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La ferme expérimentale de Pessac et le Moulin de Noès en Gironde (1769-1829)


mercredi 1er février 2006, par Philippe de Ladebat

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Le « Moulin de Noès », vestige d’une « Ferme expérimentale » créée à Pessac en 1769 par l’armateur bordelais Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat, témoigne d’expériences pionnières de diversification des cultures en Gironde, de modernisation des pratiques coutumières et d’organisation d’un enseignement agricole par l’exemple. L’architecture monumentale du moulin avec une ornementation originale lui a valu son inscription comme monument historique en 1984.

Des terres pour le grain

Le "Moulin de Noès" est le dernier témoin d’une "ferme expérimentale" créée au XVIIIe siècle à l’ouest de Bordeaux, à cheval sur les "paroisses" de Pessac et de Mérignac. On doit l’existence de cette ferme à la volonté politique du gouvernement royal (Louis XV) relayée par des dispositifs réglementaires et des engagements privés régionaux et locaux.

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Moulin de Noès sur le Peugue
Collection de l’auteur

La volonté politique visait :

  • la mise en valeur de terres inexploitées (friches, landes, marais) ou trop uniquement dédiées à la monoculture (vignes), dans le but d’accroître les cultures céréalières et la production de farine ;
  • l’expérimentation et le développement de nouvelles cultures ou de nouveaux modes ou instruments d’agriculture ;
  • la formation de nouvelles générations de jeunes agriculteurs à des outils et méthodes de travail plus efficaces.

Cette volonté fut relayée et traduite dans les faits par :

  • un arrêté du Conseil du Roi du 16 avril 1761 instituant un dispositif d’appropriation des terres libres du royaume en vue d’encourager leur défrichement et leur mise en culture pour éviter la « disette du grain » ;
  • la mise en place dans les généralités du royaume par l’ancien contrôleur général Bertin d’un certain nombre de Sociétés d’Agriculture qui, pour la plupart créèrent ou incitèrent à la création des fermes « modèles », « d’expérimentation » ou de « démonstration » ;
  • l’engagement de notables locaux gagnés par l’esprit des lumières et animés d’une philosophie sociale active.

C’est dans ce contexte général mais avec des objectifs et des moyens spécifiques liés aux particularités géographiques et agricoles locales que fut crée à l’initiative d’un armateur bordelais, Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat, la première « Ferme expérimentale » de la généralité de Bordeaux.

La ferme expérimentale

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La ferme expérimentale de Pessac
Collection de l’auteur

Etabli à Bordeaux comme armateur, Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat fait l’acquisition en 1765 à Pessac d’une « maison noble » d’habitation ; en complément de cette maison dite « de Lacanau » ou « de Bellevue », il achète en 1769 à la veuve de Jean-Martin de la Chabane un vaste domaine qui s’étend sur les paroisses de Pessac et de Mérignac en vue d’y créer une « ferme expérimentale » répondant aux vœux de l’arrêté royal de 1761. Aussi bien, en l’absence de Société d’Agriculture à Bordeaux, l’initiative était soutenue par la Société d’Agriculture de Paris dont Laffon de Ladebat fut désigné correspondant régnicole.Jacques-Alexandre fut toutefois emprisonné plusieurs jours au Château-Trompette de Bordeaux pour avoir voulu construire un Temple Protestant sur son domaine.

Son petit fils écrit sur cette époque : « Mon grand-père avait fait l’acquisition d’un domaine considérable, situé sur les confins de cette contrée agreste et solitaire, nommée les « Landes de Bordeaux » ; on y projeta de grandes constructions que mon père (André-Daniel né en 1746, futur homme politique) se chargea de faire exécuter : il s’y consacra tout entier. Ce domaine, appelé Bellevue, fut défriché et planté par ses soins ; ce fut constamment l’objet de sa prédilection, et pendant quelques années il y a joui de tout le bonheur qu’il lui ait été donné de goûter sur terre ».

Les embauches de fermiers et de valets de ferme commencèrent dès 1770 ainsi que l’acquisition des instruments agricoles et des bêtes de somme ; les premières récoltes de blé eurent lieu en 1773 lors de l’achèvement de toutes les constructions : bâtiments de ferme avec, à l’étage, les installations de la magnanerie, réserves d’eau et viviers sur le Peugue, moulin à eau, etc. Outre les cultures céréalières et la production de farines, la ferme élevait des vers à soie nourris avec ses mûriers et formait des valets de ferme dont les meilleurs étaient récompensés par l’attribution de lopins de terre.

Cette entreprise de « mise en valeur de landes et terres incultes », en plus de ses activités maritimes », valurent à Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat - bien que protestant - son anoblissement par le roi Louis XV avec des armoiries qui évoquent notamment la mer et l’agriculture.

