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Les frères Annet et Jacques Vertamy (2e partie)

« De par le Roy »... des lettres de cachet


samedi 1er janvier 2005, par Michel Guironnet

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« Ordre du Roy donné à Versailles le 23 décembre 1787 portant permission de conduire Domt Jaques VERTAMY religieux et proffes de l’abaye de Chassagne, Ordre de Citaux, en celle de Cercampt en Artois »

« Même ordre avec injonction au Supérieur de la Maison de Cercampt de l’y tenir garder jusqu’à nouvel ordre de la part de Sa Majesté »

Tous les documents cités dans ce chapitre sont, sauf mention contraire, conservés dans les archives de Condrieu.

Les lettres de cachet

« Ordre du Roy donné à Versailles le 23 décembre 1787 portant permission de conduire Domt Jaques VERTAMY religieux et proffes de l’abaye de Chassagne, Ordre de Citaux, en celle de Cercampt en Artois »

« Même ordre avec injonction au Supérieur de la Maison de Cercampt de l’y tenir garder jusqu’à nouvel ordre de la part de Sa Majesté »

Cette abbaye était située sur la commune de Frévent, rive gauche de la Canche, dans le Pas de Calais, à quelques kilomètres à l’ouest d’Arras. De Cercamp aujourd’hui ne restent que « le château » et son pavillon d’entrée en fer à cheval,vestiges d’un célèbre monastère cistercien fondé en 1137 par Hugues III de Candavène, comte de Saint-Pol et détruit sous la Révolution.

Edifié en 1740, ce château, situé dans un immense parc, comporte un seul corps de bâtiment sobre mais imposant.[1]Nous allons revenir bientôt sur la vie à Cercamp à la veille de la Révolution.

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L’abbaye de Cercamp
Cette photo est extraite du site de l’école primaire Saint Exupéry à Frévent.
Site historique sur Frévent et Cercamp http://home.nordnet.fr/pgreco/interste/page9.html

Mais qu’a donc fait Dom VERTAMY pour s’attirer une telle sanction : exilé à l’autre bout de la France, avec une telle procédure ?

Avant la Révolution, « les lettres de cachet » ; ainsi que l’explique le « Lexique historique de la France d’Ancien Régime » ; « sont closes et authentifiées par l’apposition du cachet personnel du Roi...Elles renferment un ordre du Roi qui doit être exécuté sans publicité...les lettres (dites) de petit cachet sont mises à la disposition des familles pour régler au sujet de leurs membres, des cas qu’elles estiment scandaleux....Sollicitées au début par la seule noblesse, elles le sont aussi par la suite par des clercs et surtout des bourgeois » [2]

Le dictionnaire d’Histoire de France Perrin ajoute :

« Employées sous l’Ancien Régime....pour donner l’ordre d’incarcération ou d’exil d’un sujet, en application de la justice retenue »

« Le Roi étant source de toute justice peut, en effet, la rendre lui-même en dehors des tribunaux qui l’exercent normalement en son nom...Elles permettent l’arrestation rapide de personnes qui auraient échappé aisément aux juridictions ordinaires...Elles seront ressenties et dénoncées au XVIII° siècle comme un acte de despotisme et d’arbitraire royal. L’abus découle surtout de l’usage qui ne fixe pas de terme à l’arrestation. »

Un document des archives de Condrieu ; rappelant l’ordre royal du 23 décembre 1787 ; raconte les circonstances de l’arrestation de Dom Jacques VERTAMY :

« Le deux janvier 1788 l’ordre cy dessus a été exécuté avec grand éclat et beaucoup d’appareil par les brigades de maréchaussée de Bourg (en Bresse) et de Chalamont,puisque la nuit précédente l’abbaye de Chassagne étoit entourée de cavaliers et touttes les issues gardées »

« Le religieux fut arrêtté à 6 heures du matin, à l’instant qu’il allait à l’office, gardé dans sa chambre pendant toute la journée et conduit le lendemain par les deux brigadiers de maréchaussée qui l’ont traduit à grand frais à destination »

