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Au XIXe siècle, les incendies en Beauce


jeudi 19 mars 2009, par Alain Denizet

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Quels sont les fléaux que redoute le paysan ? Chacun pense aux dégâts commis par les animaux nuisibles, aux vols ou encore aux intempéries. Pourtant, le sinistre le plus redouté, c’est l’incendie, particulièrement en Eure et Loir et dans sa partie beauceronne.
En 1818, le préfet conclut un rapport en ces termes : « Un des fléaux qui désolent ce pays, c’est l’incendie ». Les chiffres confirment : plus de 150 frappent le département chaque année. Quelle est la cause des incendies ? Est-ce un accident ou un acte de « malveillance », autrement dit un crime ? Quels sont les moyens mis en œuvre pour lutter contre sa menace et ses effets ?

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Carte de l’Eure et Loir

I La majorité des incendies sont accidentels

Allumettes chimiques et jeux d’enfants

Le 21 août 1842, le préfet d’Eure et Loir adresse un rapport alarmant au ministre de l’intérieur : « Des incendies ont lieu très fréquemment dans mon département depuis quelque temps, ils sont presque tous causés par l’imprudence des enfants qu’on laisse jouer avec des allumettes chimiques. »

Le point sur les allumettes chimiques

Le français Sauria est l’inventeur des premières allumettes inflammables par friction en 1831. Elles pouvaient s’enflammer par un simple frottement sur une surface rugueuse. On considère qu’elles contribuèrent à l’augmentation du nombre de fumeurs et sans doute des incendies. L’allumette de sûreté est inventée en 1844. La « sûreté » provient du fait qu’elle nécessite un grattoir spécial.

Et avant la révolution des allumettes ? Le feu s’obtenait en battant le briquet. Il fallait battre la petite pièce d’acier, profiter d’une étincelle pour ensuite, en soufflant fort et longtemps, enflammer l’amadou, partie spongieuse venant du chêne qui est bouillie, puis mélangée avec du nitrate de potasse. « C’était moins expéditif, mais c’était plus sûr (…) Oui, du train qu’y vont les imprudents et les incendiaires, dans cinquante ans, hélas ! Ce n’est pas à souhaiter, nos vieux bâtiments auront disparu » se lamente un Ancien dans une saynète imaginée par l’Almanach de la Beauce et du Perche de 1865.

Le problème n’est pas encore résolu à la fin du siècle puisqu’en 1893, 18 incendies sur 167 sont imputables à de jeunes enfants. L’un deux, un garçon de cinq ans de Yèvres raconte : « Hier, j’ai trouvé une allumette dans notre maison près du foyer, je l’ai allumé en la frottant sur mon sabot et j’ai mis le feu au tas d’ajoncs. Quand j’ai vu que le feu flambait, j’ai couru le dire à maman. »

Les fumeurs en accusation

La négligence des adultes est aussi en cause et les fumeurs sont les plus visés. Le nommé Delorme s’alarme de la diffusion du tabac. Ce propriétaire soucieux de ses biens fait part de ses préoccupations au préfet en 1818 .

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Un paysan beauceron vers 1820

« L’usage de la pipe s’est singulièrement propagé dans les campagnes depuis quelques tems et il y a lieu de craindre des suites fâcheuses. Il n’y a pas si longtemps j’ai trouvé un fermier fumant dans sa grange remplie de pailles ; presque tous les domestiques males attachés aux fermes et aux moulins fument aujourd’hui. »
L’un des incendies les plus graves du siècle en Beauce dévaste la commune de Louville-en-Chenard en 1844. Selon le récit du journal Le Glaneur, « l’incendie ne s’est arrêté pour ainsi dire que lorsqu’il n’a plus rien trouvé à dévorer. Quatre-vingt ménages sont, dit-on, victimes de ce grand désastre. On parle d’un sinistre de 450 000 francs ». Somme considérable qui équivaut presque à la moitié des dépenses annuelles du budget départemental. À qui la faute ? « C’est à un fumeur qu’il faut, assure-t-on, attribuer ce funeste évènement. Il était occupé à faire des liens dans un bâtiment ayant sa pipe allumée dans sa bouche. Une étincelle s’en est échappée, a mis le feu à la paille, de là au bâtiment et il s’est répandu dans tout le pays. »
Les fumeurs ne sont évidemment pas les seuls au banc des accusés. La liste des imprudents concerne, ici un charretier qui « a allumé un feu sur un champ qu’il devait labourer » et qui se propage sur d’autres champs, là un domestique qui fait chuter une lanterne sans parler des négligents qui laissent échapper de leur cheminée des étincelles qui ne demandent qu’à porter l’incendie sur les meules voisines. Enfin, la malchance s’ajoute quand la foudre s’abat sur les bâtiments en chaume. Au total, les incendies accidentels représentent plus de 80% des cas.

