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Journal de voyage de Jean Louis Isaac Tardy (4e épisode)

Passage du cap des tempêtes


vendredi 1er février 2008, par André Vessot

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Parti de Toulon depuis plus de 2 mois, Jean Louis Isaac Tardy poursuit la rédaction de son journal de voyage, à peine interrompue par une courte escale au cap. Dans cet épisode nous découvrons la prise d’un requin bleu de 100 kg, mais aussi la détérioration des conditions de vie sur le navire : le manque de lumière, la mauvaise cuisine ou la suppression de l’absinthe.

Vendredi 10 février 1860

…Les oiseaux continuent à nous suivre mais la chose à remarquer est le passage d’une grande bande de souffleurs, le nombre en était prodigieux. J’ai prié mon collègue B… de vouloir bien faire à la fin de mon cahier un dessin représentant ce poisson.

Dimanche 12 février 1860

Hier nous avons eu un calme complet, nous avons peu marché, la journée n’a rien offert de particulier, même température, même direction, petite marche, les oiseaux continuent à nous suivre. Dans la nuit une légère brise s’est élevée, elle s’est maintenue dans la journée d’aujourd’hui, c’est un vent d’ouest complètement arrière qui nous imprime une vitesse de cinq à six nœuds. La journée a été très belle, ciel pur et sans nuage, la chaleur n’a pas semblé plus forte que ces jours derniers. La mer est belle, roulis par moments. Notre direction est toujours complètement Est … Les oiseaux nous ont quittés. L’on a en vue dès le déjeuner un bâtiment mais on ne l’aperçoit qu’à l’extrême horizon, il semble venir dans la même direction que nous. Vers deux heures après-midi il a déjà beaucoup gagné sur nous, on l’aperçoit bien mieux, mais à quatre heures la brume à l’horizon est si épaisse qu’il se détache peu à peu à nos regards, peut-être du reste s’éloigne t-il ?

Lundi 13 février 1860

Dès le matin le bâtiment dont j’ai parlé était de nouveau en vue, il était juste au point que nous sur nos côtés, on a pu correspondre avec lui par signaux et nous avons appris que c’était le Jura [1]. Toute la journée il a été en vue plus ou moins selon que la brume était plus ou moins épaisse, il n’a pas sensiblement beaucoup gagné sur nous. Rien autre de nouveau. Le temps a été beau toute la journée, le matin cependant il y avait une brume pluvieuse. La chaleur est assez forte. La mer est très belle, peu de roulis, pas de tangage. Nous nous dirigeons toujours vers l’est avec une voilure presque complète, une bonne brise S.O nous pousse cinq à six nœuds, par moments davantage. A midi l’on est par 35° 36’ longitude Sud, par 0° 26’ latitude Est, nous avons passé le méridien de Paris. J’ai remis ma montre à l’heure de Paris, je ne l’avais pas remise depuis la côte d’Amérique, aussi à midi d’aujourd’hui marquerait-elle 9 heures moins vingt cinq minutes.

Un requin s’est emparé du loch

Mardi 14 février 1860

Pluie fine le matin, beau temps le reste de la journée ; le soleil est assez chaud mais l’air est très frais le matin, et le soir il fait positivement froid au point que j’ai été obligé de mettre mon paletot d’hiver ; mais on supporte avec plaisir ce froid qu’en réalité une chaleur d’un soir d’été, car on a encore 17-18°C. La mer est belle, sans roulis ni tangage. Nous nous sommes dirigés jusqu’à midi vers l’Est, grâce à un vent S.O mais on a été obligé ensuite de changer de direction car le vent la refuse en devenant E.S.E aussi nous dirigeons-nous vers le N.N.E. A midi l’on se trouve par 35° 41’ latitude Sud, par 2° 46’ longitude Est. La brise qui comme je l’ai dit a varié dans sa direction s’est maintenue de face et nous a poussé 5 à 6 nœuds. Il s’est passé un fait peut-être inouï dans les annales de la marine, un poisson (un requin pense t-on) s’est emparé du loch [2] et on pouvait à peine le retirer, et il est resté sur la planchette la trace de ses dents. Le Jura a disparu on ne l’a pas revu, il a probablement gagné beaucoup sur nous pendant la nuit dernière. Ce soir cette malheureuse brise contraire semble vouloir se modifier en bien, puissions-nous ne pas nous tromper.

