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Classe 44 - Commentaires (7e épisode)

Classe 44 - réfractaire et maquisard


dimanche 1er avril 2007, par Bernard Morinais

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L’objectif de cette plaquette étant de transmettre à la jeunesse ce que fut, à l’époque, l’attitude de ses aînés, amène cependant quelques précisions, concernant leurs éventuelles responsabilités, face à des situations qu’ils n’avaient pas créées, et dont ils n’étaient pas maîtres.

Chapitre VII

La relation des événements contenus dans ce récit est strictement authentique. Cependant, malgré la cinquantaine d’années qui nous en séparent, il est nécessaire de préciser que certains patronymes ont été intentionnellement déformés, d’autres occultés, selon les désirs de certains que nous ne discuterons pas, c’est leur droit.

L’objectif de cette plaquette étant de transmettre à la jeunesse ce que fut, à l’époque, l’attitude de ses aînés, amène cependant quelques précisions, concernant leurs éventuelles responsabilités, face à des situations qu’ils n’avaient pas créées, et dont ils n’étaient pas maîtres.

Lire, dans un ouvrage largement diffusé, concernant les combats de Sartrouville (« la Gazette Historique de Sartrouville » n°63 d’Août 1994 :

« Par ailleurs, d’autres F.F.I. tirèrent sur les Allemands... ces petits malins, pour moi très courageux de loin... eurent pour résultat de faire croire aux Allemands qu’ils étaient tombés dans un piège... »

Ce commentaire relève plus de l’ignorance que du courage nécessaire à cette époque pour agir, »... de loin comme de près ».

Ou dans un autre écrit :

"Le « Père », né en 1887, avait dont 27 ans lorsqu’éclata la première guerre mondiale. Maréchal des logis dans l’artillerie tractée à cheval ; il fit Verdun, la Meuse, et fut cité à l’ordre du régiment, et à l’ordre du corps d’armée. À 57 ans, il rejoint les F.F.I.
La notion d’évacuation l’a emporté sur toutes les autres : la Libération n’est intervenue que parce que les Allemands ont décidé de décamper, et le reste n’est que mauvaise littérature"
.

On ne peut pas aborder les conclusions de l’histoire de France 1940/1944 sans en connaître les tenants.
Tout un chacun a, naturellement, entendu parler de l’appel du 18 juin du Général De Gaulle, mais il faut reconnaître qu’à l’époque, très peu en ont été informés.
Cependant, dès l’été 1940, au nord comme au sud, nombre de Français ont refusé la capitulation, et se sont délibérément engagés dans la voie de la Résistance.

En zone sud, d’abord, non occupée par l’ennemi, cette résistance aura surtout pour ossature les cadres de l’armée régulière, démobilisés par l’armistice.
Le regroupement sera plus aisé du fait d’une semi-liberté.

En zone Nord, si l’organisation en sera plus délicate du fait de la présence des nazis, elle bénéficiera, par contre, des réseaux déjà constitués par les militants du Parti Communiste et de la C.G.T.U., dans l’illégalité depuis plus d’une année, et ceci malgré l’emprisonnement de la plupart de leurs dirigeants.

Le P.C.F. et ses organisations satellites, étaient illégaux depuis septembre 1939, et se posait logiquement des questions, quand à l’attitude des autres Résistants les ayant condamnés à cette époque, au regard de la signature du pacte de non agression germano-soviétique.

Les Communistes organisèrent rapidement les F.T.P.F. (Francs Tireurs et Partisans Français) en zone Nord, comme en zone Sud, et protégèrent leurs responsables en instituant les « triangles » : chacun de leurs cadres n’avait qu’un contact en aval, et un en amont, de façon à éviter les arrestations en chaînes.
Le P.C. sera donc le seul parti politique à rester organisé, pendant les deux premières années d’occupation.