II L’incendie criminel, un fléau redouté

Néanmoins, les statistiques indiquent que l’Eure et Loir se différencie du reste de la France par la plus forte proportion des incendies volontaires. Ils constituent au milieu du siècle 8 % des procès à la cour d’assises. C’est deux fois plus que la moyenne nationale. D’ailleurs, le député chartrain Noël Parfait s’exclame : « C’est la vengeance du pays. Au lieu de s’attaquer à la vie de son ennemi, on s’en prend à ses granges ; on ne le tue pas, on le ruine. » Qui sont ces criminels du feu ? Et quelles sont leurs motivations ?
Indiscutablement, la part des jeunes est élevée, 30% des incendiaires ont moins de 20 ans ce qui est supérieur à leur poids dans la population. En revanche, le fort pourcentage de salariés agricoles – 60% - (journaliers, charretiers, bergers) correspond à peu près à la structure sociale des campagnes. Donnons corps à ces chiffres par deux affaires exemplaires jugées en cour d’assises, celles du petit Drouin et du berger Hureau. Ces deux dossiers nous informent sur les pertes subies, sur la conduite de l’enquête, sur les mobiles et sur le comportement des criminels.

Le petit Drouin, incendiaire criminel de 10 ans

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1883

Le 20 juillet 1857 vers 7 heures 30, les bâtiments du cultivateur Ferrière à Bailleau-le-pin sont la proie des flammes. L’enquête envisage d’abord l’imprudence. Mais la mère Ferrière se porte garante du domestique : « Il a battu hier du seigle dans notre grange depuis son somme de midi jusqu’à 4 heures et demi du soir, heure à laquelle je suis allée le chercher pour goûter. Après son goûter, il est allé garder les moutons dans les champs (…) il ne fume pas et je n’ai jamais vu d’allumettes sur lui. Je ne crois pas qu’on puisse l’accuser d’imprudence ou de malveillance. » Et aux enquêteurs qui suspectent son fournil, elle répond : « Comme je le fais d’ordinaire, j’ai laissé ma braise dans le pourtour du four et elle s’y consume en cendre. On ne peut pas croire comme vous le dîtes que des chats aient emporté à leur robe du feu du fournil à la grange. » Ni fumeur, ni braises du fournil, l’imprudence est donc écartée. Il y a donc eu crime. Qui l’a commis ?
Commune dans ce genre d’affaire, une rumeur fait son chemin : Ferrière aurait mis le feu pour toucher la prime d’assurance. Hypothèse rejetée par le commissaire de police : « S’il en était ainsi, Ferrière dont le mobilier n’était pas assuré n’aurait pas laissé brûler trois voitures, un tarare, un âne, un porc, un veau et des volailles. Il aurait pris soin de ne pas laisser chez lui des vaches qu’on n’a sauvées qu’avec peine en crevant le mur de l’étable du côté de la rue ». Et, argument imparable, « les bâtiments qui ont été brûlés étaient assurés pour une somme inférieure à leur valeur réelle ».

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1873

L’enquête semble avancer avec le témoignage du petit Drouin qui affirme avoir vu juste avant l’incendie « un petit gars étranger au pays âgé de 13 à 14 ans, mal vêtu (...) Il allait tout doucement, mais quand il m’a vu, il a pris ses sabots à la main et s’est mis à courir ». Témoignage d’autant plus crédible qu’il va dans le droit fil de mentalités toujours méfiantes par rapport aux étrangers. Pressé de questions, le petit Drouin assure qu’étant « sur le point de faire sa première communion, il ne veut point mentir ». D’ailleurs, précise-t-il, au moment fatal, il était chez l’instituteur à faire une dictée…ce que l’instituteur dément. Le mensonge est éventé et le petit Drouin raconte alors son geste.
« En rentrant de l’école, j’avais trouvé chez mon père deux allumettes chimiques. J’ai été du côté de la maison de Ferrière chercher une balle que j’avais logée sur le toit de la grange. Je grimpai sur la couverture, je pris ma balle que je mis dans ma poche, j’en retirai en même temps les deux allumettes (…) j’ai mis le feu à la paille qui était dans la grange. »