« Il est inutile d’observer que cette détention a produit dans les deux provinces de Bresse et Dombes un scandal extraordinaire, et que l’on se faisait, comme aujourd’hui, différentes questions sur les crimes permis par ce religieux âgé de 50 ans dont trente de proffession »

« Le publique en était d’autant plus étonné qu’il n’était pas parvenut à sa connaissance qu’on eut rien à luy reprocher, soit contre les devoirs de son état, soit contre ceux de la Société »

« L’on ne pouvait oublier qu’au contraire, son caractaire, ses mœurs et sa conduite faisaient rechercher son commerce. Que d’un autre côté il se faisait un véritable plaisir de secourir les pasteurs du voisinage dans l’exercice de leur ministère, objet très important surtout dans le diocèse de Lyon où il manque beaucoup de prêtres »

« Qu’avait donc fait ce religieux, encore une fois, pour forcer ses supérieurs à implorer l’autorité, à recourir au Gouvernement pour le faire traduire à 140 lieues de sa maison de proffession ? »

« C’est ce que l’on ignore toujours, à moins que l’on ne voulut adopter une accusation aussy fausse qu’elle est frivole et inconséquente »

Les faits reprochés à Dom Jacques VERTAMY

Un « comité de défense » du bernardin VERTAMY se constitue, des prêtres vont témoigner en sa faveur. Le mémoire écrit pour sa cause est très argumenté :

« L’on prétend que les Sieurs Abbés de La Ferté[3] et de Saint Sulpice (en Bugey, vers Belley)se sont réunis pour surprendre au Gouvernement l’ordre dont il s’agit sur le simple exposé que Domt De VERTAMY portait toujours des pistolets et qu’il avait menacé plusieurs personnes de se servir contre elles de ses armes »

« Il n’est pas douteux que ce premier abbé qui ne connaît pas Domt De VERTAMY ne s’est joint à celui de St Sulpice que pour servir sa passion. Mais au fond, il n’est assurément personne assez insensée pour croire ou persuader qu’un motif d’accusation aussy faible ait pu produire la catastrophe dont se plaint le religieux »

« Il ne disconviendrat pas qu’il avait des pistolets parce qu’il est permis à toute personne connue d’être armée, soit chez elle, soit en campagne. Mais où est il établis que Domt De VERTAMY ait fait usage de ses pistolets, soit de faits soit par menace ? Dirat on qu’un religieux qui doit être un model de douceur et de modération n’a pas besoin d’armes ?

A cela la réponse est simple : ce religieux est il obligé de se passer de ce qui peut mettre sa personne en sçuretté, surtout lorsqu’il est forcés de s’absenter. Ce qui est arrivé souvent à Domt De VERTAMY lorsqu’il était successivement Prieur et Procureur de sa Maison »

« D’aillleurs, il avait un exemple frappant de cette permission dans la personne de son abbé régulier qui est munis de nombre de ses sortes d’armes répendues dans plusieurs endroits de ses appartement »

« Non, sans doute, il n’est ny possible ny vrai semblable que sur un pareil exposé un gouvernement aussy sage et aussy équitable que le nôtre ait permis la translation éclatante et scandaleuse dont se plaint le religieux De VERTAMY »

« Il est plus naturel de croire qu’ayant déplut à Domt Claude, Abbé de St Sulpice son supérieur immédiat, homme vif et jaloux de tout le poids de son authorité ; celuy cy n’aurat rien épargné pour le faire sentir à un religieux qui se plaignait perpétuellement de la manière dont il molestait sa maison, et de la mauvaise administration des affaires et des revenus de cette abbaye ! »

* Cet abbé s’appelle Charles CLAUDE, abbé de l’abbaye cistercienne de Saint Sulpice en Bugey. Il était effectivement à l’époque « Chef supérieur des Maisons de Saint Sulpice, Bons et Chassagne »

