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La Baronne d’Heimbrock, Antoinette et son mari : l’affaire Bilet Deberc


vendredi 1er juillet 2005, par Michel Guironnet

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A Lyon, à la veille de la Révolution, une femme confie ses malheurs conjugaux et sa douleur de mère à son amie.

En septembre 1788, Marie-Thérèse, Baronne d’HEIMBROCK ; arrivée il y a quelques mois d’Utrecht en Hollande et résidant depuis « aux Moulins Perrache » au sud de Lyon ; reçoit une très longue lettre (6 feuillets !) signée d’une Dame BILET-DEBERC. Celle-ci lui écrit de Saint Rambert l’Ile Barbe, tout à côté de Lyon .

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L’île Barbe à Lyon sur la Saône

Madame,

Je viens verser dans votre sein la douleur amère qui me dévore, mon mari après m’avoir vexé de toutes les manières possibles vous le savez, vient de se servir du dernier moyen qui lui restait pour me donner le coup de la mort. Il m’écrivit il y a un mois qu’il se proposait de mettre sa fille au couvent le mois prochain qui était celui-ci [septembre] mais il ne me disait point dans quelle communauté.

Il vint peu de jours après et ne me parla de rien, le 24 août dernier, il vint m’enlever mon enfant, disant qu’il la voulait chez lui pendant une huitaine, tant pour faire faire son trousseau que pour la satisfaction d’une soeur avec laquelle il vit depuis que je suis ici [à St Rambert l’Ile Barbe]. Enfin, c’est au milieu des cris de mon enfant et des miens que cette victime me fut arrachée.

Jugez combien cette séparation fut cruelle. Il fut convenu entre mon mari et moi que j’irais à Lyon le 27 suivant [août] pour faire mutuellement les achats de son trousseau, j’y fus et tout se passa fort bien. Il m’annonça que la maison religieuse qu’il destinait à son enfant était le Bon Pasteur ; [1] je retourne plusieurs fois dans la semaine voir mon enfant. Le 1er du courant [septembre] nous restâmes d’accord que le 4 nous accompagnerions notre enfant au couvent annoncé, je pars et j’embrasse mon enfant, sans nous douter l’un et l’autre que c’était le dernier adieu.

Le 4, je me rends à Lyon comme nous en étions convenu. Mais jugez, Madame, vous qui avez un si bon coeur et qui aimiez tant cette infortunée, du coup de foudre que je reçus en apprenant de la bouche de son père que mon enfant est au couvent depuis le 2, et ajoutant à des grossièretés que je n’oserais tracer ici ; il vous importe peu de savoir où elle est, je suis maître, Mme et telle est ma volonté. Vous ne reverrez plus votre enfant. Vous pouvez faire vos diligences tout sera inutile. Je me jetais aux genoux de sa soeur qui fut aussi inexorable que son frère, je me hâtai de quitter un séjour si affreux. Je suis depuis ce moment fatal dans une inquiétude terrible. Je tremble que cette pauvre enfant tombe malade de chagrin, elle connaît si bien les mauvais procédés de son père à mon égard, que je suis persuadée qu’elle croit qu’il m’a fait éprouver le même sort que le sien en m’enlevant à mes propres foyers pour m’enfermer dans un couvent. Hélas ! , si je pouvais lui faire au moins savoir que je suis encore chez moi. Cette nouvelle adoucirait un peu l’horreur de sa situation, se voyant arrachée des mains d’une mère tendre qui l’a élevé avec douceur.

Je crois ma chère Baronne que vous avez raison. Nos destinés sont attachées à notre berceau. Je perdis mon père dès l’âge le plus tendre, à 14 ans et demi, je fus mariée à un homme grossier et sans aucun principe d’éducation. Vous l’avez éprouvé par sa conversation. Enfin, je fus donc sacrifié à l’intérêt de cet homme qui ne cherchait que l’argent. Il reçu 45 mille livres le lendemain de mon mariage ; et bientôt après je reconnus que mon sort serait malheureux dès que l’intérêt l’avait seul guidé.

L’obéissance que j’avais à ma mère me fit sacrifier ma volonté, je répugnais à prendre un homme qui avait 23 ans de plus que moi ; je craignais, mon coeur refusais à cet hymen. Mais en fille soumise, j’obéis à l’ordre que ma mère me donna de prendre cet homme pour époux. Ses mauvaises manières ont toujours été en augmentant ; j’eus le malheur de perdre ma mère en décembre 1783, seul soutien qui me restait. Je fus héritière en paraphernal , et substituée à mon enfant, ou aux enfants de mon enfant [2]. Ma mère connaissant l’inconduite de son gendre lui prohiba tout exercice et pouvoir marital, nonobstant les clauses qui pourraient être apposées dans mon contrat de mariage, qui porte une constitution générale.