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Plan incendie petit Drouin

Naïvement, il dévoile ses mobiles d’enfant : « Je n’avais pas encore vu de près un incendie et je désirais en voir un (…) Je ne pensais pas qu’il deviendrait aussi gros, je pensais qu’il resterait petit et qu’il s’éteindrait tout seul. » À la fascination pour le feu, il ajoute une raison toute personnelle : « Ferrière n’est pas bien avec moi, il ne me répond pas quand je lui dis bonjour. »

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Interrogatoire du petit Drouin

Motifs dérisoires au regard des pertes subies et de la condamnation. Ferrière a perdu 10 000 francs, soit 10 fois le revenu annuel d’un cultivateur aisé. Quant au petit Drouin, jugé responsable de ses actes du haut de ses 10 ans, il est condamné à la maison de correction jusqu’à ses 20 ans révolus.

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Dossier Grenèche 1853

La vengeance du berger Hureau, incendiaire multirécidiviste

Avec le berger Hureau, l’incendie criminel prend une autre dimension. Jugé coupable d’une série d’incendies perpétrés à Nogent-le-phaye, près de Chartres, Hureau n’est arrêté qu’en 1857, cinq ans après son premier crime. Le mode opératoire est toujours le même : le berger choisit avec soin le moment propice et les lieux pour occasionner le plus de pertes possibles : « C’était pendant que les maîtres et les domestiques étaient tous appelés loin de leurs fermes par le désir de participer à des fêtes de village que les ravages de ce fléau avaient commencé (…) c’étaient à des points opposés que le sinistre avait presque simultanément éclaté et il semblait que l’incendiaire eut cherché à forcer les secours à se diviser pour diminuer leur efficacité. »
L’incendie le plus spectaculaire éclate le 18 mai 1852, à 22 heures chez Rabourdin, un riche propriétaire. Hureau donne certes l’alerte, mais son attitude surprend : au lieu d’appeler les secours à grands cris, il se borne à se rendre à l’écurie pour réveiller les charretiers qui eux s’empressent de tambouriner à la porte de leur maître. Malgré une surveillance nocturne, un second feu dévore une meule de paille. Or, il éclate au moment où Hureau était sorti « faire une ronde tout seul ». Les pertes sont énormes : deux granges, trois bergeries, du matériel agricole, des milliers de bottes de fourrages et 50 moutons.

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Incendie Rabourdin

Le berger Hureau n’est pourtant pas inquiété. À cela, trois explications. Il y a d’abord son habilité à se ménager des alibis ; secondement, si l’homme est réputé pour être porté sur la bouteille, Rabourdin l’estime comme « un très bon domestique », enfin – et c’est peut-être l’explication principale - « ses maîtres ne le dénoncent pas à la justice par la crainte que leur inspire cet homme dangereux ».
Hureau est peu apprécié par les autres domestiques. L’un d’eux confie : « Je m’éloignais de lui car il ne me convenait pas. Dans le peu de conversation que nous avons eue ensemble il n’a fait que nous parler en mauvais termes de ses maîtres (…) il me raconta qu’un jour son maître avait retenu 75 centimes à un domestique parce qu’il avait gravé son nom sur le setier en étain dans lequel on lui donnait sa ration de vin. » Hureau met en cause la mauvaise atmosphère de travail due selon lui à la domestique de maison, véritable mouchard.
Imprudemment, il aurait ainsi lancé au cabaret : « Elle rapportait tout au maître, elle faisait ainsi gronder les domestiques qui pour se venger mettaient le feu ». De petites vexations accumulées aboutissent à la vengeance du petit contre le « gros bonnet ». Voilà les motifs supposés car Hureau nie tout. Il est condamné à vingt ans de travaux forcés.

Les criminels incendiaires en Eure et Loir : combien, quelles peines ?

De 1811 à 1896, 142 personnes sont condamnées par la cour d’assises de Chartres pour crime d’incendie. Même si la loi prévoit la peine de mort, le jury ne la prononce que 7 fois. Les peines à perpétuité sont également rares. Sont frappés durement les récidivistes et les incendiaires qui ont provoqué la mort. La majorité des incendiaires écopent de 5 à 10 ans de réclusion. Les enfants sont envoyés en maison de correction.

