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Une chronique familiale et une aventure généalogique : Le parcours du combattant pour échapper au service militaire (suite) : la réforme ou un remplaçant ? (épisode 19)


jeudi 16 mai 2013, par Danièle Treuil

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- Pour lire les épisodes précédents...

En même temps qu’Antoine se bat en justice pour sortir son fils aîné du mauvais pas où il s’est égaré, il doit mener un autre combat, combien traumatisant lui aussi. Claude, alors âgé de vingt ans, vient en effet le 16 mai 1829 de « tirer le mauvais numéro », qui l’engage, pour sept ans, à accomplir le service militaire ! En deux épisodes, je vais relater la bataille de tous les instants engagée par Antoine pour les sortir de là. Toute la famille est concernée.

Un peu d’histoire…

Fini le volontariat

C’est après la Révolution, qui a supprimé le recrutement par volontariat de soldats de métier, que la loi Jourdan du 5 septembre 1798 a institué le principe d’un service militaire national, auquel tout citoyen valide peut être astreint. Une loi de 1804, supprimée en 1814, puis rétablie en 1818 (loi Gouvion St Cyr) a établi que l’enrôlement se ferait par tirage au sort. Le principe est le suivant : le maire doit dresser la liste de tous les jeunes gens qui ont vingt ans révolus dans l’année désignée comme l’année de leur classe. Ce sont les conscrits. Il organise ensuite le tirage au sort. Selon le quota déterminé par le département et le numéro tiré, certains seront définitivement libérés de toutes obligations militaires, tandis que d’autres au contraire devront partir faire leur service. La durée de celui-ci varie selon les époques. Au moment qui nous intéresse, le service dure sept ans, une éternité… ! C‘est seulement en l905 que le service militaire devient obligatoire pour tous.

« Faire le conscrit »

En attendant le tirage au sort, les garçons sont impatients de « faire le conscrit », car c’est l’occasion de festoyer et de se livrer à toutes sortes de manifestations bruyantes et joyeuses. Vient enfin le temps du tirage au sort, instant redouté ! Dans le Forez, ceux qui ont tiré le bon numéro – autrement dit, ceux qui vont échapper au service - sont portés en triomphe, puis un bal regroupe la jeunesse, avant le départ de ceux qui n’ont pas eu cette chance ! Au cours de ce dernier bal, chaque conscrit suspend au plafond une bouteille dont le contenu sera consommé au moment du retour des libérés de l’année ; la manifestation est baptisée « dépendaison des bouteilles »… La classe suivante, dite du « balai », formée par les plus jeunes d’une année, les remplace à partir de ce moment dans les fêtes villageoises.

Le suspense du tirage au sort

La date du tirage au sort est fixée huit jours à l’avance, par voie d’affiche. Ce jour-là, seront désignés ceux qui doivent partir, les « mauvais numéros ». La procédure est précise : on jette dans l’urne autant de bulletins qu’il y a de noms sur la liste générale ; ces bulletins portent un numéro différent, à partir du numéro 1. Chaque conscrit, suivant l’ordre dans lequel il est inscrit sur la liste, est appelé à tirer un bulletin… plus le chiffre inscrit est élevé, plus le conscrit a des chances de rester civil, le quota étant atteint avant le numéro qu’il a tiré. Tout au contraire si le chiffre est bas (moins de 100 par exemple…), il va faire partie du contingent.

Les tirés au sort forment la liste des « appelés », laquelle donne la liste du contingent, le nom du régiment et la date d’incorporation. Les listes indiquent le nom par ordre alphabétique, le numéro de tirage, la taille, la profession, le lieu et le nom des parents. Beaucoup de conscrits cherchent à se faire exempter. Les guerres menées par Napoléon sont meurtrières. C’est de la conscription qu’est née après 1809 la légende de l’Ogre, un ogre qui, tel le Minotaure de l’Antiquité, réclame son lot de jeunes hommes à dévorer. C’est ainsi qu’en 18l3 de nombreuses noces sont célébrées pour permettre aux garçons d’échapper à la levée de trois cent mille hommes, décrétée après la campagne de Russie, qui constitua une hécatombe. On dit encore de nos jours « c’est la Berezina » [1], pour parler d’une catastrophe !

