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jeudi 16 mai 2013, par Danièle Treuil, Jacques Dupé, Jean-Louis Kiffer, Michel Guironnet, Thierry Sabot
La petite histoire de nos ancêtres

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La petite histoire de nos ancêtres

Une chronique familiale et une aventure généalogique : Le parcours du combattant pour échapper au service militaire (suite) : la réforme ou un remplaçant ? (épisode 19) par Danièle Treuil

- Pour lire les épisodes précédents...

En même temps qu’Antoine se bat en justice pour sortir son fils aîné du mauvais pas où il s’est égaré, il doit mener un autre combat, combien traumatisant lui aussi. Claude, alors âgé de vingt ans, vient en effet le 16 mai 1829 de « tirer le mauvais numéro », qui l’engage, pour sept ans, à accomplir le service militaire ! En deux épisodes, je vais relater la bataille de tous les instants engagée par Antoine pour les sortir de là. Toute la famille est concernée.

Un peu d’histoire…

Fini le volontariat

C’est après la Révolution, qui a supprimé le recrutement par volontariat de soldats de métier, que la loi Jourdan du 5 septembre 1798 a institué le principe d’un service militaire national, auquel tout citoyen valide peut être astreint. Une loi de 1804, supprimée en 1814, puis rétablie en 1818 (loi Gouvion St Cyr) a établi que l’enrôlement se ferait par tirage au sort. Le principe est le suivant : le maire doit dresser la liste de tous les jeunes gens qui ont vingt ans révolus dans l’année désignée comme l’année de leur classe. Ce sont les conscrits. Il organise ensuite le tirage au sort. Selon le quota déterminé par le département et le numéro tiré, certains seront définitivement libérés de toutes obligations militaires, tandis que d’autres au contraire devront partir faire leur service. La durée de celui-ci varie selon les époques. Au moment qui nous intéresse, le service dure sept ans, une éternité… ! C‘est seulement en l905 que le service militaire devient obligatoire pour tous.

« Faire le conscrit »

En attendant le tirage au sort, les garçons sont impatients de « faire le conscrit », car c’est l’occasion de festoyer et de se livrer à toutes sortes de manifestations bruyantes et joyeuses. Vient enfin le temps du tirage au sort, instant redouté ! Dans le Forez, ceux qui ont tiré le bon numéro – autrement dit, ceux qui vont échapper au service - sont portés en triomphe, puis un bal regroupe la jeunesse, avant le départ de ceux qui n’ont pas eu cette chance ! Au cours de ce dernier bal, chaque conscrit suspend au plafond une bouteille dont le contenu sera consommé au moment du retour des libérés de l’année ; la manifestation est baptisée « dépendaison des bouteilles »… La classe suivante, dite du « balai », formée par les plus jeunes d’une année, les remplace à partir de ce moment dans les fêtes villageoises.

Le suspense du tirage au sort

La date du tirage au sort est fixée huit jours à l’avance, par voie d’affiche. Ce jour-là, seront désignés ceux qui doivent partir, les « mauvais numéros ». La procédure est précise : on jette dans l’urne autant de bulletins qu’il y a de noms sur la liste générale ; ces bulletins portent un numéro différent, à partir du numéro 1. Chaque conscrit, suivant l’ordre dans lequel il est inscrit sur la liste, est appelé à tirer un bulletin… plus le chiffre inscrit est élevé, plus le conscrit a des chances de rester civil, le quota étant atteint avant le numéro qu’il a tiré. Tout au contraire si le chiffre est bas (moins de 100 par exemple…), il va faire partie du contingent.

Les tirés au sort forment la liste des « appelés », laquelle donne la liste du contingent, le nom du régiment et la date d’incorporation. Les listes indiquent le nom par ordre alphabétique, le numéro de tirage, la taille, la profession, le lieu et le nom des parents. Beaucoup de conscrits cherchent à se faire exempter. Les guerres menées par Napoléon sont meurtrières. C’est de la conscription qu’est née après 1809 la légende de l’Ogre, un ogre qui, tel le Minotaure de l’Antiquité, réclame son lot de jeunes hommes à dévorer. C’est ainsi qu’en 18l3 de nombreuses noces sont célébrées pour permettre aux garçons d’échapper à la levée de trois cent mille hommes, décrétée après la campagne de Russie, qui constitua une hécatombe. On dit encore de nos jours « c’est la Berezina » [1], pour parler d’une catastrophe !