Ces dispositions dérangeant les projets de mon mari qui comptait toucher en entier la succession de sa belle-mère, quoique à mon préjudice, se livra contre moi à toute sa fureur, et employa toutes les ruses possibles pour que je lui fassasse une procuration générale pour régir mes biens. Ce qui j’ai constament refusé. Il me fut décerné un curateur en vertu de la Constitution générale de mon contrat dotal. Il se fit adjuger non les intérêts, mais le capital du tiers de ma succession, par sa légitime de droit qui consistait à 20 545 livres. Croyant que Messieurs les juges étaient les protecteurs des orphelins, je m’en rapportait aux dires de Messieurs les gens du Roi. Je ne demandais que l’assurance de cette somme pour mon enfant ; mais mon mari ayant un frère moine qui était très lié chez Monsieur CATALAND Lieutenant Général, il fit si bel et bien que je fus condamnée en mars 1786 à donner ces 20.545 livres sans aucunes sûretés.

Après cela, je vins ici [à Saint Rambert] dans ma maison dépendante de mon paraphernal (et dont j’ai aussi donné le tiers) pour y faire quelques réparations, ne croyant point y rester comme je l’ai fait. Etant à fin de bail dans l’appartement que nous occupions à Lyon, j’attendais que mon mari louât ailleurs. Il venait de quitter son commerce de fabrique où il avait perdu immensément, par le peu d’exactitude qu’il apportait à ses affaires, et l’inconduite qu’il avait. Il fut forcé de le quitter pour faire commandite à un de ses neveux marchand mercier rue Tupin.

Le terme de notre bail étant expiré, il vends sa batterie de cuisine sur la place de la Fromagerie où était notre appartement, expose chez un tapissier ses glaces et tapisseries pour y être vendues ; le tout sans m’en donner avis ; et va demeurer avec un frère et une soeur tous deux célibataires.

Voyant qu’il n’était point chez lui, et que je me serais appellé zéro dans cette maison, je me décidai à rester chez moi, il ne s’y opposa pas, mais ne me donna plus rien pour mon ménage, ni même pour l’entretien de son enfant.

J’aurais encore fait le sacrifice d’aller passer les hivers chez ce frère si j’avais cru pouvoir vivre avec eux, mais ne je m’en sentais par la force, sans cesse vexés, et de son mari et des siens. Il faudrait être sans le sol pour aller là. Je suis donc ici depuis le mois d’avril 1784, et j’ai vécu sur mon paraphernal qui consiste en 32 000 livres que la justice m’a placé, et en la maison que j’habite. Je vis ici, vous le savez Mme, comme un hermite, m’occupant du soin de mon ménage, et de l’éducation de mon enfant. Mon mari a fait bien des démarches pour m’ôter mon enfant il y a deux ans, et me prouver de l’inconduite. Mais heureusement que ma manière de vivre m’a mise à l’abri de ses poursuites ; ma conduite était connue à Lyon, elle l’est des gens de ce pays-ci, à qui on a qu’à demander comment je me comporte. Je ne crains rien, la calomnie seule pourrait mordre sur moi, mais la paix de ma conscience est mon garant.

Je voudrais vous prier d’une grâce, vous connaissez Monsieur BASSET grand Bailli. Voudriez-vous bien vous y transporter et lui expliquez ma situation, afin de savoir si je n’aurais pas le droit de savoir où est mon enfant ainsi que de la voir, malgré la défense du père. On peut demander à cette infortunée quelle a été ma conduite. Elle a près de dix ans, elle est bien à même de dire comment nous vivions dans notre solitude, et si jamais elle a rien vu de contraire à l’honnêteté.

Pardon ma chère Baronne si je retrace à vos yeux les chagrins dont mon coeur est navré, mais en les épanchant dans le sein de l’amitié, j’en sens diminuer le poids. Je me flatte que vous voudrez bien vous intéresser pour deux infortunées.

