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Un exécuteur de la haute justice du roy au moyen-âge

Geoffroy Thérage, le bourreau de Jehanne la Pucelle


vendredi 13 octobre 2006, par Jean-Pierre Bernard

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La justice, au Moyen-Age, ne faisait pas dans la dentelle.
Nous allons le voir avec le métier que pratiquait Geoffroy Thérage, l’exécuteur de la haute justice du roy, autrement dit : le bourreau.
C’est lui qui exécuta Jehanne la Pucelle en 1431 à Rouen.

La torture, la peine de mort, sont interdits en France, et c’est très bien !
Il n’en était pas de même au Moyen-Age, et la justice, à l’époque, ne faisait pas dans la dentelle...
Nous allons en avoir un exemple dans ce qui suit.

Bien évidemment, il faut se replonger dans le contexte de cette époque, où les habitudes, les moeurs, la manière de voir les choses étaient différents. L’anachronisme est la pire des choses lorsqu’on se plonge dans l’histoire.

Le personnage que nous allons évoquer passerait de nos jours pour un personnage sanguinaire et sans pitié... un monstre ! Pour ce temps, il faisait partie du système, et personne n’avait rien à y redire ni à s’en plaindre.

L’exécuteur (ou le « persécuteur » : nom bien choisi !) de la haute justice du roi... c’est le bourreau !
Celui dont nous allons parler se distingue, parmi les autres, par le fait que c’est lui qui fera subir à Jehanne la Pucelle son martyre. Autrement, il n’était certainement pas différent de ses « collègues ».

Il se nommait Geoffroy Thérage, et son nom, pour le motif ci-dessus, restera dans l’histoire. Pendant au moins 25 ans, il semble que ce ne soit que lui qui soit le bourreau officiel, l’exécuteur des hautes oeuvres patenté, comme son titre l’indique : « maistre persécuteur des haultes oeuvres du Roy », au baillage de Rouen.

De nombreuses quittances conservées à la Bibliothèque Nationale, permettant de suivre son « travail » au long de ces années, de la première, le 6 août 1407, à la dernière, le 25 mars 1432, soit 25 années de « bons et loyaux services », sous Charles VII de France, puis sous les rois d’Angleterre Henry V et Henry VI ensuite, qui se disaient « rois de France et d’Angleterre ».

De cette longue liste de quittances, nous pouvons en extraire quelques unes :

  • 06/08/1407 : 15 sols tournois pour avoir mis au pilori un nommé Pierre Hellot,
  • 10/08/1411 : 20 sols tournois pour avoir traîné sur une claie, puis pendu, Collin Clémence,
  • 25/02/1420 : 20 sols tournois pour avoir décapité Gardin Hermenoult,
  • 27/01/1429 : 60 sols tournois pour avoir pendu un certain Oncler,
  • 14/07/1430 : 6 livres pour la décapitation de quatre brigands « fidèles à la France et au Dauphin »,
  • 26/03/1431 : 46 sols tournois pour quatre pendaisons
    ......
    Puis, le 30 mai 1431, c’est lui qui brûle Jehanne.

Mais là, pour la Pucelle, il semble bien qu’il ait ressenti quelques remords. Etait-il sincère ?
Jehanne, « embronchée » (cagoulée) fut amenée et il accomplit son travail. Puis, il déclara ensuite qu’il avait « grande compassion de la forme et cruelle manière » dont les anglais faisaient mourir Jehanne, sur son haut échafaud, où « il ne la pouvoit bonnement ni facilement expédier ni atteindre à elle. »

En effet, la coutume était, avant que le corps ne commençât à être touché par le feu, que le bourreau monte sur l’échafaud et étrangle le condamné. Geoffroy ne put faire cette besogne sur la condamnée.
On rapporte aussi qu’il fut bouleversé du fait que le coeur, « nonobstant l’huile, le soufre et le charbon » soit demeuré intact parmi les flammes et les cendres.

Il se confie à un moine, Frère Isembart, qui rapporta que, « incontinent après l’exécution, le bourreau vint à moi et à mon compaignon, frère Martin Ladvenu, frappé et ému d’une merveilleuse repentance et terrible contrition, comme tout désespéré, craignant de ne savoir jamais impétrer pardon et indulgence envers Dieu de ce qu’il avait fait à cette sainte femme. »

On a du mal à y croire ! Il est vrai que les anglais craignaient Jehanne comme une sorcière, et les ouï-dire ainsi que la non combustion du coeur dut l’interpeller quelque peu.
Mais il fera quand même son travail jusqu’au bout, et ira jeter le coeur dans la Seine.

Mais c’était là son activité habituelle, celle qui le faisait vivre, et qui lui permettait de très bien gagner sa vie.
De plus, il était habitué à son oeuvre de mort, la pratiquant depuis très longtemps.
Par la hache, le feu, la pendaison, plusieurs centaines de personnes passèrent entre ses mains, non seulement des criminels, mais aussi des gens qui résistaient à l’occupation anglaise.
L’une des quittances nous révèle pratiquement le « modus operandi » utilisé par Thérage :

Mandement de paiement pour une exécution de justice à Rouen - Salaire du bourreau.
Rouen, le 20 mai 1428.

« Jehan Salvain, chevalier, bailly de Rouen et de Gisors, au Viconte de Rouen, ou à son lieutenant, salut.