Mercredi 15 février 1860

La journée a été très belle, en effet si le soleil s’est montré toute la journée il a fait fuir la brise. Et nous avons eu le calme le plus complet aussi n’avons-nous pas bougé de place, il y a eu peu de houle. Notre direction a varié, ce qui du reste importait fort peu puisque nous tournons sur place. La température a été plus élevée qu’hier on a eu 23°C et 24°C et le soir n’a pas amené de fraîcheur. L’on a vu une foule de poissons flottants nommés galères, on a même pu en recueillir quelques uns dans des seaux. Ce petit poisson est très joli. Voici à peu près sa forme, il est composé d’une carcasse cartilagineuse qui est recouverte d’une fine pellicule d’une coloration bleu de Prusse, à sa surface inférieure se trouve une quantité de radicules qui sont les spores, au moyen desquelles il respire, sa partie perpendiculaire à la partie plane adaptée à la surface lui sert de voile c’est à dire de moyen de progression. On a pris en outre plusieurs petits coquillages, et on a pris un petit crabe charmant.

Prise d’un requin bleu de 100 kg

Jeudi 16 février 1860

Le calme a continué la nuit et ce matin la mer était unie comme une glace, ce calme a duré tout le jour, pas la moindre brise, pas la plus petite vague. Notre direction est bien EES mais nous n’avançons pas. Ce soir apparaissent beaucoup de nuages à l’horizon dans toutes les directions, ces nuages s’amoncèlent et bientôt un vent violent se lève, une pluie fine tombe en abondance et est fouettée par le vent. Ce temps dit-on annonce un orage, espérons qu’il n’en sera rien. Nous marchons bien vers l’Est mais ce vent parait refuser c’est-à-dire nous prend debout, car la direction actuellement SSE tend à devenir E. Le vent souffle dans les mats avec bruit, attendons. La journée a été signalée par la prise d’un requin d’une belle grosseur, son poids était de 100 kilos, sa longueur de 3 mètres, sa peau est bleue (c’est l’espèce dite bleue), on l’a disséqué. On a vu plusieurs coquillages et galères…

Vendredi 17 février 1860

Du calme toujours du calme, aussi rien de nouveau. Journée nulle, pas de vent, pas de marche. Le soleil nous a chauffé tout le jour. La journée a été plus chaude que les précédentes, chaleur assez vive 24° à 25°C, on transpire comme au tropique. Le requin écorché sur la dunette a laissé une odeur forte et insupportable. Fort roulis…

Samedi 18 février 1860

Beau temps, ciel pur et serein, chaleur assez forte mais un peu inférieure à celle d’hier 22°-23°C. La mer est belle, vagues légères, roulis presque insensible, tangage nul. Nous nous dirigeons à ESE. Voilure presque complète, pas de brigantine [3] , pas de voiles accessoires, on a cependant les bonnettes du hunier et du perroquet [4] à tribord et à bâbord…

La brise nous pousse dans la bonne direction

Lundi 20 février 1860

Hier matin en nous levant nous trouvons une bonne brise qui fait filer au bâtiment ses 9-10 nœuds. Cette brise NO nous pousse dans la bonne direction, aussi pense-t-on arriver le lendemain au Cap. La journée est très belle mais le soir la brise augmente, la crainte de marcher trop vite à la côte nous fait virer de bord. La nuit le vent va en augmentant aussi au réveil ce matin le bâtiment danse sur une mer très agitée ; le vent souffle avec violence dans les mâts, on n’a laissé qu’une seule voile, toutes les vergues ont été descendues ; le vent ne se calme nullement les vagues sont énormes, l’eau embarque à chaque instant, nous n’avons pas encore de mer aussi grosse, cependant je ne suis pas trop tourmenté par le mal de mer. On a pris une direction SSO c’est-à-dire opposée à notre destination, mais l’absence de voile fait que nous ne marchons pas, ce qui est fort heureux, cependant on file à la dérive, c’est-à-dire en travers vers l’Est. Le soir la brise a molli un peu mais le roulis est aussi et même plus fort, la houle est énorme, je fais néanmoins des compliments à l’Isère elle ne se comporte pas trop mal par une grosse mer. On a eu dans la journée en général le soleil, cependant il y a par instants de légères pluies. Le temps est très frais. On a recours aux paletots d’hiver. On a vu bon nombre d’albatros magnifiques, des cordonniers, de petits oiseaux ressemblant à des hirondelles. Ils mangent le lard des lignes cassent l’hameçon mais ne se laissent pas prendre. On a vu aussi des marsouins. Ce fameux vent était NO c’est le vent qu’on rencontre assez souvent au Cap des tempêtes, c’est-à-dire le Cap de Bonne Espérance…

