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Marius Gaston Guironnet, combattant de 40


jeudi 1er février 2001, par Michel Guironnet

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Le Blitzkrieg (guerre éclair)

"Au matin du 10 mai 1940, Hitler a déclenché l’offensive ; ses armées envahissent sans déclaration de guerre les Pays Bas, la Belgique, le Luxembourg. La drôle de guerre est bien finie, c’est la guerre pour de bon...Le haut commandement français, répondant à l’appel de la Belgique, applique son plan : nos unités les plus mobiles, les mieux équipées et disposant de la plus grande puissance de feu se portent au devant de l’ennemi, prêtes à un choc frontal en Belgique. Mais ce n’est pas sur le canal Albert ni sur la Dyle que se livre la bataille décisive : c’est plus à l’est, au contact des Ardennes. Hitler fait en effet porter le principal de son effort à la charnière du front ennemi, au point où s’arrête la ligne fortifiée prolongée par des troupes en rase campagne.

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Marius Gaston est bien reconnaissable, en haut, le deuxième à partir de la droite.
Pour la photo, il a retiré sa cigarette. Les fumeurs de pipe n’ont pas eu ce réflexe !
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Marius Gaston se cache entre deux fumeurs,
au dernier rang en haut, le quatrième en partant de la droite.

Certain que le massif des Ardennes est un obstacle infranchissable, le commandement n’a pris aucune disposition spéciale. L’Etat Major, qui a engagé la totalité du corps de bataille dans la manœuvre en Belgique, ne dispose plus de réserves pour tendre une deuxième ligne de défense et moins encore pour rejeter les assaillants. Le front est rompu, une énorme brèche est ouverte. L’initiative a échappé au commandement français : il ne réussira pas à la ressaisir... Hitler aurait pu marcher directement sur Paris, il n’aurait pas rencontré de résistance sérieuse.

Il déploie une manœuvre plus habile : appuyées par une aviation qui s’est rendu maîtresse du ciel...dans un vaste coup de faux, les divisions blindées allemandes foncent vers la mer qu’elles atteignent le 20 mai 1940 à l’embouchure de la Somme, séparant irrémédiablement du front qui se reconstitue en avant de Paris, les divisions aventurées en Belgique...Faute de pouvoir rétablir la liaison avec le gros de l’armée française, les quarante cinq divisions franco-britanniques encerclées se replient sur le camp retranché de Dunkerque « (René Remond » Notre siècle « ).

Marius Gaston Guironnet, trente et un ans en juillet prochain, est au cœur de ces opérations militaires ! Il participe aux combats des Boucles de l’Escaut : après l’attaque allemande, à l’extrême gauche du dispositif allié, la VII° Armée française du Général Giraud a pour mission de se porter dans la région de Bréda.

Elle comprend la 68E Division d’Infanterie (68E D.I), commandée par le Général Beaufrère, où se trouve le 341E Régiment d’Infanterie (341E R.I), régiment de Marius Gaston (matricule 1395).

Le vendredi 10 mai 1940, une partie de la 68E D.I s’embarque à Dunkerque. Elle débarque à Flessingen, aux Pays Bas, dans le sud de la presqu’île de Walcheren, et s’établit sur la cote Est.

Le 11 mai, le 341E R.I, avec le gros de la division, franchit la frontière belge. Le 13, il se met en position défensive à Ostende et à Blankenberghe, à quinze kilomètres au nord de Bruges.

Le 15 mai, dans la nuit, le 341E R.I se porte sur Breskens. La 68E D.I a réussi à établir la liaison avec les troupes hollandaises, mais en vain car l’armée hollandaise vient de capituler.

La retraite de l’ensemble des forces alliées engagées en Belgique commence.

Le vendredi 17 mai, la 68E D.I, avec le 341E R.I, se trouvent à cheval sur l’embouchure de l’Escaut, avec une partie dans la presqu’île de Walcheren, où se déroule de violents combats. Les jours suivants, les troupes s’établissent entre Breskens et la frontière franco-belge. Dans la nuit du 22 au 23 mai, la 68E D.I est relevée par l’armée belge. Elle est transportée sur le canal de la Lys, où elle tient une position défensive face au Nord Est.

Le jeudi 23 mai, les unités se rassemblent autour de Bruges pour rallier Dunkerque le plus vite possible. Toute la journée du 24 mai est nécessaire pour rejoindre Dunkerque. Vers 21 heures, les unités du Général Beaufrère se rassemblent enfin entre Dunkerque, Ghyvelde, Teteghem et Malo Terminus. Le 341E R.I où se bat Marius Gaston est immédiatement installé en position défensive entre Bergues et Petit Mille Brugghe.


Dunkerque : Opération Dynamo

Seize jours s’écoulent entre l’entrée en force des troupes allemandes en Hollande et Belgique, et le déclenchement de l’opération de rembarquement du Corps expéditionnaire Britannique (opération baptisée » Dynamo ") à Dunkerque, écrit Eric Lefevre dans son très bel ouvrage sur « Dunkerque, la Bataille des Dunes ».

Il est un précieux guide pour savoir ce que Marius Gaston Guironnet vit entre le 25 mai 1940 et le 4 juin, date à laquelle il sera fait prisonnier.