Peignez, je vous prie ma triste situation à Mr le Grand Bailli. Demandez-lui si mon mari pourrait obtenir une lettre à cachet pour m’enfermer dans un couvent, parce qu’il faut se méfier de son hypocrisie. Il est capable de surprendre la foi des juges par des calomnies arrangées à sa manière. Cependant, je ne puis me persuader qu’il puisse l’obtenir à cause de ma conduite irréprochable. Un mari a-t-il donc le droit de faire des injustices sans autorité . Enfin, je me mets sous la protection de Monsieur BASSET. [3]

J’implore sa clémence. Il est si juste qu’il aura pitié de mon sort et voudra bien vous communiquer ses avis. Faites lui le récit de ma situation, je connais votre zèle à obliger, mais je crains que dans votre position je n’augmente vos peines par la peinture des miennes. Pardonnez à ma douleur maternelle, vous connaissez ma façon de penser, et votre belle âme efface mes craintes. J’espère que vous ne me refusez pas le service que je vous demande les larmes aux yeux. Ayez, je vous prie, de l’indulgence pour le peu de suite de ma lettre mais mon coeur guide ma plume, et ma tristesse est si forte que je sais à peine ce que j’écris. Vous aurez la bonté de me faire part des avis que vous recevrez le plus tôt possible, mon impatience est pardonnable, elle est dictée par la nature. C’est celle d’une mère.

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Extrait de la dernière page de la lettre d’Antoinette Bilet

Mille excuses de la longueur de ma lettre, mais je rappellais tous les chagrins que mon mari m’a fait souffrir, il y aurait de quoi faire un volume entier. Vous connaissez l’homme ; ainsi que les sentiments distingués de la parfaite reconnaissance avec lesquels je serai toute ma vie, Madame, votre très humble BILET-DEBERC. St Rambert l’Isle Barbe ce 9 7bre 1788".

Voilà le texte de cette lettre que nous avons tenu à publier in extenso à cause de sa richesse. Voyons ce qu’il nous permet de découvrir sur cette femme, et sur Marie-Thérèse :

".... vous le savez" : indice de relations suivies entre Mme BILET-DEBERC et Marie-Thérèse. D’autres passages l’attestent, notamment : " Vous qui avez un si bon coeur et qui aimiez tant cette infortunée..." et "je crois, ma chère Baronne, que vous avez raison... Je fus mariée à un homme grossier et sans aucun principe d’éducation. Vous l’avez éprouvé par sa conversation...". Les deux femmes se connaissent bien, se sont fréquentées avant 1788, et pourtant Marie-Thérèse n’est à Lyon que depuis le début 1787 !

Il semble même que cette amitié remonte avant 1784 puisque Mme BILET-DEBERC explique ce qui lui est arrivé entre la mort de sa mère en décembre 1783 et la date de son courrier : toutes choses que Marie-Thérèse ne doit pas connaître. On peut penser qu’elle a rencontré Mme BILET -DEBERC à Lyon avant de se fixer en France, au cours d’un de ses voyages d’études sur la préparation du chanvre.

" Il y a un mois..." donc en août 1788.Il se proposait de faire rentrer au couvent la fille de Mme BILET-DEBERC. Cette fille qui a presque dix ans. Elle serait donc née vers 1778. Il est d’abord question du Bon Pasteur comme couvent puis le lieu est tenu secret par le père qui a enlevé l’enfant, qui vit avec sa mère. On comprend par la suite de la lettre que le couple s’est séparé depuis 1784 ; la mère à St Rambert l’Ile Barbe, et le père à Lyon vivant chez sa soeur.

" Je perdis mon père dès l’âge le plus tendre. A 14 ans et demi, je fus marié à un homme grossier..." " Il reçu 45 mille livres le lendemain de mon mariage..." " un homme qui avait 23 ans de plus que moi..." " J’eus le malheur de perdre ma mère en décembre 1783..." : Voici d’importants éléments biographiques qui permettent d’orienter notre recherche. C’est un document des Archives du Rhône qui va lever un coin du voile.

  • Dans le dossier 36L 126 (saisies et scellés) on trouve en effet un document ; en date du 12 juin 1793 dont voici le texte :
    " Par devant nous est comparu DUSARGUY l’aîné, avoué d’Antoinette BILET, femme divorcée de Jean Baptiste DEBERC, qui nous a exposé qu’après que son divorce a été prononcé Jean Baptiste DEBERC est décédé sans lui avoir restitué ses droits arrivant à des sommes considérables.

