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La naissance sous l’Ancien Régime


vendredi 1er décembre 2000, par Thierry Sabot

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La lecture des registres paroissiaux nous donne de précieux renseignements sur les premiers instants de l’existence. Parmi les âges de la vie, la naissance a toujours été l’un des plus périlleux. Mais si venir au monde est une étape difficile, y rester l’est plus encore. 

Les travaux de l’école française de démographie ont montré que les conceptions prénuptiales dans les campagnes étaient rares au XVII° siècle (une grossesse sur vingt en moyenne) et que la naissance du premier enfant survenait environ deux ans après le mariage des parents (neuf à dix-huit mois en moyenne. Ensuite, les autres naissances suivent en moyenne tous les deux ans, jusqu’à ce que la femme atteigne la quarantaine ou que meure l’un des conjoints. Au total, c’est donc souvent huit à neuf enfants par couple qui naissent en un peu moins de vingt ans de vie commune. Seulement trois ou quatre arrivent à l’âge adulte : deux ou trois disparaissent dès le premier mois ; autant durant la petite enfance et l’adolescence. Si l’on tient compte du fait qu’environ 6% des couples restent stériles, on conçoit l’importance de la naissance et de son rituel dans la société d’Ancien Régime.

Cette stérilité, aux causes obscures pour les populations de cette époque, reste d’ailleurs très mal perçue. Elle est un sujet d’inquiétude car l’infécondité rend dramatique la succession des biens. De plus, elle provoque les ricanements des voisins et jette la honte sur la famille.

Aussi, pour se rassurer ou pour exorciser le mal, on tente de l’expliquer par le surnaturel. Il n’est pas rare de voir alors des rituels où des femmes viennent se frotter le nombril nu contre des pierres symboliques ou la statue d’un saint intercesseur. Vers la fin du XVI° siècle, le protestant Marnix de Sainte-Aldegonde, juge sévèrement « celles qui sont devenues joyeuses mères de beaux enfants pour avoir ceinte la ceinture de Notre-Dame, ou baisé les braies de saint François ; ou bien pour s’être étendues sur l’image de saint Greluchon (en Bourbonnais et dans les Marches), pour avoir levé le devantier à saint Arnault, ou pour s’être vouées à saint Faustin en Périgord, que les femmes du pays appellent saint Chose, ou finalement pour avoir tiré les cordes du clocher de l’église Notre-Dame de Liesse à belles dents » (cité par R. Muchembled).

On pouvait aussi invoquer saint Génitour (en Touraine), saint Guignefort (dans les Dombes), saint Foutin (en Berry), saint Mirli ou sainte Anne (en Bretagne), « ou boire de l’eau dans le crâne de saint Guignolet, ceindre la ceinture de sainte Foy ou encore, comme le fit en son temps l’épouse du roi saint Louis, s’en remettre à saint Thibault pour obtenir une postérité ».

Mais dans cette société où domine le modèle de la fécondité de la Vierge Marie (cf le culte marial), la stérilité ne peut être le fait des hommes. La femme doit donc assumer seule sa condition de femme « brehaigne », plus ou moins méprisée. Comme le précise l’historien Pierre Goubert : « l’idée de divorce était déjà inconcevable (il n’existait que des annulations de mariage, ou plutôt des constats de nullité pour non-consommation, que l’Église ne vendait qu’aux couples aisés, après une enquête sordide et plus ou moins honnête). » Le seul espoir d’un couple stérile réside donc dans l’adoption d’un enfant devenu orphelin ou, pour l’un des conjoints... dans l’attente d’un veuvage et d’un remariage fécond.

Étant donné l’âge tardif du mariage (23/25 ans pour les filles, 27/30 ans pour les garçons au XVII° siècle), l’épouse est généralement enceinte après son vingt-cinquième anniversaire. Malgré son état, elle n’en continue pas moins de tenir son rôle habituel dans l’exploitation familiale. Elle prend notamment sa part de travail au logis, au jardin, dans la garde du bétail, y compris lors des grands travaux d’été (fenaisons, moissons, vendanges...) d’où parfois des « accidents », c’est-à-dire « des avortements spontanés dus généralement à la faiblesse physique autant qu’à des travaux excessifs ».

Enfin, durant le temps de sa grossesse elle dispose du soutien de son entourage féminin : sa mère, ses soeurs, ses amies et quelques vieilles matrones ne sont pas avares en conseils sur la façon de se nourrir ou de se comporter en toute situation. Au besoin, les almanachs et les petits livres de la bibliothèque bleue la renseignent sur les traditions populaires et les recettes pour choisir avec certitude le sexe de l’enfant à venir. Car une fille est rarement souhaitée : l’héritier mâle est perçu comme une nécessité. C’est lui qui reprendra et transmettra à son tour les biens immobilier, évitant ainsi les fractionnements du patrimoine (cf l’importance de la terre).

Bibliographie :

  • Philippe Ariès : L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Éditions du Seuil, 1973.
  • François Lebrun : La vie conjugale sous l’Ancien Régime, Paris, Armand Colin, 1975.
  • J.Gélis, M. Laget, M.F. Morel : Entrée dans la vie, naissance et enfance dans la France traditionnelle, Paris, Gallimard, 1978.
  • Pierre Goubert : Les Français et l’Ancien Régime, tome 2, Paris, Armand Colin, 1991.
  • Robert Muchembled : Société, culture et mentalités dans la France moderne, XVI-XVIII° siècle, Paris, Armand Colin, 1994.

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