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Quand une étrangère, chef d’entreprise, propose « son industrie » à la France

Négociations pour s’installer en France (1783-1784)


jeudi 23 octobre 2014, par Michel Guironnet

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Marie-Thérèse HEIMBROCK a pris goût à la France et cherche à y revenir.
« Elle fait parvenir au ministère de France en 1783 un certificat de ce fait (sa méthode pour nettoyer les chanvres) signé de quatre personnes des plus notables d’Utrecht. Elle fait proposer à notre gouvernement par Mr BERENGER, chargé de nos affaires à la Haie (La Haye) de venir former dans telle province qui lui serait indiquée un établissement pour la préparation du chanvre. Elle demandait un privilège exclusif et 150 Louis pour son déplacement. » (Rapport de la S Philantropique 1792). Marie-Thérèse est âgée de 44 ans.

Les négociations durent un an. Le dossier F 12 1339 (Archives Nationales) conserve tous les courriers échangés. Voyons cela en détail.

De la Hollande à Lyon, en passant par le Velay, histoire d’une « femme de chanvre » à Lyon, sous la Révolution.
Pour lire les autres épisodes sur la vie de Marie Thérèse, la Veuve Heimbrock

30 septembre 1783
Courrier de VERGENNES [1]à Mr d’ORMESSON [2]
" M. BERENGER, chargé d’affaires du Roi à la Haye me mande, Monsieur, que la veuve d’HEIMBROCK, allemande qui a formé depuis plusieurs années un établissement à Utrecht pour la filature du chanvre, souhaite de transporter son industrie en France et de se fixer, sous la protection du gouvernement, dans une des provinces méridionales du Royaume, où la main d’œuvre est à meilleur marché.

le vieux canal à Utrecht
La « manufacture » de la Veuve Heimbrock est installée sur « de oud gracht », c’est à dire « sur le vieux canal » qui relie le Rhin et la Vecht, et traverse la ville de part en part ; canal utilisé pour la force motrice de l’eau.

Il m’a adressé le projet de cette veuve, qu’on dit être très habile dans son art, et sa méthode supérieure à celles qui sont connues. Il a joint au mémoire et au tableau comparatif des frais de main d’œuvre, plusieurs échantillons de chanvre préparé suivant la méthode proposée.

Je ne puis, Monsieur, faire meilleur usage de ces pièces et échantillons que d’avoir l’honneur de vous les envoyer ci-joint, en vous priant de vouloir bien les faire examiner et vous en faire rendre compte. Le prix que la Société Economique de Harlem a décerné à la Dame d’HEIMBROCK prouve que cette société fait cas de son talent.

" Jusqu’à ce qu’elle ait mérité des marques d’encouragement de la part du gouvernement, elle se borne à demander l’indemnité des frais de transport des ustensiles de son métier à filer, d’Utrecht dans le lieu où elle s’établiroit en France, et où elle pourrait occuper nombre de bras faibles et oisifs. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien me marquer ce que vous pensez de la proposition de cette veuve, pour me mettre en état de répondre en conformité au chargé d’affaires du Roi à la Haye.
" J’ai l’honneur d’être avec un parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. DE VERGENNES".

Mr de Vergennes
Portrait de Charles Gravier, comte de Vergennes, en buste, de 3/4 dirigé à droite dans une bordure ovale. Bovinet. Graveur
Bibliothèque nationale de France
Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 116, Pièces 10092-10183, période : 1786-1788
Identifiant sur Gallica :
ark :/12148/btv1b8410527q
Droits : domaine public

8 Octobre 1783
Courrier de Mr d’ORMESSON à Mr de VERGENNES :
" J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 30 du mois dernier, au sujet de l’établissement que la veuve d’HEIMBROCK propose de former dans une des provinces méridionales de la France. Si cette veuve a réellement le secret de donner au chanvre le plus grand degré de finesse dont il soit susceptible, la connaissance de son procédé peut être très utile, et il serait véritablement intéressant de l’attirer en France. Je me porterai en conséquence très volontiers à lui accorder les facilités dont elle a besoin pour y transférer les outils et ustensiles qui peuvent lui être nécessaires ; mais je crois qu’auparavant, il serait convenable de s’assurer :

  • 1) de l’endroit du Royaume où elle désire de se fixer,
  • 2) de la somme à laquelle elle pense que ses frais de transports pourront monter.
  • 3) enfin de sa bonne volonté pour former des élèves, et du prix qu’elle y attacherais, je vous serais sensiblement Monsieur, de vouloir bien vous procurer des éclaircissements sur ces différents objets et m’en faire part."