Bien d’autres courants de pensées s’organisèrent également « Combat » (créé à Marseille par H. Freinay et B. Albrecht), « Libération » (au sud par E. d’Astier de la Vigerie à Clermont-Ferrand, au nord par C. Pineau, à dominante socialiste), « Défense de la France » (région parisienne par Ph. Viannay et R. Salomon), « Organisation Secrète » (ou O.S., créée en 1940 par le P.C.).
Ceux de la « Libération » (avec M. Ripoche en août 1940), « Front National » (aucune similitude avec le Parti du Front National des années 1980-90), au nord-Bretagne par M. Paul en 1941, au sud par L. Hamon et G. Maranne), « Franc-Tireur » (Par A. Avinin et F. Paulin à Lyon), « Alliance » (zone sud par Marie-Madeleine Merric-Fourcade et Loustaunau-Lacau), etc...

Très vite apparurent deux grandes tendances :

• Action immédiate, soutenue par le P.C., le Front National, et les F.T.P.F. Partisans des opérations de sabotage, des attaques individuelles ainsi que de la création de corps-francs en ville.

• Attentisme, regroupant tous les partisans de l’action le jour « J » que prônaient les militaires principalement.

Tous sans exception reconnaissaient en le Général De Gaulle, le chef de la France Combattante.
Ce dernier se rendit très vite compte qu’il était indispensable d’unifier, en un seul mouvement, toutes ces tendances, et l’on devra à Jean Moulin le mérite d’avoir réussi cette unité au sein des M.U.R. (mouvement uni de la Résistance), en 1943.

Si De Gaulle ne voit pas d’un oeil complaisant, l’organisation structurée des Communistes et de leurs alliés, il reconnaît cependant indispensable d’en tenir compte, face à l’opinion des Américains dont l’objectif initial était « l’occupation de la France ».
Pour ce faire, ces derniers avaient créé l’A.M.G.O.T. (Allied Military Governement in Occupied Territory), soit l’administration militaire alliée des territoires « occupés ».

Si toutes les organisations de Résistance ont très rapidement compris la nécessité de s’organiser militairement, ainsi que de prévoir l’ossature civile nécessaire dès les premiers jours de la Libération pour faire face à toute action anarchique, bien des conflits naquirent du fait même des réorganisations indispensables :

• Responsables militaires venant de Londres, chargés de commander de vieux routiers de l’action de « guérilla ».

• Choix sélectif du parachutage des armes et matériels et, disons-le sans détours, l’anticommunisme de certains.

• Le ralliement bien tardif à la Résistance de personnalités militaires et politiques, s’étant jusque là satisfaits du Vichysme.

• Et pour finir, la monumentale erreur tactique, qui provoqua la concentration massive de Résistants en des positions statiques (Vercors, Glières, Mouchet, Saint-Marcel etc...), dans l’espoir d’un débarquement qui ne vint que douze mois plus tard.

Plus lourde encore sera l’erreur du Général Koenig, d’avoir lancé, le 7 juin, le mot d’ordre : « La bataille pour la Libération est déclenchée », pour ensuite se raviser et demander de « freiner la guérilla ».

Heureusement, dans bien des régions, ces consignes ne furent pas appliquées aveuglément. Le résultat, certainement, en aurait été catastrophique, dans un sens comme dans l’autre.

La Libération de Paris, par l’insurrection générale qui suivit la grève totale, ne peut être comparée à la Libération de Lyon qui, par les mêmes méthodes eut été une catastrophe, ou celle de Marseille, avec l’aide massive des troupes régulières, débarquées sur les côtes du midi.

En tout état de cause, aucune des actions d’envergure, tel le débarquement en Normandie, ou la Libération de la Corse, ou le débarquement du sud de la France, ou l’avancée rapide de la 2e DB, n’eurent été possibles dans de telles conditions, sans la minutieuse préparation des opérations de Résistance.
Le commandement Allié précisera même, que les actions des F.F.I.-F.T.P. représentèrent la puissance de quinze divisions

Le bilan du harcèlement, réalisé par les maquis de Seine & Oise nord et Oise, fut finalement très positif sous les ordres de Ph. Viannay.

