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Les propos d’un curé de campagne (1er partie)

répertoriés dans les 50 années précédant la Révolution

Le jeudi 5 juin 2014, par René Albert

Un mien cousin lointain eut la charge des âmes de la commune de Vaux-sur-Vienne, proche de Chatellerault, pendant près de cinquante années et, en plusieurs occasions, il relatera, en fin d’année, sur les registres paroissiaux, des faits plus ou moins importants, mais toujours intéressants pour nous qui nous efforçons de rechercher la vie et les mœurs de nos ancêtres.

Ces faits sont à classer en quatre catégories :

  • les faits divers locaux.
  • les problèmes relatifs à la gestion de la paroisse de Vaux-sur-Vienne.
  • des problèmes relatifs à des paroisses du voisinage.
  • des faits historiques concernant les relations entre la papauté et les souverains européens. Les papes concernés sont Clément XIII et Clément XIV.

Ce cousin, qui décédera en 1789, à l’âge d’environ quatre-vingt ans, s’appelait Mathieu Joseph Boucard. Il était né en la paroisse de Migne-Auxances (Vienne) vers 1710 mais, malheureusement, les registres de ladite année n’ont pas été retrouvés. Seul justificatif, son acte de décès où onze prêtres des paroisses d’alentour mentionneront ces détails.

Nous proposons aux lecteurs de la Gazette du vendredi de décomposer ces écrits en trois épisodes, donc sur trois semaines.

En premier lieu nous relaterons les faits divers, teintés d’une pointe d’humour, et la vie de la paroisse de Vaux-sur-Vienne, où nous verrons que les paroissiens pouvaient se montrer vindicatifs.

La semaine suivante, nous vous relaterons les démêlées de deux prêtres, de paroisses voisines, avec la justice. En ce temps-là, un prêtre pouvait être jugé pour des faits qui, de nos jours, prêteraient plutôt à sarcasmes.

Enfin, en troisième semaine, nous rapporterons les écrits de notre curé sur des faits historiques qui sont concrétisés par la transcription de courriers entre le pape Clément XIII et les grands rois européens, ainsi que des commentaires sur l’éviction des Jésuites et la mort du pape Clément XIV qui en suivra. Séquence « gore » concernant ce dernier.

Les faits divers

En 1768, Mathieu Joseph Boucard nous relate les circonstances d’un grave accident :

« Louis Archambault, mari de Magdeleine Victe et Pierre Vihaume, veuf de …… Chevalle se sont noyés au port de VAUX avec René Boulaine , le 18 décembre de la présente année. On n’a pas trouvé leur corps, il ni (n’y) a que celui dudit Boulaine qu’on a trouvé et qui fut enterré, comme il parait par l’acte d’autre part. (signé Boucard, curé de Vaux) »

Il ajoute ensuite :

« Il est à remarquer que la rivière était presque débordée, cependant ils n’auraient pas fait naufrage si ce n’eut esté 24 cochons qu’ils avaient fait entrer dans la charrière, qui, se tenant sur un bout de ladite charrière, la firent couler à fond. Heureusement, comme ils approchaient du rivage, ce qui fit que des cinq personnes qui y étaient, il n’y eut que trois de noyé. Pour la charrière elle n’a jamais esté trouvée »

On nous dit pas ce qu’il est advenu des 24 cochons…….

Plus sérieux :

La commune des Ormes, toute proche, s’enorgueillit de son château qui, dans la période qui nous intéresse, fut la propriété de la famille Voyer de Paulmy D’Argenson. Marc Pierre, comte d’Argenson, fut le ministre de la guerre sous Louis XV, mais, jalousé par Madame de Pompadour, il fut « exilé » dans son château durant plusieurs années où il entreprit d’agrandir sa demeure et d’y recevoir l’élite intellectuelle du moment. Ce fut un des centres intellectuels du siècle des lumières. A sa mort, le fils, Marc René, marquis de Voyer, prit le relais.

C’est ainsi qu’en 1774, notre curé, annote le registre des termes suivants :

« … C’est aussi cette année que la tour et la flèche du château des Ormes Saint Martin a esté finie après trois années de travail et au haut de laquelle on a vu monter Monseigneur le comte d’Artois (futur Charles X) et Monsieur, tous deux frères du Roy Louis XVI au mois de septembre, ce qui a attiré une grande affluence de peuple pour voir les deux princes. »

Ces travaux avaient été confiés à Charles de Wailly, architecte concepteur de l’Odéon de Paris.

