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Les époux Tiffagnon durant la guerre de 1870-1871

Le vécu dans les zones traversées par les troupes allemandes.

Le vendredi 19 février 2021, par Gewa Thoquet

En dehors des zones de combats lors de la guerre 1870-1871, les habitants des zones françaises, où les soldats allemands sont « seulement » passés, ont eux aussi beaucoup souffert.
Un brouillon de lettre de l’instituteur Charles Philippe Eugène Tiffagnon, en poste entre le 3 novembre 1864 et le premier novembre 1871 à Saclas, en est un exemple saisissant.

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Carte d’une partie des opérations de la guerre entre Paris et Tours, 1870-1871
dessinée par le Major von der Lochau, 1895

Saclas est niché le long de la Juine à 10 km au Sud d’Etampes dans l’ancien département de la Seine-et-Oise.
Charles Tiffagnon, 37 ans, s’y trouve mentionné en 1866 lors du recensement de Saclas, avec sa femme Honorine Heurteur, institutrice en disponibilité, 35 ans, et leurs enfants Marie Ursule Emilie, 10 ans, ainsi que George Henri Marius. Celui-ci est né le 21 juin 1864 à Septeuil, où son père était instituteur depuis 1862.
La famille reste seulement pendant deux ans, de 1862 et 1864, dans cette localité. Cependant, pendant ce court temps, il a pu fonder un orphéon d’adultes et de jeunes gens [1].

Sa prochaine affectation sera le village de Saclas, où il restera sept ans avant de partir pour une seule année comme instituteur à Montalet-le-Bois [2]. Il n’est pas étonnant que Charles Tiffagnon n’y enseigne qu’une année si on sait que ce village n’a qu’environ 180 habitants contre 740 à Saclas à la même époque.

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Signature de Charles Tiffagnon
Acte de naissance de sa fille Caroline Estelle Isabelle
le 12 septembre 1867 à Saclas

La famille Tiffagnon, qui s’agrandit d’un troisième enfant en 1867 avec la naissance de leur fille Caroline, vit donc pendant la guerre franco-allemande à Saclas, où le couple s’est pleinement investi pendant ce temps douloureux pour la population française.

Un brouillon de lettre [3] rédigé par l’instituteur, et ceci probablement après la guerre, à une date et à une personne inconnues, décrit parfaitement ce que vécurent les habitants de Saclas durant la guerre franco-allemande.

Début du brouillon de Charles Tiffagnon

Je ne me suis jamais de ma vie mêlé d’élections. J’ai toujours eu le bon esprit de me tenir à l’écart de ces luttes et je m’en suis toujours bien trouvé. Ce n’est donc pas aujourd’hui que je vais commencer.
Je ne me suis uni en quoi que ce soit avec personnes, j’ai gardé mon opinion pour moi et ne l’ai communiqué à qui que ce soit.
Si je me suis aliéné l’esprit de deux ou trois personnes riches par conséquent influentes, cela ne vient donc pas de là, ceci n’était qu’un prétexte ; il y a des personnes qui veulent toujours avoir le dessus ; non contentes d’avoir la fortune, les honneurs, elles ne souffrent pas aisément que les faibles et les petits les surpassent en générosité, en grandeur d’âme, en désintéressement, c’est ce qui arrive.

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Extrait du brouillon de la lettre de Charles Tiffagnon

« ... Quand les Prussiens occupaient nos pays que dans certaines maisons, ils maltraitaient les habitants, les chassaient de chez eux ou exigeaient qu’on leur donnât ce qu’ils ne possédait pas, qui allait-on chercher pour obtenir la paix, la tranquillité..? le maire ? non ; il avait trop affaire [sic], on venait chercher l’Instituteur, sa femme [Louise Antoinette Honorine Heurteur] y allait et obtenait, par sa fermeté, son courage, que les choses se passassent plus convenablement ?
Quand des prisonniers français au nombre de plus de 80 ont passé par Saclas, s’étant évadés d’Etampes, c’était chez l’instituteur qu’ils venaient, c’était lui et sa femme qui s’occupaient de leur trouver un logement dans le village, bien accueilli dans des maisons, rebuté dans d’autres.
En outre, par le vent et dans la neige jusqu’aux genoux, pendant 8 jours la femme de l’Instituteur a couru de village en village frappant à toutes les portes et quêtant des vêtements pour nos pauvres prisonniers afin de les déguiser pour pouvoir se sauver ; c’est ainsi que nous avons envoyé à Etampes plus de 50 vêtements complets.
En outre ma femme a fait évader au péril de sa vie, de l’hospice d’Etampes, un Capitaine d’Infanterie au nom de Mattei et un lieutenant de francs-tireurs, le nommé [blanc] qui, un jour plus tard, partaient pour la Prusse, si toutefois on ne les avait pas fusillés ainsi qu’ils l’ont pensé et nous l’ont dit parce que le lieutenant avait pris en parlementaire.

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« La plupart pris et fusillés séance tenante »
Illustration tirée du livre « Souvenirs d’un prisonnier de guerre en Allemagne, 1870-1871 » par Désiré Louis (consultable sur Gallica).

Ils sont arrivés chez nous vers 1 heure du matin et le lendemain, grâce à ma femme, ils étaient à 12 lieues [53 km] d’Etampes ; il a fallu quêter une voiture pour les conduire, le capitaine avait reçu 9 balles dans les membres.
Il y aurait encore beaucoup à raconter là-dessus, mais j’ai honte de me louer moi-même.... ».

Pour nous, 150 ans après les faits, pour appréhender mieux la vie lors de la guerre 1870-1871, n’aurions nous pas aimé que Charles Tiffagnon nous en raconte plus sur les épreuves que les Saclasiens avaient à surmonter ?