5 novembre 1783
Courrier de VERGENNES à Mr de CALONNE [3]
CALONNE a remplacé d’ORMESSON aux Finances. VERGENNES rappelle les démarches entreprises auprès de son prédécesseur et indique que Mme d’HEIMBROCK a été informée par BERENGER des précisions demandées.

VERGENNES prie CALONNE de se " faire représenter ces premières pièces de l’affaire... elles vous feront connaître l’objet et l’importance du projet. Il me reste à y ajouter la réponse de la Dame d’HEIMBROCK aux trois questions sur lesquelles on a demandé qu’elle s’expliquât avant d’admettre ses propositions :

  • sur la première concernant le choix de la province où l’établissement pourroit avoir lieu, elle s’en rapporte aux dispositions que le gouvernement trouvera les plus utiles à cet égard.
  • Pour la seconde relative aux frais de son déplacement et transport de ses outils et ustenciles portatifs, elle désireroit obtenir un dédommagement de trois mille six cent livres. Mais sur ce point, je pense que sa demande pourroit être réduite aux frais de transport de sa personne et de ses ustenciles, sauf à lui accorder d’autres encouragemens proportionnés à la réussite de ses premiers essais.
  • Quant au troisième article relatif à son industrie et à ses soins pour former des élèves, tant en filature que pour la préparation du chanvre, je ne trouve pas sa réponse suffisamment claire. La Dame d ’HEIMBROCK n’exige point de salaire pour cet objet ; mais elle demande qu’on lui fournisse un nombre suffisant d’ouvrières, et qu’elles soient surveillées par des personnes sages et zélées, ce qui annoncerait une régie aux frais du Roi plutôt qu’une entreprise pour le compte de la Veuve d’HEIMBROCK.

Vous apprécirez vous-même, Monsieur, les inconvéniens ou les avantages de ce plan sur lequel j’attendrai vos observations, je les adresserai à Mr BERENGER pour les communiquer à la Dame d’HEIMBROCK, et savoir définitivement sa détermination sur tous les points..."

Un document de F12 1339 précise les trois réponses faites par Mme d’HEIMBROCK :

- 1) pour le choix de la province " elle lui paroit plus convenable de préférer une de celles qui cultivent le chanvre, qui soit à la proximité d’une rivière navigable pour la facilité des transports, et où la subsistance soit à un prix modéré."

  • 2) "Elle demande 150 louis pour les frais de son déplacement, et ceux de l’envoi de ses outils et ustenciles portatifs, elle craint que cette somme ne paroisse très forte, et regrette que sa situation la mette dans la nécessité de la solliciter. Elle allègue pour en justifier la demande, qu’elle est obligée de laisser un moulin qui lui coûte 300 florins, des cuviers, des chaudrons et d’autres objets qu’il est également impossible de transporter ; et de s’en défaire qu’au plus vil prix. Elle estime que cela lui causera une perte réelle de 700 florins, à quoi elle ajoute celle qui résultera de la vente de ses meubles, et de la résiliation d’un bail pour le loyer de sa maison qui doit durer encore plusieurs années."
  • Cet "extrait de la réponse de la Dame HEIMBROCK..." semble être rédigé par BERENGER, intermédiaire entre VERGENNES et Marie-Thérèse.

2 janvier 1784
Mr de MONTARAN [4], Intendant du Bureau du Commerce écrit à LENOIR, Lieutenant général de police [5]

Après lui avoir résumé l’affaire, il écrit : " II semble résulter de là, Monsieur, que la Veuve d’HEIMBROCK voudrait former en France un établissement qui serait entièrement à la charge du gouvernement ; et sur ce point de vue, sa demande n’est pas susceptible d’être accueillie. II parait d’ailleurs que le résultat des procédés de cette femme pour la préparation des chanvres sont absolument les mêmes qu’a indiquée une veuve GRANVILLE, qui fit en 1780 des essais en ce genre dans le Bourbonnais. On m’a assuré qu’en ayant eu connaissance vous aviez jugé utile d’attirer cette femme et de la mettre à la tête des atteliers de filature qui existent dans quelques paroisses de cette ville..." [6]

19 janvier 1784
Réponse de Mr LENOIR à MONTARAN. Il estime " qu’on ne doit pas quant à présent se porter à donner à la Veuve d’HEIMBROCK les facilités qu’elle demande... (Celle-ci) ne manquerait pas de faire valoir l’abandon de son établissement à Utrecht, les dépenses de son transport à Paris, et toutes les causes ou prétextes d’indemnité ; il faudrait au moins juger préalablement du mérite du procédé de la Dame GRANVILLE qu’elle lui a confié il y a peu de jours le secret de sa mère (la Veuve GRANVILLE) ; qu’elle en abandonnera volontiers le profit au gouvernement."

