fait des remerciements et des adieux. II s’est formé une farandole (on) a été dans la ci-devant église ; notre secrétaire et plusieurs membres ont tout brisé : les croix, les confessionnaux, les cierges, etc. Les gros livres ont été portés sur la place d’arme où il a été brûlé, on faisait la farandole autour du feu de joye et criant : « Vive la République et plus de prêtre ! »

« Le comité avisera aux moyens de tirer parti du local appellé église en la débarrassant de ce qu’elle a de contraire à la Raison »


Jacques et Annet Vertamy-Duprat persécutés

A la suite de cette journée du 10 frimaire, Jacques VERTAMY est arrêté ensuite de l’ordre des députés membre de la Commission temporaire. Mais, ayant présenté une pétition pour son élargissement, les députés lui ont accordé sa libération... « Considérant que le prêtre (Jacques) VERTAMY s’est comporté en citoyen révolutionnaire, considérant que ses offres constatent une abdication d’état de prêtre et offre de se marier... » [4]

VERTAMY est libéré par décision du Comité de surveillance révolutionnaire de Condrieu du 2 décembre 1793. II doit remettre ses lettres de prêtrise au Comité. La même démarche est faite par son frère cadet Annet.

Celui-ci « a offert, lorsqu’il jouira de la pension, de prendre un orphelin ou un vieillard avec lequel il partagera son traitement »

FREREJEAN, vicaire détenu « en vertu des menus ordres », remet aussi ses lettres de prêtrise et les députés lui accordent la liberté à condition qu’il s’engagera dans un bataillon !!! (Quel âge a-t-il ?)

Les dossiers individuels des ecclésiastiques [5]gardent témoignage de leurs déclarations :

« Cytoien représentants de la commission temporaire, ou au Comité de surveillance, je te déclare que je renonce à l’état de pretrisse. Je veux vivre en fidel républicain, je l’ai enseigné et propagé, je te l’assure. Le premier décembre 1793, seconde année de la république une et indivisible. VERTAMY cadet »

Et un peu plus bas : « Mon âge, cinquante trois. Annet VERTAMY cadet. »

« Annet VERTAMY ex curé de Condrieu, ayant abdiqué l’état de prêtre, nous a remis ses lettres de prestrises le douze frimaire dernier... » (An II, 2 décembre 1793)

Ce certificat du Comité révolutionnaire de Condrieu du 3 nivôse An II (c’est-à-dire le 23 décembre 1793) est visé par la municipalité le lendemain et par l’administration du District de la Campagne de Lyon le 14 ventôse An II (4 mars 1794).

Même procédure pour « Jacques VERTAMI, ex prêtre religieux demeurant à Condrieu, ayant abdiqué l’état de prêtre religieux... »

Le certificat du comité révolutionnaire est signé par Pierre CUMINAL, Denis TONNERIEU, Vincent GABERT, Antoine DERVIEUX, MAIGRE, BOIS Président, CHAY, L. MOREL, VALETTE secrétaire (3 nivôse an II).

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Tympan de l’église de Condrieu
Ce tympan, chef d’oeuvre de la sculpture romane du XIe siècle, était dans la chapelle du chateau. Après sa destruction au XVIe siècle il fut réutilisé lors de la réfection de l’église Saint Etienne, église paroissiale. Le curé Vertamy a du souvent méditer devant « ce catéchisme en images »

Antoine Vertamy, guillotiné à Lyon

Antonin Portallier, dans son « Tableau général des victimes martyrs de la Révolution, en Lyonnais, Forez et Beaujolais : spécialement sous le régime de la Terreur, 1793-1794 »

(Saint Etienne, J. Thomas 1911) écrit :

« Vertamy (Antoine De), noble, né à la Baffie (Puy-de-Dôme), receveur des domaines et de l’enregistrement à Saint-Bonnet-le-Château, âgé de 59 ans, condamné par la Commission révolutionnaire de Lyon et guillotiné le 29 décembre 1793. « Ex noble et contre-révolutionnaire » (Tableaux)

M De Vertamy est porté sur 1es listes avec l’âge de 61 ans, tandis qu’il n’avait que 59 ans, suivant l’acte de mariage qui nous a été obligeamment .communiqué par le Docteur de Brye, dont il était le trisaïeul :

« Saint Bonnet le Château Mariage, 11 juin 1765

Antoine de Vertamy, écuyer, seigneur de la Borie, demeurant à Viverols, âgé de 3l ans, fils à Messire Gabriel de Vertamy, écuyer, seigneur dudit lieu et de Dame Anne Paulze, d’une part ;

Et demoiselle Marie Angélique François, âgée de 27 ans, fille de Me Jacques Philippe François, seigneur de Tortorel, notaire royal à Saint Bonnet le Chastel et de Dame Jeanne Françoise Michel de la Goutte »

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M. de Vertamy occupa la charge de son beau-père qui était conseiller du roi et receveur des domaines à Saint Bonnet.