Samedi 25 mai : les stukas prennent à partie Dunkerque. L’aviation allemande bombarde pour préparer l’offensive terrestre. Sur l’ancien canal de Mardyck, autour du village de Spycker et le long du canal de la Haute Colme jusqu’à Bergues ; la 68E D.I s’est mise en place en deuxième ligne.

Marius Gaston doit porter la nourriture aux soldats. Il lui faut cacher "la roulante" et se frayer un passage sous les tirs ennemis ! Les Allemands ne sont pas loin, juste de l’autre coté du canal.
Il parlera plus tard, avec humour, « des marmites qui lui tombaient dessus ! »

Il s’agit des bombes meurtrières, et il ne doit son salut qu’à son courage et à sa présence d’esprit : il faut bien ravitailler ses compagnons d’armes.

A partir du 26 mai, les attaques de la Luftwaffe sur l’agglomération et le port de Dunkerque deviennent maintenant systématiques. C’est dimanche, et il n’y a pas de repos !

La 68E D.I, avec le 341E R.I.A de Marius Gaston, doit barrer la route de Calais à l’ouest. Dans la nuit du 26 au 27 mai, les escadres de la 2E Luftwaffe, armée aérienne, bombardent à nouveau la ville et le port.
"Les unités résistent maintenant à la pression de l’ennemi depuis quatre jours. Elles sont à bout de souffle et ne sauraient lutter contre des colonnes de blindés soutenues par l’aviation de bombardement en piqué... A l’ouest, la ligne de défense suit l’ancien canal de Mardyck désaffecté, un fossé particulièrement à sec qui court depuis la cote vers le sud Est sur trois ou quatre kilomètres... Au sud, la ligne de défense suit simplement les canaux de la Haute Colme, de la Basse Colme et de Bergues à Furnes... On trouve de nombreux ponts sur ces canaux encombrés de péniches abandonnées ou coulées."

La 68E D.I occupe un front de dix neuf kilomètres entre la mer et Bergues. Elle dispose de huit bataillons d’infanterie répartis entre les 225e et 341E R.I, celui ci couvrant le canal de la Haute Colme. Raymond Cartier, dans « La Seconde Guerre mondiale » écrit :

"Gudérian (Général allemand) attaque droit vers Dunkerque avec la 1re Panzer division... La division française opposée à ces perceurs de Sedan, la 68E D.I, est une division de série B, analogue à celles qui se sont débandées sur le fatal champ de bataille. Elle se bat avec acharnement et habilité, ne se laisse pas rompre, se rétablit en fin de journée sur le canal de Mardyck. L’occasion d’enlever le port d’un coup de main n’est pas renouvelable, et en même temps, la démonstration est faite que les vieux réservistes français valent les soldats de l’autre guerre... "

Eric Lefèvre poursuit : "La journée du 27 est plus marquée encore par l’extraordinaire violence, inégalée jusqu’à présent, du bombardement aérien...Tous les quarts d’heure, une nouvelle vague de 30 à 40 appareils surgit (le nombre de bombes explosives lâchées ce jour là est certainement de l’ordre de 15000 à 20000) Il n’est sans doute pas osé d’affirmer que ce bombardement du 27 mai 1940 sur l’agglomération de Dunkerque fut sans précédent dans les annales de la guerre aérienne."

Le bombardement cesse vers 21 heures le 27 mai, mais reprend dans la nuit du 27 au 28 mai.

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La plaque de soldat de Marius Gaston GUIRONNET.
Si le soldat était tué au combat, elle pouvait être coupée en deux.
Une partie était clouée sur le cercueil, l’autre retournée à la famille.

Dans la nuit du 30 au 31 mai, la 32E D.I qui doit appuyer la 68E D.I (dont le régiment de Marius Gaston, le 341E R.I) est transportée en camion en direction de Spycker. Au matin du 31 mai, l’ordre de relève est annulé. En fin de journée, l’ennemi tâte une fois de plus les défenses de la 68E D.I vers Spycker qui reçoit 200 obus.

Si le samedi 1ER juin le front reste assez calme, le dimanche 2 "la journée commence avec une forte préparation d’artillerie contre les positions des 225E et 341E R.I devant Spycker. Le village sera perdu en fin de journée, sans que l’ennemi puisse progresser plus avant".

Pendant ce temps une noria de bateaux, militaires et civils, emmènent les troupes anglaises vers les cotes amies de l’Angleterre. Peu de Français trouvent place à bord des vaisseaux... Marius parlera longtemps après, avec amertume, de cette héroïque défense de Dunkerque par les Français alors que les Anglais embarquent.

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La pipe et le quart de soldat de Marius Gaston GUIRONNET l’ont suivi toute sa guerre et sa captivité.
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »

"Bergues tombe en début d’après midi et l’ennemi peut progresser sur la rive nord ouest du canal de Bergues, provoquant le repli sur Coudekerque et l’installation de la 68E D.I le long du canal pour couvrir son aile gauche..."