Catastrophe pour Claude et les siens : le mauvais numéro…

Mai 1829 - Claude tire le numéro 32, c’est un des premiers numéros, par définition un mauvais numéro… Il fait partie des appelés et va être enrôlé pour sept ans ! Toute la famille est en émoi. S’il ne peut échapper au sort qui l’attend, qui va aider le père vieillissant, lequel démarre qui plus est une nouvelle exploitation ?

En attendant, l’affaire est en route. Claude reçoit le 16 mai 1829 l’ordre de comparaître devant le conseil de révision le 18 juin. Il n’a hélas aucun motif de réforme à faire valoir, ni mariage, ni infirmité, pas même une trop petite taille. (Je n’ai pas retrouvé, tant à la mairie qu’aux archives, la liste des appelés de cette année qui aurait donné quelques précisions). Le moment est vraiment mal venu. Il est en plein procès et attend de savoir s’il va être convoqué en cour d’assises !

De ce fait, va-t-il même se présenter au conseil de révision le 18 juin 1829 à St-Germain-Laval, comme il lui est demandé ou la date est-elle reportée ? De toute façon, même si le moment est retardé (nous avons vu que son affaire judiciaire s’arrange au cours de l’année 1830), il n’a pu se faire exempter, puisque nous apprenons un peu plus tard qu’il est affecté au 13e bataillon de chasseurs, basé à Thionville… l’autre bout de la France… une catastrophe de plus ! Claude est déjà parti en février 1831, quand son père lui adresse la première lettre d’une série de missives qui sont venues jusqu’à nous. Antoine, qui a cinquante ans, est effondré. Après tout ce qu’il a fait pour son aîné, les trois ans tout occupés à le tirer d’affaire, il se retrouve sans garçon pour l’aider à exploiter la ferme, pour sept longues années ! Aucun autre de ses enfants, ni gendre, n’est en âge de l’aider… Comment faire pour surmonter ce nouveau coup du sort ?

Un vrai parcours du combattant s’engage…

Pour celui qui est enrôlé et a déjà rejoint son régiment, deux moyens se présentent encore pour échapper à la durée du service : engager de nouvelles tentatives pour obtenir la réforme ou payer un remplaçant. Cette dernière possibilité existe à partir de 1800 et jusqu’en 1872, pour ceux qui le peuvent ; Antoine se dépense dans tous les sens, ne ménageant ni sa peine, ni ses deniers ; rien n’est facile. Claude est-il tout autant motivé ?

Je reprends là aussi, dans l’ordre chronologique, toutes les lettres trouvées dans les archives familiales. Elles se suffisent à elles-mêmes. J’en respecte l’orthographe. Avant de rejoindre Thionville, nous découvrons que Claude se trouve en transit à Paris, grâce à une lettre du 9 mars 1831. Il faut faire vite…

Plus d’espérance de réforme… ?

St Just en Chevalet, le 27 février 1831

Cher fils
Comme tu nous donne à entendre par ta dernière lettre qu’il n’y a plus d’espérance de réforme pour toi, nous nous proposons de te fournir un remplaçant. Si tu as quelque marche pour en faire trouver un, écris le nous tout de suite, informe toi donc autant que tu pouras du moyen que l’on peut prendre. La classe a déjà passé la révision et tous ceux qui ont eu les pieds plats ont été réformés. Ecris-nous le nom de tes chefs. Comme nous faisons tout ce que nous pouvons de notre côté pour toit, écris nous tout de suite, ne manque pas de nous faire réponse tout de suite
signé : Pras
marque nous si on t’a fait quitter les sabots et ne fais pas voir la lettre

La lettre du 9 mars - une compagnie d’assurances à Paris ?

Antoine envisage donc de trouver un remplaçant pour son fils. Il a pris conseil. Ceux qui achetaient un remplaçant pouvaient passer par une assurance pour se prémunir des problèmes qu’un remplaçant choisi au hasard pouvait causer, s’il désertait avant l’année probatoire. Il demande à son beau-frère Rivaux, marié à une sœur de sa femme, de se renseigner. Ce dernier s’adresse à son tour à un conseiller, dont nous avons déjà rencontré le père avoué, un sieur Laurent ; ici, il s’agit du fils. Les réseaux fonctionnent.

