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Marie Deroubaix, fille du Nord (3e partie)

Palmyre, la cousine lyonnaise...


mercredi 22 septembre 2010, par André Vessot

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Nous retrouvons Marie Deroubaix, âgée maintenant de 14 ans, qui part pour Lyon à l’invitation de sa cousine. Ces quatre difficiles années à Moulins seront vite oubliées, d’autant plus qu’elle va y trouver l’élu de son cœur.

Mais qui était donc cette cousine lyonnaise qui allait offrir son hospitalité à Marie Deroubaix ?

Palmyre Lemaire [1], veuve de Jean Louis Isaac Tardy, était la cousine germaine de Victor Deroubaix, la fille d’une soeur de sa mère [2]. Son mari, natif de Gex, a rempli une carrière de médecin militaire qui l’a conduit en Chine [3] et en Algérie, mais aussi à Strasbourg, Grenoble, Versailles ... pour finir à Lyon où il décède le 11 septembre 1885.

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Palmyre Lemaire, veuve du major Tardy

Quelques années après le décès de son père, Louise Tardy leur fille a acheté une maison dans le quartier résidentiel de Montchat [4] au 78 du Cours Eugénie, avec l’intention de créer une institution pour jeunes filles.

Histoire du Cours Eugénie



Dans l’ancienne commune de la Guillotière, Montchat [5] s’est construit autour du château appartenant à la famille Richard-Vitton qui possédait la plupart des terres [6]. Le cours Eugénie a été ouvert au cours du second empire, cette voie est due au démantèlement du domaine Richard-Vitton. Mais contrairement à 17 autres rues du quartier qui honorent un membre de cette famille, le nom de ce cours se veut un hommage à Eugénie de Montijo, femme de Napoléon III, l’impératrice ayant été reçu au château de Montchat par Louise Richard Vitton.

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Cours Eugénie (collection personnelle)

La parcelle et la maison acquises par Louise Tardy provenaient de la succession de Louise Françoise Vitton. La physionomie de cette partie de Montchat devait être bien différente de celle d’aujourd’hui, car il n’y avait alors ni l’hôpital militaire Desgenettes [7], ni l’hôpital Édouard Herriot [8].

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Louise Tardy

L’histoire familiale ne dit pas comment ont eu lieu les contacts entre la cousine lyonnaise et Victor Deroubaix, mais vraisemblablement Palmyre a du faire part à son cousin, mon arrière grand-père, de la création de cette institution et lui dire que Marie y avait toute sa place. Quoiqu’il en soit, c’était une opportunité intéressante pour ma grand-mère qui se libérait de l’emprise de sa marâtre.

Lille reste bien vivant au fond de son coeur

Pour Marie Deroubaix, cette expérience Montchatoise, la séparation de sa famille et la construction d’un nouveau réseau de relations, vont contribuer à la faire mûrir. Toutefois, le Nord et son quartier de Lille restent bien vivants au fond de son cœur, et surtout le souvenir de sa mère partie trop tôt. Il y avait un lien très fort entre Marie et sa marraine, une affection réciproque, comme en témoignent les nombreuses lettres échangées [9], une manière sans doute de garder bien vivant ce souvenir. A partir de 1901 cette correspondance nous permet de suivre le parcours de ma grand-mère, mais aussi l’histoire de sa famille à Lille et à Moulins.

La première lettre est très émouvante : "... si tu savais comme j’ai pensé à toi depuis le reçu de ta lettre qui était si touchante que j’en ai pleuré, et bien souvent j’ai pris la plume en main pour te répondre sans pouvoir continuer soit pour une chose ou pour une autre, bref maintenant je ne veux plus la remettre car c’est ton anniversaire et je tiens à te souhaiter beaucoup de bonheur à l’occasion de tes dix huit ans ..." [10] . Maintenant âgée de 18 ans, Marie est modiste et travaille dans un atelier de plumes pour chapeau.

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Les chapeaux de la femme chic (supplément au n° 11 - 1912)

Du fait de l’éloignement les rapports avec sa belle-mère semblent s’être améliorés puisqu’elle retourne à Moulins pour ses vacances, comme pendant l’été 1902 : "... Oh ma bonne filleule chérie combien j’ai été heureuse d’apprendre que tu t’es si bien amusée chez tes parents, pendant tes courtes vacances, ils sont vraiment gentils. J’en suis bien heureuse pour toi, car au moins cela aura fait compensation à tes soucis des autres temps. Ta mère a été bien bonne ma chérie d’avoir eu l’idée de me faire aller à Moulins je l’en remercie beaucoup, j’aurais tant aimé à te voir ainsi qu’Albert, quoique de préférence j’aimerai mieux que vous veniez tous deux à Lille ... [11].