Laurent DEBERC et Catherine DEBERC les plus habiles à se porter héritiers ont répudiés sa succession par acte du 23 mai signifié le 25. Il convient de procéder à un inventaire, mais il faut un curateur à l’oirie abandonné. L’exposante créancière de plus de soixante mille livres doit être autorisée à retirer les effets, à mesure (en) rendre compte ; ainsi qu’il appartiendra..."

" Vu les remontrances ci-dessous, le contrat de mariage d’Antoinette BILLET du 13 juillet 1775, contenant constitution en sa faveur de la somme de quarante cinq mille livres de la part de Jean Baptiste DEBERC ; ensemble la copie d’un jugement de la ci-devant sénéchaussée du 27 mars 1784 suivant lequel Jean Baptiste DEBERC a de plus reçu pour sa femme la somme de vingt mille cinq cent quarante cinq livres, et la copie de la réquisition ci-dessus rappellée,

"Considérant qu’Antoinette BILLET est créancière privilégiée de la succession de Jean Baptiste DEBERC, que l’abandon de la succession de ce dernier de la part des héritiers appellés par la loi est une preuve qu’elle est insolvable..." le juge décide de nommer comme curateur à cette succession l’avoué au tribunal Gilbert THOYARD. L’inventaire des effets de la succession est décidé.

  • Mme BILET se prénomme Antoinette. Elle épouse Jean Baptiste DEBERC avec un contrat de mariage en date du 13 juillet 1775. Après avoir divorcé, Jean Baptiste décède vers 1793. C’est aux Archives municipales de Lyon que nous allons retrouver ces actes ; et bien d’autres pistes.
  • Tout d’abord, à la date du 17 mai 1793, l’acte de décès de Jean Baptiste DEBERC :

" Aujourd’hui dix-sept May mil sept cent quatre vingt treize, l’an deux de la république française, par devant nous Louis PARANTHON, officier public en la municipalité de Lyon, sont comparut les citoyens Claude DEBERC, mercier rue Tupin, et Michel MARTIN dessinateur rue pouillaillerie St Nizier qui nous ont déclaré que Jean Baptiste DEBERC, demeurant rue Longue, natif de Lyon, âgé de cinquante quatres ans et six mois, divorsé d’Antoinette BILLET, est décédé dans son domicile hier à dix heures du matin ; sur laquelle déclaration nous officier susdit, après nous estre assuré du décé dudit DEBERC, nous l’avons constaté par acte rédigé en la maison commune que les comparant ont signé avec nous, Claude DEBERC. Michel MARTIN - PARENTHON Off. public. "

Jean Baptiste DEBERC est donc né à Lyon début 1739, vu l’âge à son décès. Dans cet acte il est question de " Claude DEBERC, mercier rue Tupin. " Il s’agit certainement du neveu de Jean Baptiste qui prend en commandite son commerce de fabrique.

  • Nous retrouvons également, aux archives municipales, l’acte de mariage de J.B DEBERC et Antoinette BILLET, en date du 18 juillet 1775 :

" Sieur Jean Baptiste DEBERC, négociant à Lyon, fils majeur de Sieur François DEBERC, Bourgeois de Lyon et de Dlle Jeanne Marie THOMAS, défunts de la paroisse de la Platière d’une part ;

Et Dlle Antoinette, fille mineure de défunt Sieur Antoine BILLET, de même négociant, et de Dlle Marie DUPRAS, de la paroisse d’Ainai, dont elle a remise d’autre part ;

proclamés une fois sans empêchement, dispensés des deux autres, de lieu, et de prêtre, ont contractés mariage par paroles de présent et reçus la bénédiction nuptiale du R.P Alexandre DEBERC, Provincial des R.P Récollets de la Province de Lyon, frère de l’époux, dans la chapelle privée de Mrs les prêtres missionnaires de St Joseph de la paroisse de St Rambert, ce dix-huit juillet mil sept cent soixante et quinze ; en présence de Mr Jean JUILLIARD docteur en théologie et curé soussigné de cette paroisse, de Sr Jean Baptiste BILLET négociant et oncle de l’épouse, de Sr Pontus DEBERC, frère de l’époux, de Me Claude FAURE, vicaire de cette paroisse, qui ont certifié les parties libres et domiciliées et ont signés..." (Suivent les signatures).