Roanne, le 9 mars 1831
très pressée - A Monsieur Jean Marie Rivaux
propriétaire et adjoint au village Chazelle - Commune de St Just-en-Chevalet.
Mon Cher Rivaux
Il y a déjà huit jours que je vous ai écrit pour vous faire part des conditions proposées par la compagnie d’assurances de Paris, relativement à Pras, votre neveu. Je vous demandais une prompte réponse et je ne sais comment il se fait que je l’attende encore.
Bref, j’ai fait écrire de nouveau à ces messieurs, comme je vous le promettais par ma lettre et l’on vient de me communiquer leur réponse définitive, de laquelle il résulte qu’ils ne veulent pas descendre au dessous de deux mille cent francs, tout compris ; ainsi c’est un rabais de quatre cents francs et qui n’est pas à dédaigner.
Soyez plus exact cette fois que l’autre et répondez moi sur le champ ; il n’y a pas un instant à perdre ; dans le fait, si le régiment quitte Paris, il n’y a pour ainsi dire plus d’espoir de sortir Pras d’affaire ; d’un autre côté, considérer je vous prie qu’un remplaçant de ce genre est beaucoup plus avantageux que tout autre, attendu qu’il évite les inquiétudes que donne nécessairement un remplaçant pris au hasard et dont il faudrait répondre pendant un an et un jour. Enfin, je le répète, le régiment sorti de Paris, il n’y a plus d’espoir. Voyez donc Pras arrêter de suite une détermination quelconque et faite m’en part, afin que je puisse moi-même le communiquer à ces messieurs de manière qu’ils sachent à quoi s’en tenir.
Votre fils Rivaux vous prie de lui envoyer des chemises - signé : Votre tout dévoué, Laurent fils.

Il ne semble pas que les Pras aient donné suite à cette proposition, jugée sans doute trop chère. Ils reviennent alors à la première solution, laquelle consiste à obtenir la réforme coûte que coûte.

La caserne de La Pépinière

Quelques jours avant cette lettre, Claude a reçu une note qui nous apprend qu’il est basé à la caserne de la Pépinière. Nous découvrons qu’elle se situe à Paris. La caserne a été construite en 1763, sous le nom « caserne de la Pologne », pour servir de casernement aux Gardes Françaises. A son emplacement se trouve aujourd’hui, n° 24 à 28 de la rue de la Pépinière (angle place St Augustin), le cercle national des Armées, plus connu sous le nom de cercle militaire interarmes (c’est dans le 8è arrondissement). Ainsi Claude a-t-il eu l’opportunité de connaître un peu Paris, car il devait avoir quelques permissions de sortie. Quel dépaysement !

La note du 3 mars 1831, adressée à la caserne de la Pépinière

Juillet 1831 : Claude est à Thionville. Tous les espoirs fondés sur l’intervention du chirurgien Major  

Pour l’instant, Antoine a renoncé au remplaçant, opération risquée sans assurance. Claude est à Thionville cette fois. Il sera peut-être plus facile d’obtenir la réforme ici, en intervenant auprès du chirurgien major pour qu’il reconnaisse que Claude a les pieds plats… Antoine écrit deux lettres le même jour, à quelques heures d’intervalle.

Si tu obtiens la réforme par son moyen…
Juré, le 24 juillet 1831 Mon cher fils
En recevant cette lettre, tu en recevra une autre en datte de ce jour. Je le marque dans la première lettre que j’écrirai au chirurgien major à ton sujet. La chose étant trop délicate, j’ai pensé qu’il valait mieux que tu lui parlât toi même : et la chose sera facile, si c’est le même chirurgien dont tu nous a parlé dans ton avant dernière lettre ; si ce n’est pas le même, il faut tout de même parler au chirurgien à qui tu veux que j’écrive, et lui dire que la mauvaise constitution de tes pieds te gêne beaucoup dans le service, que tu désire être réformé, et que si tu obtiens la réforme par son moyen, tes parents lui témoigneront leur gratitude de la manière que vous conviendrez entre lui et toi. Lorsque tu lui aura parlé, tu m’écrira pour me dire ce qu’il t’aura dit et ce qu’il y aura à faire : voilà pour le moment tout ce que je peux faire pour toi.
Tous les parents se portent bien et te font leur compliment. Je finis en t’embrassant et suis pour la vie ton père
Signé : PRAS
Dis nous si tu portes toujours tes sabots, si tu as besoin de l’argent, marque le moi, je t’en ferai passer tout de suite… Je te recommande toujours d’être sage.