De ce mariage naquirent treize enfants qui eurent des alliances avec les Galien d’Adiac, les Bouchetal de la Chomette, les de Lachèze. les de Brye de Vertamy.

La famille de Vertamy, originaire de Viverols, figure parmi les familles féodales.

Le château de Vertamy existe encore dans la commune de Baffie, canton de Viverols.

Pour plus amples détails, consulter : La France moderne, par J Villain (La Haute-Loire pages 507-509) Communication de M. le Dr DE BRYE »

Cet Antoine Vertamy, « ex noble », natif du Puy-de-Dôme, domicilié à « Saint Bonnet la Montagne », (nom révolutionnaire de Saint-Bonnet-le-Château) dans la Loire, exécuté à Lyon le 9 nivôse an 2, était il cousin avec les deux frères Vertamy ? Se connaissaient ils ? Peut être ?

En tout cas, ils sont du même âge et sont originaires de la même région.

Condrieu n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres au sud de Lyon. Au plus fort de la Terreur, on note la présence à Condrieu des « délégués de Commune Affranchie » (nom révolutionnaire donné à Lyon après le Siége)

Ce sont même eux, on le comprend à l’étude des documents, les « inspirateurs » de la campagne de déchristianisation à Condrieu.

Mariage de prêtres en famille

Jacques VERTAMY a offert, plus ou moins spontanément, sous la pression des évènements, de se marier. Dans les registres d’état civil de Condrieu, on trouve en effet son acte de mariage.
Jacques VERTAMY, aîné » 54 ans, épouse « ce jourd’huy dix huit pluviose l’an deux de la République (6 février 1794) « Marguerite ROUX, âgée de quarante quatre ans, fille légitime de François ROUX et de Marie HYERAUD, habitant à Romaney, canton de Saint-Trivier, district de Pont-de-Vaulx, département de l’Ain »
« L’épouse » du prêtre est 10 ans plus jeune que lui ! « Lesdits VERTAMY et ROUX nous ont déclaré à haute voix vouloir se prendre pour époux »
Les futurs sont accompagnés de Claude Thérèze DUPRE, 46 ans ; Jean Imbert JOURNOUD, 35 ans ; Charles FOUR, 28 ans ; Gabriel GUY, 30 ans.

Quelques jours plus tard, le 2 ventôse an II (20 février 1794) « on a porté hier et aujourd’hui tous les effets ayant servi à orner le fanatisme dans la ci-devant église des Pénitents déposés chez DUPRE par cette association de nigaut (les religieux) Tous les effets dorés, les saints et les saintes (de bois) ont été brisés révolutionnairement ; ils servent à chauffer les Chasseurs (de la Montagne) au corps de garde et les membres du Comité »

Dans l’état civil de Condrieu, cet acte de mariage à la date du 17 ventôse an II (7 mars 1794) :

« Annet VERTAMY Cadet, ex-prêtre domicilié à Condrieu » 53 ans, « fils de feu Pierre VERTAMY et Marie-Rose DEROULEUX de la commune d’Arlan » avec Pierrette GOUTAREL, 33 ans, fille de défunt Benoît GOUTAREL et de Marie BARGE, vigneron de cette commune »
Les époux ont vingt ans d’écart !
Ils ont pour témoins Jean Antoine VIVIER, 53 ans ; Pierre GAY, 36 ans ; Laurent Gabriel MOREL, 25 ans ; Pierre CUMINAL, 23 ans.
*Jean Antoine VIVIER peut être identifié : sa signature ressemble beaucoup, le prénom en plus, à celle du vicaire du curé VERTAMY qui signe de temps à autre les actes paroissiaux « VIVIERS, vic(aire) » Ce doit être lui qui a remis ses lettres de prêtrise le 10 frimaire An II.
Les trois autres personnes sont probablement les membres du Comité de Surveillance révolutionnaire. Dans un dossier des archives du Rhône, on relève ces noms...et les signatures devraient se ressembler !