« Peut être que ses plaintes n’étaient pas fondées, mais il était cent moyens pour un de lui faire apercevoir ses torts, même de lui infliger une punition quelconque s’il la méritait, autre que celle dont on a importunné le gouvernement »

« Sans doute que l’on s’est bien gardé de faire connaître la famille a qui appartient le prétendus coupable ! Si il l’eut été véritablement, elle n’aurait pas manqué de se pretter elle-même à le faire punir. Comme d’un autre côté elle chercherat à faire connaître son innocence et à lui procurer la justice qui lui est dûe ; et cette justice consisterat simplement à lui oter les liens où l’ordre du Roy la mit et à li permettre de se rendre dans une maison de son ordre plus à la portée de sa famille que celle de Cercampt »

« Cette liberté lui serat d’autant plus accordée que n’ayant rien à se reprocher, et que la régularité de sa conduite et de ses mœurs seront attestées par les personnes les plus notables de la province ainsy que de toutes les honnêtes gens des environs de l’abbaye de Chassagne »

Témoignages en faveur du religieux VERTAMY

« Nous soussignés certifions et attestons à tous qu’il appartiendra que Domt Jacques De VERTAMY, religieux et proffes de l’Abbaye de Chassagne en Bresse, ordre de Citaux où il était depuis environs vingt six ans ; s’est toujours comporté décemment en homme d’honneur et comme le doit un véritable religieux, qu’il n’est pas parvenut à notre connaissance qu’il ait rien fait ny dans son monastère, ny dans la société qui aye put diminuer notre estime et notre considération pour lui »

« Certifions de plus qu’il a souvent desservit même avec désintéressement les paroisses voisines de sa Maison, et qu’il s’est toujours empressé de rendre tous les services dépendant de son ministère »

Signent plusieurs prêtres des environs de l’abbaye, certains ajoutent leur témoignage :

* NOËL, curé de la paroisse de Dompierre de Chalamont atteste qu’il a été remplacé

« à la desserte de ma paroisse...avec bonté plusieurs fois,sans intérêt et avec édification » par Jacques De VERTAMY lorsqu’il « fut attaqué d’une fièvre quatre qui mempéchoit dy vacquer »

(24 février 1788)

* BELAY, curé de St Martin de Chalamont dit « que Dom VERTAMY...a eû la complaisance de servir près de dix huit mois ma paroisse de St Martin, où il a donné la messe avec désintéressement, avec zèle et édification, pendant tout le tems, et toutes les fois que je l’en ai prié, pendant que je n’ai point eu de vicaire... » (25 février 1788)

* BARBIER curé de St Eloy en Bresse dit lui aussi que Dom De VERTAMY « a donné plusieurs fois la messe à mes parroissiens dans différentes maladies que j’ay eu et sans aucune rétribution »

* MERLE « Maître Chirurgien à Chalamont », , LEAUTAUD LA FERRIERE ? curé de Rignieux le Franc en Bresse, SAIGNANT ? « fermier de la terre de Rignieux le Franc », ...tous disent qu’il n’est rien parvenu à leur connaissance « de contraire à la probité et l’honneur de ce religieux » ou « de répréhensible dans sa conduite » (6 mars 1788)

* PIVET « Doyen du Chapitre de Meximieux et curé de la paroisse du même lieu, certifie que j’ai eu l’honneur de voir maintes fois Dom De VERTAMI dans son abbaye et chez moi, et que je n’ai jamais rien apperçu dans lui de contraire à l’honneur, à la probité et aux moeurs » (7 mars 1788)

* FAVIER, curé de Chatillon la Palud, précise au sujet de Dom VERTAMY « J’ai eu l’honneur de (le) voir quelques fois à Chassagne, en la cure de Chatillon et dans d’autres endroits »

Il confirme les témoignages positifs de ses confrères curés sur la conduite, la probité, les bonnes mœurs de Jacques VERTAMY. Et il atteste : « Je l’ai toujours trouvé fort honnête, et j’ai été très surpris de son enlèvement... » (8 mars 1788)