Tu prendras la hardiesse de lui parler…
St Just-en-Chevalet, le 24 juillet 1831 - adressé à Claude Pras, militaire au l3ème léger, 3e bataillon 5e compagnie

Cher fils
J’ai écrit, comme tu me le conseille par ta lettre, au chirurgien major. J’ai mis les deux lettres à la poste ensembles, je pense qu’elles arriveront de même ensemble à Thionville ; ainsi, quand tu auras reçu la tienne, tâche de te trouver à sa rencontre pour voir s’il te parlera de quelque chose. Si toutefois après deux ou trois jours, il ne te dis rien, tu prendras la hardiesse de lui parler et ne négligera rien pour le gagner en ta faveur et lui faire connaître l’injustice qu’on t’a faite. Je suis fort étonné que tu nous a rien dit comme je te l’avais recommandé, au sujet de savoir si on pourrait trouver et faire recevoir un remplaçant à Thionville, si nous ne pouvons faire autrement.
J’ai reçu hier de Roanne une lettre qui me marque d’aller retirer tes affaires. Ainsi, si tu n’as point fais de démarches pour les rentrer n’en fais point. Dire que si tu obtiens la réforme par son moyen, tes parents lui témoigneront leur gratitude.

Nous avons fait une bonne récolte en foin et en blé. Rien autre dans le pays qui puisse t’intéresser. Aussitôt que tu auras parler au chirurgien major, écris nous de suite. Toute la famille se porte bien et te fait des compliments et je suis en attendant une prompte réponse ton bon père.

Claude a-t-il réellement les pieds plats ? Il faut dire qu’à l’époque les chaussures des militaires n’étaient pas confortables, notamment les pieds droit et gauche n’étaient pas distingués. On les portait alternativement pour les user de façon égale et surtout les faire au pied. Il faut attendre 1843 pour avoir des souliers différenciés et surtout le cordonnier Alexis Godillot (1816-1899), qui ajouta une tige en cuir pour recouvrir la cheville et devint, à partir de 1859, le fournisseur principal du Ministère de la Guerre. Il laissa son nom à la chaussure.

Une précision : à l’époque de Claude, lorsque les chefs demandaient aux soldats de marcher au pas, comme beaucoup d’entre eux ne connaissaient pas la droite de la gauche, on leur faisait mettre de la paille d’un côté et du foin, de l’autre et la consigne de la marche « droite-gauche », qui nous est familière aujourd’hui, était tout simplement « paille-foin ». Tout le monde comprenait !

Les lettres d’Antoine
Chaque fois, Antoine va trouver un « conseiller » pour rédiger les lettres, on ne parle pas encore « d’écrivain public ». On doit lui relire, avant qu’il signe. La lettre (transcrite un peu après) est écrite en trois écritures différentes. Antoine ajoute même un texte de sa main, d’une écriture malhabile et difficile à déchiffrer.

Original d’une lettre rédigée en trois écritures différentes : extraits (31/8/1831)

Ne rien lâcher, toujours essayer, sans se décourager…
Voici la transcription de la lettre. Antoine a envoyé de l’argent, à la demande de son fils. Il est cette fois encore question de réforme, mais Antoine commence à douter que cette voie aboutisse. Il sera peut-être nécessaire de passer par le « marchand d’hommes ». Dans les deux cas, il faut payer… mais le moins possible, en veillant surtout à ne pas être trompé.

