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Les propos d’un curé de campagne (2e partie)

Au XVIIIe siècle, un prêtre se devait d’être en bons termes avec ses paroissiens


jeudi 12 juin 2014, par René Albert

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Monsieur Léonard ROCHE, curé de Dange de 1746 à 1755

Le texte qui va suivre est concocté à quatre mains… En effet, une cousine retrouvée lors de mes recherches, a travaillé sur le même sujet d’autant qu’elle demeure en la commune de Dange et que dans cette histoire sont en cause des ancêtres communs. Madame Colette Champion, que nous remercions pour son aimable complicité, nous apporte des précisions dont nous citerons de larges extraits. En préambule, Madame Champion nous dit :

« Dange est un petit village situé à quinze kilomètres au nord de Chatellerault, étiré le long de la Vienne qui était navigable à cette époque, traversé par la route royale Paris Bordeaux. Il est composé d’un centre bourg : quelques maisons, propriétés, commerces, cabarets, rassemblés autour de l’église et du cimetière, et de plusieurs hameaux importants : La Gravelle, les Bonnins, La Rivière et surtout Buxières avec son prieuré, ses notables, avocats, chirurgiens, bourgeois, ses grosses fermes et ses artisans.

Les archives départementales de la Vienne livrent des renseignements précieux.

Le dossier de la paroisse de Dange contient le mémoire établi pour la défense de Monsieur ROCHE, qui expose les faits, cite les témoins (plus de quatre vingt), critique leurs dépositions, en résumé construit le plaidoyer (ADV cote G 9/40).

Les archives judiciaires du tribunal de Chatellerault sont riches des procès intentés aux paroisses de Dange par leur pasteur soucieux de faire respecter ses droits (B/3/373-74…).

Le présidial de Poitiers nous apporte le dossier de l’instruction du procès avec les chefs d’accusation, les interrogatoires du prévenu et des témoins (B/1/2-82).

Les archives notariales nous permettent de connaître la vie du village et de ses habitants. Le notaire Amblard Duplessis, notaire royal et apostolique à Chatellerault, mais résidant à Dangé, rédige la plupart des actes concernant la cure de Dange et les demandes personnelles des prêtres (E4/10-13-14-15).

D’autre part, nous pouvons nous reporter aux commentaires de deux prêtres qui ont essayé de laisser des témoignages fidèles, s’ils ne sont pas impartiaux.

Monsieur Boucard (notre curé de campagne et lointain parent) est contemporain et voisin de Monsieur ROCHE, puisque titulaire de la cure de VAUX sur VIENNE, petit village situé à 4 kilomètres au sud ouest de Dangé, il a rédigé en 1755 des notes marginales dans les registres paroissiaux de Notre Dame de Vaux. Il faut toutefois noter que le frère de Monsieur Boucard (ascendant commun de Madame Champion et de moi-même) avait épousé une fille de Monsieur PIOGER, syndic et procureur de la paroisse de Dangé. »

Après ce préambule il nous parait opportun de reprendre les propos de Mathieu Joseph Boucard, curé de Vaux, que nous avons présenté dans la première partie, la semaine précédente. Que nous dit-il sur l’affaire Roche ?.

« Cette présente année 1755, Monsieur Léonard Roche, curé de Dange, fut pris et saisi dans son lit par les cavaliers de la maréchaussée, assistés de « recorps » et de deux huissiers, qui le conduisirent avec toute l’ignominie possible dans les prisons de Chatellerault, le tenant par une longue corde dont ils l’avoient très étroitement lié aux deux bras, le conduisirent ainsi dans les chemins et dans les grandes rues dudit Chatellerault jusqu’à la prison, le 21 juin, à la requête de Monsieur Isnard, procureur du Roy de la même ville, qui l’avait fait décréter de prise de corps sur la déposition de quelqu’uns de ses paroissiens, au nombre de cinq ou six qui l’accusèrent d’avoir blasphémé contre la Sainte Vierge, Saint Joseph et quelqu’ autres saints, réfuté les sacrements.

