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Jean Baptiste Jouffroy dit Piard : Migration et parcours de vie d’un brandevinier (Marchand d’eau de vie) au XVIIIe siècle (2e partie)

De Vaux sous Bornay (Jura) à Messimy en Dombes (Ain)


jeudi 26 novembre 2015, par Patrice Beroud

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Une âme sœur a été trouvée. Le brandevinier du Jura a fondé une famille. Les années se suivent avec son lot de bonheurs, mais aussi de malheurs. La Révolution bouleverse la vie quotidienne.

Parcours d’une vie

  • 1777 : Première année conjugale pour Jean Baptiste et Geneviève. Sur le Royaume de France, l’été est frais, la vendange est pauvre et tardive. De plus l’hiver est rigoureux.
  • 1778 : Après les rigueurs du froid, l’été est caniculaire. Un heureux événement se prépare.
  • 7 janvier 1779 : Jean Baptiste connaît le bonheur d’être père. Le bébé se prénomme Marie. Sur l’acte de baptême, il est précisé que le père de l’enfant est marchand d’eau de vie. Comme sur son acte de mariage, il signe la reconnaissance de cet enfant.
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Signature : Jean Baptiste Jouffroy Piard
  • 8 avril 1779 : Un acte de mitoyenneté du mur de la brûlerie est établi devant Maître Moyne. Voilà cinq ans qu’il est dans la région et il est déjà propriétaire. Il n’est sans doute pas arrivé les mains vides.
  • 30 octobre 1780 : Une nouvelle naissance est annoncée. Cette fois, c’est un fils. Comme il se doit, il est prénommé comme son père, Jean Baptiste. Sur l’acte de naissance, le père est qualifié de marchand brandevinier. Tout se confirme. Jean Baptiste Jouffroy dit Piard vend et fabrique de l’eau de vie. Il est aussi vigneron et cultivateur. Comme dans tout le Val de Saône, il cultive du chanvre, du froment ou du seigle mais surtout la vigne. Il possède au moins un animal de trait. Il possède sans doute quelques poules (Dans certaines régions, le blanc d’œuf rentrait dans la composition du joint de colmatage de la curcubite de l’alambic). Pour les besoins du four, il devait couper du bois, le charrier, le ranger pour le faire sécher.

Mais la plus grande richesse de Jean Baptiste est sans doute son alambic.

  • 21 juillet 1782 : Un drame survient. Son fils décède à l’âge de deux ans. L’enfant est enterré dans le cimetière paroissial en présence du père. Seule satisfaction pour les parents, l’âme du chérubin échappera à l’enfer. C’est aussi à cette période que les curés, sur les registres, modifient le patronyme Jouffroy en Geoffroy. Cette année-là encore, les récoltes sont mauvaises.
  • 25 avril 1783 : Geneviève, sa seconde fille vient au monde.
  • 29 avril 1783 : Geneviève âgée de seize mois décède. Déjà trois naissances et un seul enfant en vie. Au XVIIIe siècle, naître et vivre relève toujours du miracle. En décembre, la neige s’installe. A quelques lieues de là, dans le Haut Beaujolais elle restera jusqu’en avril. De plus, le vent de bise n’arrange pas les conditions de vie.
  • 7 janvier 1785 : Bien que l’hiver soit rude, cette année-là commence très bien pour Jean Baptiste. La population de Messimy qui est d’environ 280 âmes, s’agrandit avec la naissance d’un garçon. L’enfant se prénomme Claude comme son grand-père de Vaux sous Bornay.
  • 1786 : Au mois de juin, il y a des orages de grêle sur la vallée de la Saône. La vigne, matière première de Jean Baptiste, en a-t-elle souffert ? Que de travail manuel peut être pour rien. Pas de vin, pas d’eau de vie et pas de revenus. Dans le Royaume, il y a des difficultés. Les prémices de la révolution se font sentir.
  • 23 février 1787 : François vient agrandir la famille. Tout semble aller pour le mieux. Jean Baptiste s’en sort-il ? Les récoltes ont été mauvaises et l’automne pourri a gêné les semailles.
  • 21 août 1788 : L’année commence mal avec le décès de son beau-père Antoine Beroud. Jean Baptiste est présent lors de l’enterrement. Le vigneron n’avait que trois filles. Jean Baptiste hérite peut-être d’une vigne supplémentaire. L’hiver commence à la St Martin. A partir de novembre, le froid ne cesse de croître. La Saône est gelée et la terre également à trente pouces (1 mètre environ). Il gèle dans les caves. Les moulins ne tournent plus. La distillation est-elle possible ? Les eaux de refroidissement doivent se transformer en verglas sur le sol de la brûlerie.
  • 1789 : En janvier la Saône est à nouveau gelée. La débâcle des glaces entraîne des inondations.
  • 15 mars 1789 : Jean Baptiste doit certainement rester neutre face aux événements qui se préparent. Dans le cahier des charges des doléances, certains articles ne jouent pas en sa faveur. Bien-sur, les citoyens de Messimy réclament la suppression de la dîme, de la gabelle et autres impôts. A l’article 26, ils demandent que le nombre de cabaretiers soit fixé dans chaque communauté. Jean Baptiste commerce peut être avec eux. Les mêmes citoyens souhaitent que toutes les maîtrises et tous les privilèges particuliers soient supprimés car ils les jugent abusifs.
  • En juillet le peuple se révolte. Au village, le clocher est partiellement démoli et l’intérieur de l’église St Pierre (XIIe siècle) est partiellement détruit. Le château de la famille Desrioux situé en face du mas du bourg, est pillé. Les biens mobiliers et immobiliers du propriétaire (Marc Desrioux) sont pris par la nation.
  • 1790 : Le département de l’Ain voit le jour. Il y eut des orages de grêle sur la commune. Déjà à cette époque, des dédommagements existent. Preuve en est, Claude Juvanon cultivateur à Messimy a été indemnisé le 15 septembre 1790. La vigne a-t-elle souffert ?
  • 10 février 1791 : A l’assemblée, en séance publique, une discussion commence pour supprimer la communauté des distillateurs (entre autres).
  • 2 mars 1791 : La loi est votée. La patente vient de naître.
  • 1 avril 1791 : A compter de ce jour, toute personne sera libre de faire tel négoce ou d’exercer tel ou tel métier, mais sera tenu de se pourvoir d’une patente.
  • Eté 1792 : Deux citoyens commissaires (Merlinot et Amar) arrivent à Messimy. Ils recrutent des hommes pour le contingent de l’armée révolutionnaire.
  • 29 octobre 1792 : Les soldats du 101e régiment cantonnent à Messimy. Le brandevinier de Messimy fournit peut-être l’eau de vie de la troupe, qui est très demandeuse. Et d’ailleurs, cette eau de vie, produite sur le Val de Saône, qui l’achète ?

