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Enquête sur une photo-montage qui pourrait intéresser d’autres généalogistes : les portraits de 23 militaires du 4e régiment d’artillerie


jeudi 1er juin 2017, par Michel Guironnet, Nicole Beuscher

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Nicole Beuscher nous confie cette superbe photo ancienne pour La Gazette : « Elle pourrait intéresser d’autres généalogistes. Au centre mon grand-père, Paul Boilletot, originaire des environs de Langres ». C’est une grande photo-montage avec le portrait de 23 militaires de la 3e Batterie du 4e Régiment d’Artillerie. Au bas, encadré par deux canons, il est inscrit « classe 1901 ».

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3e batterie du 4e régiment d’artillerie

Le portrait de Paul Boilletot, au milieu et en plus grand format que les autres, se retrouve en plus petit format, à sa gauche en regardant la photo.
Le cadre du milieu est destiné, sans nul doute, à recevoir le portrait interchangeable de l’un de ces 23 militaires.
Ils sont tous « en grande tenue » avec leur paire de gants blancs tenue à la main et la plupart tiennent leur sabre d’artillerie serré par le bras gauche ou appuyé sur le « prie-dieu » sur lequel ils posent.

Nous avons besoin de précisions : « Que savez-vous de plus sur Paul Boilletot : date et lieu de naissance, carrière civile et militaire ? Avez-vous consulté sa fiche matricule qui nous donnerait des renseignements complémentaires ? La photo de votre grand-père peut être le début d’une intéressante recherche sur ces conscrits de 1901 ».

Nicole nous répond : « Paul Boilletot est né le 17 octobre 1883 à Champigny les Langres. Il était Maître Sellier. Vous me parler de sa fiche matricule ; comment la trouver ? »

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Paul Boilletot
« Cheveux et sourcils châtains foncé, yeux gris bleu, front ordinaire, nez petit, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, taille : 1 m 65 centimètres » (d’après sa fiche matricule)


L’acte de naissance de Paul Boilletot, notamment grâce aux mentions marginales, nous en apprend beaucoup sur lui :
Le 17 octobre 1883, à la mairie de Champigny les Langres (Haute-Marne), Charles Pierre Boilletot, maçon âgé de 31 ans, vient déclarer la naissance de son fils « né aujourd’hui même à trois heures du soir en son domicile audit Champigny, de lui déclarant et de Marie Zélie Félicie Mathey, âgée de vingt-deux ans, couturière, son épouse légitime… et il a déclaré vouloir donner à l’enfant les prénoms de Paul Gustave François. »
Pierre Boilletot, 66 ans, maçon à Champigny, « aïeul de l’enfant » l’accompagne avec Nicolas Varney, 45 ans, l’instituteur de Champigny.
Paul se marie le 16 août 1909 à Saint Geosmes avec Marie Alice Donnot, née à Rouen le 3 février 1885.

Engagé volontaire

Sa fiche matricule est sur le site des archives départementales de la Haute Marne [1] : Paul est engagé volontaire au 4e d’artillerie à Besançon... mais ne nous dit rien de plus !

Le 4e Régiment d’Artillerie de Campagne, successivement 4e Brigade du Royal Artillerie, Régiment de Grenoble, puis 4e Régiment à pied à l’époque où Napoléon Bonaparte fut Lieutenant dans une de ses Batteries, compte parmi un des plus anciens Régiments de France. Les noms d’Héliopolis, Lutzen, Constantine, Sébastopol brodés en lettres d’or sur son étendard, évoquent ses glorieuses Campagnes [2].

Heureusement, après quelques recherches, voilà une fiche matricule beaucoup plus complète [3] :

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Détail des services et mutations diverses

« Engagé volontaire pour trois ans le 18 octobre 1902 à la mairie de Langres au titre du 4e Régiment d’Artillerie. Arrivé au corps le 20 du dit (mois) et immatriculé sous le N° 2481. 2e Canonnier servant le 20 octobre 1902. 2e ouvrier bourrelier le 19 septembre 1903.
Passé au 11e Régiment d’Artillerie le 19 septembre 1905. Arrivé au corps le 22 septembre 1905 et 2e ouvrier bourrelier ledit jour, immatriculé sous le n° 4546.
Rengagé pour 2 ans le 28 septembre 1905, à compter du 18 octobre 1905. Brigadier sellier le 7 octobre 1905. Commissionné le 18 octobre 1907.
Passé au 31e Régiment d’Artillerie… »

A la 3e batterie

La « batterie de 75 montée » d’artillerie de campagne :
La batterie de 75 représente la plus petite unité d’un régiment d’artillerie. Elle est commandée par un Capitaine de l’armée d’active.
Le personnel de la batterie est réparti en 9 pelotons de pièce. Chaque pièce est commandée par un Maréchal-des-Logis, assisté de un ou de deux Brigadiers.
- Les 5 premières pièces constituent la batterie de tir, placée sous les ordres du Lieutenant de l’armée d’active.
- Les 6e, 7e et 8e pièces constituent l’échelon de combat, placé sous les ordres du Lieutenant de réserve.
- La 9e pièce constitue une partie du train régimentaire.