La ferme se développa avec succès jusqu’à la Révolution où ses productions déclinèrent rapidement ; la dissolution par la Convention en 1793 des sociétés savantes, y compris les Sociètés d’agricultures qui soutenaient ce genre de projet, donna le coup de grâce à la ferme qui cessa brutalement toute activité organisée pendant trente ans.

Des déboires financiers nés de ses affaires d’armement naval (réquisition aux Indes du vaisseau Le Sartine) et les péripéties politiques du moment, contraignirent la famille Laffon de Ladebat à vendre,le 17 juin 1823,l’ensemble du domaine à une nouvelle société qui prit le nom de « Ferme expérimentale du duc de Bordeaux pour le département de la Gironde ».

La ferme du "Duc de Bordeaux"

C’est au sein de Sociètés savantes renaissantes à Bordeaux, la Société Philomathique et la Société Linnéenne, où l’on trouve les noms des promoteurs de tous les grands travaux de Ponts-et-Chaussées, de toutes les entreprises agricoles et industrielles de la Gironde, que s’élabore à partir de 1808 le projet de relancer une « Ferme expérimentale » dans le département. Ces hommes veulent ainsi faire progresser la science agricole, entraîner des changements de mentalité, de nouvelles pratiques de vie professionnelle et familiale, introduire de nouvelles espèces animales, végétales, forestières.

Le premier projet présenté à Napoléon en 1808 ne sera pourtant autorisé qu’en 1823, sous Louis XVIII et ne fonctionnera qu’en 1824 sous Charles X. Le but demeure de promouvoir une diversification des cultures en freinant la viticulture aussi bien que la sylviculture au profit, notamment, de cultures céréalières pour les grains et fourragères pour l’élevage du bétail. Parallèlement on prévoit la formation d’élèves laboureurs, jardiniers, maîtres-valets, etc. ainsi que l’attribution de « prix d’encouragements » aux fermiers qui introduisent des améliorations dans le système agricole.

Le domaine de Bellevue, est acquis des Laffon de Ladebat en 1823 par la Société nouvellement formée et dénommée « Ferme expérimentale du Duc de Bordeaux pour le département de la Gironde » ; ce nom du jeune héritier des Bourbons est donné par le Roi en reconnaissance et en témoignage de l’intérêt qu’il porte à la ville de Bordeaux.

Le domaine de la ferme s’étend toujours sur 266ha. avec ses bâtiments ruraux, viviers et moulins mais, hormis une vingtaine d’hectares de vignes et autant de pins, il est couvert de bois, taillis et friches autrefois en culture. La première année est difficile en raison de retards dans les travaux et les achats indispensables. Les premières productions n’apparaissent qu’en 1825 mais ne permettent pas le financement durable de la ferme et dès 1828 on décide la dissolution de la Société et la mise en vente du domaine fractionné en différents lots.

Le temps des « agronomes, propriétaires terriens locaux et philanthropes » était passé, celui des grandes compagnies capitalistes riches de financements extérieurs à la région était venu : on ne parlera plus en dizaines d’hectares mais en milliers d’hectares et ce sera la grande aventure de l’assèchement des marais, du défrichage et de la mise en valeur des landes.

Après 1830 il ne sera plus question de « ferme expérimentale » à Pessac si ce n’est dans les noms de rues ou de lotissements qui après la destruction de ses bâtiments monumentaux en 1970, vont la remplacer.

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Les restes des bâtiments avant leur destruction en 1970
Collection de l’auteur

Le moulin de Noès sur le Peugue, seul épargné et même restauré en 1993 se distingue donc toujours par l’architecture de son élévation amont : niche à voûte en cul de four avec moulures et agrafe à volutes, fronton à décor figurant l’eau ruisselante, conque et plantes aquatiques ; il reste là sans doute aussi pour témoigner d’expérimentations pionnières de diversification des cultures et surtout d’enseignement par l’exemple dont s’inspireront plus tard les fermes-écoles et l’enseignement agricole.

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Les sculptures de la façade amont
Collection de l’auteur

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1 Message

  • Bonjour,
    je souhaiterai connaître l’emplacement exact de la ferme-école (ferme expérimentale)par rapport au moulin et au Peugue. Existe t-il un plan de situation, avec l’orientation de la bâtisse etc ... ?
    Seul vestige, le moulin de Noès : était-il attenant à l’école ? Pourquoi le nom de Noès, sauf erreur le « quartier » de Noès se situe bien plus loin ???
    Connaissez-vous également l’origine et l’emplacement du lieu dit « Lorient » ?
    Merci pour l’attention que vous voudrez bien porter à ces questions.

    Cordialement
    Alain CLUZAUD
    Pessac
    0677819102
    (natif de Pessac Alouette)

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