Catastrophe pour Claude et les siens : le mauvais numéro…

Mai 1829 - Claude tire le numéro 32, c’est un des premiers numéros, par définition un mauvais numéro… Il fait partie des appelés et va être enrôlé pour sept ans ! Toute la famille est en émoi. S’il ne peut échapper au sort qui l’attend, qui va aider le père vieillissant, lequel démarre qui plus est une nouvelle exploitation ?

En attendant, l’affaire est en route. Claude reçoit le 16 mai 1829 l’ordre de comparaître devant le conseil de révision le 18 juin. Il n’a hélas aucun motif de réforme à faire valoir, ni mariage, ni infirmité, pas même une trop petite taille. (Je n’ai pas retrouvé, tant à la mairie qu’aux archives, la liste des appelés de cette année qui aurait donné quelques précisions). Le moment est vraiment mal venu. Il est en plein procès et attend de savoir s’il va être convoqué en cour d’assises !

De ce fait, va-t-il même se présenter au conseil de révision le 18 juin 1829 à St-Germain-Laval, comme il lui est demandé ou la date est-elle reportée ? De toute façon, même si le moment est retardé (nous avons vu que son affaire judiciaire s’arrange au cours de l’année 1830), il n’a pu se faire exempter, puisque nous apprenons un peu plus tard qu’il est affecté au 13e bataillon de chasseurs, basé à Thionville… l’autre bout de la France… une catastrophe de plus ! Claude est déjà parti en février 1831, quand son père lui adresse la première lettre d’une série de missives qui sont venues jusqu’à nous. Antoine, qui a cinquante ans, est effondré. Après tout ce qu’il a fait pour son aîné, les trois ans tout occupés à le tirer d’affaire, il se retrouve sans garçon pour l’aider à exploiter la ferme, pour sept longues années ! Aucun autre de ses enfants, ni gendre, n’est en âge de l’aider… Comment faire pour surmonter ce nouveau coup du sort ?

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Serez-vous pendu ?
Thème : Les noms de famille.
Indice : Ce nom de famille désignait un domaine tenu, en indivis, par des frères et sœurs.


 


La petite histoire de nos ancêtres

François Eugène Pheulpin, ça vous dit quelque chose ? (suite et fin ?) par Jacques Dupé et Michel Guironnet

« François Eugène Pheulpin, ça vous dit quelque chose ? »

L’une des fidèles lectrices de La Gazette nous a communiqué la fiche matricule de cet artilleur de marine. C’est l’occasion de publier cet additif à notre précédent article... Suite et fin ?

Souvenez-vous, l’article a paru le 28 juin 2012 sous le titre « François Eugène Pheulpin, ça vous dit quelque chose ? » Oui maintenant, ça nous dit quelque chose. Grâce, tout particulièrement, à l’une des nombreuses et fidèles lectrices de La Gazette, Sophie Fulhaber, qui nous a communiqué la fiche matricule de cet artilleur de marine [2].

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Extrait de la fiche matricule de François Eugène Pheulpin

Signalement
cheveux et sourcils châtains
yeux châtains, front ordinaire
nez moyen, bouche moyenne
menton rond, visage ovale
taille : 1 m 76

Son « degré d’instruction générale » est noté 3. C’est-à-dire, qu’en plus de savoir lire et écrire, il possède une instruction primaire.

Entre le tissage des toiles de chanvre, de lin ou de coton, François, choisit de « filer » ailleurs, dans d’autres contrées. À 20 ans, il s’engage pour une durée de quatre ans le 24 septembre 1898 sous le matricule B 3150 comme second canonnier servant, au 2e Régiment d’Artillerie de Marine [3].