Escale au Cap

Jeudi 1er mars 1860

Nous sommes arrivés à la vue de la table (Table Bay) le 22 février à 9 h ½ du soir après avoir chauffé toute la journée. Plusieurs signaux ont été nécessaires pour nous diriger le soir dans cette rade. Nous avons mouillé à une certaine distance, mais le matin nous avons pris un mouillage plus rapproché. Nous sommes descendus à terre à la ville du Cap le 23 à midi.
La ville du Cap et les environs sont situés au Sud-ouest de l’Afrique par 34° de latitude Sud par 16° de longitude Est. C’est une colonie anglaise, enlevée aux hollandais en 1814. La population indigène composée de cafres [5] et de hottentots [6] forme une partie très minime de la population, le reste est formé d’anglais et de hollandais, ces derniers ont des mœurs un peu différentes de celles des anglais qu’ils n’aiment du reste pas, ils parlent encore la langue allemande et ne se servent de l’anglais que pour les relations. La ville est jolie, bien bâtie, bien commerçante, propre, elle possède environ 25000 habitants. La vie est très chère, la monnaie française perd beaucoup de sa valeur. La chaleur est très forte, les fruits y abondent. Les campagnes environnantes sont charmantes. La culture ne se rencontre que plus loin. A 22 km se trouve quelques clos et trois habitations où se cultive le raisin qui sert à faire le vin de Constance vin très cher.
Aujourd’hui à midi nous avons levé l’ancre, nous avons pris une direction SSO afin de passer le Cap de Bonne Espérance (Cap of Good Hope). Une bonne brise nous a permis de filer sept à huit nœuds et de nous passer de vapeur.

Vendredi 2 mars 1860

Le ciel est très nuageux, plusieurs fois dans la journée la pluie est tombée en plus ou moins grande abondance. Peu à peu le ciel s’est découvert et le soir on n’aperçoit plus de nuages qu’à l’horizon, aussi toutes les étoiles brillent-elles dans un ciel bleu. Hier au cap il faisait une forte chaleur, en un jour la température s’est modifiée notablement, la journée d’aujourd’hui a été très fraîche, les vêtements d’hiver ont reparu et le soir on a même mis les cabans. Température moyenne 15°C. La mer est très agitée, belles vagues, mer moutonneuse, il y a un joli mélange de roulis et de tangage et cependant j’ai évité le mal de mer. Nous nous dirigeons vers le SSE, nous avons conservé toute notre voilure ordinaire moins le cacatois . Nous avons fait près de 100 lieues depuis notre départ. Un fort vent NO souffle, vent violent sifflant dans les mâts et gonflant bien les voiles, on file 9 à 10 nœuds toute la journée. On a aperçu un bâtiment qui nous a gagné tout d’abord beaucoup, mais qui a perdu son avance du moment que nous avons incliné un peu vers l’Est et que nous avons largué notre brigantine et notre grande goélette, on l’a aperçu jusqu’à la nuit tombante. Froid vif.

