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Le mariage de Maguy (12e épisode)

3 Août 1957

Le samedi 1er février 2003, par Josiane Laurençon-Kuprys

Ce fut un jour mémorable, avec tout le faste et le cérémonial que seules, nos jolies noces de campagne savent déployer.

Le Pépé et la Mémé Machot préparaient depuis longtemps le repas de noces. Les victuailles prévues pour ce jour remplissaient garde-manger, frigo, cave et grenier.

Deux jours avant, on voyait encore courir poulets, lapins et autres bestiaux, désignés pour être immolés en cette occasion.

Comme nous étions nombreux, les Machot, en prévision d’un orage, avaient rallongé l’ancien cellier où se tenait le vieux pressoir. Ils avaient fait une avancée avec des moellons pour la toiture et avaient même poussé la coquetterie jusqu’à tapisser les murs. Tout l’ensemble était décoré de guirlandes et de cotillons, ce qui était à mon goût du plus bel effet.

Cette rallonge existe toujours aujourd’hui. Elle sert maintenant de garage à tracteur et à vélos.

Suzon m’avait fait une ravissante robe longue, bleue turquoise, cintrée à la taille et évasée jusqu’en bas. Un joli nœud lové à la naissance de la poitrine, dont les rubans retombaient en cascade sur le devant de la robe, ajoutait à l’ensemble, une petite note d’élégance.

J’étais demoiselle d’honneur, ce dont je n’étais pas peu fière et j’avais pour cavalier le plus jeune frère de Pierrot, le marié. Je le trouvais fort beau garçon. Par chance, il était plus grand que moi et nous formions un joli couple aux dires de tout le monde.

Comme nous faisions partie du cortège, nous avions rendez-vous chez Mémé et j’eus ainsi le grand privilège de voir Maguy s’habiller en mariée, alors que personne n’avait eu le droit de voir sa toilette.

Cela me fit un coup au cœur de la voir dans sa jolie robe blanche entièrement incrustée de dentelle et sur sa tête, le diadème retenant son voile. Je commençais à réaliser que je perdais ma grande sœur et que nos jeux ne seraient plus jamais les mêmes. Mais ce jour là, Maguy radieuse, tout à son bonheur et à son amour, ne s’apercevait pas de ma tristesse. Le mariage n’est-il pas le plus beau jour de la vie d’une jeune fille en fleurs ?

Tout le monde était fin prêt. Maguy descendait émue les marches de sa chambre, et moi je lui tenais sa robe.

Après beaucoup d’effervescence, le cortège s’ébranla lentement, comme pour faire plus cérémonieux. Les enfants marchaient devant, suivis du Pépé Machot, fier comme Artaban au bras de la mariée. Puis venaient dans l’ordre, la maman, les frères et sœurs, les cousins et cousines, et tous les invités. Mon grand-père était vêtu de son beau costume gris et toute la famille arborait, pour l’occasion, ses plus beaux affûtiaux.

*****

Nous montons le chemin et empruntons la route lumineuse. Nous défilons dans tout Curis. Les villageois se sont entassés le long du parcours pour applaudir ou crier :

Vive la mariée !

Nous arrivons à la mairie où les jeunes mariés doivent s’unir devant Dieu et les hommes pou l’éternité. Le maire, Monsieur Botton, félicite les jeunes mariés, lit le code civil et après quelques photos nous nous dirigeons vers l’église. 

La chaleur, ajoutée à l’émotion contenue depuis le matin, commença à me tourmenter et, prise de vertige et de mal au cœur il fallut que je sorte. C’est donc assise sur le banc de pierre entourant l’énorme tronc de l’immense tilleul, gardien de l’église, que j’attendais d’aller mieux. 

Ce tilleul, avait été planté par Sully en personne, et Grand-père tout petit se reposait déjà sur ses racines tordues par l’âge, qui ressortaient en énorme carapace comme quelque bête préhistorique.

L’arbre immense et majestueux imposait le respect. Combien a-t’il vu de générations se reposer à l’ombre séculaire de ses branches ? Combien d’amours se sont-ils déclarés, abrités par ses ramures ? Sur combien de rendez-vous discrets, à la lune, a-t’il veillé... à commencer par Grand-père et la fille des voisins ? Tout gamin qu’il était, il s’avéra plutôt précoce pour son âge... 

Mais voilà que je m’égare. Revenons à nos moutons ou plutôt à notre noce... 

Maman était déjà sortie me faire de l’air avec son mouchoir imbibé d’eau de Cologne, lorsque mon cavalier vint aux renseignements, accompagné d’un jeune homme blond que je n’avais pas encore remarqué. 

Voici mon autre frère, il s’appelle Guy. Il a 23 ans ! 

C’est ainsi qu’en 5 minutes je sus que le Guy en question était militaire en Algérie et qu’il avait eu une permission spéciale pour le mariage de son frère. Ce jeune homme était plein de sollicitude pour moi et comme mon étourdissement s’était estompé, c’est accompagnée de deux cavaliers que je rentrais dans l’église où d’ailleurs la cérémonie tirait à sa fin.

