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Une lettre peu banale

Une pépite dans un registre parisien déposé sur Geneanet


vendredi 6 novembre 2020, par Serge Bouvart

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Les registres déposés sur Geneanet peuvent nous apporter quelques surprises. En participant à l’indexation de documents, j’en ai trouvé un qui est peu banal.

Le 8 août 1765 Pierre Nicolas Delaville (environ 31 ans) remet son testament olographe à son notaire.

Après avoir recommandé son âme à Dieu et l’avoir prié de pardonner ses pêchés, il rédige son testament par sa pure volonté et pour mettre sa conscience en repos s’il lui arrivait un accident.

Il laisse une rente viagère de 500 Livres à chacune des deux filles naturelles de son père, Catherine et Charlotte Delaville.

Il laisse également 1200 Livres de rente constituée à une petite quarteronne nommée Adélaïde ; c’est en fait sa fille naturelle qu’il a eu à Saint Domingue ; et 1000 Écus de pension à son fils naturel Nicolas Jean Louis Delaville.

Mr Bouin, son homme d’affaires, sera son exécuteur testamentaire et recevra en récompense une rente viagère de 100 Écus sa vie durant.

Pierre Nicolas estime que ses héritiers ne peuvent trouver ce testament mauvais car, malgré ces dons, ils leur laissera plus de 400 000 Livres.

Rien d’anormal et de bien étonnant dans ce testament, mais Pierre Nicolas remet le même jour à ce même notaire une lettre et plusieurs documents avec l’instruction suivante :

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« A Madame Villon pour remettre après ma mort »

Celle-ci habite dans une galerie du Palais Marchand à Paris (se trouvait autour du Palais Royal actuel).

La lettre :

« Vous trouverez Madame l’extrait baptistaire de votre fille, de plus le certificat du commissaire, le nom de la sage femme. Avec tous ces indices, vous aurez des nouvelles de votre enfant qui doit être aux enfants trouvés.
Soyez persuadée que si j’avais été là, mon pouvoir de mieux faire que l’argent ne m’aurait rien coûté.
Elle a été portée avec la pièce dont vous trouverez le double enveloppé dans un même morceau de satin. » Ce huit août 1765, Delaville

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Le double de la pièce et du sachet

Le certificat du commissaire :

Du mardi 6 août 1765, 5 heures du soir,
Une fille paraissant nouvellement née trouvée rue Saint Honoré au coin de la rue des Boucheries ainsi qu’il nous a été déclaré par la demoiselle Patte nièce de de la dame Bazin, maîtresse sage femme.
Dans les langes s’est trouvé un billet dont voici la teneur : 
Je certifie que Anne Louise félicité née de père inconnu et d’Anne Félicité de Balcourt a été baptisée ce jour 6 août 1765 signé Varenne avec paraphe prêtre à Saint Roch.
Au dessous, l’enfant a une pièce d’argent en équerre marquée d’un B dont l’on garde la pareille, plus s’est trouvé dans ses langes une espèce de sachet en satin cramoisi paraissant renfermer autant la pièce d’argent ci dessus annoncée pendant à un ruban de soie bleu.

Il est évident que la demoiselle Patte n’a pas trouvé l’enfant. C’est la dame Bazin qui a aidé à l’accouchement, a présenté sans doute le jour même l’enfant au baptême à l’église Saint Roch et peut-être porté le bébé aux enfants trouvés.

Madame Villon accouche donc clandestinement, sous le nom de Debalcourt. Son enfant lui est peut être tout de suite retiré, elle ne sait pas ce que celui-ci va devenir et ne semble même pas connaître le nom de la sage femme. C’est Pierre Nicolas qui avec son argent semble avoir, sinon tout organisé, du moins payé les services de la dame Bazin.

Pourquoi Pierre Nicolas veut-il attendre sa propre mort pour que madame Villon ait quelque espoir d’avoir des nouvelles de sa fille ?

Pierre Nicolas Delaville n’est sûrement pas le père de la petite fille, il veut mettre sa conscience en repos par son testament, lègue à ses enfants naturels Nicolas Jean Louis Delaville et Adélaîde sa petite quarteronne.

Il ne semble donc pas avoir de problème de conscience concernant la petite Anne Louise Félicité Balcourt. Il n’est donc peut-être qu’un parent ou un ami de Madame Villon et n’a fait que lui rendre un service.

Louise Anne Félicité est enregistrée le 16 août 1765 aux enfants trouvés sous le n° 3422.

Pierre Nicolas Delaville est décédé le 25 mai 1802 à Fontainebleau(77), à l’âge de 68 ans..

Madame Villon a t-elle eu un jour des nouvelles de sa fille ? Pourquoi la lettre et les documents sont-ils toujours dans les archives du notaire et n’ont pas été remis a leur destinataire ? Mystère !

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Biographie (essai) de Pierre Nicolas Delaville

Voir en ligne : Les documents sont consultables sur Geneanet vues 4 à 13

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6 Messages

  • Une lettre peu banale 6 novembre 10:34, par CHARON Bernard

    Passionnant ! Merci...

    Répondre à ce message

  • Une lettre peu banale 7 novembre 13:31, par Andrée Vergain

    Quelle lettre intrigante ? Merci pour cette histoire !
    Sur Geneanet, on ne trouve rien sur la mère ou la fille, sous un nom ou un autre. Que sont-elles devenues ?

    Bon dimanche !

    Andrée

    Répondre à ce message

  • Une lettre peu banale 8 novembre 12:22, par Anne DES DESERTS

    Bonjour,
    L’adresse m’interpelle : Galerie des Prisonniers !
    Y avait-il des habitations dans cette galerie ?
    Cette dame Villon, Villou ne serait-elle pas une dame de petite vertu ?

    Répondre à ce message

  • Une lettre peu banale 8 novembre 12:25, par catherine marquet

    Oui, une histoire bien mystérieuse. MLLE DE BALCOURT , si tel était son véritable nom devait être d’une famille aristocratique et a « fauté » , donc, elle a dû être obligée d’abandonner sa fille . Ensuite, elle a peut-être épousé un « roturier », MR VILLON.

    Répondre à ce message

    • Une lettre peu banale 8 novembre 13:18, par Serge Bouvart

      Elle n’a pas épousé « ensuite » un monsieur Villon ; vu la date de la lettre et la date de naissance de l’enfant elle s’appelle déjà Madame Villon. Il existe à l’époque de Nicolas Delavigne et de Mme Villon, un Bernard Villon, capitaine de navire lui aussi propriétaire à Saint-Domingue comme Pierre Nicolas (qui aurait peut-être côtoyé cette famille). Coïncidence ? Un capitaine absent pendant de longs mois, une femme seule, çà pourrait être une explication. Je n’ai rien pu trouver dans ce sens.

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  • Mademoiselle 12 novembre 20:58, par Anne des Déserts

    Bonsoir,
    1765 : remise du testament et de cette lettre
    1803 :décès de Pierre Nicolas Delaville soit 38 ans après la remise de son testament et de cette lettre à son notaire.

    Il a probablement rendu service effectivement à une de ses connaissances mais il ne veut surtout pas qu’on lui impute cette paternité. Aussi après sa mort, comme sa succession est organisée, peu importe alors.

    Mais en 38 ans, il s’en passe des choses, la « galerie des prisonniers » n’existe plus incendiée et détruite ! Et la Révolution est arrivée qui a tout bouleversé.
    Comment retrouver cette femme ? Vit-elle toujours ? Mission impossible et cette lettre est restée dormir dans le dossier.
    Anne

    Répondre à ce message

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