Transcription de la lettre du 31 août 1831

Prendre garde de ne pas te laisser duper…

La Bussière, le 31 août 183l
Mon Cher fils
J’ai reçu ta lettre du 24 août. Elle m’a fait, ainsi qu’à tous tes parents un sensible plaisir. Je m’empresse d’y répondre de suite et de t’envoyer les 400 F que tu me demandes. Tache de les employer utilement. Si tu peux obtenir la réforme, tu gratifieras ceux que tu jugeras à propos. Je veux dire le chirurgien major et les autres chefs qui t’auront été utiles ; si on ne veut pas te réformer, tu feras un remplaçant. Mais dans ce cas il ne faudra lâcher les 400 F que lorsque ton remplaçant aura été reçu et que ta libération aura été remise, car il faut bien prendre garde de ne pas te laisser duper. On trouve partout des gens adroits qui ne cherchent qu’à tromper les ignorants des campagnes. Si tu ne peux être réformé, ce serait le meilleur, si on ne veut pas te réformer, il faudra te faire remplacer, à tant bon marché que tu pourras et après vos conventions et que le remplaçant aura été reçu et que tu auras été libéré, tu compteras les 400 F et après l’année de responsabilité, je paierai le restant. Il faut bien faire attention que l’homme qui te remplacera ou celui qui te le fournira ait de quoi répondre des 400 F, car s’il venait à déserter avant l’année de responsabilité, les 400 F seraient perdus et tu serais obligé de repartir. Aussi, fais attention de bien passer les cordes et fais toi assister par des gens instruits. Voilà tout ce que j’ai à te marquer à ce sujet.
Au reste, toute la famille et les parents se portent bien. Ils t’embrassent et te font leur compliment. La récolte a été abondante en paille, mais ce n’est pas grainé. Rien de nouveau au pays qui mérite tes attentions. J’oubliais de te dire que Labouré de Montloux que tu connais bien s’est fait remplacer au corps qui est à Strasbourg pour mille F Si tu pouvais en faire autant, ce serait bon.
Je finis en t’embrassant et suis pour la vie ton père.
Signé : Pras
PS. S’il fallait plus de 400 F pour te faire réformer, écris moi et je te ferai passer dans un court délai ce qui te sera nécessaire.

La lettre se poursuit donc dans une écriture différente :

J’avais oublié de te dire de bien prendre garde à ton argent. Si tu n’as pas une ceinture, achète en une et ne la quitte ni le jour, ni la nuit, de crainte que tu ne sois volé. Vois celui qui te comptera l’argent et prie le de n’en rien dire et s’il pouvait t’obtenir quelques pièces en or, quand tu devrais lui payer une bonne bouteille, je te fais passer 420 F. Fais moi passer le nom de tes chefs. Fais tout ton possible pour te faire réformer, quand même ça coûterait l’argent d’un remplaçant, ce serait plus sur. J’aime tout autant compter d’une manière que de l’autre. Donne leur toujours entendre que tu n’es pas riche et.... que si tu as l’occasion de revoir ce marchand d’hommes (dans) ce cas di lui car ça pourrait nuire à ta réforme voyant (qu’on) cherche à t’acheter un homme. Je te conseille quand (tu recevras) les lettres de les bruller. J’attends une prompte réponse.

Après suit un paragraphe presque illisible, rédigé d’une troisième écriture. Ce qui précède a été écrit par deux personnes différentes et le dernier texte, par Antoine. Nous avons pu déchiffrer la partie droite du texte, l’autre morceau de la feuille manquant

« ... Lorsque tu iras retirer ton arjan et fait (ton) afair, tu la bruleras si tu veux, mais prend bien garde de ne pas perdre les … qui et … donc a faire de pouvoir retirer ton arjan de la poste en petit billet et le reste ... laisser au buraud de la poste ».

Antoine est très inquiet. Son fils n’a pas toujours suivi ses conseils et lui coûte beaucoup d’argent. Il est loin. Il ne maîtrise pas la situation, car il ne connaît pas les codes dirait-on aujourd’hui. Pourtant, il ne veut pas pour autant renoncer. Sinon, que vont-ils devenir, lui qui a tant besoin de bras pour mettre en valeur la ferme qu’il est en train d’acquérir ?

Lire la suite : 20 - Le parcours du combattant (suite) : L’achat d’un remplaçant ?

Notes

[1Berezina – ma mère utilisait cette expression et m’avait dit qu’elle la tenait de sa propre mère, née en 1880. Il faut croire que l’horreur de cette défaite pour la France, lors de la retraite de Russie en Novembre 1812, allait marquer les esprits durablement.

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11 Messages

  • Bonjour Danièle,

    Cet article qui parle longuement de la conscription est particulièrement intéressant car il raconte de façon très vivante les démarches entreprises par Claude Pras et son père afin d’échapper au service militaire.

    J’avais écrit il y a 4 ans un article sur mon grand-père maternel, celui dont les ancêtres étaient originaires des Monts de la madeleine, à partir d’un écrit sur le tirage au sort qu’il nous avait laissé :

    http://www.histoire-genealogie.com/...

    Mais j’avoue que je n’étais pas allé si loin dans mes recherches.

    Bravo donc Danièle, en attendant la suite. Bien amicalement.