Le contrat de mariage du 13 juillet 1775 est reçu par MOREAU, Notaire à Lyon. En voici le résumé d’après le document 3E 6615 des archives du Rhône :

* Contrat de Mariage Jean Baptiste DEBERC et Antoinette BILET :

  • Sieur Jean Baptiste DEBERC, négociant à Lyon, demeurant " rue Lanterne, sur la paroisse de Notre Dame de la Platière, fils de deffunt sieur françois DEBERC, Bourgeois de la ville, et de deffunte Dame Jeanne Marie THOMAS , procédant comme majeur et libre..."
  • " Demoiselle Antoinette BILET, fille de deffunt Sieur Antoine BILET, aussi négt (négociant) aud. Lyon, et de vivante Dame Marie DUPRAS... à la compagnie de laquelle elle demeure en cette ville place de la Charité sur la paroisse de St Martin d’Enai."
  • " Dame DUPRAS veuve et héritière universelle testamentaire dud. Sieur Antoine BILET, et en qualité de tutrice de la ditte de melle sa fille... a constitué en dot pour les droits à elle appartenant dans l’hérédité de sieur son père, et sa portion dans (l’héritage) de Nicolas BILET son frère décédé en pupilarité la somme de quarante cinq mille livres..."

A savoir :

  • 30 000 livres léguées par son père " dans son testament du quatre décembre mil sept cent soixante trois (4 décembre 1763) devant Me CHAMPALLE notaire à Lyon"
  • 15 000 livres pour la succession de Nicolas BILET, son frère décédé.
    DEBERC Jean Baptiste " reconnaît avoir reçu ce jourd’hui ces sommes en valeur de trois promesses des deux hôpitaux de cette ville ", l’une du 4 avril 1764, du 6 janvier 1765, et du 3 octobre 1764...
    " Fait et passé dans la maison de campagne de la Dame Veuve BILET située au bourg et paroisse de Saint Rambert Lisle Barbe près Lyon....ce jourd’hui treizième jour du mois de Juillet mil sept cent soixante et quinze (13 juillet 1775) après midy "
  • Enfin, l’acte de décès de Marie DUPRA, la mère d’Antoinette BILLET :

" Dlle Marie DUPRA, veuve du Sieur Antoine BILLET, négociant à Lyon, âgée d’environ cinquante deux ans, décédée hier dans sa maison sise au bourg de Saint Rambert, a été inhumée dans l’église parroissiale dudit lieu par moi Docteur en théologie et curé soussigné, ce vingt décembre mil sept cent quatre vingt-trois (20 décembre 1783). En présence de Mrs Pierre Edouard RICHARD, curé de St Didier ; Jean-Joseph JULLIARD. Antoine DUPUI prêtres missionnaires de St Joseph qui ont signé..." (Suivent les signatures)

Ainsi nous pouvons établir le tableau suivant :

1/ Sieur Antoine BILLET, déjà décédé en 1731 épouse en ? Dlle Marie DUPRA, née à Ainay vers 1731 ? décédée à Saint Rambert le 19 décembre 1783.

* De cette union une fille :
Antoinette BILLET, née vers 1760 (un frère Jean Baptiste)

2/ François DEBERC, négociant Paroisse de la Platière, décédé avant 1775, épouse en ? Jeanne Marie THOMAS, décédée avant 1775

* De cette union :

1) Jean Baptiste né en décembre 1738 ? marié le 18 juillet 1775 avec Antoinette BILLET à Saint Rambert Ile Barbe. Décédé le 16 mai 1793 à Lyon.

2) Alexandre, provincial des Récollets (le frère moine cité dans la lettre)

3) Laurent (cité dans 36 L 126)

4) Ponthus marié avec X ? : Claude DEBERC, neveu de Jean Baptiste DEBERC et mercier rue Tupin, puis rue de l’Arbre Sec.

5) Catherine (citée avec Laurent dans 36 L 126)
Il est question dans la lettre de 1788 de cette soeur célibataire. Elle décède à Lyon le 20 ventose an II (10 mars 1794) à 65 ans. Elle naît vers 1729.

6) Jean Claude. Il décède le 2e jour complémentaire de l’an VIII (19 septembre 1800) âgé de 76 ans ; " au domicile du citoyen GONELLE, médecin, susdite rue du Bat d’Argent". Il est dit " ex-religieux" demeurant au 29 de la rue. Il naît vers 1724.

7) Un Jacques DEBERC, 53 ans " orphèvre rue Gadagne, laissant pour veuve Claudine DUFFAUD" décède le 27 brumaire an IV (18 novembre 1795). Il naît vers 1742.

