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« A cause des glasses du Rosne »


jeudi 24 mars 2016, par Michel Guironnet

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La découverte de ces annotations dans les registres paroissiaux nous plonge dans l’âme des paroissiens. Outre leur côté anecdotique sur « les conditions météo », elles nous parlent de l’importance, pour nos ancêtres villageois, de la pratique religieuse au XVIIIe siècle. Elles nous révèlent également les contraintes sociales existant alors dans les campagnes.

Janvier 1766 : « à cause des glasses du Rhône »

Nous sommes en janvier 1766, à Saint Clair « près Condrieu » à la limite du Dauphiné et du Lyonnais. Le Rhône sert de frontière. Pourtant, « depuis des temps immémoriaux », le hameau des Roches, contigu avec St Clair et enclavé en Dauphiné, dépend de Condrieu, de l’autre côté du Rhône, pour le spirituel.

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Plan géometral du mandement de Condrieu
Extrait d’un plan de 1783 tiré des archives du Chapitre Saint Jean de Lyon
10 G 2292 Archives départementales du Rhône

Jean Pierre Aubrun, curé de Saint Clair et Saint Alban, écrit :
« Le 13e janv. 1766, jay inhumé a cause des glasses du Rhône, dans le cimetière de St Clair, Jean Claude Cotte agé de huict jours, fils de patron (sur le Rhône) Claude Cotte habitant aux Roches, presents Damien Monot et Michel Valin, illitéré, ainsi l’atteste Aubrun curé ». L’acte destiné au greffe précise « habitant aux Roches de Condrieu ».

« Le 14e Janv. 1766, a cause des glasses du Rhone, jay baptisé dans l’église de St Clair Marianne Charron, fille naturelle et légitime a Denis Charron et a Marianne Parret, ses père et mère habitants aux Roches. Le parrain a esté Sieur Louis Favier et la marraine Marianne Favier ; présents Louis Brunet et Antoine Bouleau, illitérés, aisy l’atteste Aubrun curé » Sur le double, il signe « Aubrun, curé de St Alban et St Clair ».

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A gauche, le registre de la paroisse, à droite, le registre du greffe
9NUM/AC378/3 vues 7 et 8/137, 9NUM/5 E 379/2 vues 61 et 62/197

Le 23 janvier, toujours « a cause des glasses du Rhone » le curé Aubrun baptise « Reyne Montet » fille « à Jean Montet et Reyne Parret, ses père et mère de la paroisse de Condrieu ».

Même circonstance deux jours plus tard : Françoise Ponton, fille « a Claude Ponton et a Catherine Legendre de la paroisse de Condrieu » est baptisée à St Clair. Le curé ajoute avant sa signature que les parents sont « résidants aux Roches » Dans le double pour le greffe, beaucoup mieux écrit et sans rature, il ne l’oublie pas !

Janvier 1774 : à cause du « gros Rhône » et du « grand froid »

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Registre B.M.S de Saint Clair (1765-1792) vue 29/137 Collection communale (9NUM/AC378/3)
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Registre B.M.S de Saint Clair (1749-1792) vue 90/197 Collection départementale (9NUM/5E379/2)

« Le 19e janv(ier) 1774, jay baptisé dans l’église de St Clair, dans un temps que le Rhône était si gros que la barque ne passait pas et quil faisait un grand froid, Antoinette Grange, née d’hyer, fille naturelle et légitime de Louis Grange et d’Antoinette Clamaron, ses père et mère demeurant aux Roches, parr(oi)sse de Condrieu. Le parrain a été S(ieur) Estienne Vialet et la marraine Antoinette Brondel ; présents Joseph Dutrieux et Antoine Brondel illitérés. Le parrain a signé le présent (acte) Ainsy l’atteste Aubrun, curé de St Alban et St Clair. E. Viallet ».

A remarquer que l’acte du haut est raturé et complété à deux endroits. Vraisemblablement, c’est celui rédigé en premier par le curé Aubrun. Celui du bas est beaucoup mieux écrit et sans rature. Le prêtre s’est appliqué : cet exemplaire doit être déposé « à l’administration » alors que l’autre restera au presbytère.

Dans les registres paroissiaux de Saint Clair de 1779, deux actes émouvants.

Le curé de Saint Clair, Jean Pierre Aubrun, vient de mourir à 74 ans la 14 janvier 1779. Durant sa maladie, il a "oublié" d’inscrire quelques actes. Nous l’évoquerons un jour, peut-être ? C’est le nouveau curé, Pierre Clamaron, qui maintenant rédige les actes paroissiaux. Mort à 30 ans le 30 avril 1782, il sera à son tour remplacé par Jean-François Albert.

Ici, point de "conditions météo" défavorables ; d’autres enfants nés aux Roches en février sont bien baptisés à Condrieu ; mais « état d’urgence » lié à la mauvaise santé des nouveaux-nés.