    André Vessot

    Répondre à ce message

    • Bonjour André,

      Je suis surpris des détails donnés par votre Grand père au sujet des conscrits. Je n’en ai pas encore trouvé de choses semblables dans ma famille, et je n’ai rien trouvé sur mon grand père paternel sur le registre matricule. Peut-être a
      t’il eu la chance comme Paul Duchamp de tirer un bon numéro.

      Comme quoi, les écris anodins peuvent faire revivre une personne.

      J’ai trouvé ce récit très intéressant.

      Amicalement.
      Georges

      Répondre à ce message

    • Bonjour André

      J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le récit que fait votre grand père de la journée du tirage au sort. C’était un moment exceptionnel dans la vie des jeunes gens, et c’est extraordinaire qu’on trouve ainsi, tout autant détaillé, le déroulement de ce grand jour. On y trouve l’attente et la tension, qui précèdent le tirage au sort, jusqu’aux festivités qui l’accompagnent, (y compris tard dans la nuit), où se trouvent mêlés famille et copains de la même classe d’âge. Il est heureux je pense parce que c’est l’intronisation dans sa vie d’homme et de citoyen, mais aussi parce qu’il ne tire pas un des premiers numéros qui l’aurait enrôlé longtemps. D’ailleurs, il est « réformé » très vite« ... Je ne pense pas que tirer un »mauvais numéro« était en effet considéré positivement la plupart du temps ; d’ailleurs il déclare : c ’est dans la lettre A que le »Laurier« (c’est à dire d’après vos explications le meilleur numéro évitant le service, je ne connaissais pas cette expression, ni celle du »bidet" à l’inverse) est sorti, un tout petit jeune homme a eu le bonheur de l’attraper.
      Ce récit complète pour moi le déroulement d’une journée, dont j’ignorais tout. Il est possible qu’à 70 ans de distance, l’organisation matérielle du tirage ne se déroulait pas exactement de la même façon, surtout en campagne, mais l’attente, l’excitation, la joie ou la déception étaient sans doute au rendez-vous tout pareil... et le sentiment pour les jeunes gens de franchir une étape importante. Pour la famille, dans le contexe d’une exploitation à mener, où le père" manquait de bras pour l’aider, c’est une catastrophe comme on peut l’observer, qui explique le mal qu’il se donne.

      Merci André de votre fidélité pour lire ces épisodes et les enrichir de vos commentaires - Danièle Treuil

      Répondre à ce message

  • Bonjour Danièle,

    Très intéressante description des démarches faites pour a
    éviter le service militaire et surtout ce qui est assez frappant de sentir comment le sort s’acharne sur Claude dans cette période de sa vie. Quant à Antoine,il ne lâche rien,fais beaucoup de recommandations et très attentif aux dépenses.

    Quant au terme « la bérézina » il se dit encore assez fréquemment et l’on comprend bien pourquoi.

    Merci, j’attends la suite .

    Georges.

    Répondre à ce message

    • Bonjour Georges

      Il est vrai que le sort semble s’acharner sur Claude, mais je pense que ses mésaventures constituent à cette époque le lot commun à beaucoup de jeunes gens et de familles de paysans. On craignait moins de mourir à la guerre, comme pendant toute la période révolutionnaire et napoléonienne, mais le service militaire obligatoire pour ceux qui avaient tiré le mauvais numéro était une catastrophe car il durait sept ans - sinon pour l’intéressé, satisfait peut-être d’échapper à l’emprise paternelle - mais pour les familles qu’il privait de forces vives. Par ailleurs, les agressions verbales ou physiques, rixes, disputes, entre voisins, quand ce n’était pas au sein des familles étaient fréquentes à ces époques... tout était prétexte à défendre son bien et surtout son honneur. Nous le voyons largement avec Antoine, le père des Claude, c’est lui qui porte tout le poids : à travers les démarches incessantes qu’il mène comme nous l’observons, mais aussi par ailleurs, ainsi que nous en parlerons, pour constituer un domaine. C’est une vie de combat permanent, sans répit, jusqu’au bout !
      Après tout pour Claude, il faut que jeunesse se passe... Nous avons vu qu’à Lyon il mènde une vie calme et rangée... rien à voir avec son passé tumultueux en Forez !
      Bien cordialement - Danièle Treuil

