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Marie Deroubaix, fille du Nord (1re partie)

Une enfance lilloise


jeudi 20 mai 2010, par André Vessot

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Choyée par ses parents, Marie Deroubaix avait tout pour être heureuse chez les chtis, si le sort n’en avait décidé autrement. Un événement va complètement bousculer la cours de sa vie en ce mois de mai 1892, la mort de sa mère.

L’histoire ne nous dit pas comment se sont rencontrés Emma Marie Loof la giletière et Victor Deroubaix le voyageur de commerce, toujours est-il qu’ils se marient à Lille le dernier jour de juillet 1880. L’année suivante Emma met au monde Emile Victor, un petit ange qui ne vivra que 2 mois et 1/2.

Puis le couple part s’installer à Saint-Saulve, petit bourg proche de Valenciennes. Probablement à cause de la fabrique de chicorée d’Auguste Raverdy, où Victor est représentant.

Histoire de St Saulve



Extrait du livre St Saulve a son histoire

Au bord de l’Escaut - à la fois frontière et voie de communication - le village de St Saulve s’est développé autour d’une abbaye fondée par Charles Martel. Saulve, évêque itinérant venue d’Auvergne, fut assassiné avec son disciple près de valenciennes, il a laissé son nom au village où il fut enterré.



À la fin du 19e siècle, il existait de nombreuses entreprises familiales employant la main d’œuvre locale : sucrerie, fabrique de chicorée, biscuiterie, brasseries, pilouterie, fabriques d’eau de javel, de graisse, de mastic, menuiseries, fonderies de fonte. Presque toutes ont disparu.

Chaque année, le jour de la mi-carême, on allait à l’église de St Saulve prier le saint patron pour la conservation des bestiaux, pèlerinage très suivi...

Extrait de l’annuaire de 1858 de l’arrondissement de valenciennes de Ch. Honoré.

C’est le 3 juin 1883 que la petite Marie Deroubaix voit le jour. Une semaine après elle est portée sur les fonds baptismaux de l’église de St Saulve. Le parrain et la marraine sont Henri et Stéphanie Loof, son oncle et sa tante.

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Marie Deroubaix et sa marraine

Le jour de l’automne 1884, la famille Deroubaix accueille Valentine leur 3e enfant, qui décède au bout de 8 semaines. Puis Marie et ses parents déménagent à nouveau pour revenir à Lille qui voit la naissance d’un quatrième enfant le 1er mars 1886. Albert Jules est baptisé en l’église St Vincent de Paul, sa marraine n’est autre qu’Amélie Degezelle, sa grand-mère.

Les trois orphelines

De ses aïeux, la petite Marie n’a connu que son grand-père paternel, jean-Louis Deroubaix, encore qu’elle n’avait que 5 ans lorsqu’il est décédé et surtout sa grand-mère maternelle Amélie Degezelle. Elle se souvient que chez elle on parlait le flamand.

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Adolphine Deroubaix

Alors qu’elle n’a pas 4 ans elle perd sa tante Adolphine et l’année suivante son oncle François Bausière. Ils laissent 3 orphelines, Marguerite, Jeanne et Blanche qui ont respectivement 9 ans, 7 ans et 5 ans ; les petites filles sont placées sous la tutelle d’un oncle et confiées à l’orphelinat Thiriez de Loos.

Orphelinat Thiriez de Loos



Il a été créé par la société Thiriez en 1872 à la demande des sœurs de Saint-Vincent de Paul pour aider une orpheline brutalement mise à la porte par son logeur. Les jeunes filles sont hébergées et logées ; elles peuvent à 13 ans entrer à l’usine ; leurs économies sont placées à la Caisse d’Épargne.

