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Les manouvriers au début du XVIIIe siècle, selon Vauban


jeudi 1er mars 2001, par Thierry Sabot

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Avec son Projet d’une dîme royale, texte anonyme, imprimé clandestinement en 1707, Vauban, en observateur avisé de la société de son temps, nous donne une description saisissante de la condition sociale des manouvriers.

« Parmi le même peuple, notamment celui de la campagne, il y a un très grand nombre de gens qui, ne faisant profession d’aucun métier en particulier, ne laissent pas d’en faire plusieurs très nécessaires et dont on ne saurait se passer. Tels sont ceux que nous appelons manouvriers, dont la plupart n’ayant que leurs bras, ou fort peu de choses au-delà, travaillent à la journée, ou par entreprise pour qui veut les employer. Ce sont eux qui font toutes les grandes besognes, comme de faucher, moissonner, battre à la grange, couper les bois, labourer les terres et les vignes, défricher, boucher les heritages, faire ou relever les fossés, porter de la terre dans les vignes et ailleurs, servir les maçons et faire plusieurs autres ouvrages qui sont tous rudes et pénibles.

Ces gens peuvent bien trouver à s’employer de la sorte une partie de l’année, il est vrai que pendant la fauchaison, la moisson et les vendanges, ils gagnent d’assez bonnes journées ; mais il n’en est pas de même le reste de l’année. (...) Je suppose que des 365 jours qui font l’ année, le manouvrier en puisse travailler utilement 180 et qu’il puisse gagner 9 sols par jour. C’est beaucoup, car il est certain, qu’excepté le temps de la moisson et des vendanges, la plupart ne gagnent pas plus de huit sols par jour l’un portant l’autre ; Mais passons 9 sols, ce serait donc 90 sols ; Passons 90 livres, desquelles il faut ôter ce qu’il doit payer suivant la dernière ou plus forte augmentation (les impôts), dans les temps que l’état sera dans un grand besoin, c’est-à-dire le trentième de son gain, qui est trois livres, ce qui doublé fera 6 livres et pour le sel de quatre personnes dont je suppose sa famille composée (...), sur le pied de trente livres le minot, 8 livres 16 sols, ces deux sommes ensemble porteront celle de 4q14 livres 16 sols, laquelle ôtée de 90 livres, restera 75 livres quatre sols. Comme je suppose cette famille (...), composée de quatre personnes, il ne faut pas moins de dix setiers de blé, mesure de Paris, pour leur nourriture. Ce blé, moitié froment, moitié seigle, le froment estimé à 7 livres, et le seigle à 5 livres par commune année, viendra pour prix commun à 6 livres le setier mêlé de l’un et l’autre, lequel multiplié par dix, lequel fera 60 livres, qui ôtez de soixante-quinze livres quatre sols, restera 15 livres 4 sols, sur quoi il faut que ce manouvrier paie le louage de sa maison, ou les réparations de sa maison, l’achat de quelques meubles, quand ce ne serait que de quelques écuelles de terre, des habits et du linge, et qu’il fournisse à tous les besoins de sa famille pendant une année. Mais ces 15 livres 4 sols ne le mèneront pas fort loin, à moins que son industrie ou quelque commerce ne remplisse les vides du temps qu’il ne travaillera pas, et que sa femme contribue à la dépense par le travail de sa quenouille, par la couture, par le tricotage de quelques paires de bas, ou par la façon d’un peu de dentelle selon le pays ; par la culture aussi d’un petit jardin, par la nourriture de quelques volailles, et peut-être d’une vache, d’un cochon ou d’une chèvre pour les plus accommodés, qui donneront un peu de lait au moyen de quoi il puisse acheter quelque morceau de lard, et un peu de beurre ou d’huile pour se faire du potage. Et, si l’on y ajoute la culture de quelque petite pièce de terre, il sera difficile qu’il puisse subsister ; ou du moins il sera réduit, lui et sa famille, à faire une très misérable chère. Et, si au lieu de deux enfants il en a quatre, ce sera encore pis, jusqu’à ce qu’ils soient en âge de gagner leur vie.

Ainsi de quelque façon qu’on prenne la chose, il est certain qu’il aura toujours bien de la peine à attraper le bout de son année. D’où il est manifeste que pour peu qu’ il soit surchargé, il faut qu’il succombe : ce qui fait voir combien il est important de le ménager ».

Le contexte historique : Par ses déplacements incessants dans le cadre de ses missions d’inspection et de construction de places fortes, Vauban est confronté quotidiennement à l’exès de la fiscalité royale, à la misère et à la mort. Il tire ses réflexions d’une observation et d’une analyse remarquables du royaume et de ses habitants, épuisés les guerres du règne de Louis XIV et par les catastrophes météorologiques, notamment de 1692 à 1709 (cf. Contexte).

Sources :
- Vauban, Projet d’une dîme royale, 1707 (pages 96 à 101). L’ouvrage est consultable sur Gallica.
- Alain Frerejean, Le Révolutionnaire du fisc, in Historia, numéro 106, mars-avril 2007, pages 60-63.
- Joël Cornette, Les années terribles du roi-Soleil, in L’Histoire, numéro 257, septembre 2001, pages 42-45.
- Thierry Sabot, Contexte, guide chrono-thématique, Roanne, 2007.

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