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L’accident de chemin de fer de 1877 à Gagny


jeudi 8 avril 2010, par Micheline Pasquet

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La ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg fut mise en service en 1850. La gare de l’Est sera construite sur la route des ultimes voyages des rois de France emmenés à la nécropole de Saint-Denis. La gare sera ouverte au public le 5 juillet 1854. C’est avec grand faste, le 18 août 1855, que la Reine Victoria arriva par le chemin de fer à la gare de l’Est.

Un tragique fait divers

Le lundi 5 mars 1877, vers huit heures et quart du soir, le train de marchandises n° 70 manœuvrait au poste d’aiguillage à la gare de Gagny, dans l’intention de se rendre sur la voie de garage pour y stationner pendant la nuit. Ce train de marchandises était chargé de moutons mérinos. C’est alors que s’est présenté sur la même voie le le train-poste direct n° 37, venant de Paris en direction de Nancy-Reims-les Ardennes. Ce dernier train de voyageurs arrivait à grande vitesse. La collision fut terrible.

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La gare de Gagny

Les Gabiniens entendirent le choc dans tout le village, ce fut épouvantable ! D’après un habitant, ce fut comme un coup de tonnerre. Les deux fourgons et les deux wagons de première furent mis en pièces. Seuls le sleeping-car et le wagon de l’administration des postes furent épargnés.

Les habitants accoururent de tous les coins de Gagny. On entendait les cris des blessés et des mourants. Il faisait nuit, c’était poignant… Les mérinos s’étaient échappés des wagons et courraient dans tous les sens, cherchant une prairie éventuelle pour trouver un peu de tranquillité. Apeurés, ils encombraient la voie. Plusieurs moutons avaient été tués.

Les secours arrivèrent rapidement pour mettre de l’ordre dans ce désordre, notamment le docteur Kreutzer de Gagny. Il fut rejoint par le Docteur Langlois du Raincy. Les secouristes et la population commencèrent le déblaiement : 17 voitures étaient broyées. Sur les 27 voyageurs que contenait ce train, 5 ou 6 étaient sains et saufs, tous les autres étaient plus ou moins blessés.

Les accidentés furent transportés avec les moyens du bord dans le bâtiment de la gare et dans les maisons voisines. Deux militaires qui voyageaient dans le train venant de Paris, blessés à la tête, oubliant leur propre blessure participaient au sauvetage des malheureux. Un hôpital de fortune fut installé dans le restaurant qui se trouvait près de la gare, « la Maison Renaud », où la fille du restaurateur, Marie Renaud, véritable héroïne de la charité, s’activait auprès des blessés. Ceux-ci, installés dans la salle de billard sur des matelas, souffraient de tremblements. Certains succombaient après une terrible agonie.

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À droite, le restaurant Renaud

Dans la nuit, un journaliste débarqua de Paris pour faire le reportage de ce dramatique évènement.

Le lendemain matin, l’équipe d’ouvriers envoyée du dépôt de la Villette retrouva une femme d’une soixantaine d’années décédée. Cette femme est restée inconnue car dépourvue de pièce d’identité. Elle était en possession d’un porte-monnaie noir en peau de chagrin [1] brun à fermoir de cuivre et renfermant 55 francs en or, de la menue monnaie, une croix en argent, une tabatière vide en corne, et une paire de gants de filoselle [2] noirs, un petit mouchoir brodé, pas beaucoup d’indices pour l’identifier !

Une recherche par voie de presse fut lancée afin de pouvoir l’identifier.

L’équipe d’ouvriers des chemins de fer trouva également beaucoup de dégâts matériels.

Monsieur Poncet, Juge d’Instruction à Pontoise, Monsieur le Procureur de la République près le même tribunal ont procédé aux constatations avec Monsieur le Maire de Gagny, Monsieur Royer et le Commissaire de surveillance.