Nous avons tauxé à Guieffroy Thérage, maistre exécuteur de la haulte justice du Roy, nostre sire, audit lieu de Rouen, pour sa paine et sallaire d’avoir traisné au bout d’une charrette, sur une claye, Pierres Le Bigourdais, natif de la Haye-Malherbe, depuis le prisons (sic) du Roy, nostredit sire, ou dit lieu de Rouen, jusques au vieil Marchié, et audit lieu luy avoir coupé le poing, décapité et escartellé, et, d’icellui vieil Marchié, avoir mené en icelle charrette le corps d’icellui jusques à la justice, et audit lieu l’avoir pendu et mesmes assis la teste sur une lance, et pendu les quatres membres d’icellui, chascun à une vaulle (voûte ?) à quatre portes de ladicte ville, qui à ce avoit esté condamné pour ses démérites.
C’est assavoir :

  • pour l’avoir trayné 10 sols
  • pour avoir coupé ledit poing 10 sols
  • pour l’avoir décappité 20 sols
  • pour l’avoir escartellé 20 sols
  • pour avoir pendu ledit corps 10 sols
  • pour avoir pendu lesdits quatre membres 5 sols
  • pour lance 5 sols
  • pour ladicte charrette 5 sols
  • pour gans (gants) 12 deniers
  • et pour ladicte claye 2 sols,
    montent les parties dessus dictes la somme de quatre livres huit soulz tournois.

Sy vous mandons que, des deniers de vostre recepte, vous païez, bailliez et délivrez ladicte somme audit Geuffroy.
Et par rapportant ces présentes, avec quictance d’icellui Geuffroy, ce vous sera alloué en vos comptes et rabatu de vostre recepte, ainsi qu’il appartendra.
Donné à Rouen, le 20e jour de may l’an 1428. Signé : Dubusc. »
(Bibl. Nat.,MSS., vol.26.051, n°889).

CQFD ! Qu’avait donc pu faire le pauvre Pierre Le Bigourdais pour mériter un pareil traitement ?

On sait que Jehanne ne fut pas soumise à la « question » dont elle fut dispensée. Mais, dans la grosse tour du château de Rouen, ce n’est pas Thérage qui lui aurait infligée, le 9 mai 1431, mais Mauger Leparmentier qui était alors l’appariteur de l’Officialité, le tribunal religieux. Mais le 24 du même mois, il dut « pester » de perdre son temps. Près du cimetière de Saint-Ouen, il attendait avec un chariot que Jehanne lui fut livrée, mais la pseudo abjuration de cette dernière reporta à plus tard son exécution.

Dans la nuit du 29 au 30 mai, ce fut lui qui dut surveiller la construction du grand échafaud, une sorte de plateau de bois, rempli de fascines et de fagots, reposant sur un socle fait de pierres et de moellons.
Beaucoup de monde assiste au martyre de la Pucelle.
Ce qui est singulier, c’est le temps que dura la « mise en scène ». Jehanne, revêtue d’une longue robe de grosse toile, arrive aux alentours de 9 heures, en même temps que les juges et les dignitaires anglais.
Deux heures s’écoulent. Nicolas Midy prêche la condamnée ; l’évêque Pierre Cauchon lit la sentence. Jehanne fait sa « regraciation » ses prières et lamentations.
Tout cela est long... Un dignitaire interpelle : « Prêtre, nous ferez-vous dîner ici ? ».

Autre fait singulier : le baille, Jehan Salvain, ne prononce pas la formule légale de condamnation, anomalie plutôt rare. Ce bailli, d’ailleurs, avait peut-être déjà vu Jehanne, car ses troupes avaient participé au siège d’Orléans, en 1429.
Enfin, Thérage attache Jehanne au poteau du bûcher, qu’il déclara d’ailleurs plus élevé qu’à l’habitude.
A onze heures seulement, il met le feu au bûcher. De temps en temps, il pousse et attise les flammes jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques ossements calcinés, dans les cendres,et aussi... le coeur, intact dit-on, qu’il ira dans l’après-midi, sous escorte anglaise, jeter dans la Seine.

Il continue néanmoins à pratiquer son métier. Il fit, si l’on peut dire, même pire en 1432.
A Beauvais, sous les ordres du maréchal de Boussac, les français se préparaient à assiéger Rouen pour reconquérir la cité.
Une nuit, un détachement de 105 français s’introduisent subrepticement dans le château, pour le prendre, et en égorgent la garnison, sous le commandement d’un nommé Ricarville. Les anglais, en hâte, font venir des soldats des environs, pour prêter main-forte, et assiègent les français retranchés dans la tour.
Ricarville et ses compagnons vont les braver durant 17 jours, puis se rendent enfin, le 18 mars 1432, les canons étant venus à bout de leur résistance.

On prend les français, et on coupe aussîtôt la tête à Ricarville, leur chef. Les autres sont livrés à Thérage, qui va tous les exécuter le même jour.
Il décapite, écartèle, pend les membres, « asseoit » les têtes sur des lances..... 104 fois !!
Un vrai massacre, une épouvantable tuerie !
A-t-il mit des gants, comme il l’a fait pour Pierre Le Bigourdais....? Raffinement suprême !

Alors, peut-on croire qu’il ait ressenti de la compassion et du repentir lorsqu’il brûla la Pucelle ?
Il est légitime d’en douter.

Ref. : Méd. Orléans - Bull. SAHO - Bibl.Nat.

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