Le sentiment religieux à Condrieu... ou le Christ révolutionnaire

Nous terminerons par cette séance du 24 frimaire an II (14 décembre 1793) du Comité de surveillance révolutionnaire très révélatrice du sentiment religieux sous la Terreur :

« On avait hier tenu une séance à la Société. Plusieurs frères prouvaient que le Christ n’était qu’un homme, que ce qu’il avait fait était pour le peuple, que ce n’était qu’un homme qui fit une révolution pour le peuple ; que les prêtres se sont servis des talens de cet homme pour en imposer, que lui-même a parlé de miracle pour mieux faire sa révolution mais que l’on ne pouvait croire à ses miracles et où l’on (a) prouvé que la religion des prestres n’étoient pas la morale du Christ ; que cette morale était bonne, mais que celles consignées dans les droits de l’homme étaient meilleures et dépouillées de toutes les absurdités qui ne peuvent apartenir qu’à un peuple imbécile »

« Des excellentes raisons ont été données, des femmes semblaient les entendre et les sentir, quelques-unes d’elles ont encore crié qu’il fallait des prêtres et des messes ; les meneurs se sont caché et cette séance a produit un bon effet ».

Dans un document des archives du Rhône, à la date du 8 fructidor An II (25 août 1794 [6] est indiquée cette note :

« Jacques VERTAMY, ex religieux du cy devant ordre de Citost et domicilié à Condrieu depuis 7 bre (septembre) 1789, vieux style [7]...né le 13 janvier 1740, âgé de 55 ans...pensionné par la Nation en 1790 comme religieux à raison de mille livres annuellement, n’ayant aucun revenu ny patrimoine ; a prêté tous les serments exigés et dans les temps prescrits par les loix,il a abdiqué toute fonction de prétaille et remis ses lettres le 12 frimaire dernier, s’est marié le 18 pluviose et est nanty d’un certificat de civisme et d’une attestation de la Société populaire du 14 germinal qui confirment que sa conduite a toujours été irréprochable et se comporte encore aujourd’hui en bon républicain »

C’est la dernière trace de sa présence à Condrieu.


Leur frère Pierre, victime de la Terreur à Arlanc

Pour les frères VERTAMY rester à Condrieu après ce qu’ils y ont vécu était sûrement impossible : trop de mauvais souvenirs ! Peut être aussi des calomnies et de haines à leur égard, autant du côté des paroissiens restés fidèles à leur religion que de la part des révolutionnaires.

Et puis, plus de moyens de subsister ici : ils ne peuvent que se réfugier à Arlanc, leur village de naissance, auprès de leur famille.

« Aujourd’huy le quatre thermidor l’an second de la République... par devant nous Thomas FAVRIER, membre du conseil général de la commune d’Arlanc... sont comparus en la maison commune pour contracter mariage,

Le citoyen Pierre VERTAMI, propriétaire domicilié en la ville d’Arlanc, âgé de cinquante un an ; fils à feu Pierre VERTAMI et à déffunte Marie DROUVELEUR ; cultivateur d’Arlanc, futur époux d’une part

Et Marguerite TARDIVEL, âgée de cinquante ans, veuve de Jean MAIRAND ? fille à feu Antoine et Françoise PASCAL,cultivateur domiciliée à Arlanc... future épouse d’autre part... »

L’acte de naissance du futur, natif d’Arlanc, est en date du 5 décembre 1743. Celui de la future est du 30 juillet 1744.

Comme le précise l’acte « ...Les futurs conjoints (sont) accompagnés ... de plus (entre autres personnes) par Annet VERTAMI, du présent propriétaire, âgé de cinquante quatre ans, frère du futur, aussi domicilié à Arlanc... »

Au bas de l’acte, deux signatures VERTAMY ; celle de Pierre, le futur et celle d’Annet, bien reconnaissable comparée à celle des documents d’archives de Condrieu.

Ainsi, le 4 thermidor An II, c’est-à-dire le 22 juillet 1794, Annet est dit « propriétaire domicilié à Arlanc »...cinq mois à peine après s’être « marié » à Condrieu !

La date de naissance du « jeune marié » [8] nous fourni la clé pour ouvrir un nouvel épisode de la « saga des frères VERTAMY » Pierre VERTAMY, né en 1743, est prêtre. Sa mère, par un acte du 3 novembre 1767, lui a constitué son "titre clérical" pour une somme de 80 livres (une bourse d’études en quelque sorte) [9]Comme ses frères, il est obligé de se marier pour échapper à la déportation, voire à la guillotine !

C’est Alain Gouverneyre qui a relevé ces quelques notes sur Claude Pierre De VERTAMY :
"Tonsuré le 3 avril 1767, prêtre le 17 octobre1768. Il fut élu curé constitutionnel de Mayres dans l’assemblée constituante tenue à Ambert le 6 juin 1791. Le 9 frimaire an II, il renonça à son état et à ses fonctions devant le tribunal du district d’Ambert. Il reçut 1.000 livres de pension. "

Cette citation semble être tirée d’un ouvrage sur la période révolutionnaire en Auvergne. Notre correspondant ne retrouvant plus la source de ces renseignements, nous nous sommes tournés vers les archives du Puy de Dôme. ! Mention doit être faite dans les documents d’archives de ce « Claude Pierre » élu curé de Mayres !