Des recherches dans les paroissiaux de la paroisse de la Platière, entre 1740 et 1750 pour retrouver les dates de naissances des enfants DEBERC ont été vaines.

De l’union BILET-DEBERC célébrée en 1775 naissent deux enfants :

* Marie, le 2 avril 1777 (Paroisse Saint Nizier) dont le parrain est Ponthus DEBERC, négociant (frère de Jean-Baptiste) et la marraine " Delle Marie DUPRAT, veuve du Sieur Antoine BILLET" - la grand-mère maternelle de l’enfant.
* Catherine Sophie, le 9 décembre 1778 (Paroisse Saint Nizier). Son parrain est Ponthus DEBERC, sa marraine Catherine DEBERC ; son oncle et sa tante.

Il ne semble pas avoir d’autres naissances au cours des années suivantes.

Le couple se déchire vite, et les premières conséquences en sont le procès et le jugement de la sénéchaussée de Lyon de Mars 1784. Puis vient le divorce (après 1788 ?).

De quelle fille est-il question dans la lettre à Marie-Thérèse HEIMBROCK ? Marie ou Catherine ?

Il semble ; à bien lire les doléances d’Antoinette BILLET ; qu’une seule enfant soit de ce monde en 1788. Aucune mention de l’autre... Cette fille, séquestrée puis condamnée au couvent par son père, va avoir 10 ans. Ce serait Catherine, né en décembre, qui fêtera effectivement son anniversaire dans 3 mois, jour pour jour lorsque sa mère écrit à la Baronne.

De cette enfant on ignore le devenir après 1788, et le décès de son père 5 ans plus tard.

Que devient aussi Antoinette BILLET-DEBERC ? Des recherches dans les registres d’Etat-civil de St Rambert et de Lyon se sont avérées négatives.

Née vers 1760, puisque mariée à 14 ans 1/2 en 1775, a-t-elle survécu à ses malheurs ? A-t-elle recommencé une autre existence, un nouveau couple ?

Les documents sont muets sur son destin.

Notes

[1Ce couvent devait être sur la colline de la Croix Rousse. Georges Rapin, dans "La Croix Rousse à travers l’histoire", dit qu’à l’est de l’Ecole Normale de filles "Claude Neyret éleva le chateau de Bellevue...Les Annonciades de Saint Amour s’installèrent sur le domaine en 1659,et furent remplacées peu après par l’oeuvre du Bon Pasteur. Cette association créee par des femmes laïques pour recueillir les filles repenties devint en 1700 une communauté religieuse et servit de maison de correction pour filles"

[2Paraphernal (du grec parapherna « à côté de la dot »)
Adjectif utilisé autrefois au sujet de la dot de mariage pour désigner la partie des biens personnels de la femme qui étaient laissés à sa jouissance et à son administration par opposition aux autres biens faisant partie de la dot qu’administrait le mari .
François LEBRUN dans « La vie conjugale sous l’Ancien Régime » (Collection U Armand Colin) explique : « Dans la France du Midi, triomphe le régime dotal de type romain. La dot est apportée obligatoirement au mari par la femme qui la reçoit de ses parents en avancement d’hoirie ; les biens des époux sont placés sous le régime de la communauté totale et sont gérés par le mari. Toutefois, la dot, qui sert à l’entretien de la femme, est inaliénable et doit être restituée en cas de décès du mari, et, surtout, les biens propres, que l’épouse peut posséder à côté de sa dot et dits de ce fait paraphernaux, sont gérés par elle librement.
.../... Droit coutumier et droit écrit se retrouvent dans l’affirmation de la toute puissance du mari, seigneur et maître des biens du ménage, mais alors que, dans le Nord, le droit, prisonnier d’une conception très collective et autoritaire de la famille, se contente d’assurer prudemment quelques garanties à l’épouse, dans la France du Midi, plus attachée aux droits de l’individu, le régime dotal, sans mettre en cause la suprématie maritale, assure à la femme, grâce notamment à la gestion des paraphernaux, une relative indépendance »

[3Terrible phrase que celle où cette femme évoque la possibilité pour son mari de la faire enfermer dans un couvent à partir d’une simple lettre de cachet !!!
Et que dire de la suite : " Un mari a-t-il donc le droit de faire des injustices sans autorité. " Eloquent !!! Il y aurait des choses à dire sur la subordination des épouses. Pour tous ces sujets le livre cité de F. Lebrun apporte bien des explications.

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