* NICOLET, vicaire à Chatillon, « certifie de plus que j’ai entendu parler avec éloge de Dom De VERTAMY lors de son enlèvement par beaucoup d’honnêtes gens des environs, qui tous témoignaient la plus grande surprise » (8 mars 1788)

* LAVERNETTE GAYOT, Seigneur de St Eloy, « Chevalier de l’ordre royal et militaire de St Louis » connaît depuis plus de dix ans Dom VERTAMY : « Je n’ay rien vu en luy qui ne soit conforme à l’honnête homme et sa conduite a toujours été intacte et telle qu’un bon religieux doit l’avoir... » (8 mars 1788)

* MONNIER, curé de Villette, confirme ses dires : « Depuis sept années que j’ay l’honneur de connaître Dom De VERTAMY et de le fréquenter, je n’ay rien vu en lui qui ne fut conforme aux loix de l’honneur et de la probité. Je dois même ajouter qu’il étoit très emprêssé d’obliger les curés du voisinage de l’abbaye et que, dans toutes les circonstances où ces derniers ont été hors d’état de remplir les devoirs de leur ministère, il a montré le plus grand zèle et le plus grand désintéressement en leur rendant des services »

Ces témoignages incontestables vont infléchir la décision royale. Pendant ce temps, Jacques De VERTAMY est en exil à Cercamp.

A Cercamp [4]

Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord est le cinquante quatrième, et dernier, abbé de Cercamp de 1777 à 1789.

« Chaque religieux de Cercamp avait une robe blanche avec un scapulaire et un capuce noir : leur robe était serrée d’une ceinture de laine noire. Au choeur ils mettaient une coule blanche et pardessus un capuce avec une mozelle qui se terminait en rond par-devant jusqu’à la ceinture et par-derrière en pointe jusqu’au gras de la jambe ; et quand ils sortaient, ils avaient une coula et un grand capuce noir, qui était aussi l’habit de choeur dans les maisons où il y avait collège.

Les frères convers étaient habillés de couleur tannée ; leur scapulaire tombait à la longueur d’un pied au-dessous de la ceinture et se terminait en rond. Le capuce était semblable à celui que les prêtres mettent par-dessus leur coule, excepté la couleur. Au chœur ils portaient un manteau qui tombait jusqu’à terre et qui était de la même couleur que l’habit.

Les novices clercs avaient le même habit au chœur ; mais il était tout blanc, leur scapulaire n’était pas partout également long, car il y avait des endroits où il n’allait que jusqu’à la moitié des cuisses, en d’autres, jusqu’à mi-jambes et en quelques autres, jusqu’au bas de la robe.

Les vêtements devaient être proportionnés aux saisons et aux pays. L’Abbé était juge dans ces circonstances. Pour tout vêtement, un frère recevait de l’Abbé deux tuniques et deux cuculles pour le jour et pour la nuit et un scapulaire pour le travail.

La couleur était blanche et l’étoffe très simple [5]. Les serviteurs de l’abbaye ne devaient pas porter des habits d’une étoffe plus recherchée ; car, disaient les statuts, ils doivent savoir que ceux qui sont vêtus mollement ont coutume d’habiter dans la maison des rois et non dans la maison des moines.

Les convers avaient droit à deux vêtements d’un même drap épais, brun ou couleur de fer, avec un ceinturon noir. Les novices n’avaient qu’un seul costume complet de couleur blanche. Tous les religieux recevaient une double culotte et une double chaussure. Le lit se composait d’une natte, d’un drap de serge, d’une couverture ; mais point de toile ou de chemises de lin.