Il ajoute " que la dite Dame GRANVILLE a donné à ce sujet un mémoire qu’il a remis il y a plusieurs mois à Mr BLONDEL, qui lui avait promis de s’en occuper, et même de voir les expériences de la dite Dame GRANVILLE, ainsi que le dépôt de filature établi par la police, rue de Bourbon Villeneuve..."

Suivent des considérations techniques sur le battage du chanvre, son odeur, le peignage, les déchets, etc...

LENOIR donne un avis défavorable : "il serait inutile d’attirer la veuve d’HEIMBROCK à Paris, mais quoiqu’on ne puisse donner une assertion positive sans connaître les deux secrets (celui de la Veuve GRANVILLE et celui de la veuve HEIMBROCK), il résulte déjà des expériences faite par la Veuve GRANVILLE en présence de personnes éclairées que son procédé est bon, utile et économique..."

31 janvier 1784
Mr de CALONNE écrit à VERGENNES, afin que par l’intermédiaire de BERENGER, il pose de nouvelles questions à M.T. d’HEIMBROCK ; questions accompagnées d’une condition : confier le secret de fabrication à l’administration pour lui permettre de l’étudier et de le comparer à celui de la Veuve GRANVILLE.

On apprend aussi que l’Administration des filatures de Paris a examiné les échantillons envoyés en septembre 1783.

2 mars 1784
Réponse de VERGENNES à CALONNE
" Je viens de recevoir, Monsieur, par M. BERENGER, chargé des affaires du Roi à la Haye, la réponse ci-jointe de la Dame Veuve d’HEIMBROCK...Cette veuve parait convaincu que les nouveaux éclaircissements qu’elle fournit suffiront pour faire admettre ou rejetter sa proposition. Quelque soit le jugement qui en sera porté, elle désire d’en être instruite afin qu’une plus longue incertitude ne nuise pas à ses arrangemens particuliers..."

Les "réponses de la veuve d’HEIMBROCK’ nous permettent d’entrer plus en détail dans le procédé mis au point :

- Je ne puis pas assurer positivement que mon projet n’est pas le même que celui de la Dame GRANVILLE puisque j’ignore son procédé, mais j’ai tout lieu de croire que le mien n’est connu de personne.

  • " Il est certain que la guerre a beaucoup augmenté le prix du chanvre, et qu’il est plus cher à Paris où mon dessein n’est pas de m’établir, que dans les provinces où il est cultivé. J’ai calculé d’après les années communes en teins de paix ; d’ailleurs la vente du chanvre travaillé sera toujours proportionné aux prix du chanvre brut. Le quintal m’a couté ici avant la guerre 10 et 11 florins. Il vaut à présent 22,23 et 25 florins ce qui équivaut au prix de Paris.
  • Je crois aussi qu’il est nuisible de battre le chanvre avant la préparation de l’affinage mais non pas par les mêmes raisons. On assure que l’opération du battoir coupe le chanvre, sans en ôter la gomme, et qu’il est bien plus avantageux de l’en dépouiller sans altérer la qualité. Je ne comprends pas bien ce qu’on entend par gomme et parties gommeuses. Dans la grande quantité de chanvre que j’ai préparé, je n’ai jamais trouvé de gomme ou parties gommeuses, mais seulement de la poussière. Je ne le fais pas battre avant la préparation parce qu’il en sortirait trop d’étoupes, et que je n’en tirerais pas la quantité énoncée dans l’état que j’ai remis. Le même inconvénient aurait lieu si je le faisais trop battre.
  • L’odeur de mes échantillons n’est point celle de la matière brute, mais du cuir de Prusse enfermé dans les magasins où je les avais mis.
  • " Le déchet de 15 livres par quintal ne peut pas être employé seul à faire les toiles d’emballage, c’est une erreur du copiste ; j’y joins les racines du chanvre qui sont propres à faire cette sorte de toile. Au reste, il n’y a rien dans mon chanvre préparé qui ne puisse être utile, la poussière même peut servir d’engrais aux plantes les plus délicates, aux fleurs et aux arbres fruitiers.
  • " II me semble que les personnes qui ont été consultées n’ont pas bien distingué ces deux choses : séparer le chanvre de sa tige et le battre. II faut premièrement qu’il soit bien séparé de sa tige et de la matière pailleuse, et alors je le prépare à l’affinage et à l’adoucissement, je le fais battre ensuite.
  • " Quant à la similitude qui peut exister entre mon procédé et celui de la Dame GRANVILLE ,je me bornerai à observer qu’il me semble que la fabrique de cette Dame consiste plutôt en filature qu’en affinage, ; si cela est, rien ne serait mieux combiné que ces deux fabriques et leur réunion ne pourrait qu’être très avantageux puisque je lui fournirais autant de chanvre préparé et propre à filer qu’elle pourrait en désirer.
  • " D’après cela, j’ose présumer que Monseigneur le Contrôleur Général voudra bien approuver que je ne défasse pas de mon secret, avant de savoir à quoi m’en tenir sur le sort de mes demandes.