Le commandant Philippe Viannay y aura d’autant plus de mérites que, parmi les obstacles auxquels il s’est constamment heurté, si les Allemands figurent en bonne place, ils ne sont pas les seuls.
En effet, rendant compte de son action, il n’hésitera pas à mettre, directement et nommément, en cause ceux dont il déplora le comportement, en tout premier lieu, le délégué militaire régional Montrose (Sonneville), qui fut, dit-il, son principal obstacle, et qui lui mit constamment des bâtons dans les roues ; ce que Viannay explique par un total désaccord sur l’usage des F.F.I., la thèse du D.M.R. étant : « Les corps francs ne devaient se signaler par aucune action, exceptée de stricte technique demandée par les alliés ! Ne rien faire qui puisse effaroucher la population et en particulier, j’ai le regret de le dire, les classes bourgeoises de ma région. »

Viannay était partisan d’une tout autre conception : « Souder le Pays à la Résistance, imposer la crainte, le silence et éviter toute délation, faire participer l’ensemble de la population au combat... [1] »

On découvre donc dans ces déclarations la réponse aux questions posées à l’époque :

• Comment se fait-il que la Résistance de ces régions (Seine & Oise Nord et Oise) si bien organisée et structurée, équipée de terrains d’atterrissages et de parachutages ne reçut-elle que si peu d’armes ? Ou pas du tout ? (nous possédions si peu d’armes à Sartrouville, qu’elles étaient entreposées après chaque utilisation, en réserve dans la salle N°11 du Q.G. de l’école Jules Ferry, à côté du « bureau du Directeur », dont c’était le siège-état-major, gardées jour et nuit) [2].

• Pourquoi ces bombardements meurtriers (Sartrouville, Limay, Pontoise, etc...) alors que les ouvrages visés eussent pu être rendus inutilisables par l’efficacité des actions de la Résistance ?
Nous laisserons au lecteur le soin de conclure et surtout de lire...

Le 5 février 2003, A Chelles, Bernard Morinais

TUE A CHAMBLY LE 19 JUIN 1943 :

Kalikrenko François F.T.P.F.

FUSILLES DU MAQUIS DE RONQUEROLLES
LE 19 JUIN 1944 :

Lopez Jean F.T.P.F. AN II

Quideau Elie F.T.P.F. AN II

Vialet Jean F.T.P.F. AN II

Roux Pierre F.T.P.F. AN II

FUSILLES A L’ISLE ADAM LE 20 JUIN 1944 :

Quideau Corentin F.T.P.F. AN II

Régnier David DEFENSE DE LA FRANCE

Fritz “X” DEFENSE DE LA FRANCE

Legagneur Salomon DEFENSE DE LA FRANCE

Mercier Pierre DEFENSE DE LA FRANCE

Brunet Emile DEFENSE DE LA FRANCE

Lanneluc Gaston DEFENSE DE LA FRANCE

Laurent Raymond DEFENSE DE LA FRANCE

Meifred-Devals Pierre DEFENSE DE LA FRANCE

Pucinelli “X” DEFENSE DE LA FRANCE

Levallois Yves DEFENSE DE LA FRANCE

FUSILLES A TRIE CHATEAU LE 14 AOUT 1944 :

Leclère Louis F.T.P.F.

Rayer Georges F.T.P.F.

Tilloloy Robert F.T.P.F.

Bourgeois Pie F.T.P.F.

Bouvier Jean F.T.P.F.

FUSILLE A ROMAINVILLE LE 24 AOUT 1944 :

Deschaintres Norbert F.T.P.F.

FUSILLES A LA FRETTE LE 26 AOUT 1944 :

Ledreux André F.F.I.

Arthur Louis F.F.I.

Christel Nicolas F.F.I.

Clavilliers Pierre F.F.I.

Lepareur Louis F.F.I.

Maurer “X” F.F.I.

MOURRONT EN DEPORTATION EN 1944/1945 :

Cronier Aurelien F.T.P.F.

Crunet Jean F.T.P.F.

Declémy Marcel F.T.P.F.

Monchant Martial F.T.P.F.

Spilers Sidinie F.T.P.F.

Bernier LucienF.T.P.F.