Tranches de vie de la paroisse de Vaux-sur-Vienne

La commune de Vaux-sur-Vienne, avant 1760, outre l’église de la paroisse contrôlée par notre curé, était dotée d’un prieuré administré par le séminaire d’Autun. Pour des raisons financières, en ce milieu de siècle, bon nombre de petits couvents et prieurés furent abandonnés et vendus. Le curé Boucard nous raconte les péripéties qui se rattachent à cette fermeture du prieuré dans les termes suivants :

En 1760 :

« Dans cette même année j’ai fait transporter du clocher du prieuré, la grosse cloche appelée « Denise » dans le clocher de cette paroisse, laquelle cloche a esté donnée par Monsieur LEJEUNE, supérieur du séminaire d’Autun, prieur de Vaux.
Dans la même année ledit seigneur Prieur a donné le tabernacle doré qui lui couste 200 livres et à moi vingt livres, ce que j’ai esté obligé de donner pour engager ledit seigneur à le faire faire de la qualité dont il est.
Dans la même année le lambris de l’église a esté fait à neuf, n’en ayant jamais eu avant et, au dépens des paroissiens, le petit cimetière renfermé, la couverture repassée à la main, l’église reblanchie et d’autres petites réparations qui ont cousté 660 livres.
J’ai fait élargir la fenestre dans le sanctuaire à costé de l’évangile, laquelle m’a cousté quinze livres.
Dans la même année, Monsieur le Prieur a donné le vespéral, le graduel, l’antiphonaire, le pupitre et le marchepied du grand autel.
Dans la même année, j’ai fait faire l’autel de Saint Denis à mes dépens. Il n’y avait rien avant dans cet endroit, qu’un coffre où l’on sabillait avant que fusse fait faire la sacristie. »

En 1762 :

« Cette présente année l’église du prieuré de Vaux a été démolie et entièrement détruite. Elle était grande et magnifiquement bien voûtée. Le cloché ressemblait à celui de la paroisse, avec cette différence qu’il était beaucoup plus spatieux et seulement couvert de tuilles ; il y avait trois cloches dont la plus petite pesait 290 livres, laquelle a ésté vendue par Monsieur de Lolliere, économe du séminaire d’Autun et fondé de la procuration de Monsieur Lejeune, supérieur dudit séminaire ; à l’égard des deux autres la plus grosse fut donnée l’année de devant à cette paroisse parceque les paroissiens ne consentirent à la démolition de la chapelle qu’aux conditions qu’on leur donnerait cette cloche ».

A ce moment notre curé ne nous dit pas ce qu’il advient de la troisième cloche, apparemment la moyenne. Le sort de cette dernière nous sera exposé dans ce qui va suivre…

En 1763 :

« Cette présente année, les paroissiens, ayant sonné la grosse cloche, s’assemblèrent tumultueusement et allèrent au prieuré enlever la moyenne cloche qui y restait, laquelle monsieur Tranchan, curé de Mondion, avait obtenu « en par dom » de Monsieur Lejeune, supérieur du séminaire d’Autun. Les paroissiens ayant eu connaissance et pensant qu’elle leur appartenait par préférence à tout autre la prirent au prieuré et dans le même jour la montèrent dans le clocher de la paroisse. En effet, Monsieur Tranchan, ne sachant pas ce qui s’était passé, vient le lendemain avec charrette et plusieurs personnes qui furent obligées de s’en retourner à vide malgré tout ce qu’il purent faire et dire. La lettre de Monsieur Lejeune ne pût la faire descendre du clocher. On barra les portes de l’église, bien résolu d’en venir aux mains s’il l’eut fallu pour les empêcher, si bien que Monsieur le curé de Mondion, se croyant offensé, fit sa plainte et le lendemain fit assigner douze ou quinze témoins devant le juge criminel. Il y eut quelques décrets d’ajournements personnels qui n’ont pas encore esté signifié, et qui ne le seront jamais, en sorte que Monsieur le curé en fut quite pour 35 livres qu’il lui en couta pour les frais.
L’année suivant, cette cloche que Monsieur le curé de Mondion prétendait lui appartenir fut refondue parce qu’antiennement elle était félée, en sorte qu’aujourd’huy la sonnerie est toute différente de ce qu’elle estait avant la destruction du prieuré. Il n’y avait que trois petites cloches à la paroisse et la plus petite des quatre du présent était la seconde des trois qui y étaient alors. Suivant le constat il deverait y avoir cinq cloches mais parce que celles du prieuré étaient beaucoup plus grosses, je jugeais à propos d’en faire fondre deux de la paroisse pour en faire une qui fut à l’unisson des autres et le métail (métal) qu’il y eut de reste a servi pour faire la dépense nécessaire à la prétendue cloche de Monsieur le curé de Mondion »

Quelle affaire… De nos jours il semblerait qu’il reste quelques traces de l’ancien prieuré et ce lieu est devenu un gîte de vacances.

La suite des propos de Mathieu Joseph vous sera présentée dans la prochaine Gazette et nous verrons qu’être curé a pu être une mission à hauts risques.

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