A Lille l’hiver est précoce en ce mois de novembre 1902 : "... Ici il gèle depuis dimanche, on se croirait presque en Sibérie tant il fait froid, et l’été a été très mauvais aussi et fort malsain il y a eu chez nous également beaucoup de malades et de plus une épidémie de variole tous les habitants devaient se faire revacciner, il y a encore beaucoup de malades maintenant, mais avec le temps plus froid et plus sain que nous avons j’espère ma chérie que cela ne s’aggravera pas ... [12]"

Tu es adroite comme ta défunte mère

L’affection de Marie pour sa marraine s’exprime de temps à autre par de petits cadeaux. "... Merci mille fois ma chérie pour la surprise que tu m’as faite, c’est une vraie merveille que cette chaîne de ciseaux. Je n’oserai pas m’en servir car j’aurai peur de la salir, ce ruban est si frais c’est un vrai travail de patience que tu as fait avec tous ces anneaux, je vois ma chérie que tu fais tout ce que tu veux tu es adroite et patiente comme ta chère et défunte mère, elle faisait de jolis ouvrages aussi tels que des blagues à tabac, des dessus et dessous de lampe, bref tu m’as fait grand plaisir Mariette chérie je l’ai mise de côté pour la conserver longtemps ... [13].

Notre lyonnaise d’adoption a fêté ses 20 ans en ce printemps 1903, c’est aussi l’âge de son premier amour et bien sûr sa marraine est mise dans la confidence. " ... Oh ma bonne filleule chérie combien ta lettre m’a fait plaisir, j’en ai pleuré de joie en la lisant puisses-tu réussir ma chérie et être heureuse j’en bénirai Dieu, je l’ai tant prié pour cela car c’était mon rêve de te voir mariée selon ton goût et je ne doute pas que ce jeune homme ferait ton bonheur d’après ce que tu m’en dis. Fasse Dieu que ta cousine Louise n’y mette pas obstacle ... et merci pour la confiance que tu as en moi, je ne dirai rien à personne avant que tout soit décidé ... [14]".

Paul Duchamp, le jeune homme moustachu

Mais quel est donc ce jeune homme qui a fait vibrer le cœur de notre Lilloise ? La tante Stéphanie essaye d’en savoir plus " ... Paul Duchamp ... c’est un bien joli nom qu’il a, mais ma chérie comment est-il de sa personne, est-il blond, brun ou roux, grand ou petit, tu m’as dit ses qualités, mais je voudrais, s’il plaît à Dieu que tout marche bien, que quand vous seriez mariés que tu fasses ton portrait avec lui afin qu’à Lille nous le connaissions tous ..." [15]

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Paul Duchamp

Paul Duchamp [16], le jeune moustachu de la photo était représentant de la maison Zacarie et Terrier et c’est à l’atelier de plumes pour chapeaux qu’il a rencontré la jeune Lilloise. Qu’est-ce qui a fait craquer ce jeune homme de 27 ans ? Le magnifique regard de Marie ? Son savoir-faire de modiste ? L’étrange alchimie de l’amour a de profonds mystères.

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Carte de visite de la maison Zacarie et Terrier

Aucun obstacle ne semble s’être mis en travers de cette union, après les formalités administratives, il est établi un contrat de mariage [17] ; Victor Deroubaix donne à sa fille 2500 francs provenant en partie des droits maternels de Marie et d’autre part il lui paie le mobilier d’une valeur de 1500 francs. Marie et Paul se fiancent le 8 décembre 1903, c’est tout un symbole dans cette ville de Lyon. Le 5 janvier 1904 ils se marient civilement en la maison commune du 3e arrondissement, le lendemain ils font consacrer leur union en l’église de Notre dame de Bon-Secours. D’après les archives familiales il semblerait que ce fut un grand mariage. Les voitures de luxe louées par Paul Duchamp pour l’occasion conduisent les mariés et la famille au palais d’été pour le repas de noce. Le soir du même jour nos deux tourtereaux partent pour une lune de miel sur la Côte d’Azur.

Le Palais d’été



G. Bazin, dans le numéro 65 de la revue Rive gauche (1978) a consacré un article sur l’historique du Palais d’été de Lyon.

Au n°61 du chemin des Maisons neuves à Monplaisir (devenu chemin Feuillat), Monsieur P. Laplace fit construire en 1886, un ensemble de bâtiments, et créait une brasserie-restaurant dénommée "Villa de la Roseraie". (…) En 1890, l’établissement change de nom et de propriétaire ; il devient le « Palais d’été », qui appartient à Ch. Koemgen, qui fait la publicité suivante dans la presse :

Palais d’été - 61, chemin Feuillat, établissement le plus vaste de Lyon - Café-restaurant de 1er ordre dans le splendide jardin anglais, vastes salons pour noces et banquets, repas de corps, salle de concert contenant 2000 personnes mise gratuitement à la disposition des Sociétés.


Le nom de palais d’été ne voulait pas dire que l’établissement était fermé pendant la mauvaise saison mais que les concerts de plein air étaient suspendus.

L’article énumère les propriétaires du lieu, les associations qui y fixent leur siège (Lyre de Monplaisir) ou s’y réunissent et dresse une description précise des bâtiments, plan à l’appui.

