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Les professeurs et les élèves du collège Notre Dame des glaciers (Haute-Savoie) en 1942-1944


jeudi 26 mars 2015, par Philippe Klein

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Réalisant un album photo sur notre maison familiale dans le Bas-Rhin, j’ai trouvé une série de photographies des Contamines datées de mars 1943. Ces dernières avaient été données à mon oncle André Klein en souvenir de son séjour dans le collège Notre-Dame des Glaciers, comme professeur d’allemand.

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Couverture de l’album de famille

Refusant l’incorporation de force dans la Wehrmacht, mon père et mes oncles avaient fui l’Alsace pour se rendre chez des connaissances à Grenoble. C’est là qu’ils avaient appris l’existence d’un collège en Haute-Savoie, tenu par un de leur ancien professeur. Ils y passèrent l’année scolaire 1942-1943 à préparer le baccalauréat. Puis avec l’instauration du Service du travail obligatoire, ils préférèrent rentrer en Lorraine, chez leur tante.

Mais où était donc ce Collège Notre Dame des glaciers ?

Ma première démarche a été de me rendre aux Contamines où à la vue de l’un ou l’autre chalet ressemblant vaguement aux photos, je m’imaginais que c’était là qu’avaient vécu mon père et mes oncles.

C’est sans doute la découverte sur internet du livre de Paul Clémens « Aux yeux du souvenir », L’Harmattan, 2012 qui me poussa à entreprendre une étude sur le collège Notre-Dame des Glaciers. En effet, les deux chapitres que consacre l’auteur à son séjour en Haute-Savoie, outre le travail de mon oncle André, décrivent d’une manière saisissante la vie au collège en 1942-1943. Cette dizaine de pages réorientèrent mon travail, d’une biographie de mes parents chez les maristes (avec en fait très peu de documents personnels) à l’étude d’une institution qui le temps de la guerre, a servi avant tout de refuge à un nombre important d’enfants. Ce choix se renforça d’autant plus qu’habitant près de la Haute-Savoie, il m’est plus facile d’y entreprendre des recherches qu’en Lorraine où les membres de l’amicale des anciens du collège Sainte-Marie de Sierck-les-Bains où avaient suivi leurs scolarités mon père et mes oncles, y avaient déjà entrepris d’importants travaux historiques.

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Hôtel La Bérangère

A partir de ce moment tout s’enchaine. Je me rends aux Archives départementales de Haute-Savoie où sont conservés plusieurs dossiers sur l’institution Notre-Dame des Glaciers, en particulier, ceux constitués par les demandes d’autorisation de colonies. J’y découvre aussi, dans la revue locale « En Coutère », plusieurs articles sur la seconde guerre mondiale dans la région de Saint-Gervais. C’est ainsi que j’apprends l’existence de l’Hôtel La Bérangère aux Contamines qui avaient accueilli les Alsaciens-Lorrains. Or l’établissement existe toujours et l’ancienne propriétaire me met en contact avec l’archiviste de la Communes des Contamines.

Une liste d’élèves trouvée aux archives communales

Comme me l’avait annoncé ma guide, je trouve aux Archives communales une liste d’élèves du collège pour l’année 1942-1943. Si André apparaît bien sur la pièce d’archives, mon père Paul et mon autre oncle René vécurent aux Contamines sans être déclarés dans la Commune. Aussi, c’est à Grenoble qu’ils passèrent les examens de fin d’année. Au même moment, le collège déménagea. Malheureusement, l’archiviste de Saint-Gervais, ville où s’installa alors l’institution, m’expliqua qu’il ne restait rien des archives de cette commune en ce qui concerne la seconde guerre mondiale. Il ne me restait plus qu’à trouver des témoins de cette époque ou leurs descendants.