La vengeance des domestiques contre les maîtres est fréquente. Mais il est d’autres raisons. Ainsi en 1847, le nommé Martin incendie par deux fois les maisons des parents qui lui refusent la main de leur fille. Plus dramatique, en 1875, la femme Bigot maquille l’incendie de sa chambre en accident pour faire disparaître ses deux petits enfants. Condamnée à mort, elle est graciée.

III Le combat et la prévention contre le feu

Les secours des voisins

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L’alerte au feu ABP 1893

L’entraide est inscrite dans les esprits comme un réflexe. On accourt du village, mais aussi des environs : le tocsin sonne et les flammes et la fumée se voient de loin dans l’étendue beauceronne. Prévenu d’un incendie près de Toury, le nommé Popot raconte que « dès le feu, nous sommes partis au grand trot (…) J’allais si vite que je ne faisais plus attention aux personnes rencontrées ». Sauf si le comportement paraît surprenant. Ainsi lors d’un incendie à Viabon en 1856, deux hommes traversent la plaine pour porter secours, mais en croisent un autre en sens inverse : « Comment, malheureux, voila le feu pris et au lieu de porter secours, vous tournez le dos. »

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ABP 1864 Un complot, le feu, dessins de Hoyau

Sur les lieux, chacun s’active. Instruits par l’expérience, les habitants connaissent les gestes qui sauvent : faire sortir le bétail quitte à éventrer un mur, évacuer les meubles de la maison et les mettre à l’abri dans un champ, poser des draps humides sur les toits de paille ou sacrifier la toiture afin d’éviter la communication du feu à l’édifice.

La prise de risque est réelle. À Bleury en 1856, le charretier Legris « accourut chez la veuve Ridet et sauva le mobilier. Mais chargé de butin il se vit abattu et enterré par une couverture en flamme et fut aussitôt brûlé à la tête et aux mains. » Des médailles sont d’ailleurs décernées aux plus méritants, tel le nommé Potage qui raconte son intervention : « On crie au feu dans la ferme de Gouron (…) je prends un crochet pour couper le feu (…) je monte sur le toit, je découvre la toiture, je me rends maître du feu. Monsieur l’instituteur et Monsieur maréchal des logis de la gendarmerie se sont employés pour moi pour me faire avoir la médaille. » Le matériel souffre également. Ainsi, en 1852, la pompe de Viabon est brûlée et complètement détruite lors de l’incendie de Fontenay sur Conie.

Création des compagnies de pompiers

Au milieu du siècle, la multiplication des sinistres, l’incitation des pouvoirs publics et des compagnies d’assurance conduisent de nombreuses communes rurales à créer une compagnie de pompiers et à investir dans un matériel moderne. Ainsi, le 9 novembre 1851, le conseil municipal de Germignonville décide l’acquisition d’une pompe à incendie et de l’équipement nécessaire à 20 pompiers : seaux, casques, ceintures de manœuvre, blouses et pantalons.
Les pompes sont tirées à bras d’hommes ou tractées par des chevaux. Au mieux, il faut trente minutes pour faire cinq kilomètres. C’est dire que les flammes peuvent faire leur œuvre pendant ce temps. Mais quel est le fonctionnement de ces machines qui fait leur apparition dans les campagnes et, question essentielle, comment sont-elles alimentées dans cette Beauce où l’eau est rare ?

Un équipement moderne : la pompe à incendie

Coupe d’une pompe à incendie

_ « Au balancier PQ sont fixées, à charnière, deux bielles qui servent à faire marcher les pistons m et n renfermés dans deux corps de pompe en cuivre rouge. Ces pompes sont placées dans une cuve MN, de même métal, qu’on nomme bâche et dans laquelle on verse de l’eau tout le temps que la pompe fonctionne. Entre les deux corps de pompe est un réservoir d’air R, percé d’une ouverture Z à laquelle est adapté un long tuyau de cuir destiné à conduire l’eau sur les lieux enflammés. Ce tuyau se termine à son autre extrémité par la lance et qui n’a que 15 millimètres de diamètre intérieur ».