Frères et abbé, tous devaient coucher dans un dortoir commun, autant qu’il était possible, chacun dans son lit, et non dans des cellules séparées, les jeunes mêlés avec les vieux, afin que ceux-ci inspirassent du respect aux plus jeunes et veillassent sur eux.. Ils dormaient tout habillés afin d’être prêts à se lever au premier signal pour aller travailler à l’œuvre du Seigneur. C’est pourquoi une lampe brûlait tonte la nuit dans le dortoir. Les conciles et les chapitres généraux apportèrent plusieurs modifications à ces différents règlements

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Religieux de l’Abbaïe de St Claude en habit ordinaire dans la maison (collection personnelle)

On se retirera dans les chambres du dortoir immédiatement après Complies et les clefs des portes, tant du dortoir que des entrées de la maison, seront déposées dans la chambre de Dom Prieur par l’ordre duquel seulement elles seront ouvertes dans les cas et les occasions où la nécessité l’exigera. Tous dormiront dans le même lieu comme il est marqué dans la règle et il ne sera permis à aucun d’avoir des lits dans les chambres basses... »

« A la longue...l’abbaye de Cercamp s’était éloigné de sa régularité première et avait réellement peru toute espèce de raison d’être » « ....Le relâchement de la discipline intérieure, les tiraillements continuels...Les conflits perpétuels...les abus de tous genres...amenèrent la ruine des ordres monastiques »

Dom Jacques VERTAMY à l’abbaye de Bonnevaux

« De par le Roy,

Sa Majesté mande et ordonne au f. (frère) VERTAMI, Religieux Profès de l’abbaye de Chassagne, qu’aussitôt après la notification du présent ordre, il ait à se rendre à l’abbaye de Bonnevaux, à l’effet d’y demeurer et d’y vivre sous l’obéissance des Supérieurs de la Maison.

Fait à Versailles, le 23 juillet 1788. LOUIS »

Plus bas on lit la signature du Baron De Breteuil.

Louis Auguste LE TONNELIER, Baron de Breteuil (1730-1807) ; après avoir été ministre plénipotentiaire de l’Impératrice Catherine II de Russie en 1760 et Ambassadeur de France aux Pays Bas, en Sicile et en Autriche ; est Secrétaire de la Maison du Roi Louis XVI.

Il est connu pour sa philanthropie et son goût artistique. Mais son action est surtout bénéfique dans le domaine de la police. Il soulage le sort des prisonniers d’Etat et réglemente l’usage des « lettres de cachet »

Jacques De VERTAMY en bénéficie. Il est invité « à se rendre à l’abbaye de Bonnevaux » aux environs de Vienne.[6]

Marcel Paillaret dans « Vienne sur le Rhône au Moyen Age » écrit sur l’abbaye cistercienne de Bonnevaux : « Elle était située sur la commune actuelle de Villeneuve de Marc...entre Lieudieu et Villeneuve de Marc, le long de la Gère, rive gauche. Bâtiments conventuels et église ont disparu depuis la Révolution »

Patrick Pierry écrit dans « Bonnevaux des origines à nos jours » [7] « Jadis on appelait volontiers la première maison méridionale de l’ordre de Cîteaux « Bonnevaux de Vienne » pour la distinguer de ses homonymes... »

Guy de Bourgogne, évêque de Vienne depuis 1088 qui sera élu Pape à Cluny sous le nom de Calixte II en 1119, désire fonder un abbaye cistercienne dans son diocèse. Jean, moine originaire de Lyon, est choisi pour diriger cette fondation. Le seigneur Siboud de Beauvoir offre un site dans la vallée de la Gère. La première pierre est bénie en 1117 ; l’inauguration des bâtiments a lieu le 11 juillet 1119. Les guerres de religion ruinent le monastère.

En 1723, le jeune abbé Jean Claude Le Bret fait restaurer les bâtiments monastiques. Dom Le Bret commande vers 1750 un tableau au peintre Clavel. Nous pouvons avoir ainsi une vue de cette abbaye aujourd’hui détruite.

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Bonnevaux vers 1750 (tableau du peintre Clavel)

Depuis 1989, l’association « Mémoires de Bonnevaux » essaie de reconstituer l’histoire de cette abbaye cistercienne.

Pour Dom De VERTAMY, cette nouvelle retraite, comme le souhaitaient ses défenseurs, est « plus à portée de sa famille » originaire du diocèse de Clermont Ferrand que celle de Cercamp en Artois, dans le nord du Royaume.