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Les Contamines, photo de groupe mars 1943
Classe de seconde :
1 Lerouge (surnom), 2 Louis Lavolé, 3 Marcel Guérin,
4 Henri Pochon, 5 Pierre Collard, 6 François Tschieret,
7 Jean-Marie Wetzel, 8 René Guillaume, 9 Jean Hocquel,
10 Robert Canteneur
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Les Contamines, photo de groupe mars 1943
1- Mon oncle René 2- Mon père Paul

Il n’est cependant pas facile de faire cette recherche car je n’avais qu’une liste de 80 noms dont seulement une dizaine avait une date de naissance. Cette dernière indication ne m’aidait guère car pour d’excellentes raisons, les arbres généalogiques mis en ligne présentent rarement les actes d’Etat civil plus récents que 1920. Jean-Pierre Blum, neveu de Léon Blum, avait cependant accepté de témoigner de son séjour à Notre-Dame des Glaciers en 1943-44 dans la revue « En Coutère ». Il y cite d’autres célébrités, le compositeur de musique Jacques Ibert et son futur gendre Jérôme Gillet fils de l’académicien Louis Gillet, le sociologue Emile Poulat et Philippe Meyer, futur médecin, dont beaucoup ont lu « L’homme et le sel » (1982) ou « La révolution des médicaments » (1984) ». C’est ainsi que j’ai pu contacter les familles Blum et Gillet et même rencontrer Emile Poulat et Philippe Meyer.

Le Père Vigoureux fondateur du collège

L’avancée capitale que je fis par la suite a été la consultation des archives des Pères maristes à Lyon, auquel ordre appartient le fondateur du collège, le Père Henri Vigoureux. Outre un grand nombre de témoignages, j’y découvre une deuxième liste d’élèves, cette fois, pour l’année 1943-1944. Pour chaque pensionnaire, il est indiqué sa date de naissance. Par contre, il semble que la liste manuscrite des professeurs (presque illisible) est incomplète ; il se peut même qu’il ne s’agit pour certains que de noms d’emprunt.

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St Gervais, photo de groupe 1943-1944
(Source : Bruno Canteneur, fils d’un ancien élève)

Les recoupements cependant entre les différentes pièces d’archives, les quelques témoignages recueillis, m’ont permis d’identifier certains professeurs et comme il s’agissait bien souvent d’ecclésiastiques, les archives diocésaines m’ont fourni quelques éléments de leurs biographies.

Il reste que les documents d’archives trouvées dans les différentes institutions, élaborés dans des circonstances très précises, n’ont ni la fraicheur, ni la précision d’un témoignage écrit tel celui de Paul Clémens.

J’ai retrouvé la trace de Raoul Duchamp

Aussi lorsque j’ai découvert l’imposante correspondance de Denise et Raoul Duchamp (24 lettres), transmise par leur neveu André Vessot, ma vision de la vie à Notre-Dame des Glaciers s’est totalement transformée. Alors qu’il me semblait improbable de retrouver la trace de Raoul Duchamp, qui n’était qu’un nom sur les listes de professeurs du collège, une recherche sur internet aboutit à la 4e partie de la chronique « Marie Deroubaix, fille du Nord ».

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Raoul Duchamp, professeur au collège (1942-1944)
(Source : archives familiales André Vessot)

J’y laisse un message le 24 juillet 2014 et oublie d’y relever la réponse de l’auteur. Finalement, en janvier 2015, je reprends contact avec André Vessot, via geneanet, et lui demande s’il aurait l’amabilité de me fournir des renseignements sur la vie de Raoul en Haute-Savoie. Je ne le remercierai jamais assez pour le travail de transcription qu’il a bien voulu entreprendre. Grâce à cette correspondance, on peut suivre pratiquement mois après mois la vie au collège.