Si le gouvernement trouve à propos de les accepter, je porterai du chanvre préparé et peigné pour le faire examiner en quantité, je ferais mes épreuves et lorsqu’on sera bien convaincu de l’utilité de ma méthode, je prendrai la liberté de demander un privilège du Roi, en remettant mon secret scellé dans les Bureaux.

  • " Cette entreprise exécutée en grand exigera des fonds considérables ; je me flatte de les trouver, dès que je serai assurée de l’aveu et de la protection du gouvernement.
  • " Si dans la suite, il jugeait avantageux de faire publier mon secret, je ne ferais aucune difficulté de m’y prêter et je m’en remettrais entièrement à la générosité de Sa Majesté relativement à la récompense qu’Elle croirait devoir m’accorder."

24 mars 1784
CALONNE répond à la lettre du 2 mars 1784 de VERGENNES :
"...Le procédé de cette femme, n’ayant pour objet d’affiner le chanvre au point de le substituer au lin, et cette première matière n’étant pas à beaucoup près assez abondante pour fournir aux différents emplois qu’on en peut faire dans son état naturel ; son secret ne parait pas infiniment précieux.

D’ailleurs, comme elle se refuse à le communiquer quelque assurance qu’on lui donne qu’il ne sera pas divulgué, l’utilité des dépenses qui seraient faites pour sa translation devient fort incertaine.

Je crois en conséquence, Monsieur, devoir persister dans les dispositions dont j’ai eu l’honneur de vous faire part par ma lettre du 31 janvier dernier (à savoir le préalable de la révélation du procédé.) Je vous serai sensiblement obligé de vouloir bien en faire instruire la Dame HEIMBROCK"

C’est le dernier document du dossier F12 1339 aux archives nationales.

Fin mai ou juin 1784 ?

  • Une note manuscrite dans les papiers personnels de M.T HEIMBROCK laisse penser qu’elle est à la Haye à cette date.
    En effet, on lit sur ce billet (rédigé en néerlandais) :

" 1784 ? La Haye ? N°4 Mademoiselle HEYLBRON (mauvaise orthographe d’HEIMBROCK ?)

  • Le 29 mai...015.0
  • 2 bouteilles de ..vin..1.12.0
  • Après midi Thé...0.6.0
  • Le 2 juin une bouteille du meilleur vin...1.0.0
  • Un pot de café...0.8.0
  • Pour consommations plus éloignés
    du 26 mai jusqu’au 3 juin, logis 9 jours à 30 L.....19.10.0
  • Pour 12 petites cruches de bière............1.16.0"

« Payé Pr WELTTERS »

Il doit s’agir d’une note d’auberge à la Haye où Mme d’HEIMBROCK a résidé quelques jours pour régler des dossiers avec Mr BERENGER chargé d’affaires du Roi ou avec le Marquis de St SIMON.

