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Jean Baptiste Jouffroy dit Piard : Migration et parcours de vie d’un brandevinier (Marchand d’eau de vie) au XVIIIe siècle (3e partie)

De Vaux sous Bornay (Jura) à Messimy en Dombes (Ain)


jeudi 3 décembre 2015, par Patrice Beroud

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Un siècle nouveau débute. Malgré les nouvelles impositions, Jean Baptiste semble avoir réussi sa progression sociale et prête de l’argent. Après une longue vie de labeur, il laisse quelques biens à ses enfants.

Le XIXe siècle

  • Avant 1799, au mas du bourg comme on le surnomme, Jean Baptiste a des problèmes de voisinage. Depuis de nombreuses années, il a fait construire un bâtiment contre un mur mitoyen. C’est la brûlerie. Elle abrite le puits qui dessert trois familles. Claude Colas vigneron et Antoine Charrin puisent l’eau au même endroit. Antoine est obligé de passer par la cour de Jean Baptiste. Mais voilà, l’édifice n’a apparemment pas été fait dans les normes. Le mur coté voisin, sort de son aplomb et l’épaisseur est trop large. Les eaux de pluie tombent et ruissellent dans le pré de Claude Colas. De plus, Jean Baptiste retire et reçoit des eaux chez lui. Ce sont celles qui servent au refroidissement de la pipe de l’alambic. Il a fait des ouvertures et des trous dans le mur pour les évacuer. Les eaux du ciel et les eaux de l’alambic, coulent ensuite dans le pré de Claude Colas qui n’apprécie guère.
  • 31 mars 1799 : Devant Maître Moyne, un accord est trouvé. Chez son voisin, Jean Baptiste achète sur toute la longueur du mur et du pré, une largeur d’un pied (Pied du Roi : 30cm). Cette largeur servira à l’évacuation des eaux et des égouts. Le brandevinier s’engage également à effectuer des travaux sur le mur. De son côté Claude Colas garde la jouissance de la largeur du pied. Mais il n’a pas le droit de le bécher, de le semer d’y planter un cep ou un arbre. Jean Baptiste paie comptant 120 francs en pièces d’or et d’argent.
  • 10 avril 1800 : Jean Baptiste prête 300 francs à Claude Favre, laboureur à Messimy. Ce dernier s’engage à rembourser la dite somme dans l’année qui suit.
  • Jean Baptiste achète un bien à Antoine Moyne marchand de Villeneuve. De quoi s’agit-il ? (Noté sur le registre notarial de l’An X, mais les minutes ont disparu). La somme non négligeable se monte à 1 300 francs. N’oublions pas que ce sont des francs or.
  • 7 juin 1801 : Jean Baptiste et Benoit Rebotton, laboureur à Messimy achètent en commun une parcelle en terre et en vigne de huit bicherées au lieu dit la Battelière à Messimy. Les vendeurs sont Dame Marie Louise Desrioux épouse Romanet et Elisabeth Emilie Desrioux épouse Moignat, nobles du village, privés d’une partie de leurs biens lors de la Révolution.
  • 4 décembre 1801 : Les deux acquéreurs se partagent le terrain. Celui-ci est borné en bonne et due forme. Le vigneron récupère six bicherées en vigne situé au soir (Ouest) et le laboureur les deux bicherées restantes situées au matin (Est). Cette portion plus petite a un sol de meilleure qualité.
  • 18 mai 1802 : Jean Baptiste et Geneviève assistent au mariage de leur fille Marie. Est-ce un mariage d’amour ou un mariage arrangé ? L’époux Jean Bernard a quand même quatorze ans de plus que Marie.
  • 23 novembre 1802 : Une quittance nous apprend que Jean Baptiste est tuteur de l’enfant mineur des défunts Jean Ainé dit Pelozet et Antoinette Beroud. C’est le fils d’une cousine germaine à Geneviève, il est placé chez Charles Beluizard, vigneron à Messimy. Cette quittance de 75 francs or et argent, à quoi correspond-elle ? Au « louage » du jeune ouvrier ? Cette somme versée par Charles Beluizard, Jean Baptiste la partage avec Benoit Ainé dit Pelozet vigneron de Messimy, oncle du jeune garçon et Antoine Bonnevay de Chaleins.
  • 15 novembre 1803 : Comme l’année précédente, Le brandevinier perçoit la même somme d’argent de Charles Beluizard.
  • 25 février 1804 : L’exercice de la profession devient libre, moyennant le droit d’une patente et l’obtention d’une licence annuelle.
  • 14 avril 1804 : Jean Baptiste ne semble pas manquer d’argent. Il prête 130 francs à Claude Nugues, laboureur à Chaleins. Ce dernier s’engage à le rembourser l’année suivante. Il met une hypothèque sur une vigne située au lieu dit Perret sur la commune de Messimy. C’est un gage de garantie qui ne déplait sans doute pas à Jean Baptiste.