Il accroche ses galons de premier canonnier servant le 21 août 1901 (probable date de la photo). Le 7 août 1902, il rempile pour trois ans, puis encore deux, et ainsi de suite.

Ses différentes affectations

- Différents Régiments d’artillerie Coloniale : 2e RAMa, 6e RAC, 3e RAC, 7e RAC, 2e RAC, 6e RAC et 3e RAC.

- Le 15 mars 1914, il est libéré du service actif, mais restera en réserve dans « la territoriale ». Il sera démobilisé le 1er février 1919.

- Armée Territoriale : affecté pendant la guerre aux différents Régiments d’Artillerie Lourde (RAL) : 188e RAL, puis le 89e RAL, puis 1er Régiment d’Artilleurs à pieds, 87e RAL, 81e RAL et retour au188e RAL.

Ses campagnes

- Le Sénégal du 13 janvier 1899 au 31 octobre 1899 (6e RAC).
- Côtes Occidentales Françaises [4] (en guerre) du 1er janvier 1900 au 15 août 1900.
- La Réunion du 10 avril 1901 au 15 juillet 1902.
- Le Sénégal du 1er avril 1904 au 26 mars 1906.
- Madagascar (en guerre) du 10 aout 1907 au 21 août 1909.
- Le Sénégal du 10 janvier 1912 au 30 janvier 1914.

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Campagnes, blessure et décoration

Ses blessures (en service commandé)

« Le 4 juin 1913, pendant un tir à la tourelle, remplissant fonction de pourvoyeur en projectile ; (François Eugène) dégageait aidé d’un autre servant, un projectile du basculeur lorsque, par suite d’un mouvement brusque, il reçut une blessure à la main gauche qui nécessita son admission d’urgence à l’ambulance (N° 40) ».

Décorations

A reçu la médaille coloniale avec agrafe « Afrique-Occidentale Française » [5].

Sa vie civile (de retraité)

François Eugène Pheulpin a 42 ans et il est célibataire. Il se retire le 22 octobre 1919 à Audincourt (4, rue Romaine) dans le Doubs (25), puis le 9 mars 1920 à Lepuix-Gy en Territoire de Belfort (90).

En 1921, il figure dans les recensements, mais c’est sa mère qui est notée comme chef de famille. Le père, Louis-Philippe Pheulpin, est sans doute décédé.

En 1926, il est déclaré « chef de famille » et doit s’occuper de sa mère veuve.
Le 25 août 1931, il décède à Giromagny, rue Saint Pierre.

En 1931, sa mère, Fanie Angélique Rossée, à 74 ans, était toujours tisseuse. Elle décèdera, après l’été 1934, à la maison de retraite de Rougemont le Château (canton de Fontaine).

Conclusion ?

Il se disait dans la famille qu’il était mort à la Grande Guerre, dans le Jutland. Pourquoi ce mensonge ? Était-ce pour cacher une brouille familiale ? Laquelle ? Peut-être avec son père Louis-Philippe ?

Le père avait connu la guerre de 1870 et avait été fait prisonnier au siège de Belfort par les Allemands. Ils ont été emmenés en Allemagne à pied. Il en avait été très marqué.

Est-ce qu’il ne voulait pas que son unique fils fasse carrière dans l’armée ? Peut-être ne s’entendaient-ils pas tous les deux. L’acte de décès de Louis-Philippe pourrait-il nous en apprendre davantage ?

Ce que l’on devine, c’est qu’il s’entendait bien avec sa mère Fanie Angélique, puisqu’il la rejoint dans sa vie civile jusqu’à sa mort.

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Serez-vous pendu ?
Thème : Les mots du passé.
Indice : Ce mot désigne un homme qui a un fort appétit.


 


La petite histoire de nos ancêtres

Quel était l’usage de cet objet avec une lame en forme de cheval ? par Jean-Louis Kiffer

Cet objet a été trouvé dans un grenier en Alsace.

Il mesure 35 cm de long,17 cm de large et d’une hauteur 12 cm.


Il s’agit visiblement d’un objet pour couper quelque chose, mais quoi ?