Les deux aiguilleurs se rejetaient mutuellement la responsabilité de cette terrible erreur d’aiguillage. Afin d’éclaircir les faits, une enquête fut ouverte par la Compagnie des Chemins de fer de l’Est.

La circulation des trains ne sera rétablie que le surlendemain de l’accident vers 2 heures de l’après-midi après bien des discussions et des interrogations…

On a déploré la mort de quatre voyageurs et dix blessés dont certains très graves. Les mécaniciens et les chauffeurs qui se trouvaient sur les machines et les tenders ne subirent que quelques contusions mais une très grande frayeur.

Avec ce drame épouvantable, il faut souligner la très grande solidarité qui s’est rapidement manifestée, notamment le dévouement de l’hôtelier Monsieur Renaud et de sa fille Marie qui ont été exemplaires, sans parler de l’ouverture de son établissement pour pouvoir donner les premiers soins aux blessés, en attendant leur transport dans un hôpital.

Sources :
- Centre d’archives historiques de la SNCF.
- Michel Merille et gérard Géraud, La Ligne de Monsieur Gargan, Éditions Amarco.

Notes

[1Cuir venant de la croupe du mulet ou de l’âne utilisé également en reliure.

[2Soie grossière.

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3 Messages

  • L’accident de chemin de fer de 1877 à Gagny 21 février 2011 12:00, par zaza

    Quel document très intéressant ! Merci de bien vouloir continuer. Quel est le nom de la rue actuelle par rapport à celle nommée : rue de villemomble.
    A bientôt au plaisir de vous lire encore ...

    Répondre à ce message

    • L’accident de chemin de fer de 1877 à Gagny 21 février 2011 17:47, par micheline Pasquet

      Bonjour,

      pour répondre à votre question concernant la rue de Villemomble, il s’agit de la nationale 302 et elle se nomme maintenant à Gagny l’avenue jean Jaurès, elle va du centre de Gagny à l’entrée de Villemomble.
      Merci d’avoir pris le temps de lire cet écrit , et de l’avoir apprécié.
      Bien cordialement
      Micheline Pasquet

      Répondre à ce message

  • L’accident de chemin de fer de 1877 à Gagny 27 octobre 2011 22:31, par Cunegonde

    Bonjour à vous,

    Depuis que j’ai lu votre article sur cet accident de train en 1877 à la gare de Gagny que j’ai fréquentée comme terminus de mon autobus ligne 303 en 1960, je m’interroge sur l’inconnue qui a été tuée dans cet accident.
    Avez-vous des précisions sur les avis de recherche de l’époque.
    Où se renseigner ?
    Je n’arrive pas à retrouver une aïeule qui aurait eu des raisons de prendre ce train, puisqu’originaire de Sancy les Provins et descendant à la gare de Montceaux.
    Bien sur, elle n’avait pas « une soixantaine d’années », mais beaucoup plus.
    Cependant , elle était encore domestique à Paris en 1872, à l’age de 74 ans, donc, elle était encore « en forme » sur le tard. ET pouvait ne pas faire son âge. Qui aurait été de 84 ans en 1877.
    En 1880, sa petite fille s’est mariée à Paris indiquant,
    ne rien savoir sur ses ascendants et leur domicile. Alors qu’ils ont longtemps habité proches les uns des autres sur Belleville
    Or l’accident a eu lieu en 1877, trois ans auparavant, ce qui pourrait expliquer cette étrange disparition . Je m’interroge donc sur la possibilité que cette inconnue ait pu être mon aïeule, Geneviève HOUDRY veuve PROFFIT « qui semble avoir disparu de la circulation ».
    Qu’en pensez-vous ? Avez-vous eu des précisions depuis la parution de l’article sur la Gazette ?

    Je vous remercie de m’apporter un peu de vos lumières, même si je sais bien qu’une idée tenace n’est pas une preuve...
    Mais sait-on jamais...

    Bien cordialement à vous

    J Blondin

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