Impôts

Le XIXe siècle est là. Les changements sont importants. Des impôts ont disparu, certes. Napoléon accorde aux bouilleurs de crus un droit de privilège pour les dix premiers litres d’alcool pur distillés. Par contre de nouvelles taxes font leur apparition pour les distillateurs. Il faut payer annuellement la taxe du droit de licence, la taxe sur le droit de circulation des boissons, la taxe sur les quantités distillées, qui varie en fonction du degré d’alcool.

Exemple :

  • 3,60 Fr par hectolitre pour une eau-de-vie en cercles (tonneau) inférieure à 22° (alcool pur).
  • 5 Fr par hectolitre pour une eau de vie en cercles comprise entre 22° e 28° (alcool pur).
  • 6,40 Fr par hectolitre pour une eau de vie en cercles supérieure à 28° (alcool pur).

En bouteilles, les taxes sont encore différentes, et ce ne sont pas les seules contributions qui affectent le brandevinier.

Annuellement, il faut indiquer au bureau des régies :

  • 1) Le numéro de poinçonnement de l’alambic.
  • 2) L’emplacement de la brûlerie.
  • 3) La date de commencement des travaux et la durée.
  • 4) Les quantités à distiller.
  • 5) L’espèce des matières à distiller et le lieu de récolte.
  • 6) Le volume et le rendement minimum par hectolitre.
  • 20 mai 1807 : Cinq heures du matin au mas du bourg Geneviève Beroud son épouse âgée de cinquante huit ans rend son dernier souffle. Le sinistre son du glas sonne à Messimy.
  • 9 août 1807 : Devant la maison commune du village, une première déclaration de mariage de son fils est établie.
  • 16 août 1807 : L’union du couple se concrétise. L’heureuse élue est Catherine Péaud de Messimy. A-t-on fait bombance, ce jour-là ? S’il y eu un repas de mariage, ll s’est certainement terminé par un bon verre d’eau de vie.
  • 6 août 1808 : Jean Baptiste alors âgé de soixante se rend à la commune voisine de Montmerle-sur-Saône. Il y rencontre Maitre Mondesert pour établir son testament. Comme tout bon chrétien, il souhaite être enterré dans le cimetière de Messimy, avec la célébration d’une grand messe le jour de sa sépulture et une autre un an après. Vingt autres messes basses devront être dites. Il donne à chacun de ses enfants, Claude, François et Marie, un quart de ses biens, meubles et immeubles. Si un de ses fils vient à disparaître avant lui, le survivant touchera le dernier quart. Il ne signe plus Jouffroy comme en 1779 mais Geoffroy. Mais Jean Baptiste n’est pas encore mort...
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Signature Jean Baptiste Geoffroi
  • 5 mars 1811 : Qualifié maintenant d’agriculteur, il prête encore de l’argent. Cette fois, c’est six cents francs à Joseph Dupra, cultivateur à Messimy. Cette année-là, dans toutes les régions de France, la chaleur s’installe en février et croit au fil des mois. Les moissons se font en juillet, la vigne fleurit en mai et les vendanges se font fin août début septembre.
  • 27 novembre 1813 : Jean Baptiste est déjà deux fois grand père. Mais ce sont des filles .Ce jour-là, c’est un petit-fils prénommé François qui voit le jour.
  • 10 juin 1819 : Enfin après plusieurs années, Claude Dupra, tailleurs d’habits, mis en subrogé par Jean Baptiste, rembourse la dette de son père.
  • 26 février 1820 : Jean Baptiste se rend chez Maître Bonnard à Messimy .Il fait rédiger un deuxième testament.
  • 20 mai 1821 : Antoine Charrin cède à François Geoffroy (fils de Jean Baptiste) son droit de passage pour aller au puits, moyennant la somme de cent francs. Le bouilleur de crus âgé de 73 ans n’exerce sans doute plus depuis plusieurs années. François, agriculteur, a-t-il pris la relève ?
  • 7 octobre 1830 : Jean Baptiste âgé de 82 ans donne son âme à Dieu, à huit heures du matin. Le brandevinier de Messimy en Dombes n’est plus. Selon sa volonté, une grand messe est célébrée avant que son corps ne soit mis en terre dans le cimetière situé autour de la petite église.
  • 22 novembre 1830 : Claude n’est jamais revenu. François et Marie se partagent les biens de leur père qui laisse :
  • 1) La petite ferme composée :
    * Rez de Chaussée : une chambre dotée d’une cheminée-une cuisine -deux celliers- une petite écurie.
    * A l’étage : : un grenier - deux fenières.

Près du portail d’entrée de la cour, contigu à l’habitation se trouve le hangar qui abrite : le pressoir à roue garni de son câble et de ses agraies -une cuve de 28 hectolitres et une autre de 24 hectolitres. Bizarrement, comme pour la pipe de l’alambic une des deux cuves est incrustée dans le mur de pisé sur un arc de cercle de 1,2 à 1,4 mètre. Est-ce une technique de soutien ou de gain d’espace ?
Un peu plus à l’écart, à coté de la verchère, un autre petit bâtiment (la brûlerie) abrite une petite chambre d’aire, le four l’alambic et le puits.