On n’a même pas d’eau pour se laver

Samedi 2 mars 1860

Le temps a été très variable, nuages pluvieux, horizon clair, le temps a changé plusieurs fois. Le froid a été moins sensible qu’hier. Les vêtements d’hiver se supportent toujours bien. La mer est restée houleuse et agitée, mais non moutonneuse, car le vent est tombé le matin. Toute la nuit il a soufflé avec la même intensité et dans la même direction ce qui fait que jusqu’au matin on a filé 10, 11, 12 et même 13 nœuds, mais le matin la brise a molli, le roulis a continué aussi fort qu’hier. La brise a changé plusieurs fois de direction, mais toujours faible, nous n’avons filé que 2 à 2 nœuds et ½, nous avons viré de bord plusieurs fois. Nous avons fait du SSE, de SE, de SO, la voilure simple a été dehors toute la journée. Le bâtiment vu hier paraissait encore ce matin. Les repas commencent à devenir ce qu’ils étaient avant d’arriver au Cap, vu que par économie on n’a pas fait d’achats de vivres. La lumière est parcimonieusement distribuée. La bouteille [7] est sombre et le carré n’est éclairé que pour la forme, une lampe fumeuse dans laquelle on n’a pas mis d’huile. On n’a pas même d’eau pour se laver. L’absinthe a été supprimée. On a mangé quelques homards à cause de leur bon marché excessif. Les raisins n’ont été achetés qu’autant qu’ils étaient à un prix très modique. Les légumes ont été complètement négligés.
Plats du jour pour toute la semaine y compris le dimanche omelette (avec oignon ou non), côtelettes de mouton parfumé lard, haricots, fromage de tête de mort, du raisin encore pour un jour (chef de gamelle M.Borchaud médecin auxiliaire de 3e classe).

Dimanche 4 mars 1860

Le temps était magnifique le matin, beau ciel bleu sans nuages, mais peu de vent, calme, marche nulle. Mais peu à peu le vent s’est élevé, la mer a grossi, la marche s’est activée, on a filé dès le midi 6 à 7 nœuds par un vent SOO, le soir le temps s’est couvert, la brise a augmenté, il y a un grain, une pluie fine et froide, on a été obligé de larguer plusieurs voiles. Le soir le ciel est toujours nuageux, mais l’horizon n’est noir qu’au ENE et par conséquent la brise ne peut nous amener cet orage. Bonne vitesse, bon vent pas trop de roulis ni de tangage, sinon par moment. Température assez basse pour la saison dans ces parages. Mauvais déjeuner et mauvais dîner…

Lundi 5 mars 1860

Le temps ressemble absolument à celui d’hier, même variation, le vent était fort dès le matin, mais c’est un vent SE conséquemment peu favorable aussi notre route a-t-elle été en moyenne Sud, en prenant le vent au plus près, on a filé 5 à 6 nœuds en moyenne. Mer assez grosse, un peu de roulis et de tangage. Température 17°C, on a vu un magnifique albatros et quelques cordonniers. Nuages filant rapidement. Mauvais déjeuner, dîner passable.

Les alcyons fourmillent autour du bâtiment

Mardi 6 mars 1860

Le temps a été beau, sans nuages presque toute la journée, un seul moment la pluie a paru menacer mais le nuage et le soleil a continué. Beau clair de pleine lune. Température toujours aussi fraîche 17° à 18°C. Mer agitée comme les jours derniers, même roulis peu de tangage. Nous avons continué les directions S jusqu’à 5 heures du soir puis nous avons pu enfin prendre la direction SE (toujours non compris la variation qui est à 25° vers l’Est). Voilure simple presque complète, comme les jours précédents, on a largué par moments les cacatois et pris le ris [8] de chasse le soir. La brise est toujours assez forte, elle était ESS puis a varié un peu avantageusement le soir vers le Sud. Nous le prenons au plus près et elle nous donne malgré cela une vitesse moyenne de 5 à 6 nœuds. Albatros magnifiques. Alcyons [9]. On continue à les pêcher à la ligne sans succès.

Jeudi 8 mars 1860

Hier journée semblable aux précédentes par le vent, la marche, la direction. J’ajouterai qu’il y a eu quelques forts coups de tangage. Le froid a été de plus en plus vif depuis midi, on a cru même à la présence assez prochaine de bans de glace. Aujourd’hui la température s’est modifiée avantageusement comparativement à hier, néanmoins il ne fait pas chaud nous n’avons pas été au dessus de 17,5°C. Le vent ESE a continué avec la même force jusqu’à 5 heures du soir, nous avons continué la même marche et la même direction c’est-à-dire Est, moins 18° vers le Sud. A 5 heures le vent a changé et a pris la direction OSO direction très favorable qui nous a permis de filer jusqu’à l’Est c’est-à-dire notre pure direction. C’est un vent grand large en sorte que nous filons 7 à 8 nœuds, roulis assez fort, mer grosse, vent frais. Nous mangeons mieux.