La lettre de cachet du 23 juillet 1788 est accompagnée d’un courrier vraisemblablement adressé au Prieur de Bonnevaux [8] :

« De par le Roy, Cher et bien aimé,

Nous vous mandons et ordonnons de recevoir dans votre Maison le f. VERTAMI, Religieux Profès de l’abbaye de Chassagne, et de l’y retenir et garder jusqu’à nouvel ordre de notre part, moyennant la somme de six cent livres qui vous seront payées annuellement pour la pension dud(it) f.(frère) VERTAMI et pour son vestiaire ; excepté néantmoins les frais des maladies qui pourraient survenir aud. Religieux, dont le paÿement ne sera pas compris dans la (dite) somme de six cent livres.

Si n’y faites faute. Car tel est notre plaisir.

Donné à Versailles le 23 juillet 1788 » Signé LOUIS et plus bas « Le Baron de Breteuil »

Au bas du document :

« Certifié véritable et conforme à l’original, en foi de quoi j’ai signé à Bonnevaux ce trente un janvier mil sept cent quatre vingt neuf. F. JAMEQUET ? »

Grâce à Pierre BAUDOIN de l’association « Mémoires de Bonnevaux » nous avons les noms des moines présents à Bonnevaux en 1788 et 1789. En comparant leurs signatures avec celle de ce document, nous pourrions avoir la certitude qu’il s’agit bien de « Bonnevaux de Vienne »

Jacques VERTAMY passe ainsi plusieurs mois en exil à Bonnevaux. Le dernier Prieur s’appelle Georges Ignace PERRENIN, les derniers moines sont Georges Barthélemy OLIVIER, Philippe ERNOTTE et Florent GUILLIER.

Le curé de Villeneuve de Marc, paroisse proche de l’abbaye, note : « L’hiver cette année a été des plus rudes que l’on ait éprouvé. Les froids ont commencé à la St Martin 1788 (11 novembre) et ont duré sans interruption jusqu’au 11 janvier où le vent s’est déclaré. Sur la rivière (la Gère) qui est assez chaude l’hiver, les moulins ont cessé de tourner. Les vins ont gelés dans les caves et on fait répendre beaucoup de tonneaux (éclatés par le gel) Les fruits ont été tous gelés malgré les précautions que l’on a prise, notamment les truffes ou pommes de terre, ce qui est une grande perte pour le pays. GOUDARD, curé »

Celui de Culin dit :

« Le 7e décembre 1788 tous les arbres étaient chargés de plus d’un demy pieds de givre. Il survint dessus une petite pluye le même jour, qui gelait en tombant. De façon que les arbres trop chargés du poid de la glasse furent presqu’entièrement fracassés ou brisés.Il tomba ensuitte beaucoup de neige par intervalle qui conserva les bleds pendant cet hyver. Sa rigueur a surpassé celle de 1709, au point que les trois quarts des chataigners de la contrée en ont péris. Le bled fort cher par les accapparements, quoique défendus, il valait 8 Livres le bichet. JACQUEMARD, curé » [9]

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Croix érigée en 1933 sur le site de Bonnevaux par les moines de Tamié en souvenir de leur abbaye « mère » détruite

Ce n’est que début 1789 que Jacques VERTAMY obtient gain de cause :

« De par le Roy,

Sa Majesté a permis et permet au f. VERTAMI de quitter l’abbaye de Bonnevaux, révoquant

à cet effet Sa Majesté l’ordre par elle donné le 23 juillet dernier aud(it) f. VERTAMI de demeurer dans lad(ite) abbaye.

Fait à Versailles le 30 janvier 1789. LOUIS »

Jacques VERTAMY rejoint alors son abbaye d’origine. Il retrouve son frère Annet après cette longue absence de plus d’un an. Mais ses vicissitudes ne sont point terminées. Le Royaume est en ébullition, les Etats généraux se préparent.

