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À la buvette Kersall


vendredi 12 mars 2021, par Gilles Cardinal

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Dernièrement, dans le cadre des commerces du Vieux Brest, j’avais présenté la quincaillerie de la famille Héricourt. Sur la vue de la boutique, se distinguait, sur la gauche, un établissement mitoyen, en partie hors champ. Il n’existe malheureusement pas de photo ou carte postale, qui puisse offrir la maison en entier. La vue ci-dessous permet d’apercevoir un peu plus ce commerce.
Sur la droite de l’image se trouve la buvette Kersall. Serait-ce le patron François Kersall sur le pas de son débit ? Voici un aperçu de la vie des époux Kersall.

Le 21 mai 1885 [1] , les époux Kersall descendent la rue de Siam d’un bon pas. Ils ont tous les deux revêtu leurs habits du dimanche et tout en marchant, François ajuste sa cravate en lasting pendant que Rosalie maintient sa coiffe en place ; elle doit rivaliser autant avec le vent qui monte du port et qui siffle aux oreilles, même par une fin mai, qu’avec la foule qui encombre éternellement la plus célèbre artère de Brest. Ils ont un rendez-vous important à l’étude de Maître Gérard, notaire au 24 rue de Siam, pour solder la vente de leur maison du n°7 rue de la Vierge [2] . Il s’agit là d’une petite maison avec jardin, comprenant deux chambres à l’étage, une boutique et arrière-boutique au rez-de-chaussée. Depuis que François est venu en retraite de l’arsenal, le couple se concentre sur le débit de la place de la Liberté.

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Place de la Liberté et buvette Kersall
Collection particulière Olivier Polard

Ils sont ensemble depuis plus de vingt ans, Rosalie s’en souvient comme si c’était hier. Le 18 décembre 1861 [3] , François Kersall et Marie-Rosalie Kerscaven se mariaient, il avait alors quarante-huit ans, elle en avait seize de moins. François avait une bonne place à l’arsenal, il était charpentier et son nom venait d’être cité pour la prochaine promotion de chef-ouvrier. François était veuf depuis cinq mois, sa feue épouse, Marie-Jeanne Le Bec, était lingère quand elle a succombé subitement par un beau jour de juillet au 6 place du roi de Rome [4] , en Lambézellec (ancienne appellation de la Place de la Liberté). François est Brestois de naissance, son père était chaloupier au port. Rosalie ne vient pas de très loin, elle est originaire de Lambézellec ; elle était factrice lorsqu’ils se sont connus. Peut-être au cours d’une de ses tournées ?

Les époux tiennent donc le débit du 15 place de la Liberté, mitoyen avec la quincaillerie Héricourt. Ils sont par ailleurs propriétaires de ces deux fonds de commerce. Les affaires sont florissantes, car avec une telle situation les jours de marché et de foire aux puces, les clients se pressent au comptoir. Ces propriétés et activités leur permettent d’afficher, sans doute pas une certaine aisance, du moins un petit confort financier. La retraite de l’arsenal de 450 francs par an, depuis 1874 [5], apporte un complément non négligeable. Cependant, le couple cache une douleur. Si François n’a pas eu d’enfant de son premier mariage, Rosalie a mené trois grossesses à terme, mais les trois nourrissons n’ont pas vécu plus d’un mois.

Ainsi va la vie, les époux poursuivent la gérance du débit et accueillent chaque année les retrouvailles des anciens charpentiers. Tous les ans, aucun ouvrier, chef-ouvrier, contremaître et chef-contremaître ne manque cette journée de franche camaraderie, qui se prolonge bien souvent jusqu’à 11h et demie du soir [6] .

Après le décès de François le 8 mai 1899 [7] à cette adresse, Rosalie poursuit l’activité du commerce jusqu’au 23 mars 1917 [8] où elle le rejoint au cimetière Saint-Martin où Rosalie avait pris une concession perpétuelle lors de la disparition de François, ils y reposent toujours au Carré 23 ; Rang 09 ; Tombes 01-02 [9] .

Notes

[1Le Républicain du Finistère, 23 mai 1885

[2Aujourd’hui en partie rue de Glasgow et en partie rue Paul Masson

[3Archives Municipales de Brest - État civil

[4Archives Municipales de Brest - État civil

[5Bulletin des Lois

[6La Dépêche de Brest du 19 juin 1899

[7Archives Municipales de Brest - État civil

[8Archives Municipales de Brest - État civil

[9Gescime (Gestion informatisée des cimetières de la ville de Brest)

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8 Messages

  • À la buvette Kersall 12 mars 08:33, par annette

    Merci pour cette belle histoire familiale !

    Répondre à ce message

  • À la buvette Kersall 12 mars 11:31, par Jean-Christophe Gueguen

    C’est une belle histoire.

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  • À la buvette Kersall 12 mars 23:37, par Orson

    Bonsoir,

    Je suis un peu surpris qu’à cette époque il y ait une une « factrice »...! S’agit-il bien d’une employée de la poste ?
    Cordialement.

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    • À la buvette Kersall 13 mars 10:27, par Gilles Cardinal

      Bonjour,
      À cette époque, sur Brest et sa région, la distribution du courrier était très souvent confié aux femmes.
      À ma connaissance, elles n’étaient pas officiellement employées des P et T.
      J’ai personnellement une grande-tante qui était factrice.
      Cordialement,

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  • À la buvette Kersall 13 mars 10:48, par Colette Boulard

    Bonjour,

    A la suite de la dernière phrase, je m’attendais à voir la photo de cette tombe. Elle manque un peu, de ce fait.
    Bon week-end à tous,

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    • À la buvette Kersall 13 mars 15:55, par Gilles Cardinal

      Bonjour,
      Le réglement de police des cimetières de la ville de Brest interdit la prise de photographie de sépultures, ainsi que la diffusion sans autorisation du maire.
      J’ai donc déposé, très officiellement, une demande argumentée et détaillée.
      Faute d’avoir obtennu ladite autorisation, j’ai dû me contenter de citer l’emplacement qui, à mon sens, est plus utile pour quiconque souhaite leur rendre hommage.
      Cordialement,

      Répondre à ce message

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