Samedi 10 mars 1860

Hier le temps a été assez beau, la température basse, on a eu 11°C. La mer était très grosse, le tangage très fort, nous avons fait route vers l’Est. Le vent était très fort et a conservé la direction OSO. La marche a été de 9 à 10 nœuds, nous avons poussé par moment jusqu’à 11. Ce matin le temps était beau, soleil, le froid est excessivement vif, nous n’avons que 9°C, on le ressent tellement à cause de la brise qu’à peine on peut rester sur le pont. La mer est plus calme mais la houle est très forte ce qui fait que le roulis et le tangage sont toujours aussi forts, la mer cependant recommence à se rider et à grossir dans la journée, le roulis est moins fort. Nous nous dirigeons le matin vers ENE car la bise vient de SE, elle est du reste très faible. Elle se lève plus fort mais vient de l’Est. Vers 2 heures de l’après-midi on prend alors la direction ESE. La marche du matin était de 2 nœuds. Après midi elle vient de 5 à 6 nœuds. Les alcyons fourmillent autour du bâtiment. On remarque aussi un grand nombre d’albatros magnifiques. Leur vol est majestueux ils s’abattent gracieusement sur l’eau soit pour se reposer soit pour chercher leur nourriture que sont les débris du bâtiment ou des poissons. On les pêche toujours avec de la viande mais sans succès, ils ont cassé deux hameçons très près.

J’ai admiré les matelots sur les vergues

Dimanche 11 mars 1860

La journée a été pluvieuse, le ciel nuageux, le froid a été moins vif, en effet la température est montée le matin à 10°C, l’après midi à 11°C. Du reste on ressent bien moins les effets du froid. Le soir le temps s’est éclairé et les étoiles se voient presque toutes. La mer a été très peu agitée dans la journée et le soir elle est presque calme peu de roulis et de tangage. Notre direction de tout le jour a été SE (avec la variation Est moins quelques degrés). Notre voilure de la journée a été la voilure ordinaire, mais le soir on a mis les bonnettes hautes et basses à tribord et à bâbord. Le vent a été le même qu’hier dans la journée, le soir il vient presque Ouest tout à fait, cela nous fait vent arrière mais c’est une brise si faible qu’on a presque calme plat et la marche diminue de beaucoup, ainsi la moyenne du jour a été de 7 nœuds et ce soir nous filons que 4 à 5 nœuds. Les mêmes oiseaux continuent à nous suivre, on n’en a pris. L’on a vu dit-on de loin une grosse baleine, mais je ne l’ai pas vu, elle a lancé dit-on en l’air un jet d’eau de plusieurs dizaines de mètres, elle était environ à une demi lieue. J’ai admiré les matelots sur les vergues : ces hommes sont admirables.

Lundi 12 mars 1860

Beau temps, ciel pur et très nuageux, soleil toute la journée, aussi quoiqu’il fait encore froid et que le thermomètre à l’ombre se soit maintenu à 10°C on était très bien sur la dunette, chauffés par les rayons du soleil. La mer est presque calme, pas de vagues, très peu de houle, on n’a ni roulis ni tangage. Faible brise qui a varié et n’a jamais été contraire mais jamais assez forte pour nous faire filer plus de 4,8 nœuds, la moyenne a été de 4 nœuds. Direction toujours SEE (Est par la variation). La journée a été très belle, très agréable. J’ai bavardé sur le pont tout l’après midi. J’ai vu hier moins d’oiseaux cependant il en reste quelques uns.

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Sources :

- Journal de voyage de Jean Louis Isaac Tardy (Archives familiales)

- L’univers illustré 1860 (Archives familiales)

- Termes de marine : Mandragore

- Flotte de Napoléon III : http://dossiersmarine.free.fr/

Notes

[1Bâtiment parti de Toulon le 07/12/1859 avec 765 passagers

[2Instrument servant à mesurer la vitesse du navire à la surface de la mer

[3Voile principale du mât d’artimon sur les trois-mâts

[4Voile carrée, gréée au dessus des huniers sur le mât de perroquet surmontant le mât de hune

[5Peuple noir d’Afrique australe habitant la région du Cap

[6Peuple vivant dans la partie méridionale du S.O africain issu d’un mélange de chamites et de bochimans

[7Demi tourelles placées à l’extérieur, de chaque côté de la poupe et servant de latrines aux officiers

[8Partie d’une voile destinée à être repliée

[9Oiseau fabuleux

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