Les THIRIEZ, comme d’autres dirigeants du Textile, ont été appréciés de leur personnel pour leurs qualités humaines et la considération portée aux hommes. Ils ont été à la pointe du progrès social, avec la création de maisons ouvrières, d’écoles... Voir ce commentaire de1892 : « Les institutions patronales de l’établissement de Loos sont tout à fait remarquables. Si l’on admet que l’ouvrier doit être constamment protégé contre ses défaillances, l’organisation sociale de Loos peut être citée comme un exemple, car elle prévoir et guérit tous les maux qui peuvent frapper la famille ouvrière : crèche de 3O berceaux, école pour 150 enfants de 3 à 7 ans , orphelinat pour 70 jeunes filles, école pour enfants de 13 à 15 ans, distribution quotidienne de secours aux ouvriers malades et aux femmes en couches, pensions retraites pour les ouvriers, installation de bains et douches pour les ouvriers, 250 maisons à la disposition des ouvriers et employés, coopérative de consommation, soeurs gardes-malades ...  » Voyages pittoresques et techniques en France et à l’étranger, par E. O Sarri, Paris 1892.

Marie Deroubaix n’a plus que l’oncle Augustin Haquet, fabricant de chicorée [1] à Lille, veuf de sa tante Florine.

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L’oncle Augustin Haquet

De la grande fratrie Loof il ne reste plus que les oncles Henri et Jules et la tante Stéphanie, très proche de ma grand-mère. Ils habitent tous, soit à Lille soit à Roubaix.

Marie et Albert sont les plus jeunes de cette génération ; de leurs 19 cousins germains - certains ont entre 20 et 30 ans -, seules les 3 petites Bausière évoquées ci-dessus sont de la même tranche d’âge.

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Marie Deroubaix : prix de sagesse à l’école maternelle

De l’enfance de Marie Deroubaix, nous ne savons que peu de choses. Seuls le prix de sagesse obtenu à l’école maternelle [2], les chromos découpés [3] et quelques lettres rappellent les souvenirs de cette période qui a profondément marqué ma grand-mère.

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Chromo découpé (Archives familiales)
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Chromo découpé (Archives familiales)

Puis ce sera le mois de mai 1892, de sinistre mémoire pour Marie et son petit frère Albert, car le 12 leur mère décède d’une pneumonie. Pour ma grand-mère, qui est alors une petite fille de 9 ans, le souvenir de sa maman morte à 41 ans est restée gravé à jamais.

Une mère tendre et dévouée ...

La tante Stéphanie évoque son souvenir dans deux lettres très émouvantes à sa filleule [4] : Je suis touchée Mariette chérie de voir combien tu penses à ta bonne mère et tu fais très bien, car tu avais une mère tendre et dévouée jusqu’au sacrifice, elle vous aimait tant, ton père, toi et Albert vous étiez tout son bonheur ; elle faisait tant de projets pour l’avenir, mais hélas Dieu en a décidé autrement, que sa volonté soit faite, mais si comme je l’espère ta bonne mère est au ciel elle priera pour toi, prends donc courage pour l’avenir ma bien chère filleule et prie et pense souvent à ta chère et bonne mère car elle était très pieuse aussi.

Après s’être marié, c’est elle qui faisait presque tout les vêtements de ton père, tout les tiens ceux d’Albert en plus de son ménage qui était on ne peut mieux entretenu.

Donc tu vois chérie comme son temps a été bien employé. Mr et Mme Raverdy les patrons de ton père l’ont beaucoup regretté aussi car ils l’estimaient tant, elle était si serviable et surtout femme de tête et d’énergie. Voilà donc à peu près la vie de ta bonne et chère mère, prends là donc comme un exemple filleule chérie et dis toi qu’avec du courage et la foi, on triomphe de bien des obstacles …

 [5] …J’ai dernièrement été à la messe à Notre dame de grâce à Loos, avec la cousine, oh combien j’y ai prié aussi la vierge miraculeuse pour toi et ton frère.

… ta bonne et défunte mère doit être consolée pour ce que tu fais à sa mémoire, et combien son bon souvenir est vivant dans ton esprit. Oh ma bonne filleule chérie je voudrais tant te consoler mieux que je ne le fais de la perte de la tendresse de ta bonne maman, mais hélas ma chérie je ne peux que prier pour toi et te dire bon courage …La fête de ta bonne mère est en effet le 4 juin, comme tu dis, mais il y a quelques années le calendrier marquait le 19 avril c’est pour cela qu’on lui souhaitait à cette date.