Heureusement pour lui, il ne fit que dix jours dans les prisons de Chatellerault, dont les juges semblaient s’être acharnés contre lui. Un grand nombre d’ecclésiastiques des environs parmi lesquels étaient quelques uns de la conférence, mais surtout ceux de Chatellerault obtinrent de Monseigneur de la Cossade, pour lors Evêque de Poitiers, de le réclamer et de le faire conduire dans son tour de l’évêché. Les archers l’y conduisirent et furent alors plus modérés, permettant que ses confrères le missent dans une chaise et l’accompagnassent jusque là sans qu’il fut lié ni attaché. Il y demeura près de deux ans pendant lesquels son procès s’instruisit pardevant Monsieur l’Official et Monsieur le Lieutenant Criminel de Poitiers à qui le Procureur du Roy de Chatellerault avait envoyé les pièces. Cette translation fit craindre aux habitants de Dangé d’avoir manqué leur coup et les officiers de Chatellerault fachés de voir qu’on leur ostoit leur proye , principalement le Procureur du Roy, devinrent partie secrète et les aidèrent de leurs conseils pour achever de perdre par le dernier supplice leur curé, en sorte qu’ils firent naître une nuée de témoins du nombre de plus de quatre vingt qui furent assignés pour aller à Poitiers, déposer contre lui. Tous parurent soutenir les premiers chefs d’accusation, d’autres en ajoutèrent et on en contait (comptait) jusqu’à trente deux chefs tous concluant à sa perte. Le curé tacha de se justifier et fit un factum qui coûta à la conférence un louis d’or à chacun des confrères excepté trois qui s’en exemptèrent. Le factum ne servit pour ainsi dire qu’à le nuire parmi les gens d’esprit et dans le général fut très mal reçu, si bien que le pauvre curé n’aurait pu s’empêcher de devenir la plus triste victime de ses ennemis si Monseigneur l’Evêque, sollicité par plusieurs curés, ne l’eut dérobé à la sévérité de la justice en l’envoyant au couvent de la Rallerie. En vertu d’une lettre de cachet, là sa Grandeur lui fit faire une résignation de sa cure et il mourut six mois après.

Dans le vray, Monsieur Roche n’avait dans de certains temps rien moins que l’aparance (apparence) d’un ecclésiastique retenu et modéré Il avait un esprit vif, enjoué, plein de saillyes plus jolies les unes que les autres, circonspect dans les compagnies où il fallait l’être, mais extrêmement gai dans celle où il pensait pouvoir se donner toute liberté. Il était de Limoges. Il avait souvent dans la bouche les termes de « b…. » et de « f…. » dont on ne s’offensait point, si ce n’est les petites gens qui ne savaient pas que dans le Limousin les femmes même s’en servent ordinairement. Il preschait exactement sa paroisse et était appelé en beaucoup d’endroit des environs pour faire des panégyriques dont il s’acquittait très bien et souvent après des entretiens trop licencieux il donnait à plusieurs sujets de se repentir des louanges qu’ils lui avaient donné, d’une pétulance extrême surtout dans le temps qu’il avait bu plus qu’à son ordinaire ce qui lui arrivait assez souvent, sans cependant qu’il parut enivré. Je ne doute point que dans ces cas là il n’eut dit tout ce dont il était accusé contre les saints car pour lors il était sans réserve et sans respect. Il m’a dit qu’il avait tout à la fois onze procès contre ses paroissiens, ce qui lui avait attiré tant d’ennemis. Entesté dans ses sentiments jusqu’à répondre à ceux qui lui proposèrent quelqu’accommodements, qu’il aimait mieux casser que de plier. En effet il ne plia jamais, même dans sa prison, se flattant d’en partir victorieux et de rentrer dans sa cure. Enfin le Seigneur le fit rentrer en lui-même et mourut d’une fluxion de poitrine dans les sentiments d’un vray pénitens.