Juillet 1784
Une " copie de lettre pour Mr le Marquis de SAINT SIMON " de la main de Marie-Thérèse nous apprend la suite de ces négociations. Mme d’HEIMBROCK ne mâche pas ses mots ! :

"...Je suis aussi convaincue que vous Mr, de la pureté des intentions de Mr le Contrôleur générale (CALONNE), ou au moins plus qu’il ne le paraît être des miennes.
Mais comme j’ai reçu une lettre de lui, adresser à Mr le Compte de VERGENNES (celle du 24 mars ?), que vous n’avez pas lue et que vous ferai voire, vous jugerai comme moi que toutes ma patiance serait devenue inutille ainsi que toutes les nouvelles tentatives que j’aurais pu faire à cet égard.

C’est une affaire qui a été fort bien commencée et mal finie, de sorte ne me restais came vous pouvez en juger vous même Mr, que le seul voy pour dernière tentative que de faire le voyage de Versaille pour y aller combattre les opinions des gans qui me paraissaient trop attaqués de préventions pour qu’II n’eut été possible d’en venir facillement about."

"D’après toutes les réflexions aux quelles je pu me livrer a ce sujet, je vois que je n’ai point d’autre partie a prendre que celui de monter encore une fois ma fabrique par moi-même, et ce que je vais faire, si je suis assé heureuse pour en trouver les moyens ; quoiqu’en petit mais pourtant assé grand pour pouvoir prouver quelle est utille et profitable. Je choisie pour cela un pays ou les ouvriers sont plus actife que dans celui-cy (la Hollande ? la France ?) et ou les vivre sont moins chere, et dont par conséquance la main d’œuvre y est à meilleur marché."

"C’est là ou Mr le Contrôleur Gal, ou un autre, si l’événement y échut, pourra faire vérifier si mes intentions étaient droit et pur. Mais ce n’est pas de sa faute s’il ne la pas cru, c’est bien plutôt de celle de ceux qu’il a consulté, et qui ont voulu trancher de connaisseur dans une chose ou ils n’en avaient guère de connaissance.

"Voilà cône il est arivé dans presque tous les établissements qui sont à faire et peuvent etre utille et avantageux a un Etat. Et lorsqu’on reconnais qu’on a fait une bévue on est quite pour dire que les ministres ne peuvent pas voir ni faire tout. Je ne vous en dirai pas davantage aujourd’hui puisque je conte avoir l’honneur de vous voire avant mon départ (pour Versailles ?), et vous verai Monsieur par ce qui me reste à vous communiquer que les avis que vous avois bien voulu me donner ont contribué beaucoup a la persévérance qui me faut aujourd’hui, quoique par un autre chemin, trouver un déboucher qui lui fera ariver au meme but.

"Je ne doute point, Mr, que lorque vous serez plus instruit vous ne soyez le premier à maprouver et sertainement votre aprovation n’est pas peu de chose pour moi."

Le marquis de SAINT-SIMON doit être un ami de longue date de Marie-Thérèse et l’aide dans ses négociations avec l’Administration française. Il réside en Hollande. Nous le retrouverons dans quelques pages, ainsi que BERENGER.

17 septembre 1784
Billet en français " La soussigné reconnais d’avoir reçu de Madame d’HEIMBROCK la (somme) de quatre vingt ? neuf fleurins par la main de Madame ROUTRES ? Fait à la Haye le 17 septembre 1784. La veuve HOUZELLE".

Il s’agit d’une quittance de remboursement. Marie Thérèse utilise les services de Mme ROUTRES pour payer sa dette. Elle ne doit plus être à la Haye à cette date.

1783 1784 ?
Un imprimé de 8 pages, sans date mais signé " les lettres FRANCO" avec en note finale " on peut se procurer cette lettre chez A.Stuppe libraire à Utrecht. Prix : 2 stuivers", évoque M.T d’HEIMBROCK et son secret de fabrication utilisé dans "son usine".

Le titre de cet imprimé en néerlandais " quelques remarques sur l’usine de chanvre " ainsi que son contenu évoque les nouvelles préparations du chanvre de Mme HEIMBROCK. Le texte cite " Monsieur PLUCHE" et son livre "Spectacle de la nature"

Dans F12 1339 ; un document non daté est intitulé "Briéves observations sur la facilité qu’il auroit d’ériger en France une fabrique de chanvre ou on lui donnerait la préparation necessaire pour pouvoir le rendre propre à en faire toutes sortes de toiles".

Ce document manuscrit de quatre pages est très intéressant. Sans citer une fois Mme HEIMBROCK, il parle de "Mrs DODART, DUHAMEL, MARCANDIER (savants de l’époque) et Le spectacle de la Nature de Mr PLUCHE". Il s’agit peut être du mémoire transmis à VERGENNES en 1783 pour appuyer sa demande auprès des autorités françaises.

