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L’histoire d’Antonio Tiven, né français, devenu sujet maltais, avant de rejoindre l’Algérie

Un témoignage de la richesse des migrations dans la Méditerranée du 19e siècle


jeudi 13 octobre 2016, par Thierry Suquet

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Cet Antonio Tiven (alias Guillaume Antoine Thievin, alias Antoine Tiven), né le 12 pluviôse an IX (1er février 1801) à Toulon (Var), a un parcours particulier pour un Européen installé en Algérie entre 1832 et 1840. Né français, sa famille s’installe à Malte alors qu’il est encore enfant puis, adulte, il quitte Malte pour l’Algérie, comme des milliers de compatriotes maltais.

Sur son acte de naissance, Antonio s’appelle Guillaume Antoine Thievin. Il est le fils de Pierre Thievin, un sergent de la marine, né le 4 septembre 1770 à la Tronche dans l’Isère, qui a épousé le 8 vendémiaire an IX (27 juillet 1801) Marianne Olivier, née le 12 juillet 1776 à Malte. Le grand-père d’Antonio Tiven était peigneur de chanvre dans l’Isère et s’appelait Etienne Thievin, sa grand-mère Marie Berthier.

Un extrait de l’acte de naissance de Guillaume Antoine :

Du quinzième jour du mois de pluviose an neuf républicain, acte de naissance de Guillaume Antoine Thiévin né le douze du courant à onze heures du matin fils de Pierre natif de Grenoble département de l’Isère, âgé de trente ans, sergent d’artillerie de marine, et de Anne Olivier, native de l’île de Malte, âgée de vingt quatre ans.

Cependant sa mère, Marianne Olivier est maltaise : elle est née à Malte le 12 juillet 1776, où son père Etienne (Antonio pour l’état-civil maltais) exerce la profession de « Maître calfat ». Sa mère s’appelle Félicité Eloul (Félicita Ellul). Le mariage de Pierre Thievin et de Marianne Olivier illustre à la fois la présence des Maltais en Méditerranée pour la navigation et le commerce et la facilité avec laquelle ceux-ci mariaient leurs filles à des marins qui s’intégraient par le mariage à la société maltaise, s’appuyant sur une identité religieuse commune, le catholicisme. C’est le cas de la famille Thieven, qui s’installe à Malte, probablement rapidement après le mariage. En témoigne le changement d’état-civil : à Malte, le père Pierre devient Pietro et Guillaume Antoine, Antonio. Leur nom de famille devient Tiven.

Devenu adulte, Antonio Tiven se marie avec Teresa Borg le 22 octobre 1822 à Vittoriosa (le grand port), illustrant à son tour la capacité des Maltais à intégrer en leur sein les étrangers, à la seule condition qu’ils soient catholiques comme nous l’avons vu avec son père. Naissent alors au moins 3 enfants, Marguerite en 1826, Pierre en 1828, et Ignace en 1830. (les prénoms sont ceux de l’état-civil européen en Algérie).

Plus tard, entre 1832 (date de la prise de la ville) et 1839, la famille va quitter Malte pour l’Algérie et la ville de Bône, qui mérite bien son surnom de capitale des Maltais.

Là, naissent d’autres enfants, Félicia en 1840, Marie en 1844, Barthélemy en 1846, et enfin Joséphine en 1849. Cette arrivée très précoce, moins de 9 ans après le début de la conquête de l’Algérie et au plus tard 7 ans après la conquête de Bône, témoigne tout à la fois d’une immigration maltaise dès le début de l’Algérie française, et de la dureté de la vie à Malte. En effet, si l’arrivée des Thieven à Malte correspond encore à une période ou l’île rayonne en Méditerranée grâce au commerce, le départ des Tiven entre 1830 et 1840 s’inscrit dans une période de dépression, où la famine et le surpeuplement poussent des milliers de Maltais à quitter durablement leur pays.

Moins de 30 ans après l’installation de Pierre (Pietro) Thievin (Tiven), originaire de la Tronche dans l’Isère, à Malte dans le grand port (Vittoriosa), son fils Antonio Tiven (Guillaume Antoine Thievin), devenu maltais, s’installe donc définitivement en Algérie. Si on ne peut négliger le facteur personnel lié à l’origine française dans cette décision, il faut rappeler qu’elle s’inscrit dans un mouvement de masse qui débute. Cette migration témoigne peut-être aussi de l’attachement de certains Maltais à la France, ou du moins du rejet de la domination anglaise sur Malte, au moment où l’Angleterre cherche à diriger l’immigration maltaise vers ses propres colonies. On peut y voir aussi des motivations de reconquête religieuse et politique qui sous tendent une partie de l’immigration maltaise, au-delà de la dimension économique, premier moteur des départs.

Avec cette arrivée en Algérie, Antonio redevient rapidement « Antoine » pour l’état-civil des Européens en Algérie. Pour autant, alors qu’il est né à Toulon, d’un père Français, il figure sur les registres comme « sujet maltais ». Compte tenu des règles applicables à l’époque, il faudra probablement attendre la génération de ses arrières petits enfants pour voir ses descendants retrouver la nationalité française.