Visitez mon site « Les chemins du passé » à l’adresse : www.lescheminsdupasse.fr

[1Monographie communale de l’instituteur Septeuil, par Charles Simon, 22.09.1899, Septeuil se trouve dans l’actuel département des Yvelines.

[2Monographie communale de l’instituteur Montalet-le-Bois, par Placide Masse, 02.09.1899, Montalet-le-Bois est dans l’actuel département des Yvelines.

[3Archives municipales de Saclas

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9 Messages

  • Les époux Tiffagnon durant la guerre de 1870-1871 19 février 08:46, par martine hautot

    Un de ces instituteurs et institutrices ! qui ont fait plus que leur devoir .Mais où avez-vous trouvé ce courrier ?
    Martine

    Répondre à ce message

  • Les époux Tiffagnon durant la guerre de 1870-1871 19 février 10:21, par Gewa Thoquet

    Bonjour Martine,
    toujours à votre poste dès potron-minet. Merci. Comme indiqué en 3 dans les notes de fin de page, j’ai trouvé le brouillon aux archives municipales de Saclas. Bonne continuation,
    Gewa

    Répondre à ce message

  • Les époux Tiffagnon durant la guerre de 1870-1871 19 février 15:22, par Colette Boulard

    Quelle curieuse rencontre, un brouillon de lettre, personnelle à priori, dans des archives communales !Merci à la commune de ne pas l’avoir détruit, ce brouillon, et à vous, Gewa, de l’avoir mis au jour.
    Je note ce déguisement fourni par les habitants ; j’ai lu des situations semblables, à la même époque et dans un contexte similaire.

    Répondre à ce message

  • Les époux Tiffagnon durant la guerre de 1870-1871 20 février 09:25, par Colette Boulard

    Bonjour Gewa

    Puis-je vous demander où vous avez trouvé cette carte signée Von der Lochau 1895 ? Elle m’intéresse. Merci à vous,

    bon week-end

    Répondre à ce message

    • Les époux Tiffagnon durant la guerre de 1870-1871 20 février 10:51, par Gewa Thoquet

      Bonjour Colette,
      cette carte est tirée du livre : Der Krieg gegen Frankreich, 1870-714 de Th. Lindner, 1895, livre que j’ai dans ma bibliothèque. Il y a 5 cartes sur le déroulé de la guerre. S’il y a une partie de la France qui vous intéresse particulièrement, dites le moi. J’y regarderai. Concernant la carte que j’ai ajouté à mon article, je peux vous l’envoyer par courriel. Vous avez mon adresse courriel pour me contacter.
      Bon week-end, Gewa

      Répondre à ce message

  • Les époux Tiffagnon durant la guerre de 1870-1871 22 février 16:50, par Jean-Claude JEANSON

    Bonjour,
    Les TIFFAGNON ont été présents à Maisons-Laffitte à partir de 1603 (mariage) jusqu’à la fin du 19° siècle. Une partie de la famille s’est installée à St Germain en Laye vers 1800 d’où Charles instituteur.
    Un TIFFAGNON a été maire de Maisons-Laffitte. Il a rédigé une « Notice historique du village de Maisons » dont le seul exemplaire serait à la bibliothèque de la Ville de Paris.

    Je n’ai que peu de TIFFAGNON dans mes ascendants (8).

    Répondre à ce message

  • Bonjour,

    Cette guerre de 1870 est finalement bien peu connue en France, sans-doute parce que c’était une défaite et aussi parce que personne de vivant aujourd’hui n’en a connu personnellement le moindre protagoniste.
    Tous les textes, témoignages, aventures, etc..., la concernant sont donc bienvenus. Les monuments-aux-morts sont certes une « invention » républicaine à la suite de la guerre de 14/18 (la der des ders), mais certaines communes avaient déjà honoré leurs soldats morts durant cette guerre de 1870, auparavant et d’autres les ont recensés et honorés depuis. Je pourrais citer Soudan (44) et Ballée (53), entre autres. Si cela pouvait se généraliser, ce serait formidable, car toutes les informations utiles sont disponibles.

    Et pour en revenir à cet instituteur Mr Tiffagnon, on a noté ses préventions en matière politique et même temps qu’il révèle sa préférence, peut-être pas si ingénument.Mais il est vrai qu’il ne s’agissait que d’un brouillon, donc on ne sait pas la teneur du texte final.

    Cette histoire m’en rappelle une autre : celle de mon instituteur à l’école primaire qui n’était qu’un enfant de 8 ans vers 1942/1944 et qui allait dans la forêt un jour sur deux pour porter du pain aux réfractaires à l’occupant qui les traquait et les aurait tués en cas de capture. Il était insoupçonnable, responsabilisé, volontaire et courageux.
    Quand on a soi-même 8 ans, un instituteur de cette sorte, pour lequel la « leçon de morale » était l’un des cours les plus importants, on l’a (quelque part) pour la vie....

    Bien à vous et cordialement.

    Répondre à ce message

    • Les époux Tiffagnon durant la guerre de 1870-1871 24 février 11:57, par Gewa Thoquet

      Bonjour M. Orson,
      merci pour votre intervention. Sur Wikepedia on peut lire : « Les monuments aux morts de la guerre de 1870 constituent les premiers exemples français de monuments rendant hommage aux Morts pour la Patrie citant à égalité les hommes de troupe et les officiers. Les premiers furent élevés dès les années 1870 pour commémorer les victimes françaises de cette guerre. » et la Liste des monuments commémoratifs et lieux de mémoire (1870-1871) y sont donnés. À vrai dire, je n’ai pas « vérifié » si Soudan et Ballé s’y trouvent.
      Bonne journée, Gewa

      Répondre à ce message

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