Fin 1784
Une copie de lettre écrite à Mr HENNARD ? professeur à ? laisse deviner la suite des négociations entreprises par Marie Thérèse pour venir en France.

Après sa lettre de juillet 1784 au Marquis de St SIMON, dans laquelle Marie Thérèse envisage de " faire le voyage de Versailles " pour aller plaider sa cause, ce document non daté évoque les mêmes faits :
" Mr, vous devés avoir (été) étonner après les invitations honnetes que vous m’avez fait d’aller chez vous (vous) voir, que je suit partie sans avoir l’honneur de m’y rendre, mais il est des moments où on est juste dans la situation de pouvoir faire auqune démarche, et si vous m’ignorer pas mon désastre je dois vous paraitre estimable.

C’est par une suite de ces malheurs..? que je me trouve encore ici à la Haye ou j’ai toujours étois, arrêtée par un..? pour ne devenir a la fin avantageuse, mais qui en attandant ne laisse pas de me faire languir.

Tout ce qui me console, c’est que j’ai la satisfaction de voir souvent le P : dont la présence redouble en moi les sentiments que vous m’aves connu, et donc tant des gans (gens) onts chercher a me détourner, et qui me semblaient me menacer de me faire essuier (essuyer) les memes avenus (avanies ?) qu’au généreux Colonel de PESTE."

En résumé Marie Thérèse HEIMBROCK envisage fin juillet 1784 de partir pour la France, mais elle est arrêtée à la Haye par un problème de dernière minute qui doit " à la fin " être avantageux, mais qui la fait languir pour l’instant.
Elle n’a pu de ce fait répondre à l’invitation du professeur HENNARD d’aller le voir à ? (peut être une ville de Hollande entre Utrecht et le port d’embarquement, ou encore une ville de France ? sur la route de Paris ?).

Toujours est-il que HENNARD et M.T.H se connaissent bien. Elle parle de P:une connaissance commune non nommée (pourquoi ?) et plus loin " de la personne de B :" De qui s’agit-il ?
Et pourquoi cette discrétion alors que le Colonel de PESTE est cité ouvertement ?

Le texte poursuit : "Si j’avais osé me démasquer, rappelle vous, je vous prie Mr, ce que j’ai eu l’occasion de vous dire à ce sujet. Enfin je voy le moment ou mes peines doivent fenir tant ce qui m’est personnele que ce qui regarde la personne de B : aussi remplie d’amabilité, et des toutes sorte des qualités, et nous aurons surement le triomphe de voir culbuter tous ses ennemis dignent de touts ressentiment, et qui seront encore trop heureux lorsqu’ils vouderons recourir au repentir et a la clemence de celui qu’ils onts outragé."

La personne de B : semble avoir de redoutables adversaires !
" Veuiller bien me donner de vos nouvelles et croire que personnes ne s’intéresse plus que moi à la conservation de votre santé que moi.

1784
Edit du Roi sur les manufactures.

Une copie de " l’édit du Roy de 1784 concernant l’introduction des fabriques étrangères dans le Royaume de France Le document est peut-être postérieur à cette date.
L’écriture est fine et serrée, très différente de celle de M.T.H. C’est la première fois que nous la rencontrons et d’autres documents (entre 1789 et 1796) nous apprennent qu’il s’agit de l’écriture du Baron de BORDE du CHATELET.

Nous reviendrons, largement sur ce personnage (peut-être personne de B : ?) qui aide Marie Thérèse dans ses négociations.

  • Le texte de l’édit comporte 3 articles :
    Art I ) " Sa Majesté permet à tous négocians et fabricans étrangers de former dans son Royaume des etablissemens de toutes espèces de fabriques de mousselines, de toiles blanches, de toiles peintes, d’étoffes de Cotton, de tannerie, de drapperie, et de toutes sortes de quincaillerie, à condition qu’ils y prendront domicile et y fixeront leur résidence personnelle, comme aussi à la charge que les dits nouveaux etablissemens seront placés à la distance de sept lieues au moins de la frontière ; et que ceux des dits négocians qui voudront jouir des avantages qui leur seront assurés par les articles suivans, seront tenus de faire pardevant l’intendant de la province où ils auront jugé convenable de former les dits établissemens, leur soumission. Il en sera rendu compte par ledit intendant au Controleur général des Finances de Sa Majesté."