      Répondre à ce message

  • Mon Sosa 18, François Delabazerolle (1786/1859)dont la mère était métayère d’un petit moulin ayant tiré le mauvais numéro a rejoint,simple soldat, le camp de Boulogne en 1806.Il est rentré en Côte d’Or en 1814,avec le grade de sergent, après de nombreuses campagnes européennes l’ayant amené un peu au-delà de Moscou (il a réussi à a traverser la fameuse Berezina). J’ai la chance d’avoir recueilli une vingtaine de lettres écrites au cours de ces années et un récit de ses campagnes rédigé au retour. Il aurait bien voulu que sa famille lui trouve un remplaçant, mais c’était difficile et cher. Le 12/05/1811 son frère lui écrit "ma femme et moi avons vu, avec bien de la peine, que tu quitte boulogne
    peut-être ès-tu mal instruit, et que vous resterez encore assez longtemps dans ce pays pour que nous puissions assurer ton retour près de nous. j’étais dimanche dernier chez ma mère, nous nous occupâmes fortement de toi : j’ai chargé toutes les personnes de ma connaissance et particulièrement notre cousin la traille de s’informer dans
    les communes d’alentoure s’il n’y aurait quélques jeunes gens qui voulussent se vendre. à la vérité ce n’est pas encore le moment vu que les hommes sont très chers ; mais ils diminueront beaucoup à cause de la misère du pays ;« Il s’est marié en 1818, a eu un fils Pierre et il voulut éviter à ce dernier le sort qu’il avait connu. Il trouva une solution : l’assureur en service militaire ! j’ai le contrat en date du 11/3/1840 »Traité d’assurance pour la libération définitive des jeunes gebs appelés par la loi du recrutement« dont voici de la retranscription du début : »ENTRE les soussignés, M.onsieur François Delabazerolle domicilié à Lagrange au vagey canton d e Beaune Nord arrondissement d e Beaune département d e la Côte d’or stipulant en son nom personnel pour le sieur pierre Delabazerolle son fils d’une part ;
    Et M. CLAUDE-IGNACE BLONDEAU, Agent d’affaires, demeurant à DIJON, patenté de première classe, à la mairie de cette ville d’autre part.,
    Sont convenus de ce qui suit, savoir :
    ARTICLE PREMIER.
    M. onsieur Delabazerolle père désirant prémunir M.onsieur Delabazerolle fils contre les chances
    du tirage au sort pour le recrutement de l’armée , auquel il est appelé à concourir pour le contingent de la Classe de 18 39 du canton d e Beaune nord M. BLONDEAU prend à ses risques et à sa charge les changes de ce tirage, promet et s’oblige, dans le cas où le sieur Delabazerolle fils viendrait, par suite du numéro à lui départi par le sort, à être appelé à faire partie du
    contingent, à lui procurer à ses frais et en temps utile un remplaçant ou substituant ayant les qualités voulues par la loi pour être admis par le Conseil de révision ou d’administration d’un corps, et duquel il se rend garant pour tout le temps de responsabilité auquel est tenu le remplacé.
    ART. 2.
    En considération de la chance dans se charge M. BLONDEAU, et pour toute indemnité de l’obligation qu’il prend de faire remplacer, le cas échéant, le sieur Delabazerolle fils mondit sieur Delabazerolle père s’oblige et s’engage à lui payer une somme de cinq cent francs qui sera acquise à M. BLONDEAU dans le cas où le sieur Delabazerolle fils ne serait pas désigné , par suite du numéro que lui aurait attribué le sort, pour faire partie du contingent, comme dans celui où il serait réformé ou exempté, et deviendra exigible après la clôture des opérations du Conseil de révision, fixant le contingent du canton d e Beaune nord
    ART. 3.
    Dans le cas où le sieur Delabazerolle fils serait appelé à faire partie du contingent, ladite somme de
    mille francs ne sera payable qu’après l’expiration du terme pendant lequel le remplacé demeure garant de son remplaçant, et sur la représentation d’un certificat constatant sa libération, et produira intérêts à raison de 5 pour % par année, sans retenue, à compter du jour de l’admission du remplaçant ; etc. etc."
    Je peux adresser copie scannée de ce document à qui serait intéressé.
    Cordialement
    Jean-Claude CHARLOT