A. Ganot, Cours de physique purement expérimentale à l’usage des gens du monde, 1859.

La pompe est actionnée par la mise en mouvement du balancier que font manœuvrer huit hommes, quatre à chaque extrémité. Le tuyau aspirateur en cuir est composé de plusieurs fragments qui se réunissent entre eux par des anneaux à écrous et à vis. Ainsi léger et flexible, il peut puiser l’eau dans les puits ou les mares. Dans les cas où ces points d’eau sont trop éloignés, l’eau est transportée dans des seaux par une chaîne d’hommes et de femmes. Puis, les seaux sont passés d’une main à l’autre et l’eau est versée dans la pompe.

Reste à prendre des dispositions lorsque les mares sont à sec. C’est ainsi qu’en avril 1854, le conseil municipal de Germignonville « enjoint à tout chef de maison de tenir à sa porte extérieure dans un poinçon ou baquet la quantité de cent litres d’eau au moins. Cette précaution devra être maintenue jusqu’à ce qu’il soit arrivé des pluies en quantité suffisante pour emplir les mares ».

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L’action conjuguée de 7 à 8 pompes n’est pas rare lors des sinistres importants ce qui nécessite plusieurs dizaines de personnes pour les mettre en œuvre. Si l’on additionne les autres pompiers, les victimes de l’incendie, leurs domestiques et les volontaires, c’est à minima 100 personnes qui participent activement à la lutte contre le feu. Viennent ensuite ceux qui apportent réconfort aux victimes, proposant un logis, un repas et même parfois de l’argent quand une quête s’organise.

Le développement des assurances

La solution individuelle passe par la souscription d’une assurance. La Compagnie d’assurance mutuelle contre l’incendie est fondée en 1819 en Eure et loir, mais d’autres sociétés, qui ont leur siège à Paris ou à Rouen, recrutent des clients par l’intermédiaire d’agents locaux comme les instituteurs. Les cultivateurs aisés sont couverts, mais ce besoin de sécurité concerne de plus en plus les couches modestes.

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Affaire Potage 1853

Le développement de l’assurance a son pendant criminel, l’escroquerie. Certains expliquent même la recrudescence des incendies au milieu du siècle par la perspective de toucher la prime. Les exemples, il est vrai, ne manque pas de bâtiments dévastés par le feu et assurés pour une somme bien supérieure. En 1846, une journalière de Nottonville est condamnée à dix ans de réclusion criminelle.

Interdire les couvertures en chaume : un arrêté préfectoral très contesté

Il n’échappe à personne qu’accidentel ou volontaire, le feu trouve dans la paille et le chaume des combustibles dociles et puissants. Des décisions sont prises par la préfecture d’Eure et Loir. En 1822, ordre est donné que les dépôts de meules, de grains et de chaumes soient distants de cent mètres de tout bâtiment. En 1843, un arrêté stipule que tuiles et ardoises remplacent les couvertures traditionnelles.

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Moutons et meules

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Chaumière rouche

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ABP 1892

Cette mesure qui paraît marquée du sceau du bon sens provoque une véritable fronde, tant des citoyens ordinaires que des conseils municipaux. À cela, deux raisons essentielles. La première concerne le coût de la mesure, les petites gens sont évidemment incapables de payer les ardoises ou les tuiles, deux fois plus coûteuses. Second inconvénient, le poids de ces nouvelles toitures implique le changement des charpentes, nouvelles dépenses qu’il faudra abonder du prix du transport alors que le chaume est à portée de main.
La grogne est telle que l’arrêté est suspendu, puis abrogé en 1849. L’administration a cédé pour cinq ans car le préfet Grouchy en 1854 édicte un arrêté similaire dont l’application brutale déclenche une émeute rurale dans le nord du département, au cours de laquelle le représentant de l’état est molesté par une foule de 1 500 personnes. L’arrêté est maintenu, mais sa mise en œuvre n’est plus qu’incitative.

L’incendie est sans conteste un évènement spectaculaire qui emporte en quelques heures les biens de toute une année et pire, de toute une vie. C’est souvent un révélateur des tensions rurales, toujours un moment fort de la solidarité villageoise et qui renseigne donc sur la vie quotidienne des ruraux.

Sources utilisées pour cet article :

  • Archives départementales d’Eure et Loir. Série 2 U, dossiers de cour d’assise. Série 2 O, extraits de délibération du conseil municipal. Série 4MP.
  • L’article de Jean-Claude Farcy, incendies et incendiaires en Eure et Loir dans la Revue du XIXe siècle, 1992.
  • A. Ganot, Cours de physique purement expérimentale à l’usage des gens du monde, 1859.
  • Le journal « Le Glaneur ».