1/ Batterie de tir
- 4 pièces avec chacune un canon de 75 mm à tir rapide et son caisson (72 coups) attelés à un avant-train de deux caissons (24 coups par caisson) [4].
- une 5e pièce avec 2 caissons.

2/ Echelon de combat
- une 6e pièce avec 3 caissons
- une 7e pièce avec 3 caissons [5].
- une 8e pièce rassemble la forge et le chariot de batterie.

3/ Train régimentaire
- une 9e pièce qui rassemble 3 fourgons à vivres et un chariot-fourragère.

Effectif d’une batterie de 75 : 3 officiers (1 capitaine, 1 lieutenant de l’armée active, 1 lieutenant de réserve), 171 hommes, 168 chevaux et 22 voitures (19 attelées à 6 chevaux et 3 attelées à 2).

Ouvrier bourrelier

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Ouvrier bourrelier

En septembre 1903, Paul Boilletot devient « ouvrier bourrelier ». L’insigne qu’il porte en haut de ses deux manches nous permet de dater la photo : entre septembre 1903 et septembre 1905.

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Insigne de bourrelier
Cet insigne de manche représente de façon stylisée un « collier de force »
Explications succinctes sur le travail du bourrelier :
N’oublions pas qu’à l’époque la traction des canons se fait grâce à des chevaux. Pour les travaux d’entretien des « trains d’artillerie » à traction hippomobile, comme pour les soins à donner aux chevaux, le recrutement pour l’armée s’effectue chez les jeunes hommes exerçant, entre autres, les métiers manuels de charron, sellier et bourrelier, maréchal-ferrant…
Le bourrelier est spécialiste de la fabrication de harnais, colliers et autres accessoires liés à l’utilisation des chevaux de trait. Il fabrique et répare sans arrêt les lanières des attelages.
La principale matière travaillée par le bourrelier est le cuir : cuir de bœuf ou de vache, parfois de mouton. Le bourrelier utilise aussi différents tissus et toiles. Pour fabriquer les colliers, il travaille également le bois et utilise clous, rivets, ferrures et autres pièces de métal, ainsi que de la bourre (poils d’animaux ou fillasse de chanvre) - d’où le nom de ce métier.

Il reste maintenant à « faire parler » la photo ! Espérons qu’elle soit bavarde !! [6]

Paul Boilletot au 4e d’artillerie

La tenue se compose d’un dolman bleu très foncé à collet écarlate bordé d’une tresse noire. Il se ferme par une rangé de 7 boutons et est orné de 7 brandebourgs en laine noire portant un gros bouton à chaque extrémité. Le pantalon est en drap bleu foncé avec deux bandes écarlates.

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Dolman d’artillerie
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En haut, les gradés
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Un artilleur « spécialiste »

Les militaires des deux rangs en haut de la photo ont leur grades sur leurs manches. Au 1er rang, le deuxième et le troisième en partant de la gauche portent le grade de Maréchal des Logis. Ils sont « Chefs de pièce » c’est-à-dire qu’ils commandent la manoeuvre de « mise en batterie » de leur canon de 75 mm et la bonne exécution de son tir.

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Grade de sergent d’artillerie

Tous les autres sont des brigadiers, à part ceux à chaque extrémité du 2e rang.
Ces brigadiers portent sur leur manche gauche un insigne représentant une grenade enflammée : ce sont des « brigadiers-régleurs » passés « maitres » dans l’art de « pointer » l’objectif de tir.

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Insigne de maître-pointeur
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Grade de brigadier d’artillerie

Intrigué par l’insigne de col et des manches de l’un de ces deux artilleurs (2e rangée en partant d’en haut, le premier à gauche), j’ai posé la question aux passionnés du Forum Pages 14-18.
Les galons du col et des manches sont ceux d’un trompette : on distingue bien la « cannetille » caractéristique, galon losangé tricolore, au col et au bas des manches. Chez les trompettes, le galon de manches est posé en pointe. A l’inverse des musiciens de la fanfare, les trompettes, clairons et tambours ne portent pas la lyre sur les manches.

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Insigne de col pour le trompette
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Insigne des manches pour le clairon et le trompette

Pour plus de précisions sur les batteries d’artillerie, vous pouvez consulter sur Gallica : « Le livre du gradé d’artillerie à l’usage des élèves brigadiers, brigadiers et sous-officiers d’artillerie de campagne, contenant toutes les matières nécessaires à l’exercice de leurs fonctions et conforme à tous les règlements parus jusqu’à ce jour » (1915).

Notes

[1R 1372/01 archives de la Haute Marne

[2Extrait de l’historique du 4e Régiment d’Artillerie (1920)

[3R 1595/01 archives de la Haute Marne

[4Chaque canon de 75 emporte donc dans ses coffres un total de 120 coups.

[5Soit 8 caissons supplémentaires pour les munitions. Les 8 caissons emportent un total de 768 coups (8*72 + 8*24), soit 192 coups supplémentaires par canon de 75.

[6Merci à Xavier Aiolfi pour m’autoriser à utiliser des photos de ses catalogues de vente. Les photos en couleurs des grades et insignes ont été « empruntées » à différents sites de Militaria, entre autres l’excellent « Les français à Verdun ».

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