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    • Bonjour

      Votre commentaire m’a bien intéressée, car l’histoire de votre François correspond à la période qui concerne mes épisodes actuels. Antoine le père des deux Claude était né en 1779 (mort en 1852) - ils sont presque du même âge - et avait été enrôlé d’office au moment des guerres napoléoniennes (juste avant l’institution du tirage au sort). Antoine s’était déclaré alors réfractaire et son père avait du payer une forte amende. Il s’est marié en 1808. Bien qu’il n’ait pas fait la guerre, il voulait à son tour éviter l’armée à son fils, exactement comme François pour son fils Pierre. A défaut de réforme, tous les deux ont songé à la formule du remplaçant. Là, votre histoire se situe dix ans après la mienne en 1840. Je découvre que le système d’assurance perdure toujours, mais avec une disposition intéressante, non prévue semble-t-il du temps de Claude ; elle consistait à se prémunir en amont contre les risques du tirage au sort, moyennan 500 F. La somme était perdue si on tirait un « bon numéro » ou si on obtenait la réforme. Dans le cas contraire, l’assurance s’engageait à trouver le remplaçant, remplissant toutes les conditions, pour une somme de 1000 F., payable au bout d’un an. Cette formule est beaucoup plus avantageuse, vous le verrez dans l’épisode suivant, que dans le système en vigueur en 1830. Il faut croire que les assurances y trouvaient leur compte, beaucoup de familles n’hésitant pas sans doute à payer 500 F, même avec risque de perte, pour avoir un remplaçant dans de bonnes conditions.

      Tous ces documents que nous avons retrouvés les uns et les autres montrent combien les enjeux étaient importants pour les familles autour du service militaire, puisqu’elles ont gardé trace des efforts accomplis, et montrent aussi combien le système était injuste. Seuls pouvaient échapper ceux qui avaient eu la chance de tirer le bon numéro ou de se faire réformer ou alors ceux qui avaient les moyens d’échapper au sort qui leur était réservé.

      Bien cordialement, Danièle Treuil

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  • Attention, la bataiile de la Bérézina s’est conclue par une victoire française, mais très coûteuse en vies humaines. C’est ce dernier aspect qui a été à l’origine de l’expression.

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    • Bonjour

      Vous avez raison. Sur le plan militaire, cette bataille qui se déroula du 26 au 29 novembre 1812, lors de la retraite de Russie est bien considérée par les historiens comme une victoire française, malgré les pertes humaines considérables - « une bataille victorieuse dans une campagne perdue » (Napoléon et la campagne de Russie : 1812- J.O Boudon) . Napoléon évita en effet l’encerclement de ses troupes, qui purent se retirer vers Vinius et poursuivre leur retraite. D’ailleurs les Russes vécurent, dit-on, cette épisode comme une humiliation, certains qu’ils avaient été de faire capituler la grande armée. Napoléon regagna Paris, mais ce qui restait de l’armée fut décimée par la faim, le froid et les épidémies. Bérézina devint alors le symbole de ce que furent à la fois la bataille et la retraite, une hécatombe, dans des conditions terribles dont le récit fut encore amplifiée par les rescapés. Cette affaire frappa tellement la population, que le souvenir en est venu jusqu’à nous, puisque le nom Bérézina deux siècles plus tard signifie toujours « débacle », « catastrophe ».

      Merci à vous de m’avoir fait regarder de près cette histoire de la traversée de la Bérézina. Pour ceux qui sont intéressés par le sujet, ils peuvent consulter comme je l’ai fait le site :

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Batail...

      Bien cordialement, Danièle Treuil

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      • Bonjour Danièle,

        Encore moi, mais la Bérézina m’incite à reprendre la plume. Vous savez que j’ai une arrière grand-mère suisse (région de Gruyère) et à ce titre j’ai des contacts réguliers avec un cousin suisse de Bulle qui m’envoie dès qu’il y en a des articles d’histoire parus dans le journal local. Il se trouve que l’année dernière justement, les suisses de Gruyère commémoraient le bicentenaire de la bataille de la Bérézina à Villars-sous-Mont, non loin du village de mes ancêtres. A Villars-sous-Mont il y a d’ailleurs une stèle érigée en 1820 à la mémoire des suisses disparus dans cette bataille. C’est le seul monument de ce genre existant en Suisse. Voilà pour l’anecdote.

        Bon lundi de Pentecôte, bien amicalement.

        André Vessot

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