LETTRES D’UN FUSILLÉ

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« Quand on a arrêté les communistes, je n’ai rien fait, je n’étais pas communiste.
Quand on est venu arrêter les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
Quand on est venu arrêter des socialistes, des syndicalistes, quand on a arrêté des catholiques, cela ne me concernait pas...
Quand on est venu m’arrêter, il n’y avait plus personne pour protester... »
Pasteur Niemöller
Et ensuite...
Le dernier des nazis avait quitté la ville
Quatre années dans la nuit avaient été si dures
Réfléchir à demain n’était pas inutile
J’avais seulement vingt ans, l’été était si pur...
Le kaki des soldats dans la poussière des routes
Attirait les curieux délivrés du carcan
J’étais libre ce jour, libre sans aucun doute
De lire et de penser, de dire mon sentiment
Une fille élancée, sur le bord du chemin
Acclamait les vainqueurs sur leurs chevaux d’acier
Je crus avoir le droit de lui prendre la main
Elle ne refusa point, conversation fût liée
Quarante ans à nous deux , n’était-ce pas le bel âge ?
L’année passa très vite et nous vit réunis
Affrontant en commun la vie et ses barrages
Luttant, cognant, mordant,nous battant, peu munis
Puis vint un gros garçon, puis deux, puis trois, puis quatre
Pendant que chaque jour, chacun dans notre sphère
Il nous fallait lutter, il nous fallait nous battre
Pour leur donner la vie, un bout de savoir-faire
Cinquante années après, nous sommes récompensés
Nous pensons avoir fait ce qui est minimum :
Avoir conduit ensemble notre barque sans verser
Avoir donné aux gars les raisons d’être un homme.
Bernard Morinais - 1995
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Jacqueline et Bernard MORINAIS

Notes

[1Lire : L’Histoire de la Résistance en France, de H. Noguères et M. Degliame (Éditions Robert Laffont)

[2En fait de nombreux parachutages d’armes ont été effectués en France, par les alliés et le B.C.R.A., depuis février 1944, mais toute la région parisienne a été étrangement desservie dans la distribution, malgré les incessantes réclamations du Colonel « ROL », et du C.O.M.A.C., sans doute en raison d’une certaine méfiance des alliés, et du gouvernement de Londres, à l’égard de la Résistance intérieure et de l’insurrection nationale. De tout ce matériel, la région Parisienne n’a rien reçu, nous constatons qu’en Seine et Oise où nous aurions pu aller nous armer avant la bataille, il n’a été envoyé que : mitraillettes Sten :114, pistolets :18, fusils :150, bren :24, bazzookas :2, 158 940 cartouches de 9 mm, ainsi que 180 grenades (Rapporté par Villate alias Rethal,dans son ouvrage : « La bataille de Paris »

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  • Classe44 - Commentaires 30 décembre 2007 20:52, par Alain Morinais

    « Je t’ai dit le chemin des hommes,

    Tu m’as dit les sentiers oubliés. »

    Ces quelques mots, écrits à Dany dans les années soixante quatre ou cinq, disent notre folle prétention d’avoir trouvé LE chemin, et semblent remercier, par avance, celle qui saura m’attarder, mais était-ce vraiment prendre du retard, aux creux de sentes inoubliables.

    Il faudra encore longtemps, un très long temps, trop pour nous, que tes arrières petits-enfants, car c’est aussi trop tard pour tes petits enfants,... arrières-arrières donc... arrière toute les enfants ou en avant ?... marchent vers l’homme, pas l’Homme que nous avons commis par erreur de le croire nouveau, non, l’homme tout simplement combien difficile d’être simple.

    Si nous savons aujourd’hui ne pas l’avoir trouvé, je voulais pouvoir un jour te dire MERCI...

    ... merci d’avoir eu le courage de choisir le bon sens, le difficile, le plus difficile, celui qui y conduit.

    Mais, à présent que tu es parti, parti sans laisser d’adresse et sans que nous ayons eu le temps,

    à chacun de la trouver,

    de chacun pour s’y retrouver.

    Alain

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