Il était entré dans la cure de Dange par une voye qui paraissait estre bien légitime. Monsieur Amard, prieur de Vaux, le trouva à Paris après avoir cherché pendant deux ans un sujet qui méritât de succéder à Monsieur Martin, curé de Dangé qui fut digne de sa confiance pour le charger des affaires du prieuré de Vaux. Enfin il trouva Monsieur Roche en qui il crut voir tous les talens qu’il demandait, le chargea d’une lettre de recommandation pour Monsieur Martin et le pria, que dans la disposition où il était, de se choisir un successeur qui fut en état de faire les affaires du prieuré de Vaux et prendre celui-cy sans balancer. Monsieur Amard ne l’avait jamais vu ni connu avant ce jour qu’il lui donna cette lettre. Monsieur Martin ne le vit jamais car il était devenu aveugle et, sur la simple lecture de la lettre, et fait un quart d’heure d’entretien qu’il eut avec lui, il se décida sur le champ en sa faveur. La résignation se passa une heure après, tandis qu’il n’avait pu se déterminer pour un autre sujet qui avait demeuré deux ans chez lui avec toute l’édification possible, encore que celui là eut esté également envoyé de la part de Monsieur Amard, avec les mêmes recommandations et pour les mêmes fins. Il fut cependant obligé d’en sortir et quitter, voyant que Monsieur Martin ne se déterminait pas pour lui, mais celui-cy fut curé par le change et le pauvre résignant ne pouvait cesser de louer son sort, regardant son résignataire comme un homme envoyé du ciel pour estre son bâton de vieillesse. Mais les choses changèrent aussitôt que la résignation fut admise. Le bonhomme n’était plus traité que de vieux qu’on envoyait coucher afin de débarrasser le coin du foyer, on lui osta sa gouvernante qui était son unique réponse pour avoir du gouvernement et quelques consolations, en même temps qu’il s’était dévêtu de son bénéfice. Il donna par un acte tous les meubles pour les réparations et dépausa (déposa) entre les mains de son résignataire les autres effets et le peu d’argent qu’il avait, pour les remettre à ses héritiers qui, en effet, vinrent de Bourgogne pour recueillir la succession à la mort de Monsieur Martin. Mais on leur chercha tant de chicanes de la part du curé et des paroissiens, qui, pour lors, étaient d’intelligence, qui pour éviter des contestations dont le principe ne tendait qu’à les ennuyer pour leur faire quitter la paroisse, qu’ils aimèrent mieux, en effet, s’en retourner sans rien emporter, que de discuter avec eux. Si on peut raisonner sur les desseins de la providence, il semble que Dieu avait permis tous ces troubles qui durèrent près de huit ans pour augmenter les regrets que les paroissiens de Dangé avaient , avec raison, de leur curé avec qui ils avaient presque toujours vécu pendant plus de quarante ans dans l’union la plus parfaite et à qui ils ne pouvaient rien reprocher, que des fautes dont les plus justes ne sont pas exempts. C’est sans doute pour lui faire faire pénitence de ces fautes qu’il permit que Monsieur Martin fut détourné de se choisir un autre successeur avec qui, sûrement, il n’aurait eu aucun sujet de se plaindre, mais si le sieur Roche en fut l’instrument, les paroissiens furent celui dont il se servit pour humilier celui-cy et le faire rentrer en lui-même. C’est la seule joye que nous eumes de scavoir qu’il était mort avec toutes les marques de la mort du juste. Enfin il parait visiblement que les habitants de Dangé, après avoir donné cette scène au publique qui était la plus odieuse, ont esté favorisés du ciel en leur donnant pour successeur du Sieur Roche, un curé d’une morale et d’une doctrine ortodoxe, des plus doux, des plus modéré, des plus pieux et des plus zélé qu’il y ait parmi nous ».

Voilà un récit très détaillé des circonstances de cette affaire mais qui ne nous dit pas tout. En effet il nous faut revenir à l’étude faite par Madame Champion pour comprendre l’antagonisme qui est survenu entre le curé Roche et certains notables de la paroisse.

Visiblement notre curé se doit d’être classé dans les « sanguins » et ce dernier, portant perruque, ayant, selon les pièces du procès, « des airs de petit maître » multipliera des plaintes avec ses détracteurs. De son propre aveu à Monsieur Boucard, il mènera de front onze procès à ses paroissiens. Il se vantait de pouvoir leur susciter « autant de procès que de cheveux dans sa perruque ». Lorsqu’il prend la cure de Dangé il est âgé de 35 ans et est prêtre depuis dix ans. Il vient de Limoges où il était vicaire mais au préalable il avait la responsabilité d’un prieuré qu’il a perdu suite à trois ans de procédure passée devant le Parlement de Paris,

Une fois en place à Dangé, il fit venir sa mère qui était veuve, ainsi que son frère, chirurgien et célibataire. Il organise sa domesticité avec difficulté et renvoie rapidement les indésirables y compris des domestiques appréciés sous la gouvernance de son prédécesseur, qui deviendront des témoins à charge lors du procès.

La longue maladie de Monsieur Martin, qui n’assurait plus sa charge depuis 1742, celle-ci étant assurée par divers prêtres en remplacement, a vraisemblablement laissé s’installer quelques regrettables habitudes. Monsieur Roche s’applique à rétablir l’ordre et agit sur plusieurs fronts à la fois. Le problème le plus urgent est celui du cimetière en mauvais état, ouvert à toutes incursions, même animales, utilisé de façon profane par l’entourage qui y dépose matériaux et immondices et, comble d’indécence, le maître de postes y fait pratiquer des jeux publics. Les consignes de l’évêché étaient de clore ce cimetière, de créer des fossés et de créer un emplacement réservé aux sépultures d’enfants. Dès mai 1747, Monsieur Roche s’emploie, à ses frais, de clore ce lieu de repos. Dans la nuit du 15 au 16 juillet près de vingt mètres du nouveau mur seront abattus par des inconnus. Ensuite les animaux continueront à pacager dans le cimetière « déterrant à demi des cadavres nouvellement inhumés ». Malgré divers dépôts de plainte rien n’y fait. Les opposants à ces travaux prétendent que le cimetière n’a pas besoin d’être aussi grand et que la clôture prévue empêcherait les carrosses et les voitures de tourner librement ce qui retarderait les courriers et les affaires de Sa Majesté. Monsieur Roche ne parvient pas à faire respecter la Loi. Une nouvelle ordonnance de juillet 1754 vient définir la partie réservée aux sépultures d’enfants. Nouveau sujet de discorde. Il en est de même pour le recouvrement de la dîme même auprès de notables du lieu.

