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Les femmes et la violence de la guerre de Cent Ans en Forez


jeudi 16 décembre 2010, par Renaud des Gayets

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Dans cette période brutale qui exalta les vertus masculines, l’Histoire nous parle peu des femmes qui attendaient pendant des années l’hypothétique retour de leur conjoint ou de celles qui redoutaient de voir apparaître au coin de leur chaumière les féroces hommes de fer en rupture de ban. Elle nous présente bien souvent comme des dommages collatéraux ces populations des villes vaincues et livrées aux mercenaires qui peuplaient les armées de ces temps. Elle relate peu la vie de celles qui durent faire face aux terribles épidémies de peste qui ravagèrent le pays. L’Histoire ne nous dit pas assez que pendant cette longue guerre ce sont, bien souvent, les femmes qui géraient les affaires de leur mari parti guerroyer, tout en élevant seules leurs enfants.

La vie d’Isabelle de Châteaumorand en est un banal exemple. Elle avait à peine connu le mari qu’elle avait épousé très jeune. Quand celui-ci réapparu, après plus vingt-six années de campagnes militaires, ce fut pour demander l’annulation de son mariage. Tel était le sort de nombre de femmes qui, mariées très jeunes à des hommes qu’elles n’avaient pas choisis, devaient supporter des très longues absences et s’accommoder des infidélités. D’autres tremblaient de voir la violence de cette époque s’inviter dans leur maison. Jacqueline de La Grange, nièce du très célèbre enfant d’Ambierle, eut à endurer l’horreur d’un tel drame. Son mari, Jean de Montaigu, conseiller de Charles VI fut longuement torturé. Sa tête resta exposée sur le pilori des Halles et son corps pendu au gibet de Montfaucon en expiation de crimes qu’il n’avait pas commis. Elle put échapper à la vindicte populaire et mettre ses enfants à l’abri, mais perdit ses biens saisis par la « Justice » du duc de Bourgogne et resta profondément choquée par ces événements.

Alix de Couzan fut de celles qui eurent à gérer les affaires de leur mari absent. Comme beaucoup de femmes confrontées à ces situations, elle fut préoccupée par les malheurs qui s’abattaient sur les populations les plus démunies. C’est elle qui fit ériger la maladrerie de Saint-Haon-le-Châtel pour les plus pauvres frappés de la peste.

Les femmes furent bien souvent, malgré elles, au centre d’événements qui eurent une influence déterminante sur le cours de l’Histoire. J’évoque dans mon livre le relâchement des mœurs survenues à la Cour de Charles VI et je raconte le mariage, précipité par les ardeurs du jeune roi, avec sa fiancée Isabeau de Bavière, au tempérament de feu. Hélas, l’affaire devait mal tourner, car chacun a en mémoire les conséquences catastrophiques des relations ambiguës de la Reine avec son beau-frère Louis d’Orléans. En Forez, l’Histoire prit un tour tragicomique avec le redoutable Rambaut, chef des routiers qui sévissaient dans nos campagnes. Ce dernier fut, en effet, trahi et capturé par suite d’une rivalité pour une même femme qui l’opposa à son meilleur capitaine.

Il y eut aussi de grands amours romantiques. Le plus remarquable de l’époque est celui du jeune empereur Maximilien d’Autriche. Celui-ci vola au secours de Marie de Bourgogne, spoliée par le rusé Louis XI, et perdit la bataille de Thérouanne face au capitaine de Saint-André. Je me devais aussi de relater l’amour de Pierre Gouffier, fils de l’inflexible baron du Roannais, pour sa belle Antoinette. Il secouait, alors, une conception très économique ou politique des alliances matrimoniales. C’était aussi l’époque de Roméo et Juliette.

Mais au-delà de ces histoires, je me suis intéressé à la personnalité de celles qui prirent des responsabilités politiques et militaires. De ce point de vue, Jeanne d’Arc nous apparaît, naturellement, comme la femme la plus emblématique de cette période. Les comtesses de Forez, qui durent gouverner le Comté en l’absence de leurs maris, forcent également notre admiration. La destinée des Foréziens fut souvent dans les mains de ces femmes. Elles révélèrent une grande intelligence, une forte poigne ainsi qu’un souci constant de protéger les populations des conséquences de cette longue guerre ainsi que des épidémies qui sévirent pendant cette période de misère.

Jeanne de Bourbon fut la première confrontée à ces lourdes responsabilités. Après le décès de son mari Guy VII de Forez, elle dut faire face aux suites de la bataille de Brignais qui lui prit l’aîné de ses fils Louis et lui rendit son second Jean la tête fendue et l’esprit ébranlé. Elle lutta avec une incroyable détermination contre son beau-frère Renaud dont la gestion aventureuse aurait pu aliéner le Forez. C’est elle qui choisit son neveu Louis de Bourbon pour présider aux destinées du Forez. Elle fut un exemple et une grande aide pour Anne Dauphine d’Auvergne qui avait épousé son neveu Louis de Bourbon. Toute jeune mariée, cette dernière avait choisi de vivre en Forez plutôt qu’à la Cour très frivole du roi Charles VI ou à celle de Moulins, presque aussi fastueuse. À son tour, elle organisa la défense du Forez, depuis le château de Cleppé où elle s’installa, en l’absence de son mari parti guerroyer loin du Forez.

Elle eut le souci de protéger les populations dont elle avait la responsabilité et c’est avec une rare énergie qu’elle animait ses baillis et ses capitaines pour tenir les Anglais puis les Bourguignons en dehors des limites du Forez. Elle ne put totalement réussir cette mission, puisque Feurs fut totalement saccagée, mais elle fut très aimée des Foréziens. Son fils Jean épousa Marie de Berry, mais resta prisonnier des Anglais après la bataille d’Azincourt. Son épouse ne devait jamais le revoir. Elle s’installa également en Forez à Sury-le-Bois qui lui rappelait son Berry natal et fit preuve de la même détermination que sa belle-mère face aux Bourguignons. Ceux-ci envahirent le Mâconnais et le Lyonnais avant de faire peser une énorme pression sur le Forez. Marie sut composer avec ce redoutable voisin tout en restant loyale à la Couronne de France. Le mariage de son fils Charles avec Agnès de Bourgogne évita aux Foréziens une confrontation trop brutale, mais en même temps elle sut toujours rester fidèle à la Couronne de France et au roi Charles VII. Dans ce livre, j’ai voulu aussi, rendre hommage à ses femmes d’exception qui tout en endossant de lourdes responsabilités politiques de leurs maris surent gouverner avec leur sensibilité et assumer jusqu’au bout leur rôle de mère.

L’écrivain et poète Christine de Pizan, qui fut sous Charles VI une grande admiratrice de Jean de Châteaumorand, engagea le combat pour l’égalité des sexes. Elle célébra l’amour chaste pour les femmes, mais n’eut de cesse d’obtenir la reconnaissance des mérites de ces dernières à l’égal des hommes.

Ainsi, cette période, comme celle de la terrible guerre de 1914-1918, donna aux femmes l’opportunité de se hisser à des responsabilités habituellement réservées aux hommes et de revendiquer plus de liberté et de reconnaissance, en Forez comme ailleurs et peut-être plus qu’ailleurs. C’était le début d’une autre lutte de longue haleine…

Renaud des Gayets est l’auteur de l’ouvrage Le Forez et la guerre de Cent Ans,

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