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Jean François Joye, un disciple de la Voisin

Les empoisonneuses de Marseille


jeudi 4 mai 2017, par Serge Bouvart

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Marie AUTRAN, épouse VILLE, 40 ans, se fait tirer les cartes par Fanny LAMBERT pour savoir, qui de son amant ou de son mari, l’aime le plus.

« C’est votre amant ! » affirme bien sûr Fanny.

De séance en séance et de carte en carte, on en vient tout naturellement à évoquer le moyen de faire disparaître le mari pour profiter de l’amant.
On se décide pour les sortilèges, c’est facile et indétectable.
C’est facile ? Bon, pas vraiment, c’est même évident, ça ne marche pas du tout ! Le poison devrait se montrer plus efficace.

Fanny LAMBERT, qui n’en possède pas, emmène donc son amie, Madame VILLE chez l’une de ses connaissances : François JOYE.

S’il vous fait confiance, Madame, JOYE peut vous fournir, moyennant finances, de la poudre blanche ou des herbes pour vous débarrasser de votre vieux mari ou bien vous, Monsieur, de votre encombrante épouse.

Vous vous dites, je connais cette histoire. Cela fait sans doute partie de cette célèbre affaire des poisons qui sous le règne de Louis XIV ébranla le royaume ?

Pas du tout ! Et même si on pense être chez un confrère de Catherine MONVOISIN, notre célèbre empoisonneuse, Jean François JOYE a su éviter le bûcher, car nous sommes en 1868, presque 200 ans plus tard.

Jean François JOYE, qui s’est installé à Marseille depuis février 1867, s’y fait rapidement une bonne réputation d’habile sorcier et de tireur de cartes puis ouvre une officine d’herboristerie rue du Panier.

Marie VILLE repart donc, satisfaite de sa visite chez JOYE, avec de la poudre blanche et quelques herbes (de la Belladone).
Fanny LAMBERT fera l’intermédiaire pour d’éventuelles autres livraisons. L’empoisonnement de Monsieur VILLE commence vers février 1868. Le brave homme (sa femme n’avait rien à lui reprocher si ce n’est sa présence) ne meurt qu’en août après de terribles souffrances.

Rosine SALVAGO a un époux alcoolique et brutal. Depuis 3 ans il est malade. Rosine le soigne pendant tout ce temps mais n’en peut plus. Fanny LAMBERT conseille à Rosine de s’en débarrasser. Rosine, fatiguée, accepte. Fanny détourne donc un peu de poudre destinée aux besoins de Madame VILLE et la vend à Rosine qui en donne, deux fois, une bonne dose à son mari. Jean SALVAGO meurt très rapidement.

Joséphine DUGUET, épouse GABRIEL, n’a que vingt ans, mais déjà quelques années de débauche derrière elle. Elle a, entre autres amants, un préféré qui semble se désintéresser d’elle. Elle a entendu parler de JOYE pour ses dons de sorcier et de tireur de cartes. Celui-ci finit par lui faire comprendre que son amant est plein de tendresse pour elle et, pour les rapprocher, il se propose de la débarrasser de son mari. D’abord réticente Joséphine est finalement convaincue par sa propre mère qui, elle-même, veut, dit-elle, faire pareil pour son propre mari.

« Comme elles seraient heureuses avec un double veuvage ! » aurait dit la mère.

Les poisons sont livrés par la femme FLAYOL, messagère de JOYE.
Joseph GABRIEL meurt en huit jours, non sans avoir légué l’usufruit de tous ses biens à son épouse. Joséphine attend quand même 10 jours avant de retrouver son « préféré ».
Pour que le crime reste impuni Olive MARIE, épouse DYE, a naturellement conseillé à sa fille Joséphine de mettre un cierge à la Bonne Mère.

Vers le 20 août, Fanny LAMBERT cherche Miette MARINO qui vend des fleurs sur le cours Saint-Louis. Celle-ci n’est pas là. Fanny s’adresse alors à une certaine Angélique JOURDAN, voisine de Miette MARINO sur le cours : « Dis à Miette MARINO qu’elle se tienne sur ses gardes et fasse attention à elle. Son mari a une maîtresse et cette maîtresse veut la faire mourir à petit feu. Elle est convenue de cela avec l’herboriste du Panier. »

Barthélémy MARINO, rassure son épouse affolée du message transmis par Angélique JOURDAN . Intrigué, il se rend le lendemain chez Marie VILLE sa maîtresse. Marie VILLE nie tout. Elle avoue connaître cependant François JOYE avec qui, dit-elle, elle est en affaire pour l’achat d’un fond de buvette. Fanny LAMBERT, interrogée par Barthélémy nie elle aussi. Il ne reste à MARINO, pour en avoir le cœur net, que d’aller chez JOYE.

« Je suis l’amant de Madame VILLE, je sais tout ce qui s’est passé. Mais vous n’avez fait que la moitié de la besogne. Je veux vivre librement avec Madame Ville, pouvez-vous me débarrasser de ma femme ? Mais je vous préviens, je ne veux pas que ma femme souffre autant et aussi longtemps que Monsieur VILLE ! »

Mis en confiance par ces paroles, François JOYE, d’abord méfiant, prend un visage souriant « C’est cette tripoteuse de LAMBERTE (surnom de Fanny) qui est à peine assez bonne pour tirer les cartes et qui se mêle de ce qu’elle ne sait pas. Elle ne pouvait venir à bout du sieur VILLE. Je suis intervenu avec ma poudre blanche et je l’ai expédié en quelques jours. Laissez-moi faire, suivez mes instructions et votre femme ne traînera pas longtemps. »

Barthélémy MARINO, avec les renseignements obtenus, réussit enfin à faire parler Marie VILLE qui lui raconte tout ce qu’elle sait et lui avoue qu’elle voulait aussi empoisonner Miette MARINO et Barthélémy lui-même s’il voulait la quitter.

Le 28 août 1868 le commissaire de police est stupéfait par la déposition spontanée de Barthélémy MARINO lui dénonçant trois veuves empoisonneuses, le nom et l’adresse du marchand de poison, et preuve à l’appui la poudre blanche fournie par François JOYE.

Le mardi 8 décembre 1868 L’herboriste JOYE, les femmes LAMBERT, GABRIEL et VILLE sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité.
La femme SALVAGO à 20 ans.
Les femmes FLAYOL et DYE sont acquittées (Très bizarre ! Est-ce grâce au cierge offert à la Bonne Mère ?).

Il est à noter que sans la langue trop bien pendue de Fanny, l’hécatombe aurait pu continuer plus longtemps. Les médecins appelés au chevet des « malades », étaient désorientés par l’utilisation alternative d’arsenic et de belladone ; poisons qui donnaient des symptômes différents.

Cette histoire est ici très résumée. Le compte rendu du procès (55 pages) est sur Gallica.

Voir en ligne : Les empoisonneuses de Marseille (Gallica)

P.-S.

Jean François JOYE est mort en Nouvelle Calédonie le 13 juillet 1876. Les femmes ne semblent pas avoir été transportées dans les bagnes coloniaux.

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