Raoul Duchamp était professeur de français, latin et grec en quatrième et en troisième [1]. Il venait de se marier avec Denise et à son retour au collège, ils sont tous deux chaleureusement accueillis comme en témoigne sa lettre du 8 février :

A notre arrivée, les Contamines, dont une récente chute de neige avait rafraîchi le manteau blanc, nous accueillaient avec tout l’éclat de leur splendeur ensoleillée. Notre appartement était prêt, bien coquet, bien propre, bien clair. L’électricien avait posé la ligne spéciale nécessaire pour le réchaud que nous a prêté Monsieur Lacombe. Sur la table était posé un pot de fruits au sirop.. Et nous commencions à défaire les valises, quand le Père Kermorvan [2], accompagné du Père Londos et de l’Abbé Guiot, vint nous souhaiter aimablement la bienvenue. Il nous emmena au Bonhomme où il avait fait préparer pour nous un repas. Le soir, nous étions invités au collège où, en notre honneur, il y eut « Déo gratias ». Vendredi matin, en arrivant en classe, les élèves applaudirent et les 4e nous récitèrent un joli petit compliment, calligraphié joliment sur une sorte de parchemin orné de sceaux et de rubans. Et notre vie s’est organisée. Nous avons fait le tour des épiciers pour compléter ce dont nous avions besoin. Chaque jour nous prenons deux litres de lait, nous avons touché du vin et, samedi, nous avons eu des légumes chez un épicier. Ce matin, Mlle Berthier a apporté à Denise de la polenta et, ce soir, elle nous remettra des pois chiches et de la viande. Comme je m’y attendais, Mlle Berthier est très gentille, elle a l’air de déjà bien aimer Denise qui, d’ailleurs, est entourée ici de prévenances et d’honneurs. Hier, à midi, nous étions de nouveau invités au collège. Au début du repas, le Père Vigoureux s’absenta et revint en portant un énorme ustensile en métal crème, et, au milieu du réfectoire, il dit « voici le cadeau que la grande division, la petite division et professeurs offrent à Monsieur et surtout Madame Duchamp ». Cet appareil est un « Therméco » c’est à dire une sorte de marmite norvégienne électrique dont l’utilisation est aussi variée que précieuse. Le dessert, en notre honneur, se composait d’îles flottantes à la crème au chocolat. L’après-midi, nous sommes montés chez Monsieur Lacombe pour répondre à une invitation qui nous avait été faite sur un papyrus libellé et orné à la manière médiévale. Là, les élèves de 3e nous accueillirent et nous invitèrent à prendre place sur deux trônes placés avec un baldaquin et rehaussés sur une estrade. Et devant nous les élèves viennent réciter divers morceaux comme le faisaient au moyen-âge les troubadours et les jongleurs devant leurs princes. Après ce début artistique nous nous sommes attablés autour d’une agréable collation. Sur une table décorée avec goût, nous prîmes le thé, agrémenté de toasts garnis de miel, de crème au café, de gâteaux, de fruits au sirop …Le Père Londos participait à cette réunion que peuplaient des airs de phono et des chants. Ce fut une soirée magnifique.

Cette rencontre me laisse espérer que d’autres élèves, professeurs et descendants seraient heureux de découvrir l’origine, la vie et la fin du collège Notre-Dame des Glaciers. C’est pourquoi en mettant en ligne une liste d’élèves et de professeurs, je désire avant tout partager le fruit de mes recherches avec les généalogistes qui s’y intéressent.

Par mon étude, d’autre part, je souhaite rendre hommage à une personne hors du commun, résistant sans avoir jamais pris les armes, juste parmi les nations sans en avoir le titre, qui rendit « des services à la résistance savoyarde s’étant offert pour procurer de faux papiers à plusieurs résistants qui lui doivent la vie » (attestation de Lucien Barry), le Père Henri Vigoureux, alors sujet britannique.
J’espère que mon appel sera entendu.

Liste des élèves et professeurs en 1942-43

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Liste des élèves en 1943-44

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Liste retranscrite des professeurs du collège en 1943-44

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Si vous avez un parent qui a été élève ou professeur au collège Notre Dame des glaciers en 1942-1944 ou si vous reconnaissez quelqu’un sur les photos, n’hésitez pas à me contacter.