« Vu le danger de mort et l’impossibilité de traverser le Rhône »
7 février 1779 : baptême à Saint Clair de Jean Ogier, né « aux Roches, paroisse de Condrieu… ledit enfant apporté dans cette paroisse pour y être baptisé, vu le danger de mort et l’impossibilité de traverser le Rhône… ».

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9NUM/AC378/3 vue 59 sur 137 registre B.M.S des archives communales (à gauche), 9NUM/5 E 379/2 vue 112/197 registre du greffe (à droite)

Registre paroissial de Condrieu 64 GG 29 vue 8/49 :

10 février 1779 : « Jean Oger, décédé hier âgé de deux jours, fils légitime de Benoit Oger, cordonnier au port et de Marianne Levet, a été inhumé dans le cimetière ce dix février… ».

« Vu le danger pressant de mort où il se trouvait… »
27 février 1779 : baptême à Saint Clair de Jean Claude Dutrieux « apporté du lieu des Roches, paroisse de Condrieu, où il est né, dans celle-ci pour y être baptisé, vu le danger pressant de mort où il se trouvait et la crainte qu’il ne put être transféré au dela du rhône avant sa mort… ». La croix tracée à gauche de l’acte indique que l’enfant est mort.

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9NUM/AC378/3 vue 61sur 137 registre B.M.S des archives communales (à gauche),
9NUM/5 E 379/2 vue 114/197 registre du greffe (à droite)
A l’époque, Les Roches dépendent, pour le spirituel, de la paroisse de Condrieu. Les Rochelois doivent, par tous les temps, pour assister à la messe et pour les cérémonies religieuses, « baptêmes, mariages et sépultures », traverser le Rhône pour se rendre à l’église de Condrieu. Il n’y a pas encore de pont, juste « la barque », le bac à traille guidé par un câble tendu entre les deux rives.
Et souvent en hiver, c’est le cas ici, « le Rhône était si gros que la barque ne passait pas et il faisait un grand froid ». La solution de repli est de baptiser l’enfant à l’église de Saint Clair. L’église « succursale » du village des Roches ; après bien des péripéties ; ne sera construite qu’en 1784.
Je raconte ces épisodes dans mon livre L’Ancien Régime en Viennois

Le bac à traille

Détail agrandi du plan de 1783

L’endroit de ce bac à traille est bien situé. Sur le plan, il y a des pointillés entre les deux rives. C’est là que traversait la barque. Sur des cartes postales des Roches, du début du XXe siècle, on voit encore le pilier de la traille dans le jardin d’une maison du quai en amont du pont.

Dans "L’Indépendant du Viennois", mensuel aujourd’hui défunt, j’ai, il y a plus de 25 ans, consacré une série à l’histoire de ce bac à traille en puisant dans les registres des Chanoines Comtes de Lyon.

C’était le Chapitre Saint Jean de Lyon (la cathédrale) qui était seigneur de Condrieu. Ils avaient "le droit de passage" sur le Rhône, en plusieurs points du Rhône. Du côté de Saint Clair, c’était les Chanoines de Saint Pierre de Vienne.
Imaginez un peu les luttes d’influence, les procès, les baux passés pour "affermer les piliers de la traille"... Cela entre 1500 et 1789 !
Malgré tout, en cas d’urgence ou de période de grand froid, les deux curés s’arrangeaient ; bien souvent, tacitement, sans autorisation.

Pour en savoir plus : L’Ancien Régime en Viennois (1650-1789)

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10 Messages

  • « A cause des glasses du Rosne » 25 mars 2016 10:40, par Derouard Jean Pierre

    J’ai trouvé deux cas comparables sur la Seine en aval de Rouen :

    • registre de Bardouville : « Le Samedy dixhuictième jour de Janvier 1681 a esté baptizé Jean Berenger né le jour precedent du mariage de Pierre Berenger et de Marguerite Fleury demeurant au hameau de beaulieu district de la paroisse de St Pierre de Manneville, ledit enfant n’ayant pu estre porté en ladite paroisse à cause que la Rivière de Seine estait à cause que la Rivière de Seine estait geélée. »
      Beaulieu est un hameau de Bardouville, sur la rive gauche, mais dépend pour le spirituel de la paroisse de Saint-Pierre-de-Manneville située sur la rive droite.
    • registre de Jumièges 27 janvier 1709 : « Anne Hébert femme de Jean Genard a été inhumée à cause de la glace à Guerbaville ».
      Heurteauville, sur la rive gauche, est un hameau de Jumièges sur la rive gauche. Guerbaville est une paroisse limitrophe d’Heurteauville. Le hameau aura sa chapelle succrusale et son cimetière en1730.