Voici la liste des enfants d’Antonio Tiven et Thérèse Borg, mariage le 22 octobre 1822 à Vittoriosa :

  1. 1. Marguerite Laurence Carmele Tiven, née à Cité victorieuse [Birgu] le 19 octobre 1826, et décédée à Souk-Ahras le 20 novembre 1894, mariée à Félix Vassallo le 22 juillet 1852 à Bône.
  1. 2. Pierre Carmel Antoine Laurent Félix Tiven, né le 17 décembre 1828 à La Valette, Malte, marchand de comestibles, demeurant à Souk-Ahras, marié le 18 août 1864 à Bône avec Mifsud Vincenza, née à Bône le 19 février 1840.
  1. 3. Ignace, Vincent, Joseph, Laurent Carmel Tiven, né à Malte.
  1. 4. Félicia Tiven, née le 1er janvier 1840 à Bône, décédée le 19 mai 1902 à Sétif et demeurant à Alger, veuve de Sultana, Joseph, Laurent, Gaétan. Mariage le 12 octobre 1861 à Souk-Ahras.
  1. 5. Marie [Maria] Joséphine Tiven, née le 27 août 1844 à Bône, décédée à Bône le 14 août 1845.
  1. 6. Barthélemy Tiven, né le 9 juillet 1846 à Bône.
  1. 7. Joséphine Tiven, née le 24 août 1849 à Bône.

Ignace, l’un des enfants du couple Antoine Tiven / Thérèse Borg pose une petite énigme. On le connaît tout d’abord par un acte de mariage à Bône du 18 février 1858 par lequel Ignace Vincent, Joseph, Laurent, Carmel Tiven, domicilié à Bône rue d’Armandy, né à Malte (possessions anglaises) le 29 octobre 1830, fils d’Antoine Tiven Cordonnier, et de Thérèse Borg, épouse Jeanne Caddeo, née à Caloforte (Sardaigne) le 15 janvier 1835, fille d’Antoine Caddeo et Guiseppa.

Ensemble, ils ont trois enfants :

Le 17 décembre 1861 naît Augustin Tiven, fils de Tiven Charles, âgé de 27 ans et Jeanne Caddeo, âgée de 26 ans. On note toutefois que le père est appelé Charles.

Puis le 28 septembre 1863 naît Antoine Tiven, fils de Tiven Ignace Vincent, Joseph, Laurent, Carmel et de Jeanne Caddeo. Cette fois, le père porte l’état civil que nous lui connaissons lors du mariage.

Et enfin, le 4 décembre 1865 naît Joseph Tiven, fils de Tiven Ignace Vincent, Joseph, Laurent, Carmel, journalier, âgé de 31 ans, et de Jeanne Caddeo. Ce dernier décédera le 25 mai 1869 « Joseph Tiven, fils de Tiven Ignace Vincent, Joseph, Laurent, Carmel et de Jeanne Caddeo. »

Mais on retrouve aussi un acte de mariage à Souk Ahras le 22 juin 1861 d’Ignace Vincent, Joseph, Laurent, Carmel Tiven, né le 29 octobre 1820 à Malte, fils d’Antoine Tiven, cordonnier, demeurant à Souk Ahras et de Thérèse Borg, demeurant à Bône, avec Rose Marie Anne Françoise Vassallo, née le 13 février 1831, fille de François Vassallo, demeurant à Souk Ahras et Christine Soracino, décédée à Malte. Compte tenu de l’état-civil, de la date de naissance, de l’état-civil des parents, de la présence du père, tout porte à croire qu’il s’agit bien du même homme. La seule différence réside dans l’année de naissance… On notera aussi à l’occasion qu’il épouse une maltaise qui se trouve être sa belle-sœur (la sœur du mari de sa sœur Marguerite, Félix Vassallo).

On trouve aussi des traces du décès du mari de Jeanne Caddeo dans les actes de mariage de son fils Augustin le 2 juin 1888 à Constantine, puis le 22 décembre 1898, ou il est précisé « fils de Charles Tiven, décédé à Bône le 18 août 1878 ». On retrouve le prénom de Charles.

Mais il n’y a pas d’acte de décès pour un Tiven à cette date, comme d’ailleurs pas d’acte de décès pour Ignace ou Charles Tiven dans l’état-civil des Européens d’Algérie. Le seul décès à cette date est celui d’un inconnu, Européen, sur la route d’Aïn Mokra le 18 août 1878. Est-ce Ignace/Charles Tiven ? Le mystère s’épaissit…

Il est donc difficile de savoir à qui nous avons affaire. Je tiens pour acquis que le mari de Jeanne appelé Charles est le Ignace Tiven épousé en 1858, en particulier en raison de la spécificité du nom de famille, qui est très rare et provient de la transformation d’un nom français (Thievin) : la probabilité que « deux Jeanne Caddeo aient épousé deux Tiven semble faible ». Est-ce le même homme qui a épousé ensuite Rose Vassallo, devenant ainsi bigame ou s’agit-il d’un autre frère Tiven avec une confusion dans l’état-civil maltais ? En l’absence de traces de descendance du mariage Tiven/Vassallo dans l’état-civil des Européens d’Algérie, il est impossible de se prononcer. En outre un mystère entoure sa mort, puisque si la date du décès est connue par sa famille (côté Tiven/Caddeo), l’état-civil ne contient ce jour-là que le décès d’un Européen inconnu. Peut-être s’agit-il effectivement d’« Ignace/Charles Tiven » saisi par la mort dans l’obscurité d’une double vie !

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