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Plan du mas du bourg
  • 2) Une terre chenevière (chanvre) à Messimy appelée « chènevière de la rivière Mâtre » d’une contenue de 38 ares, 87 centiares soit 3 bicherées.
  • 3) Une terre partie en vigne à Messimy appelée vigne et terre « Battelière » d’une contenue de 57 ares et quinze centiares soit 4 bicherées 42.
  • 4) Une vigne en partie arrachée à Messimy appelée vigne du « Remay » d’une contenue de 28 ares 94 centiares soit 2 bicherées 24.
  • 5) Une terre vigne à Messimy appelée « Pré Mariet » de la contenue de 62 ares 54 centiares soit 4 bicherées 83.
  • 6) Une vigne sur la commune de Lurcy au territoire de « Courcy » d’une contenue de 14 ares 50 centiares soit 1 bicherée 12.
  • 7) Une terre à Messimy appelée « Dessous la ville » de la contenue de 30 ares 1 centiare soit 2 bicherées 23.
  • 8) Une terre à Messimy appelée « Terre aux sables » de la contenue de 47 ares 32 centiares soit 3 bicherées 23.

Selon les dernières volontés du « jurassien », François règle les frais funéraires et hérite de la maison d’habitation et des dépendances, notamment le pressoir et les deux cuves. Si Claude est de retour, il devra lui remettre la somme de mille francs, 36 chemises, 12 draps de lit, 12 nappes et 12 essuie-mains. Mais Claude ne reviendra jamais.

On apprend dans le dernier testament que Marie a déjà touché la somme de cinq cents francs lors de son mariage. Elle rembourse une part de cette somme à son frère. Deux lots sont constitués avec les terres et les vignes. Chacun y trouvera son compte. Une page s’est tournée...

La destinée de l’alambic

  • En 1868, la ferme est très largement agrandie par le petit-fils de Jean Baptiste. Elle n’a plus rien à voir avec celle du XVIIIe siècle. Les appartements du brandevinier toujours existants sont d’ailleurs abandonnés. La brûlerie coté nord se trouve accolée au mur de pisé d’un nouveau hangar, et perd son indépendance. C’est sans doute là, qu’elle se trouve affublée d’un petit portail.

L’alambic sert-il toujours ? En 1885, année du ravage de la vigne par le phylloxera, il y a plus de 60 hectares de vigne à Messimy. Plus utilisé, il est démonté et rangé dans l’ancien logis désaffecté. Le four de l’alambic est transformé en four à pain.

  • En 1929, la ferme victime d’un accident de battage lors des moissons est partiellement brûlée. Les appartements de feu Jean Baptiste sont épargnés. Mais c’est par le petit portail de la brûlerie que les deux derniers témoins du drame (encore vivants) s’échapperont pour se réfugier dans la ferme voisine.
  • 1930, la ferme est rénovée ,le toit de l’ancienne brûlerie également. Les tuiles et les lattis sont changés.
  • Bien qu’il ne serve plus, l’alambic devenu propriété de l’état depuis de nombreuses années, est annuellement contrôlé par les gabelous.
  • 1944, c’est la débâcle allemande. Une colonne militaire en provenance de Lyon sans doute, remonte la vallée de la Saône et pille par-ci par-là, dans les fermes. Si mon grand père arrive à garder son cheval convoité par l’ennemi, il ne pourra rien faire pour l’alambic. Il sera percé, découpé et emmené par les soldats en fuite. Triste sort pour l’appareil distillatoire, patrimoine du vigneron du Jura.

La destinée des Jouffroy de Messimy (Jouffroy, puis Geoffroy, puis Geoffray)

  • Quatre générations de cultivateurs succéderont à Jean Baptiste Jouffroy dit Piard.
  • L’avant dernière génération, dont le nom s’est transformé en Geoffray, était composée de cinq enfants dont trois garçons et deux filles (dont ma grand mère).
  • La grande faucheuse de 1914-1918 (voir généanet) emportera deux garçons.
  • Le troisième François, marié à Messimy en 1911, reviendra vivant du conflit, mais perdra son fils unique en 1932. Il avait neuf ans. François le rejoindra en 1959.
  • Ces tristes événements mettront un terme définitif à la lignée Jouffroy dit Piard, devenu Geoffroy puis Geoffray, migrant de Vaux sous Bornay (Jura) au XVIIIe siècle.

L’absence d’inventaire après décès (rare au XIXe siècle) fait que beaucoup de questions restent sans réponse. Les recherches ne sont pas terminées, mais voilà ce que j’ai pu trouver sur cet ancêtre direct à la 6e génération, dont on m’a parlé durant mon enfance et dont je souhaitais faire ressurgir la vie avec les moyens du XXIe siècle.

Sources de recherches :

  • Mémoire familiale
  • Archives départementales de Bourg en Bresse (Ain)
  • Registres paroissiaux (Naissances-Mariages -Décès)
  • AD en salle : Actes notariés (Répertoires et minutes de Maitre Moyne-Maitre Mondesert-Maitre Desthieux).
  • Archives du Jura : Michèle de Thoisy
  • Sites Internet : Gallica.
  • Livre : Messimy sur Saône (Par Maurice Gelas)
  • Mémoire des travaux de réfection de la ferme.

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