Les remparts où nous allions jouer au cerf-volant ...

Dans une autre lettre Stéphanie décrit différents lieux de l’ancien quartier de sa filleule [6] … Oui Mariette chérie, la rue où je demeure est bien là où tu dis, près des dames franciscaines où tu allais en classe entre la rue Fontenoy et la rue de la plaine c’est la rue qui longe le devant de l’église [7] mais elle était plus étroite quand tu étais à Lille on l’a changé beaucoup et dénommé c’était la ruelle Loyer autrefois. Les ateliers de ton oncle Haquet donnent dedans, mais je suis du côté du boulanger qui fait le coin de la rue d’Arras ...

Lors d’une visite à Lille en 1910 Albert évoque le souvenir de cette enfance heureuse dans une lettre à sa soeur Marie [8] : J’ai revu ce vieux Lille, mon vieux quartier, la maison où maman est morte, l’église où nous allions à la messe le dimanche, la place de condé et les remparts où nous allions jouer au cerf-volant ou à l’arbalète, tout ce que je n’avais pas revu depuis dix-sept ans ; notre quartier n’a plus le même aspect, il n’y a plus de terrains vagues, tout est en maisons …

Sources :

  • Bertrand Cos (photo Augustin Haquet).
  • Archives familiales (photo Marie Deroubaix, lettres, chromos découpés).
  • Paroisse St Saulve.
  • Paroisse St Vincent de Paul à Lille.
  • Archives départementales du Nord.

Notes

[1La chicorée « Sans rivale »

[2Appelé autrefois Asile

[3Conservés et mis en valeur par ma cousine germaine Christiane Duchamp-Mouton

[4Lettre du 02/06/1901 de Stéphanie Loof à Marie Deroubaix

[5Lettre du 18/06/1902 de Stéphanie Loof à Marie Deroubaix

[6Lettre du 27/05/1909 de Stéphanie à Marie Deroubaix

[7St Vincent de Paul, je pense

[8Lettre du 06/06/1910 d’Albert à Marie Deroubaix

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5 Messages

  • Marie Deroubaix, fille du Nord (1re partie) 22 mai 2010 11:50, par juliette.macdon

    quelle belle et touchante histoire . merci

    Répondre à ce message

  • Marie Deroubaix, fille du Nord (1re partie) 29 mai 2010 08:34, par Didier Sarazin

    Trés beau témoignage, bien documenté, qui donne envie de se plonger dans l’histoire de sa famille et de faire revivre des moments aussi émouvants.

    Communiquons avec nos anciens avant qu’ils ne disparaissent.

    Un généalogiste né à Lille

    Répondre à ce message

    • Marie Deroubaix, fille du Nord (1re partie) 29 mai 2010 10:34, par André Vessot

      Bonjour Didier,

      Merci pour votre message, celui d’un généalogiste né à Lille me touche encore plus. Vous avez raison, il est important de communiquer avec nos anciens avant qu’ils ne disparaissent. Hélas c’est ce que je n’avais pas fait avant de m’intéresser à la généalogie et à l’histoire de ma grand-mère maternelle. Malgré tout j’ai eu la chance de rassembler et d’utiliser des archives familiales assez conséquentes, qui m’ont permis de reconstituer avec beaucoup de plaisir cette histoire familiale, voire même de la découvrir avec une certaine émotion.
      Tant mieux donc si ce témoignage vous a plu.

      André VESSOT

      Répondre à ce message

  • Marie Deroubaix, fille du Nord (1re partie) 30 mai 2010 20:50, par Sophie-Gwen

    C’est vrai que cette histoire est passionnante et le courrier à la petite Marie m’a émue aux larmes. Vivement la suite !

    Répondre à ce message

    • Marie Deroubaix, fille du Nord (1re partie) 31 mai 2010 10:31, par andrevessot

      Merci pour votre message. J’ai moi aussi eu beaucoup d’émotion en écrivant ces lignes, n’ayant du vivant de ma grand-mère jamais posé de questions et ignorant pratiquement tout de son histoire.

      Bien cordialement.

      André VESSOT

      Répondre à ce message

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