"Déchristianisation"

Avant de tourner la page de cette « déchristianisation », élargissons notre vue à la France d’alors. Les épisodes révolutionnaires de Condrieu ne sont pas isolés du contexte national.

Sur la « déchristianisation » nous ne citerons que quelques phrases, lumineuses, de Michel Vovelle, le grand historien spécialiste de la question :

« Qui a commencé : Paris et sa région, ou la province ? Question un peu vaine...

Dans une première phase, en brumaire et en frimaire, la déchristianisation associe un ensemble de manifestations, qui vont de la fermeture des églises transformées en Temples de la Raison, à la descente des cloches et la livraison de 1’argenterie sacrée, à l’abdication et au mariage des prêtres, et aux mascarades et autodafés... mouvement, dont l’onde se répand dans tout le pays : autour de Paris, dans le Centre et sur l’axe Paris Lyon, en passant par la Bourgogne, de brumaire à frimaire. Puis, en nivôse et pluviôse, les départements du Nord et du Nord-Est d’une part, l’Auvergne de l’autre et le Centre Ouest, du Poitou au Limousin, sont touchés par la vague, qui, de pluviôse à ventôse, se propage tous azimuts, à l’Ouest, de la Normandie au bocage manchois, au Sud-Ouest dans la moyenne Garonne, au Sud-Est, des Alpes au Languedoc. La Provence, les Pyrénées, le Finistère ou la Franche-Comté... ressentent le choc entre ventôse et germinal. A la veille de Thermidor, le mouvement s’épuise et s’éteint, dans l’Ariège, les Pyrénées-Orientales et les Alpes-Maritimes. Diffusion en tache d’huile...

Dans ce cadre spatial et temporel, on peut distinguer une déchristianisation destructrice visant à la table rase du « fanatisme et de la superstition », des tentatives de mise en place d’un nouveau culte civique. La religion est prise à partie, dans ses édifices et son culte comme dans la personne de ses prêtres. Les unes spontanées, la plupart contraintes (les neuf dixièmes), les abdications de prêtrise en ont été l’un des aspects les plus spectaculaires, touchant sans doute quelque 20 000 prêtres, près du cinquième des effectifs cléricaux d’Ancien Régime, beaucoup plus en proportion du clergé constitutionnel...

Le mariage des prêtres, souvent forcé, a touché pour sa part 4 à 5000 clercs... suivant une géographie très contrastée. La fermeture des églises, transformées souvent en Temples de la Raison, affecte à la fin de l’hiver 1793-1794 la grande majorité des paroisses... Mais, c’est de façon purement gratuite que l’iconoclasme prolonge ces manifestations, affectant le mobilier d’église (tableaux, statues et confessionnaux) objets de mascarades qui se terminent en autodafés. La promenade dérisoire de l’âne mitré chargé des ornements sacerdotaux s’est faite à Paris, mais se retrouve dans toute la France, principalement méridionale, faisant resurgir les langages d’inversion carnavalesque de la culture populaire. Les temples de la Raison accueillent les nouvelles liturgies [10].

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Notes

[1On consultera avec profit La Révolution contre l’Église de Michel VOVELLE Éditions Complexe, 1988, ainsi que le dossier des Archives du Rhône, réalisé par Jacqueline RAMBAUD 1992, « La question religieuse dans le diocèse de Lyon sous la Révolution »

[2Registre des séances du Comité de surveillance révolutionnaire de Condrieu, 32 L 23, Archives du Rhône.}

[3Registre des séances du Comité de surveillance révolutionnaire de Condrieu, 32 L 23, Archives du Rhône.}

[4Registre des séances du Comité de surveillance révolutionnaire de Condrieu, 32 L 23, Archives du Rhône

[51 L 1119 aux Archives du Rhône }

[61L 1088 à 1091}

[7le calendrier républicain est toujours en usage, d’où le « vieux style » qui précise bien que cette date est indiquée avec le calendrier grégorien !

[8sous la cote L 2577 aux archives du Puy de Dôme, on trouve son extrait de baptême

[9sous la cote 1 G 1429 aux archives du Puy de Dôme ! (ces deux indications aimablement communiquées par Mr Henri Hours, Conservateur)

[10Chapitre sur la « déchristianisation » dans « La politique religieuse de la Révolution française » extrait de l’ouvrage collectif « Histoire de la France religieuse- 3. Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine (XVIII°-XIX° siècle) »

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