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5 Messages

  • Au XIXe siècle, les incendies en Beauce 22 mars 2009 10:06, par Patick GEOFFROY

    Bonjour Alain
    Superbe article sur l’incendie, véritable fléau dévastateur que nos ancêtres ont bien connu. Est-il possible d’avoir quelques autres références sur des incendies dans cette région. Je demande cela étant fondateur de la liste Généalogie-Calamités. Je suis vivement intéressé.
    Patrick Geoffroy

    Répondre à ce message

  • Au XIXe siècle, les incendies en Beauce 26 mars 2009 15:35, par Elga

    Article très intéressant où l’on découvre que nos ancêtres devaient se battre contre les incendies avec leurs faibles moyens et souvent sans beaucoup de succès ! Mais aussi, de voir la solidarité qui s’organisait pour aider à éteindre les incendies, c’est admirable, surtout à une époque où il n’y avait pas encore de pompiers !
    Quelle tristesse de voir que déjà à cette époque, alors qu’on découvrait les allumettes, les gens se révélaient déjà des incendiaires. Mais aujourd’hui il n’est pas rare de découvrir, dans les faits divers, des incendies accidentels dus au manque de sagesse et de vigilence des gens. On commençait donc à se rendre compte du danger du tabac lors des travaux des champs et des allumettes laissées entre les mains des enfants ! Nos ancêtres en ont fait la triste expérience... Mais l’histoire se répète puisque les allumettes et les briquets continuent de provoquer des drames et à entretenir la folie des hommes, véritables prédateurs de la nature ; et l’expérience de nos ancêtres ne nous a pas servi à grand chose...
    L’histoire du petit Drouin m’a émue car au lieu de la maison de correction, c’est une bonne correction qu’il aurait dû recevoir avec l’interdiction de toucher aux allumettes sous peine de maison de correction, cette fois-ci... La peine n’était-elle pas disproportionnée pour un enfant ? Heureusement qu’à notre époque la justice est devenue plus « juste » !

    Répondre à ce message

  • Au XIXe siècle, les incendies en Beauce 13 août 2014 10:42, par Pierrick Chuto

    Alain Denizet a écrit deux excellents livres.
    Cet article agrémenté d’une belle iconographie est fort bien rédigé.
    En faisant des recherches sur Quimper pour écrire un ouvrage sur les enfants exposés à l’hospice de Quimper, j’ai découvert l’usage des seaux en cuir pour lutter contre les incendies.
    Extrait de mon livre :

    Lors de la séance du conseil municipal du 4 septembre 1801, alors que le maire dresse un tableau peu reluisant des finances de Quimper, que pensent ces messieurs d’âge mûr réunis autour de la table ? À nouveau, il leur est demandé ainsi qu’à tous les gens aisés de mettre la main au portefeuille.
    Pour lutter contre les nombreux sinistres, ils sont priés d’acheter les trois cents seaux en cuir nécessaires pour l’alimentation des pompes à incendie. Le maire explique une fois de plus que l’hospice absorbe la quasi-totalité des ressources d’un octroi moribond, malgré les quatre cent trente cabarets de la ville
    .

    Pierrick Chuto
    http://www.chuto.fr/

    Répondre à ce message

  • Au XIXe siècle, les incendies en Beauce 14 août 2014 14:07, par g p ROMAN

    « il n’y a pas de fumée sans feu »,ni d’incendiaire sans motivation

    Répondre à ce message

  • Au XIXe siècle, les incendies en Beauce 9 septembre 2014 11:55, par Jean-Michel Bariteau

    Je confirme l’extrême sévérité des tribunaux (surtout avant la Loi du 28/04/1832) envers les incendiaires, dans les campagnes. Grâce à une recherche menée par les Archives Départementales de Charente-Maritime sur les peines capitales prononcées au Tribunal de Saintes, j’ai découvert qu’un de mes « cousins » Louis Charles ROY avait été exécuté sur le Champ de Foire de Saintes, le 22/01/1816 à 13 h, pour avoir mis le feu à un tas de fagots (seul un volet de la maison avait brûlé). Raison : se venger de sa patronne qui l’avait congédié parce qu’il refusait (dit-il) d’épouse sa fille car elle avait « failli »...

    Répondre à ce message

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