Tous rassemblés sur le parvis et joyeux, les cloches sonnant à toutes volées, nous jetions des sous et des dragées aux gosses qui les attrapaient à la volée. Photos, souvenirs, émotion, tout y était...

Ce fut alors l’heure de prendre l’apéritif au café du village où tous les copains étaient invités. Puis nous sommes rentrés à la maison pour le festin, où une surprise attendait les mariés. Quelques-uns de leurs amis avaient, en effet, décoré le portail et l’entrée pendant l’office. Tout était plein de fleurs et de mots gentils accrochés à la hâte jusqu’à la table nuptiale. 

A ce stade, il serait trop long de décrire tous les plats qui se succédaient. D’ailleurs, je ne m’en souviens plus très bien, mais ce que je garde en mémoire, c’est qu’à la vue du défilé des desserts, mon estomac refusait toute intrusion. C’est donc avec beaucoup de dépit que je vis passer devant mon nez, glaces, vacherin, gâteaux et pièce montée, sans pouvoir hélas, y toucher, si ce n’est avec les yeux... le cœur me remontant jusqu’aux lèvres. Et bien que chaque plat soit entrecoupé de chansons ou de bonnes histoires racontées tour à tour par les convives, rien n’y fit.

Grand-père avait préparé les contes de la mère Cottivet : figure lyonnaise datant de l’époque des Canuts.

Grand-père, affublé d’une perruque et d’une paire de lorgnons, savait imiter à merveille, avec l’accent lyonnais, ce personnage de légendes des pentes croix-roussiennes. Tout y était. Quel comédien ce Pépé !
Il nous raconta aussi « les Matefaims » (comptines en patois lyonnais) et le déménagement de Guignol, avec « sa Qu’nelle » au fond du pot de chambre.
Que de rires éclataient, traduisant notre joie de vivre. On trinqua aux mariés : 

Ami Tatane, ami Tatane prend ton verre... et glou et glou et glou, glou, glou...

Il est des nô... ôôôtres. Il a bu son verre comme les au... autres. 
Moi j’ai chanté Bambino en roulant les rr. Comme Dalida !

Le soir vint, nous trouvant à point, remplis de vapeurs de toutes sortes.
Et nous fîmes place à la musique et à la danse. Mon jeune cavalier me serrait un peu fort. Il faisait chaud et le champagne n’était pas seul à m’enivrer. Guy qui m’avait regardée toute la journée, tournait autour de moi ne sachant pas comment se débarrasser de son jeune frère. Je ne cache pas que le jeu m’amusait et je fis un peu ma coquette.

Puis les garçons allumèrent les feux de Bingale. Que c’était joli, les pétards et le feux d’artifice.

Mais Guy se brûla et je l’emmenais vite à la cuisine pour le soigner. Ravi de cet incident, il me prit les mains et les porta à ses lèvres. Je devins rouge de confusion, et un indéfinissable petit quelque chose monta en moi.

Puis les autres vinrent nous chercher pour repartir dans un tourbillon endiablé et dans mes jolies boucles, il ne resta que 2 ou 3 petites fleurs séchées, encore accrochées aux barrettes.

Je ne sais plus à quelle heure de la nuit les mariés sont partis. On a tout fait pour les retarder, mais un de leur copain les a aidé à fuir pour qu’ils aillent s’aimer. Je crois bien qu’il s’agissait de Gaby Pelletier.

La fête ne s’est pas arrêtée pour autant et sur le coup de 6 heures du matin nous avons mangé la gratinée. Guy très occupé à me faire la cour, ne voyait pas l’aube se lever. Il était doux, timide, et pressant. Il avait 23 ans, moi 13. C’était la première fois que je flirtais avec un garçon aussi vieux et cela flattait mon orgueil de petite bonne femme.
L’ambiance aidant, je me laissais faire. C’était si agréable de m’entendre dire que j’étais jolie, moi qui n’en étais pas convaincue.

Puis il a fallu préparer le pot de chambre de la mariée. En voici la recette :

Prendre un grand pot de chambre en porcelaine blanche, décoré si possible. Mettre trois ou quatre verres de bon vin blanc ou de champagne en y ajoutant du bon chocolat chaud fondant et quelques beaux biscuits à la cuillère, trempés dedans. Puis, pour finir le décor, coller minutieusement quelques papiers de soie tout autour. Ainsi fait, porter le tout en grande pompe, aux jeunes mariés découverts dans leur retraite. Et servir en guise de petit déjeuner. 

Puis la fête tirant à sa fin, puisque hélas tout a une fin, je partis le lendemain même pour la Touraine avec mon frère, rejoindre mon père en vacances. Je quittais donc à regret, Guy qui repartait pour l’Algérie, mais non sans lui avoir promis d’être « sa marraine », avec la permission de ma mère. 

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