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L’accouchement sous l’Ancien Régime


lundi 1er janvier 2001, par Thierry Sabot

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Moment périlleux pour la mère et l’enfant, l’accouchement sous l’Ancien Régime est l’objet d’attentions particulières où le savoir-faire féminin, les superstitions populaires et le poids de la religion se mêlent parfois étroitement.

L’accouchement est d’abord une affaire de femmes, de femmes âgées de préférence ; aussi les hommes en sont-ils exclus autant par décence que par incompétence.

La femme accouche toujours chez elle, dans la pièce principale de sa maison, entourée de sa mère, ses soeurs et parfois de quelques voisines. Une sage-femme, appelée aussi matrone ou basle, l’assiste dans sa délivrance. Cette dernière était souvent désignée par une assemblée de femmes qui la choisissaient pour son expérience. Elle était ensuite avalisée par le curé qui se devait de garantir ses qualités morales, ses bonnes moeurs et surtout son aptitude à ondoyer dans les règles de l’église le nouveau-né à la santé fragile.

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Le nouveau-né, détail d’après l’adoration des bergers par G. de la Tour, 1645.

La femme enceinte accouche généralement en position assise, non déshabillée. Il faudra attendre le XVIII° siècle pour que les manuels conseillent l’accouchement allongé.

Les conditions minimales d’hygiène étaient lois d’être respectées et comme le note l’historien Pierre Goubert, la matrone opérait souvent avec des mains, des doigts, des ongles, non lavés. Grâce à sa connaissance des herbes, des prières et de la magie populaire « elle confectionnait des pansements rien moins que stériles où entraient parfois des toiles d’araignée, des feuilles ou des bestioles pilées, des excréments séchés ».

Ainsi la cérémonie relève souvent d’un rite de passage ou l’intervention de la magie est destinée « à exorciser la peur autant que la douleur, tout en assurant le mieux possible la survie de la mère et de l’enfant » (cf Muchembled).

Après avoir été coupé, le cordon ombilical est alors mis en contact avec la tête de l’enfant pour lui assurer une longue vie.

Puis, parfois, le crâne est remodelé par la sage-femme, enfin le corps est lavé dans des décoctions diverses. J. Heroard, dans son Journal sur l’enfance et la jeunesse de Louis XIII, 1601-1628, nous livre quelques détails sur les premiers soins apportés à un nouveau-né royal (Louis XIII est né le 27 septembre 1601) : « Le 11 novembre 1601, on lui a frotté la tête la première fois. Le 17 novembre 1601 on lui a frotté le front et le visage avec du beurre frais et de l’huile d’amandes douces pour la crasse qui paraissait y vouloir venir. Le 4 juillet 1602, il a été peigné pour la première fois, y prend plaisir, et accommode sa tête selon les endroits qu’il lui démangeait. Le 3 octobre 1606, on lui a lavé les jambes dans l’eau tiède... c’est la première fois. Le 2 août 1608, baigné pour la première fois ».

Il va sans dire que ces délicates attentions ne s’appliquent pas aux enfants du peuple. Dans les campagnes comme dans les villes, les accidents restent fréquents et provoquent souvent des hécatombes de mères et d’enfants (Le taux de mortalité des femmes âgées de vingt à trente cinq ans est alors supérieur à celui des hommes du même âge). Par ignorance, les jumeaux et leur mère étaient d’ailleurs presque toujours condamnés d’avance. De plus, l’Eglise interdisait la césarienne sur une femme vivante et préconisait de sauver la vie spirituelle de l’enfant par un baptême dans l’urgence plutôt que la vie temporelle de la mère. Ceci explique la pratique courante de l’ondoiement sur l’enfant « dont on affirmait trop souvent qu’il avait donné signe de vie, afin de lui garantir le Paradis » (cf Goubert).

Enfin, notons que les superstitions, les coutumes populaires autant que les directives de l’Eglise prescrivaient l’abstinence sexuelle après un accouchement (un rite de relevailles de quarante jours) car la jeune mère était alors considérée comme impure durant cette période.

Bibliographie :

  • Philippe Ariès : L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Éditions du Seuil, 1973.
  • François Lebrun : La vie conjugale sous l’Ancien Régime, Paris, Armand Colin, 1975.
  • J.Gélis, M. Laget, M.F. Morel : Entrée dans la vie, naissance et enfance dans la France traditionnelle, Paris, Gallimard, 1978.
  • Pierre Goubert : Les Français et l’Ancien Régime, tome 2, Paris, Armand Colin, 1991.
  • Robert Muchembled : Société, culture et mentalités dans la France moderne, XVI-XVIII° siècle, Paris, Armand Colin, 1994.

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