Art II " Accorde S.M à ceux qui auront fait les dites soumissions, l’exemption de tous droits d’entrées et de traite pour toutes les matières premières telles que fils, cotons, ingrédiens de teintures, cuivres, métiers, machines et outils nécessaires à leurs établissement, à l’usage de leurs maisons, par les termes prescrits, pour compléter leur établissement."

Art III " Accorde S.M aux négocians et fabricans étrangers qui formeront les dits établissemens, et aux ouvriers étrangers amenés par eux qui serviront à leur exploitation, l’exemption de toutes impositions personnelles pendant 3 ans."

Ces avantages ne sont pas négligeables, et doivent inciter Marie-Thérèse HEIMBROCK à s’installer en France grâce à cet édit royal.

Nous verrons, par la suite des documents, qu’avec l’aide du Baron de BORDE, elle respecte la démarche prévue pour l’installation des manufactures établies par des étrangers.

A suivre...

Notes

[1VERGENNES (Charles Gravier, comte de) Dijon 1717 - Versailles 1787. Fils du Président à mortier du Parlement de Bourgogne, il voyage avec son grand oncle CHAVIGNY, Ambassadeur à Lisbonne (1740) Francfort (1741) Portugal (1745). Ministre plénipotentiaire à Constantinople (entente entre la Suède et la Pologne) ; il est disgracié par CHOISEUL en 1768 et se retire en Bourgogne.

En mars 1771, il est nommé Ambassadeur à Stockholm (coup d’Etat de Gustave III en août 1772). Remplace le Duc d’Aiguillon aux Affaires Etrangères en juillet 1.774, et aide à la chute de TURGOT en 1776. Il signe l’alliance de défense avec les Etats Unis (6 février 1778). Lors de la Succession de la Bavière, il refuse de soutenir l’Autriche (août 1778). Signe la Paix de Teschen le 13 mai 1779 et le traité de Versailles (3septembre 1783). I1 meurt en février 1787.

Voir « Le Comte de Vergennes, son ambassade en Suède » (MASSANGY 1898)
« A l’école d’un diplomate : Vergennes » (CHAMBRUN - 1944).

[2D’ORMESSON Contrôleur général des Finances entre 1781 et 1783. Remplace NECKER en mai 1781, CALONNE lui succède en novembre 1783.

[3CALONNE (Charles Alexandre de) Douai 1734 - Paris 1802. Avocat général au Conseil supérieur de l’Artois, procureur général au Parlement de Douai (procès des parlementaires de Rennes).Maître des Requêtes, (entrée au Conseil) nommé intendant à Metz en 1766, puis sur la demande de TURGOT à Lille en 1778. Il a des qualités d’administrateur et apporte tout son soin à l’entretien des canaux et routes, favorise le commerce flamand (essor du port de Dunkerque, débouché de l’industrie textile régionale).
Appuyé par le Comte d’Artois, Marie-Antoinette et Vergennes, il est appelé au Contrôle Général des Finances en 1783. Il a pour collaborateurs Dupont de Nemours, l’abbé Talleyrand-Périgord et le banquier Clavière.

Face au déficit chronique des finances, il reprend la politique de Necker, et présente un plan de réformes en 1786.C’est lui qui convoque l’Assemblée des Notables en 1787. Renvoyé du ministère le 8 avril 1787, il est remplacé par Loménie de Brienne.
Il gagne l’Angleterre pour échapper au procès du Parlement, se marie une seconde fois en 1788. Il entretient une polémique avec Necker, rappelé au ministère en août 1788.

En novembre 1789, CALONNE rejoint le Comte d’Artois à Turin, retourne à Londres en 1792, publie « le tableau de l’Europe » en 1795.Rentré en France en 1801, il meurt à Paris en 1802.

