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La danse (20e épisode)

Le lundi 1er décembre 2003, par Josiane Laurençon-Kuprys

Ha ! Mon dieu c’est à moi... j’ai les jambes en coton, la gorge sèche.

Mais qu’est ce que je fais là ?

J’ai envie de pleurer, j’ai mal au ventre...

Oh ! La, la... VAS-Y !

Les filles me poussent, il n’y a rien à faire, il faut y aller.
Et je me sens entrer en scène.

Tout de suite je suis prise en chasse par le faisceau mouchard.

Alors je me sens sourire, prendre de l’aplomb et le miracle continue au fur et à mesure que j’avance vers l’avant-scène, pour me présenter et faire mon salut au jury.

Mon cœur bat à se rompre. J’essaie en vain d’avaler une salive inexistante.

Enfin placée au milieu de la scène, je jette un coup d’œil du côté de la pianiste qui attend mon signal pour attaquer la musique.

Les notes s’envolent et viennent me souffler à l’oreille, les pas que je dois exécuter. Elles me portent, me bercent et mes jambes se raffermissent, mon trac s’estompe.

J’essaie d’oublier le jury pour ne plus penser qu’à la danse.

Entrechats, pas de basque, tours, déboulés et manège se succèdent, pour finir par les fameux fouettés que nous redoutions toutes, particulièrement.

Il ne faut pas croire que nous étions récompensées par les bravos. Non ! nous sortions comme nous étions entrées, dans un silence froid et la lampe se rallumait après notre salut à l’auditoire. Ensuite le jury délibérait.

Lorsque nous arrivions dans les coulisses, nos amies nous sautaient au cou :

Bravo, c’était très bien !
Je suis sûre que tu auras une bonne note.

D’autres préféraient nous adresser des critiques ou nous lancer des regards "en chien de faïence", qui en disaient tout aussi long qu’un verdict de mise à mort.

Enfin après toutes ces épreuves, nous nous retrouvions dans les loges, heureuses d’en avoir fini, mais encore tendues par l’attente des résultats, qui devaient être affichés le soir même au tableau de service.

Nos mères nous attendaient avec anxiété sous le péristyle et nous interrogeaient du regard, lorsque nous sortions. Quelques filles pleuraient déjà, ayant raté leur variation, et d’autres se réjouissaient, pensant avoir réussi.

Maman m’emmenait boire quelquechose et je lui racontais en détail tout ce qui c’était passé.

Quelques heures plus tard nous nous retrouvions dans la confusion générale, devant les listes accrochées.

Mon cœur se serre, j’ai très peur.

Quelle bousculade, on se presse, se piétine jusqu’au tableau.

Cris de joie, pleurs, grincements de dents et protestations se succèdent. Des mères crient à l’indignation, au favoritisme, à l’injustice...

On se saute dans les bras pour celles qui passent. Ma copine Babette se faufile devant la liste, constate sa propre réussite et me crie :

Tu passe avec 5/5.
Maman, j’ai réussi.
Bravo, bravo !

Et nous tombons dans les bras l’une de l’autre.

Les galas de danse se préparaient trois mois à l’avance.

L’heure de la distribution des rôles et des places dans les ballets, était aussi à l’origine de nombreuses crises de jalousie et j’ai été souvent, l’objet de multiples bassesses ou mots désagréables.

Quand, après des répétitions aussi nombreuses qu’acharnées, le grand jour arrivait, Maman, Grand-père et mon petit frère venaient me voir danser, à l’Opéra.

Ma marraine est venue quelquefois et mon père... une seule fois.

Pépé pleurait chaque fois en m’embrassant. Je crois qu’il était très fier.

Que de souvenirs émouvants, l’Opéra m’a offert !

Toutes les années de mon enfance se sont cristallisées dans cet univers clos.

Combien de jours, de dimanches et jours fériés, avons-nous passé, enfermées dans les loges ou courant dans les immenses couloirs, comme des petites souris, d’où le nom de "petits rats" ?

Nous montions au studio, toujours sous les combles, pour les cours, descendions sur scène pour les répétitions, remontions sous les toits, vers les costumiers ou au 3e étage, chez Monsieur Peticolin le perruquier...