D’après quelques recherches sur le net, le sigle gravé sur le manche est un emblème basque en forme de trèfle courbé.

Le cheval est en acier un peu acéré.

Quel pouvait être l’usage de cet objet ?

Merci pour votre aide,

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C’est arrivé en ce temps-là

- Le contexte économique en 1851

En 1851, les récoltes surabondantes font chuter les prix des denrées, notamment les céréales, la pomme de terre, le vin et le bétail.
Développement des métiers du commerce dans les campagnes : les auberges-épiceries concurrencent sérieusement les colporteurs. Même si les départs définitifs vers les villes s’intensifient (notamment vers les villes industrielles et les grands ports), les campagnes n’ont jamais été aussi peuplées. Le travail rural à domicile est mis à mal par la grande industrie et les droits d’usage divers (pâturage, cueillette) sont vivement contestés par les grands propriétaires. Pour l’essentiel, les ruraux vivent encore en autarcie (autoconsommation industrielle paysanne). Alors que les trois quarts des Français vivent dans les zones rurales, la population active agricole est de 14,3 millions de personnes, dont 54 % d’hommes (on dénombre 900 000 journaliers et 200 000 domestiques).
Vers 1851, dans l’Aisne, un journalier non nourri gagne environ 1,25 F par jour (cf. 1871).
Au recensement de 1851, les ouvriers sont au nombre de 4,4 millions : seulement 25 % travaillent dans des établissements de plus de 10 salariés ; les autres sont employés dans de petites usines rurales.
En février, la loi fixe les règles de l’apprentissage et précise que «  le maître d’apprentissage doit se conduire envers l’apprenti en bon père de famille, surveiller sa conduite et ses mœurs, soit dans la maison, soit en dehors  ». Il a l’obligation de formation de ses apprentis.
Dans l’industrie textile, adoption progressive du filage mécanique… Singer lance la fabrication en série de ses machines à coudre.

Sources :
- D’après Contexte , fiche 1851.

Livre : la sélection de la semaine

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- Pour découvrir les publications des rédacteurs

À raison de 2 livres par an, la collection Théma raconte la petite histoire de nos ancêtres.

Après le premier numéro intitulé Nos ancêtres et les mentions insolites des registres paroissiaux,

le deuxième ouvrage est consacré au Coût de la vie, niveau de vie et de fortune de nos ancêtres selon les époques et le rang social.

Le numéro 3 aura pour sujet : Les signatures de nos ancêtres, ou l’apprentissage d’un geste (à paraître au second semestre 2012).

- Abonnez-vous dès maintenant pour bénéficier d’un tarif préférentiel.

P.-S.

En haut de la page, le Logo de La Gazette Web est dessiné au crayon noir intense, rehaussé à la gouache, d’après une planche des Études prises dans le bas peuple ou les cris de Paris, d’Edme Bouchardon, gravée par le comte de Caylus (XVIIIe siècle). Le document original est conservé à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Une reproduction, qui a servi de modèle pour le logo, est publiée par Massin dans Les cris de la Ville, commerces ambulants et petits métiers de la rue, Paris, Albin Michel, 1985.

Sauf mention contraire indiquée sous le document, les illustrations de La Gazette Web proviennent de collections privées, avec autorisation du/des propriétaire(s).

La police de caractères 1550.ttf utilisée pour le titre de La Gazette Web a été créée par Frédéric Michaud.

Notes

[1Berezina – ma mère utilisait cette expression et m’avait dit qu’elle la tenait de sa propre mère, née en 1880. Il faut croire que l’horreur de cette défaite pour la France, lors de la retraite de Russie en Novembre 1812, allait marquer les esprits durablement.

[2Les artilleurs de marine sont appelés « bigors » en jargon militaire, et « marsouins » pour l’infanterie de marine.

[3A compter du 1er janvier 1901, tous les régiments de marine, comme le 2e RAMa, deviennent Régiment Colonial (2e RAC). En 1962, ces régiments reprennent leur nom de Régiment de Marine (Infanterie, Artillerie, Parachutiste)

[4Qui deviendront Afrique-Occidentale Française (AOF)

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