Monsieur Roche s’évertue à calmer les « ardeurs » de ses paroissiens dont un avocat, riche propriétaire, auquel on prête quelques enfants adultérins. N’obtenant pas de résultats il en réfère à son évêque sous forme d’une requête signée de plusieurs prêtres du voisinage, d’où un ennemi déclaré auquel se joindra le maître de postes. Ce dernier agira à l’insu du syndic de la fabrique, Monsieur Pioger [1], jugé pas assez énergique. Ces deux personnages seront à la tête des contestataires lorsque se posera le problème de réparation de l’église. Les héritiers de Monsieur Martin avaient abandonné l’héritage leur revenant, soit 733 livres, à utiliser pour la réparation du presbytère. Où est cet argent ?. Monsieur Pioger, syndic aura fort à faire pour se faire entendre et contrer le maître de postes, se voyant même obligé de proclamer son honorabilité par la lettre suivante signée de ses partisans :

« Nous soussignés habitants de la paroisse de Dangé, certifions à Monseigneur l’Intendant de la Généralité de Poitou à Poitiers et à tous autres à qui il appartiendra que les plaintes portées à sa Grandeur contre le Sieur Joseph Pioger de la Chaume leur syndic par quelqu’autres habitants dicelle disants que ledit Sieur PIOGER ne remply pas son devoir de sindic et qu’il a fait faire sous la cheminée les convocations et délibérations des habitants de ladite paroisse les dix huit juillet et huit août dernier sont fausses et supposées. Mais qu’au contraire les dits actes ont été faittes dans les règles à l’issue des messes qui ont été dites à l’heure ordinaire. En outre que ledit Sieur Pioger a été toujours vigillant et attentif pour le bien de la paroisse et qu’il est doué de bon sens, bonnes vies et mœurs. En foy de quoy avons signé à Dangé le 24 septembre 1751. »

En septembre 1752 le maître de postes est condamné à déposer au greffe de Chatellerault la somme de 733 livres et à justifier l’acte de dépôt. Monsieur Roche triomphe mais son principal soutien, Monsieur PIOGER est décédé deux mois avant. Le maitre de postes se fait nommer syndic…

Le 7 mars 1753 un événement particulier secoue le bourg de Dangé et réjouit les médisants. Anne Parent, servante de Monsieur Roche depuis dix huit mois, est accouchée au presbytère, avec l’aide, dit-on, de Monsieur ROCHE, de sa mère et de son frère. La rumeur s’en donne à cœur joie pour désigner le père de cet enfant. Le registre conservé à Dangé ignore cette naissance, alors que celui conservé aux A.D en fait mention :

« Le septième jour du mois de Mars mil sept cent cinquante trois a été ondoyée par nécessité une fille naturelle d’Anne PARENT, ma servante, et de père inconnu par moy soussigné approuvant le mot de septième chargé d’encre. Roche, curé de Dangé et le douze du même mois je soussigné ay suplée les cérémonies du baptême de la dite fille qui a été nommée Jeanne et m’a été déclarée qu’elle était des œuvres du nommé Berger fils de Ligueil, parrain et marreine ont été René Mauduit et Jeanne Charpentier qui n’ont pu signer de ce enquis par moy. Roche, curé de Dangé »

Le plus surprenant est que la déclaration de grossesse, comme si rien n’était, a été faite … le 10 mars qui suivra. Alors que l’enfant est déjà né elle déclare être enceinte de huit mois. Visiblement ce document est un acte de complaisance car le greffier de la chatellanie ne peut ignorer les faits et circonstances de l’événement. Quant au soi-disant père on peut penser qu’il sort de l’imagination de la parturiente, ou de la suggestion de son « entourage ». Une certitude, quelques jours après la mère et l’enfant sont conduits à Tours…. Affaire terminée…

A deux reprises Monsieur Roche ne répondra pas à l’appel de ses paroissiens pour apporter les sacrements, premièrement à une mourante, se présentant deux jours après et trop tard, la seconde lors de la communion pascale. Cette seconde fois, l’attaque dont il fut victime ne semblait pas justifiée. Il semblerait que Monsieur Roche eut à souffrir d’un malaise alors qu’il confessait ses paroissiens.