Stockage et vente

Les bassiots étaient vidés dans des barriques en chêne de préférence. Mais la gnôle ne devait pas y rester trop longtemps. Le vieillissement en tonneaux donnait au précieux liquide, une couleur ambrée. Il fallait donc transvider l’eau de vie en bonbonnes ou en bouteilles. Les récipients devaient rester dans la fraîcheur de la cave. Une température trop élevée pouvait engendrer une distillation supplémentaire, et le départ des bouchons. C’est pour cette raison que les bouteilles couchées devaient être goudronnées.

Sous le règne de Louis XII, l’élixir de vie est considéré comme agent thérapeutique. Il est vendu uniquement dans les apothicaireries. La consommation d’eau de vie émerge au XVIIIe siècle, surtout en milieu militaire. Alors, la clientèle de Jean Baptiste, quelle est-elle ? Les cabaretiers, les aubergistes, les marchands revendeurs, les troupes de l’armée sont sans doute des acheteurs potentiels. Livre-t-il sa marchandise ? Et par quel moyen ?

Une eau de vie de marc se vendait en moyenne 20 à 25% en dessous du prix d’une eau de vie de vin qui généralement était de meilleure qualité.

Plus tard l’eau de vie sera fortement usité par le monde paysan. Non seulement elle servait pour le réconfort, pour les maux, mais aussi pour les animaux, notamment pour le vêlage des vaches ou le refroidissement du cheval. La ménagère l’utilisait également, il en fallait donc des quantités importantes.

  • 1793 est une année sèche et caniculaire. Le système administratif change totalement et pour notre brandevinier, la législation n’est plus la même. Le 22 décembre, le voisin de Jean Baptiste, Marc Desrioux, propriétaire du château fort est guillotiné à Lyon.
  • 1er avril 1794 : Le maire Antoine Rousset et les officiers municipaux de la commune se réunissent, en exécution des décrets de la Convention Nationale. Messimy doit fournir onze hommes pour l’armée (District de Trévoux). Benoît Saget a été élu pour former le contingent.
  • Dans son dernier testament, de 1820, Jean Baptiste nous apprend qu’il est sans nouvelle de son deuxième fils Claude, et ce, depuis de nombreuses années.

En 1793, Claude est âgé de 19 ans. A-t-il été embrigadé dans l’armée ? Est-il parti découvrir d’autres contrées comme son père auparavant ? Ce sont des hypothèses plausibles.

  • 11 août1794 : Sept ans après François, Geneviève âgée de quarante-cinq ans accouche à nouveau d’une fille prénommée comme sa mère.
  • 30 mai 1794 : Quatre heures de l’après-midi, Jean Baptiste Geoffroy et son ami Pierre Payro vigneron à Messimy se rendent à la salle publique de la maison commune pour annoncer le décès de la petite Geneviève. Jean Charrin officier publique de l’assemblée générale se rend au domicile du père pour constater le décès.
  • 7 avril 1795 : Les mesures républicaines font leur apparition et vont changer le quotidien du monde rural (mètre, are, stère, litre, kilo...). La livre est débaptisée, le franc vient de naître. Nous sommes à l’aube d’un nouveau siècle...

Sources de recherches :

  • Mémoire familiale.
  • Archives départementales de Bourg en Bresse (Ain).
  • Internet : Registres paroissiaux (Naissances-Mariages-Décès).
  • En salle : Actes notariés (Répertoires et minutes de Maitre Moyne-Maitre Mondesert-Maitre Desthieux).
  • Archives du Jura : Michèle de Thoisy.
  • Sites Internet :
  • Gallica.
  • Livre : Messimy-sur-Saône (Par Maurice Gelas).
  • Mémoire des travaux de réfection de la ferme.

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