[4"MICHAUD DE MONTARAN (Jean-Jacques-Maurille) fils du précédent (Jacques Marie Jérôme 1701-1782) né à Paris, baptisé à Saint Jean en Grève le 7 juin 1735, Conseiller au Grand Conseil le 6 septembre 1754 ; obtint le 4 octobre 1757, des provisions de l’office d’Intendant du Commerce dont était pourvu son père, avec lettres de dispense d’âge et lettres de retenue de service pour M. DE MONTARAN père. Il vint prendre séance au Bureau de Commerce le 13 avril 1758, en qualité d’Intendant du Commerce à titre de survivancier de son père.
En Janvier 1768, sur le désir manifesté par le Gouvernement de substituer aux offices d’Intendant du Commerce des commissions données à des maîtres de requêtes, il se démit de sa charge d’Intendant, à condition d’en recevoir le remboursement et d’en continuer les fonctions par commission en qualité de Maître des Requêtes. Par bon du 31 janvier 1768, le Roi autorisa la liquidation de son double office d’Intendant du Commerce et de Conseiller au Grand Conseil, en même temps que sa nomination par commission aux fonctions d’Intendant du Commerce. Ses lettres de provisions comme Maître de requêtes sont du 3 février 1768, mais il ne fut reçu en cet office que le 7 décembre 1771. Il demeura en fonctions au Bureau du Commerce jusqu’en 1787, date à laquelle un règlement du 5 juin concentra la direction des divers services du commerce aux mains d’un seul intendant, qui fut TOLOZAN."

[5LENOIR (Jean Charles Pierre) né à Paris en 1732, baptisé à st Eustache le 10 décembre, fils de Jean Charles Joseph LENOIR, lieutenant particulier au Chatelet. Conseiller au Chatelet le 27 mars 1752, lieutenant particulier le 3 décembre 1754, lieutenant criminel le 9 décembre 1759, Maître des Requêtes le 17 juillet 1765, lieutenant général de police le 30 août 1774, il fut commis, par arrêté du Conseil du 11 septembre 1774, pour servir en cette qualité au Bureau du Commerce par augmentation et sans appointements. Il y vint prendre séance le 22 septembre 1774, pour servir en cette qualité au Bureau du commerce par augmentation et sans appointements. Il. y vint prendre séance le 22 septembre. Congédié par TURGOT, qui le remplaça par ALBERT, il reprit après le renvoi de TURGOT et la démission d’ALBERT, tout à la fois la charge de lieutenant de police et la place d’ALBERT, avec ses appointements, au Bureau du Commerce (arrêt du Conseil du 27 juin 1776) où il vint reprendre séance le 1er août. Il était conseiller d’Etat semestre depuis le 7 septembre 1775 et fut promu ordinaire le 30 octobre 1785. Il quitta définitivement la lieutenance de police et le Bureau du Commerce en juillet 1785 pour devenir Conseiller au Conseil Royal des Finances et garde de la Bibliothèque du Roi. Emigré à la Révolution, il mourut à Paris le 17 novembre 1807 ".

[6Pour bien comprendre le fonctionnement du « Ministère du Commerce et de l’Industrie », sous l’Ancien Régime, on se reportera à l’excellente présentation que font BONNASSIEUX & LELONG dans l’ouvrage « Conseil de Commerce et Bureau du Commerce (1700 - 1791) - Inventaire analytique des procès-verbaux. »

Les notes sur MICHAUD de MONTARAN et LENOIR sont tirées de « l’appendice du personnel » annexé à cette étude. Nous aurons l’occasion, dans quelques chapitres de voir dans le détail une des réunions de ce Bureau du Commerce.

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3 Messages

  • inhumation chez un père nourricier 27 octobre 2014 19:39, par guilleux annick
    • je viens de trouver dans les registres paroissiaux des AD 63 (paroisse de Beaumont) une étonnante déclaration
    • il est dit que le 5 juin 1715, l’enfant VERDIER de quelques mois est inhumé dans le tombeau de son père nourricier ; Etienne GIDON (mon ancêtre)
    • le père de cet enfant est un certain Pierre VERDIER, procureur à Clermont-Ferrand. Il est marié avec la fille d’un avocat, Marie GUYOT
    • nous n’avons aucune mention du nom de l’enfant ni du nom de sa mère
    • pourquoi est-il enterré chez son père nourricier ? cela est la première fois que je constate cet état de fait - je ne pense pas que cela soit courant - c’est sans doute un enfant illégitime -
    • pouvez-vous me donner quelques explications à ce sujet ?
      merci beaucoup - Annick GUILLEUX

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  • Article très intéressant, vivement la suite !
    Les délocalisations ne datent pas d’hier !

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  • à cette même époque, dans mon village, à côté de Montpellier, il y a l’installation d’une « fabrique d’indiennes ». Plusieurs ouvriers ont des noms à consonance germanique. Sont ils alsaciens, hollandais, belges ou allemands ? ils sont surnommés « l’allemand », et avec le temps, ça devient leur patronyme :Lallemand.

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