Dom SAUVAIRE est délégué par les religieux du monastère, en tant que Prieur de Chassagne, pour les représenter à Lyon à l’assemblée des Trois Ordres du Lyonnais.

L’abbé de RULLY est élu à la présidence du Clergé de Bresse. Le 24 janvier 1789 est adopté un projet de renonciation à tous les privilèges et exemptions. Les députés de la Noblesse font un abandon semblable. Les trois ordres de la province , cédant aux sollicitations du Tiers-Etat, se réunissent pour siéger en commun dès le 24 mars. La Révolution est en marche !

Lire la suite


[1] On peut y admirer les magnifiques boiseries rocaille de Pfaff, un majestueux escalier de marbre blanc Second Empire, commandé par le Baron de Fourment, la chambre du général Foch pendant la première guerre mondiale.

[2] « Lexique historique de la France d’Ancien Régime » par Guy Cabourdin et Georges Viard (collection U. Armand Colin).

[3] Première fondation de Saint Bernard (1113), la Ferté fut une des plus importantes abbayes cisterciennes. L’église a disparue mais le magnifique palais abbatial subsiste intact à La Ferté sur Grosne à Saint Ambreuil, entre Chalons sur Saône et Tournus.

[4] Toutes les citations de ce chapitre sont extraites de « Histoire de l’Abbaye de Cercamp : ordre de Cîteaux, au diocèse d’Amiens » par Adolphe de Cardevacque (éditée à Arras par Sueur-Charruey en 1878).

[5] « A l’époque de Bernard de Clairvaux l’habit du moine cistercien se limitait à une tunique, une coule, un scapulaire, une ceinture, des bas et des souliers, le tout "simple et peu coûteux". La tunique était une chemise en laine, solide, couvrant le corps des épaules jusqu’aux chevilles et dotée de longues manches et d’un large col. La coule est l’habit de dessus traditionnel du moine. Les coules des cisterciens étaient plus petites que celles des bénédictins, et apparemment moins chaudes, car la Summa Cartae caritatis interdit formellement les coules fourrées à l’extérieur. La tunique et la coule étaient en laine écrue et non teinte, d’où le surnom des cisterciens : "moines blancs". Le scapulaire était un long tablier noir dont les pans, devant comme derrière, arrivaient légèrement au-dessus du genou. Il servait à protéger la tunique lorsque le moine s’affairait aux travaux manuels. La tunique, la coule et le scapulaire étaient tenus à la taille par une ceinture ou une bande d’étoffe. Pour se protéger les pieds, les moines avaient des bas en laine et deux paires de chaussures, une pour le jour et une autre pour la nuit » (d’après le site Cister.net).

[6] Il est très probable qu’il s’agisse de ce Bonnevaux. En effet, les deux autres lieux dénommés Bonnevaux avec des abbayes sont en Savoie et dans le Gard. Ce ne sont pas des abbayes cisterciennes et il serait étonnant que Dom VERTAMY soit exilé dans une Maison d’un autre ordre. Celle de Bonnevaux dans les Cévennes, de l’ordre de Saint Ruf, est détruite depuis le XVIIe siècle.

[7] Cahiers de Léoncel N°15. Compte rendu du colloque d’août 1998 « l’ordre de Citeaux dans l’espace Rhône-Alpin ».

[8] Documents tous deux conservés aux archives de Condrieu.

[9] Ces deux documents sont extraits de « La période révolutionnaire 1789-1790 » première publication de l’association « Mémoires de Bonnevaux » en mars 1994.

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  • Le thème des Lettres de cachet est très intéressant. C’est en effet un symbole de l’absolutisme royal.
    On peut lire avec intérêt sur ce sujet, l’ouvrage de Monsieur Auguste Puis intitulé "Les Lettres de cachet à Toulouse au dix-huitième siècle (d’après les archives départementales de la Haute-Garonne). Cet ouvrage à été publié à Paris et à Toulouse en 1914.
    Ouvrage devenu rare et très intéressant.
    Consultable en bibliothèque publique.

    Cordialement.
    Emmanuel de Barrau

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