Le lundi 3 juin, l’attaque allemande vise les faubourgs de Coudekerque, dès sept heures du matin. Vers midi, les troupes du Général BEAUFRERE continuent de résister sur cette ligne assaillie de 14 heures jusqu’au soir...

Nuit du 3 au 4 juin : "Les unités de la 68E D.I décrochent vers 21 heures, en bon ordre, après avoir détruit tout ce qui leur restait comme matériel et bagages ; et noyé les munitions..."

Marius Gaston lance « la roulante » à l’eau. Auparavant, avec son ami Drevet, ils ont distribué les vivres « et bu le pinard qui restait dans les réserves ». Encore une que les Allemands n’auront pas !, comme ils disent !


Ils entament leur dernière nuit d’hommes libres !

Les unités se mettent en route vers 22 heures 30 vers la plage de Malo, mais elles se heurtent à d’énormes foules de soldats isolés et désarmés...Raymond Cartier écrit :

"Les combattants, les défenseurs de Dunkerque, les fantassins, artilleurs, sapeurs de la 68E D.I piétinent derrière une muraille humaine pendant que s’écoulent les heures si parcimonieusement comptées de la dernière nuit. Les ordres de l’Amirauté sont stricts : toutes les opérations doivent cesser à 3 heures 30 (nuit du 3 au 4 juin)... La 68E D.I et les éléments de la 32E qui ont combattu avec elle, doivent s’embarquer à l’embecquetage, mais les abords en sont encombrés par les services de la Première Armée. L’espoir et l’anxiété se partagent des hommes exténués par une semaine de combat. Ils sont si près, la nuit et la mer sont si calmes ! Et cependant ce piétinement..."

Plus de 40000 hommes peuvent partir au cours de la nuit. Mais le lendemain, les fantassins allemands en captureront 35000 à 40000 qui n’ont pu s’embarquer. Et parmi ceux là, l’essentiel est constitué par les défenseurs.

Mardi 4 juin : "Vers 7 heures, une division allemande du IX° C.A entre dans Bray Dunes... A 9 heures 40 l’Etat Major du X° Corps d’armée allemand fait savoir que ses divisions occupent la ville et le port de Dunkerque...Les hommes de la 68E D.I dispersés dans les dunes à l’ouest du port sur l’ordre de leurs chefs sont pris un à un. Quelques-uns uns qui tentent de gagner Calais à pied par la côte seront interceptés au Clipon"

Marius Gaston Guironnet et son ami Drevet sont faits prisonniers à Petite Synthe.

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Les rescapés du 341e R.I
De gauche à droite :
Capdevielle, ?, Guironnet, Gaubert, Perbost, Drevet

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6 Messages

  • > Marius Gaston Guironnet, combattant de 40 12 juillet 2005 09:38, par Lucien DAYAN président MEMORIAL du SOUVENIR à DUNKERQUE

    Bien reçu votre message. Le MEMORIAL tente de conserver le souvenir de ces hommes à qui nous devons une part importante de notre Liberté...et qui subissent depuis + de 60 ans l’opprobre de la défaite, que l’on a enfermé dans le detestable vocable de débäcle...ce qui est entièrement faux, mais bien entendu les coupables se sont défaussés sur le troufion...la débâcle ce n’est qu’aprés le 6 juin quand le gouvernement pris de pannique s’est sauvé à Bordeaux.

    Répondre à ce message

  • > Marius Gaston Guironnet, combattant de 40 12 janvier 2007 22:48, par SENIS Charles

    C’est avec beaucoup d’intéret que j’ai lu votre histoire. Je suis à la recherche d’informations concrernant la 4/II/29E RAD. Mon grand-père appartenait à cette batterie. Elle faisait partie de la 4eDI qui à rejoint Dunkerque le 28 ou 29 mai 1940 (le reste de la 4e DI ayant ét capturée à Lille). La batterie était accompagnée des II/124e RI, II/45e RI, III/45e RI, II/72e RI et d’unités du génie sous les ordres du colonel DESROCHE. Une fois sur Dunkerque, ces unités ont rejoint d’autres unités de la 4e DI arrivées avant et sont passées sous le commandement du Colonel FERRE.
    Auriez vous des informations concernant les position de défense de ces unités ?
    Tout autres informations concernant ces unités seront les bienvenues. Merci pour votre aide
    Charles SENIS

    Répondre à ce message

    • Bonsoir,

      J’ai cherché dans ma documentation quelques informations sur ces régiments mais je n’ai rien trouvé de bien conséquent à ce sujet.
      Vous devriez contacter Lucien DAYAN président du MEMORIAL du SOUVENIR à DUNKERQUE :
      dayanlucien@wanadoo.fr

      Il devrait certainement pouvoir vous renseigner.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

    • > Marius Gaston Guironnet, combattant de 40 25 octobre 2009 22:34, par miloo22

      bonjour,merci pour ce blog intéressant !!! Je suis a la recherche d’informations concernant le général Beaufrère qui est mon arrière grand père, sa fille est ma grand mère. Je serai heureuse de retrouver des informations le concernant ou pourquoi pas des photos ! si jamais vous en possédez pouvez vous avoir la gentillesse de me les faire parvenir ? cordialement Emilie

      Répondre à ce message

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