    Jean Pierre Derouard

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  • « A cause des glasses du Rosne » 26 mars 2016 19:06, par Claude ROBERT

    Je suis moi aussi tombée il y a quelques jours sur des annotations émouvantes et instructives concernant certes les intempéries du moment, mais aussi leur incidence sur la vie quotidienne.
    Il s’agit de notes concernant Condat en Combrailles durant l’hiver 1757-1758 (AD63 3E 118/7 vue 96). Voici ce que l’on apprend :
    « Le 4 janvier 1758 la haussée de l’étang de Tix s’écroula vers les 6 heures du matin, l’eau emporta les mailleries du moulin de Tix, les moulins de Reuge (?), les mailleries du moulin du Mas, les ponts qui étaient sur la rivière depuis Tix jusqu’à Meneix. Je passe sous silence la majeure partie des ravages que l’eau fit dans la paroisse de Condat pour m’arrêter aux faits présents. Le susdit jour 4 janvier 1758, Antoine Geai, fils à Henri Geai du village de Montet se noya dans la rivière de Condat au dessous des ponts qui conduisent au lieu de Montet. Il perdit la vie pour avoir voulu sauver Henri Girondon du village de Buyssière, ce dernier faillit à périr pour avoir suivi un poisson au bord de la rivière. De mémoire d’homme on n’avait vu la rivière si débordée. L’eau allait jusqu’à l’extrémité du petit pré appartenant à la cure jusqu’à la rase qui est dessous la haie du côté des terres et du chemin du Mas....L’étang de Tix devait être en (...) du carême suivant 1758. Voici à quoi on attribue l’écroulement de la chaussée : Dans le mois de décembre 1757, depuis le 14 jusqu’au 28, il tomba une prodigieuse quantité de neige telle que les chemins étaient devenus impraticables. A la neige succéda un froid excessif. Le 1er janvier 1758 se leva le grand vent, mais si impétueux que dans 4 jours il n’y eut ni neige ni glace. Malheureusement le 3 janvier 1758 qui était un mardi, temps auquel l’étang était encore tout glacé et encore plein, on voulut ouvrir ouvrir l’étang et le faire tirer à pele abattu (?)mais quand on l’eut ouvert on ne put rabaisser la pele, l’étang tirant à pleine bonde (la glace au bout d’un certain temps s’était trouvée suspendue) s’enfonça et comprima tellement l’eau du côté de la bonde que la chaussée ne put résister.
    Monseigneur l’évêque permit de faire gras durant le carême de la présente année 1757 savoir aux repas des dimanche mardi et jeudi de chaque semaine jusqu’au jeudi de la semaine de la passion, ensuite qu’on pouvait faire gras les dimanches du carême (celui des Rameaux excepté) à dîner et à souper et à dîner seulement les mardi et jeudi. il donna cette permission à cause de la cherté des vivres, laquelle provenait 1° de ce qu’en 1756 la gelée avait considérablement endommagé la récolte tant des grains que de la vigne, le blé seigle se vendait 12 livres le setier, le vin 1 écu le pot, la mélasse 12 sols la livre ; et 2° de ce que depuis 1755 nous étions en guerre avec les Anglais.
    Monseigneur l’évêque a aussi accordé la permission de faire gras le carême de 1758 pour les mêmes raisons que ci-dessus »
    Un peu plus loin (AD63 3E 118/7 vue 115) on apprend aussi que : « le 31 janvier 1759 qui était un mercredi, je fus en procession avec toute la paroisse à la chapelle de St Bord, annexe de l’église paroissiale de Condat, et ce à cause des maladies qui rénaient dans la paroisse et y faisaient des dégats, lesquelles maladies discontinuèrent et cessèrent sur la fin de février 1759. »
    C"est anecdotique certes, mais ces notes m’émeuvent toujours qui laissent imaginer les difficultés à vivre de nos ancêtres. Les rigueurs du climat de l’époque alors que l’on n’a quasiment plus d’hiver, le poids de la religion, sans compter les épidémies... tout cela constitue une plongée dans le passé très instructive.

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    • « A cause des glasses du Rosne » 30 mars 2016 06:46, par Michel Guironnet

      Bonjour,

      Merci de nous avoir fait partager la vie de nos ancêtres grâce à ces documents.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

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    • « A cause des glasses du Rosne » 24 novembre 2017 13:32, par Antoine Estienne

      Merci pour cet article bien sourcé. Lorsque le fleuve forme une limite, ou une contrainte, de tels cas de figure ne sont pas rares. On rencontre des cas similaires sur la Loire. J’ai aussi le cas d’un village insulaire où à une ou deux reprises, le curé explique poursuivre l’enregistrement sur le registre des BMS de l’année écoulée car il n’a pu se rendre à l’évêché pour en quérir un nouveau du fait de l’état du fleuve. Anecdotique sans doute mais cela nous rappelle des éléments essentiels d’un quotidien qui n’est plus celui des habitants de ces régions aujourd’hui.

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