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La fondation de la Chartreuse de Sainte-Croix au XIII° siècle


jeudi 1er février 2001, par Thierry Sabot

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La chartreuse de Sainte-Croix (commune de Sainte-Croix-en-Jarez dans le parc naturel régional du Pilat) a été fondée au XIII° siècle par Béatrix de Roussillon. Voici, d’après une de ses lettres, le récit de la fondation de cet établissement religieux.

"A religieux et dévôt personnage, notre frère en Notre-Seigneur-Jésus-Christ, Jean, Prieur de Val-Vert près de Paris, monastère de l’ordre des Chartreux. Béatrix de la Tour, épouse de feu noble chevalier Guillhaume de Roussillon, seigneur d’Annonay, servante de Jésus-Christ et de la glorieuse Vierge : salut.

Apprenez la grande joie que nous avons éprouvée, quand, à notre arrivée, nous avons vu vos premières lettres. Nous vous avions, en effet, longuement fait connaître comment, dans une vision, le Seigneur nous avait inspiré de vous fonder une maison, selon la volonté de notre Dieu Jésus-Christ et de sa glorieuse mère. Nous n’ignorions point, néanmoins, qu’après la mort du seigneur Guillhaume, notre époux, nous nous étions trouvée dans les mille occupations de ce monde ; nos plus grandes sollicitudes venaient de nos amis terrestres, qui nous poussaient à des secondes noces. Nous en étions très fâchée et chagrine, car, dans nos premières années, nous avions résolu en Dieu et Marie, sa glorieuse mère, de ne jamais accepter d’autre époux que celui que Jésus nous avait donné.

Alors, dans ces peines et grandes tribulations, nous avons prié le Seigneur qu’il daigne nous délivrer de ces tourments, et aussi nous arriva-t-il qu’une certaine nuit, pendant notre sommeil, une magnifique croix d’argent toute éclatante de blancheur nous apparut, autour d’elle de belles et brillantes étoiles, dont l’une, plus brillante encore, paraissait plus près de la croix. Une autre nuit, pendant que, plongée dans le même chagrin, nous demandions à la mère de Notre Seigneur Jésus-Christ une consolation à notre grande douleur ; le Dieu Vérité et sa glorieuse Mère entendirent nos voeux et nous eûmes encore la même vision, de telle sorte que la croix et les étoiles étaient si près de nous qu’elles paraissaient vouloir nous toucher, et elles se dirigèrent vers l’endroit où devait être fondé notre monastère. De grand matin nous nous levâmes, nous nous rendîmes à l’église et là, après avoir satisfait aux devoirs de notre dévotion, nous fîmes dire la messe de la sainte et vraie Croix ; et, après la messe, nous mandâmes notre écuyer et lui dîmes de faire préparer notre cheval de voyage et le sien, ainsi que d’autres chevaux de services, pour une course que nous avions à faire.

Nous partons, et la rapidité de notre marche nous fait devancer les autres ; alors apparaissent marchant devant nous, la croix et les étoiles que nous avions déjà vues, jusqu’au moment où, arrivée vers l’endroit où devait être élevée notre maison, elles s’arrêtèrent. Jamais nous n’étions venue là, nous n’avions non plus fait connaître à personne notre projet de fonder un monastère. A notre arrivée dans ce lieu, celui qui en était propriétaire, nous aborde et nous dit : « Dame, qu’êtes-vous venue faire ici ? J’ai rêvé que vous désiriez acheter cette propriété ».

A ces paroles nous connûmes que telle était la volonté de Notre seigneur Jésus-Christ et de sa Mère bénite, et nous fîmes acheter ce terrain par deux hommes prudents et sages. Ces fonds étaient exempts de tout usage et servi, mais le susdit possesseur nous devait anciennement hommage. Comme ce jour était jour de pénitence, c’était le vendredi, nous prîmes là notre réfection. Or, il nous arriva par hasard un maître tailleur de pierres au service du duc de Savoie ; nous lui demandâmes le but de son voyage, il nous répondit : « Madame, je me suis présenté devant vous parce que j’ai pensé que vous vouliez fonder une maison de l’ordre des Chartreux ». Ce langage me détermina à faire prix avec lui pour la construction des bâtiments, et, quoique nous n’eussions que peu d’argent, nous lui donnâmes une somme fixée. Nous avions des enfants et d’autres charges, mais, pourtant, avec l’aide de Dieu, le produit de nos revenus a suffi pour faire face , et aussi rendons grâce à Dieu de toute notre âme, de ce qu’il nous a donné de vouloir, d’entreprendre et d’achever cette oeuvre de Dieu, en effet, qui a tout opéré, et conduit à bonne fin ; car c’est lui qui est le commencement et la fin de tout. Qu’il nous conduise à une fin heureuse. Ainsi soit-il".

En marge de cette lettre se trouve la note suivante (en latin dans le texte) : « En conséquence, l’an 1280, le jour de saint Matthieu, apôtre, Pontius de Sablière prit possession, en qualité de premier prieur, de la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarret, tant du lieu où était la maison que des autres possessions, revenus et subventions accordées par ladite Béatrix de la Tour, leur fondatrice ».

Extrait de « La France par cantons », par D’Ogier, 1847.

Notes :

Il me semble qu’il serait intéressant d’établir un inventaire de ces « fondations inspirées ». Un tel recensement permettrait d’aborder une étude comparative de ces récits de visions, légendes pieuses ou documents historiques. Si ce projet vous tente, n’hésitez pas à me contacter et à m’envoyer d’autres textes.

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