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Marie Deroubaix, fille du Nord (2e partie)

Moulins : quatre années difficiles ...


jeudi 10 juin 2010, par André Vessot

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Après le décès de leur mère, la vie de Marie Deroubaix et de son frère Albert va bien changer avec le remariage de leur père et le départ pour Moulins. Ces années vont être difficiles pour la petite Marie jusqu’à ses 14 ans.

J’imagine le désarroi de Marie (9 ans) et d’Albert (6 ans) après le décès de leur mère. Pour Victor Deroubaix, il fallait faire face à cette situation avec deux enfants encore bien jeunes. Son travail de représentant de la maison Raverdy l’avait probablement conduit à rencontrer des fabricants d’emballages pour le conditionnement de la chicorée. En tout cas il décide de se remettre en ménage. Il se marie à Moulins le 26 août 1893 avec Marie Magdeleine Donat, veuve de Léon Camus, fabricant de sacs en papier.

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Marie Magdeleine Donat, seconde Madame Deroubaix

Extrait du contrat de mariage



Article cinquième - Apport de la future épouse

La future épouse déclare apporter en mariage :

(.... ... )

3/ Une somme de sept mille francs ...

4/ Le fonds de commerce de fabricant de sacs en papier qu’elle exploite à moulins rue du Lycée n° 5, dans une maison appartenant à M. Elie Bergerolle cafetier à Moulins, comportant les marchandises, le matériel et le mobilier industriel et l’outillage servant à son exploitation, ainsi que le droit au bail des lieux où s’exploite le dit fonds de commerce, le tout d’une valeur de vingt mille francs.
 [1]

Quant à Victor Deroubaix il n’apporte pas grand’chose, le contrat de mariage fait seulement état des deux mille francs représentant les droits d’Emma Marie Loof sa première épouse. Après son décès aucune liquidation de la communauté ni de la succession n’est intervenue entre lui et ses enfants.

Mille francs placés sur chaque enfant

D’après une lettre de la tante Stéphanie, Il semblerait effectivement que la succession de sa soeur ait été un peu expéditive [2] En réponse à ce que vous me demandez, si ma filleule a droit à quelque chose, je puis vous dire que d’abord il y a eu mille francs de placé sur chaque enfant [3] après la mort de ma chère et défunte sœur. C’est peu il est vrai, mais de plus, leur père a emporté tout ce qui leur convenait à lui et sa femme, et ce qui ne leur plaisait pas ils l’ont vendu, ils ont droit à du mobilier, la robe de soie de ma pauvre sœur, sa montre, batterie de cuisine verrerie rideaux, sa machine ils l’ont vendue, moi je n’ai demandé que quelques souvenirs, sa bague et une lampe que j’avais donné à ma sœur pour sa fête un mois avant sa mort. Du linge elle n’en avait pas beaucoup car elle est venue malade quand elle était sur le point d’en acheter pour elle et son mari.

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Carte de visite Maison Deroubaix

Et bien sûr Marie et Albert doivent quitter à regret leur quartier de Lille, le 56 de la rue Arago et s’habituer à une petite ville de province avec un environnement très différent. Mais surtout il leur faut apprendre à vivre avec une belle-mère. Victor va reprendre l’affaire de sacs de papier comme en témoigne la carte de visite ci-dessus. Et la famille Deroubaix s’installe au 66 rue de Lyon, à l’entrée de Moulins, où elle va accueillir de nouveaux enfants, Gaston en 1894 et Andrée en 1897.

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Marie Deroubaix, 12 ans

La petite Marie poursuit ses études au lycée de jeunes filles de Moulins où elle est une bonne élève. Son bulletin pour le premier trimestre de l’année 1896-1897 affiche des B (bien) et des TB (très bien), ce que confirme l’appréciation de Mademoiselle Marsat, son professeur « Bonne élève, sérieuse et appliquée ... ». Lors de la distribution des prix du 30 juillet 1897, elle obtient entre autres le 2e prix de lecture, le 3e prix de langue française, un accessit en histoire naturelle et un en couture. Elle est admise au Certificat d’Etudes Primaires.

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Médaille du Certificat d’Etudes Primaires

Deux anecdotes rapportées par ma tante Marthe [4], me semblent bien illustrer cette période Moulinoise.

Marie était une catholique convaincue, foi profonde qu’elle tenait probablement de sa mère. A Lille le dimanche, elle avait pris l’habitude d’aller à la première messe à 6 heures, à Moulins elle continua ainsi. Un certain dimanche, elle se leva sans faire de bruit et fut toute surprise en ne voyant pas âme qui vive dans les rues. Quand le jacquemart sonna quatre coups, elle comprit sa méprise et rentra vite chez elle.

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Moulins, tour jacquemart (Photo Jean-Louis Zimmermann)

La seconde anecdote montre les rapports difficiles avec sa belle-mère, qui était très dure et exigeante avec elle.

« Je faisais le ménage avant d’aller au collège. Ma belle-mère passait le doigt sur les plinthes pour contrôler et m’engueulait s’il restait de la poussière . »

  • « Tu me remercieras plus tard ! Tu sauras comment t’y prendre si tu as une femme de ménage ! »

Mais un événement va encore une fois bousculer le cours de sa vie et lui ouvrir la voie d’un nouveau destin ...

Liens :

Sources :

  • Archives familiales (courriers, photos, carte de visite).
  • Archives municipales de Moulins.
  • Etude de Maître Michel Vivier, notaire à Moulins.

P.-S.

Les lecteurs de cet article pourront peut-être me dire si l’attribution de cette médaille pour le Certificat d’Etudes Primaires était propre à certaines familles ou bien liée à une époque (à quoi correspondait le n° 188 sur la photo ?). Par ailleurs toutes les informations sur la papeterie du Centre (Maison Léon Camus, puis Victor Deroubaix) seront les bienvenues.

Notes

[1Contrat passé le 14/08/1893 chez Me Croizier, notaire à Moulins

[2Lettre du 13/10/1903 de Stéphanie Loof à Louise Tardy

[3En fait cette somme correspond aux 2000 francs qu’Emma a apporté dans son contrat de mariage

[4Fille de Marie Deroubaix

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2 Messages

  • Bonjour André,

    Décerner des médailles pour le certificat d’études est une pratique très courante à la fin du XIXe siècle.

    C’est souvent au chef lieu de canton, au cours d’une cérémonie républicaine (ici, le 14 juillet) que l’on récompense les premiers au certificat d’études du canton, ou l’école (publique, bien sûr !) ayant eu le plus de reçus.

    Sur votre médaille, il y a la place pour marquer le nom du lauréat et son école...et juste au-dessous la date à compléter : 1880, 1881...etc.

    Cordialement.

    Michel Guironnet

    Répondre à ce message

    • Marie Deroubaix, fille du Nord (2e partie) 13 juin 2010 17:16, par André VESSOT

      Bonjour Michel,

      Je reviens d’un voyage en Suisse romande de quatre jours et j’ai trouvé votre message à mon retour.

      Merci pour ce complément d’information très utile, je ne connaissais pas cette pratique.

      Bien cordialement.

      André

      Répondre à ce message

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