Monter, descendre, remonter l’escalier et courir dans les corridors, telle était la vie à l’Opéra.

D’ailleurs, pendant les longues heures d’attente, précédant l’ordre lancé à l’interphone, de descendre en scène, que de chimères avons-nous bâties, et que de parties de cache-cache ou autres jeux défendus, avons-nous organisés, dans ce monde étrange de l’enfance.

Nous montions jusqu’au poulailler, nous cacher dans les cintres. Ce qui était strictement interdit, car très dangereux, la machinerie étant à plus de 20 mètres au-dessus du plateau.

J’ai lu " l’âge heureux ", l’ouvrage d’Odette Joyeux, et ce qu’elle raconte est, à peu de choses près, ce que j’ai vécu moi-même.

A cette époque, j’étais une petite fille longue et maigrichonne, avec un visage anguleux et assez ingrat, à mon goût. J’étais loin d’être souple, mais grâce à mon métier je me suis améliorée. Mes jambes, et mes longs bras maigres dont je ne savais que faire, prirent, doucement de plus jolies formes.

Au fil des années, mon corps s’est donc développé et modelé harmonieusement, et vers 13 ans, je dois avouer que j’avais déjà pas mal de succès auprès des hommes.

Je dois à la danse, de n’être pas restée le "fifrelot" que j’étais, et je l’en remercie. Grâce à elle, j’ai appris à avoir de l’allure et du maintien, et je ne saurais que trop recommander aux mamans d’inscrire leurs enfants à un cours de danse.

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3 Messages

  • La danse (20e épisode) 18 février 2020 09:58, par Mike MORICE

    Salut,

    Pour comprendre ce "silence", il faut savoir que c’est moi qui ai publié les souvenirs de jeunesse de Josiane avec son accord (Josiane est ma cousine préférée).

    Mais depuis la date de cette publication, Josiane n’a rapidement plus eu d’accès à Internet et il était hors de question d’indiquer ici son n° de téléphone ...

    Elle vient de m’autoriser à indiquer son adresse postale pour celles (ceux) qui voudraient la joindre, ce qui lui ferait très grand plaisir ; donc voici :

    Mme J. KUPRYS
    55 ? PLACE DES Pins - lot St-Martin
    83570 CARCES, Var

    (elle est d’une santé acceptable pour ses 76 ans, ma cadette de 12 ans)

    Répondre à ce message

  • La danse 28 mars 2010 20:05, par André Vessot

    Bonjour Josiane,

    Nous avions été en contact suite à votre article sur la petite Suisse, qui a constitué un déclic pour à mon tour écrire sur le site "Histoire-Généalogie".

    Mais aujourd’hui c’est bien sur cet article "La danse", que j’ai eu plaisir à relire, sur lequel j’interviens. Je rejoins l’autre message du forum, mais je ne saurais le dire aussi bien. Ma fille a fait, et sa fille maintenant fait de la danse, et c’est toujours un plaisir pour moi que d’assister au gala de danse annuel. J’ai aussi une petite nièce qui a commencé cette année une classe de "danse-étude" à Lausanne en Suisse ; elle a vraiment trouvé là sa voie.

    Merci Josiane de nous avoir fait partager ce témoignage.

    Amitiés.

    André VESSOT

    Répondre à ce message

  • La danse 28 mars 2010 15:26, par julie

    Bonjour Josy,

    J’ignore si tu te rappelles de moi : la petite Julie, élève dès 1988 dans ton cours de danse du quai Gailleton, la grande soeur de "ta Charlotte aux fraises"...
    Je crois que tu as quitté Lyon et n’ai pas d’autres moyens de te recontacter. Les années ont passé, mais tu fais partie de tous mes beaux souvenirs d’enfance. J’aimerais beaucoup échanger avec toi quant à mes projets ayant trait à l’enseignement, aux enfants et à la danse, tes domaines d’excellence...
    Aussi, si tu en as l’envie, tu peux me joindre à l’adresse mail suivante : ju_pracros chez hotmail.com
    A très bientôt je l’espère
    Avec toute mon affection,
    Julie

    Répondre à ce message

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