Ce qui va faire enfler la discorde vient du refus de certaines familles à ce que leur enfant décédé soit inhumé dans la fameuse partie qui leur était réservée ceux-ci désirant visiblement que le corps soit inhumé dans un caveau familial. C’est ainsi que la dépouille d’un enfant de quatre ans a été exposé plusieurs jours devant l’église en attente d’une décision de justice décidant qu’il soit enseveli auprès du corps de son père.

Le maître de postes et nouveau syndic adressera une lettre à l’évêque de Poitiers le 17 Mai 1755, faisant valoir « les façons de hauteur et d’indifférence et les incidents quotidiens provoqués » par Monsieur Roche. Il menace de faire appel à la Justice ce qui arrivera.

Querelles de clochers qui sont lourdes de conséquences mais qui ne sont pas uniques dans la région puisque Mathieu Joseph Boucard, curé de Vaux-sur-Vienne, nous relate une seconde affaire, cette fois en 1763 :

Monsieur Chateauneuf, curé de Buxeuil

« Monsieur Chateauneuf, successeur immédiat de Monsieur Brion, curé de Buxeuil, fut pris chez lui par les archers de Chatellerault et conduit au couvent de la Rallerie en vertu d’une lettre de cachet obtenue par Monseigneur Baupoil de Saint Aulive, évêque de Poitiers sur différens rapors (différents rapports), non contre ses mœurs et sa doctrine, mais contre sa façon de gouverner sa paroisse qui tenoit en effet plus d’un esprit pétulant, turbulent et inquiet que d’un zèle éclairé et d’un esprit solide. Aucun de notre conférence, ni de ses voisins, n’a esté faché de sa détention, si pourtant on excepte Monsieur le curé de Saint Georges de la Haye. On lui imputait de n’avoir point d’heure réglée pour la messe d’obligation et pour les vespres, de parler avec peu de respect des personnes qualifiées de sa paroisse tant par leur naissance que par leur âge, de ne se tenir que rarement au confessionnal et de faire, quand il y était, des questions ridicules aux pénitents, comme de leur demander, si en leur donnant l’absolution, s’ils avaient bien prononcé les paroles, et pour s’en assurer, il exigeait de la plupart d’eux de les répéter de la manière qu’ils pensaient qu’ils les avaient prononcées ; de faire les mêmes questions à son sacristain lorsqu’il descendait de l’autel, lui demandant s’il avait bien prôné la forme du « font » et comment il l’avait prononcé ; de faire rapporter à l’église des enfants qu’il avait baptisé, sous prétexte qu’en les baptisant il n’avait peut-être pas eu l’intention n’a le faire. Il avait bien étudié, c’était un fervent pouëte et un bon théologien, mais les grands préjugés qu’il avait de son scavoir étaient un de ses grands défauts. Enfin détenu à la Rallerie pendant près de six mois, il sollicita tout ce qu’il crut avoir d’amis auprès de Monseigneur l’Evêque pour obtenir sa liberté, sans qu’il l’ait pu l’avoir qu’aux conditions de se démettre de sa cure ou de le permuter. Il a choisi le dernier parti et nous a donné Monsieur Grandin pour confrère dont la prudence, la sagesse, nous assurent que son gouvernement sera sans reproches. »

Mathieu Joseph Boucard termine par :

« Il faut noter que l’affaire de Monsieur Chateauneuf est la seconde aventure arrivée en bien peu de temps l’une de l’autre dans notre conférence. C’aurait assurément été un sujet bien plus mortifiant pour nous s’il eut esté un de nos diocésains, mais il était du diocèse de Saintes. Nous présumons qu’un prestre de notre diocése ne nous eut point donné en spectacle, comme ces deux là ont fait. Voyez en l’année 1755 ».

Nous en terminerons là de la deuxième partie des propos de notre curé de campagne...

Pour lire la suite...

Notes

[1Monsieur Pioger de la Chaume figure dans l’ascendance des familles de l’auteur et ainsi que dans celle de Madame Champion.

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1 Message

  • Les propos d’un curé de campagne (2e partie) 13 juin 2014 13:02, par françois roche

    Intéressant de voir comment les justices civiles, royales, seigneuriales et ecclésiastiques se coutoyaient et fonctionnaient souvent aux dépens des gens jetés en détention pour de longues périodes avant le jugement ! 1789 allait changer les choses et rendre le système plus compréhensible en l’unifiant.

    Répondre à ce message

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