Lien  :

Le collège Ste Marie de Sierck en exil

Sources  :

  • Archives familiales
  • Archives communales des Contamines
  • Archives Départementales de Haute-Savoie
  • Archives Maristes à Lyon
  • Archives diocésaines

Notes

[1Lettre de Raoul Duchamp du 17/01/1943

[2Père Vigoureux

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7 Messages

  • Bonjour Philippe,

    Je suis heureux qu’un de mes articles publié en novembre 2010 t’aie permis de retrouver la trace d’un ancien professeur de Notre dame des glaciers, mon oncle Raoul Duchamp.

    Je souhaite de tout cœur que ton article soit l’occasion de nombreux contacts avec des descendants d’anciens élèves ou professeurs de ce collège en temps de guerre.

    Bonne chance, bien amicalement.

    André Vessot

    Répondre à ce message

  • Bonsoir Monsieur
    Je fais des recherches sur Saint Gervais les Bains pendant l’occupation italienne (’42-43). Je suis en contacte avec un de vos anciens élèves, qui est cité sur votre site. Je voulais savoir si les listes d’élèves inscrits à l’époque contiennent les noms d’ enfants juifs ? Je pense avoir trouvé raison de croire que cette école cachait au moins trois jeunes. Etant donné que Jean Pierre Blum et Henri Baud y enseignaient il est fort probable qu’ils ont aidé voire hébergé des jeunes refugies pendant cette période.
    En espérant vous relire bientôt, je vous prie Monsieur d’agreer mes sentiments des plus distingues
    Jane Metter

    Répondre à ce message

    • Bonsoir,

      J’espère que Philippe Klein pourra vous donner plus de précisions. Pour ma part, je n’ai pas connu mon oncle Raoul Duchamp, qui a été professeur à Notre Dame des glaciers, car mort assez jeune de la tuberculose. Mais il est fort probable que dans les élèves il y ait eu des enfants juifs. Bonne chance dans vos recherches et n’hésitez pas à nous faire part de vos découvertes.

      Avec mes meilleures salutations.

      André Vessot

      Répondre à ce message

    • Bonjour Madame,
      Comme vous l’avez sans doute appris, après une première rafle en août 1942, les Italiens ont placé en résidence surveillée les Juifs dans plusieurs centres dont Saint-Gervais. En ’42-43, le collège Notre Dame des glaciers s’est installé dans 2 hôtels aux Contamines, dont l’hôtel La Bérangère accueillait au même moment des Juifs en résidence surveillée. Puis en août-septembre 1943, avec le départ des Italiens et l’arrivée des Allemands la plupart des Juifs ont fui dans des trains et camions spécialement affrétés par les Italiens pour rejoindre Nice. C’est cependant à ce moment que le collège accueille à Saint-Gervais une quinzaine de Juifs selon le témoignage d’un élève, recueilli par Gabriel Grandjacques dans son livre « La montagne-refuge : les juifs au pays du Mont-Blanc ». Parmi les élèves je n’ai pu identifier qu’un enfant juif.
      Vous trouverez de plus ample information sur le lien qui se trouve à la fin de mon article.
      Je serais heureux d’échanger le fruit de mes recherches avec vous.
      Cordialement,
      Philippe Klein

      Répondre à ce message

  • je ne suis pas mosellan bien que ma compagne le soit : de Freyming Merlebach
    mère réfugiée dans la Vienne ! en 1939

    Je m’intéresse à un de vos « jeune » professeur décédé très âgé
    Emile POULAT qui EST CONNU comme historien et sociologue
    mais vous n’avez pas fait le rapport car « déserteur » du STO
    il s’était vieilli pour « etre une autre personne »
    je désirerais avoir une adresse mail plus commode pour vous envoyer de la doc.
    Bravo pour votre beau travail
    DR parisien

    Répondre à ce message

  • Bonjour Monsieur,

    Merci beaucoup pour votre message et vos félicitations.
    Je serais heureux de correspondre avec vous et vous communique mon e-mail :

    Philippe.Klein(arobase)fjme.unil.ch

    Remplacer (arobase) par @

    Au plaisir de vous lire,

    Philippe Klein

    Répondre à ce message

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