Certains évènements d’importance sont rappelés, comme le banquet (600 couverts) servi en l’honneur du maire Edouard Herriot, le 21 janvier 1912, "à l’issue de l’inauguration d’une école maternelle à Montchat".

Cette fête précède de peu la fin du Palais d’été. En 1913, les établissements Rochet Schneider, constructeurs d’automobile, qui s’étaient déjà implantées sur une partie des terrains depuis 1901, installent une coopérative pour leur personnel. Le lieu n’est désormais plus lié aux fêtes diverses. A partir de 1963, il sert au stockage et à la vente de pièces détachées puis "disparaît" parmi les autres hangars.

L’article est illustré par le visuel d’une carte postale, que l’on retrouve également en ligne sur le site Lyon Monplaisir.

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Une plaque de rue, c’est tout ce qui reste du Palais d’été

Nous retrouverons prochainement nos jeunes mariés, de retour de leur voyage de noce.

Sources

  • Montchat, un ancien lieu-dit de la rive gauche du Rhône de Georges Bazin
  • Archives familiales (photos, correspondance ...)
  • Conservation des hypothèques (vente du 78 cours Eugénie)

Notes

[1Née le 14/02/1835 à Cysoing dans le Nord, fille de Louis Joseph Lemaire et Rosalie François

[2Rosalie François, sœur de Joséphine François, la mère de Victor Deroubaix

[3Voir le journal de voyage de Jean Louis Isaac Tardy

[4Vente du 25/07/1890 passée devant Maître Bernard notaire à Lyon

[5En 1896 Montchat comptait 855 maisons et 3573 habitants

[6En 1858 Monsieur Richard Vitton déclarait posséder 780 000 m2 de terrains

[7Inauguré en 1946

[8Construit entre 1910 et 1933

[9J’ai retrouvé plus de 130 lettres de Stéphanie entre 1901 et 1934, ma grand-mère a du en envoyer autant

[10Lettre du 02/01/1901 de Stéphanie à sa filleule

[11Lettre du 19/09/1902 de Stéphanie à sa filleule

[12Lettre du 20/11/1902 de Stéphanie à sa filleule

[13Lettre du 10/02/1903 de Stéphanie à sa filleule

[14Lettre du 13/09/1903 de Stéphanie à sa filleule

[15Lettre du 15/11/2003 de Stéphanie à sa filleule

[16Fils de Marie Julie Blaize une ardéchoise de Peaugres et de Claude Duchamp, décédé quelques années auparavant, originaire de la Bénissons- Dieu dans le Roannais

[17Contrat passé le 08/12/1903 devant Me Charrat notaire à Lyon

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6 Messages

  • Marie Deroubaix, fille du Nord (3e partie) 23 septembre 2010 08:53, par Monique Gripon Mansour

    Merci, André pour votre mail si sympathique. La famille Deroubaix est devenue un peu la nôtre. Vous savez si bien donner vie à vos ancêtres en joignant, portraits, anecdotes et aussi photos des lieux où ils ont vécu. J’ai beaucoup aimé Marie, votre grand-mère. Elle était jolie, très pieuse. Elle guettait avec impatience la messe de 6 heures ! Son mari a du beaucoup l’aimer. Quelles belles lettres réconfortantes à cette époque ! J’en ai une de mon père à sa soeur, invoquer Dieu était normal pour eux. C’était toujours une invitation à le prier. Je suis impatiente de connaître la suite.
    Cordialement.
    Monique Gripon Mansour

    Répondre à ce message

    • Marie Deroubaix, fille du Nord (3e partie) 23 septembre 2010 09:12, par André Vessot

      Merci Monique pour vos sympathiques commentaires. J’ai moi aussi eu plaisir à écrire cette histoire, une façon pour moi de la conserver et de la transmettre. Vous avez raison son mari l’aimait beaucoup, même s’ils étaient très différents. Vous avez tout de suite noté tous ces petits détails, le coup de la messe de 6 heures ça m’a aussi beaucoup amusé, c’est ma tante qui me l’a raconté. Ce que je trouve intéressant à rapporter c’est ce qui faisait la vie à cette époque, qui était finalement tellement différent de la vie d’aujourd’hui, à la fois plus dur mais aussi plus convivial. Bien cordialement.

      André VESSOT

      Répondre à ce message

  • Marie Deroubaix, fille du Nord (3e partie) 25 septembre 2010 18:02, par mick

    Depuis que vous m’aviez complimenté sur mon texte des « fleurs de soie » j’attendais avec impatience la suite de votre roman avec Marie Deroubaix. Je retrouve le métier manuel dans les plumes ou les fleurs. Ces dames étaient très douées pour faire rêver et c’est bien de le rappeler.
    En attendant la suite de cette belle histoire d’amour, je vous félicite pour ce nouvel épisode et je vais guetter la suite.

    Cordialement
    Micheline Pasquet

    Répondre à ce message

    • Merci Micheline pour votre message, le travail de modiste de ma grand-mère rejoint bien votre texte sur les « fleurs de soie ». Le prochain épisode est en attente de publication. Quant au 5e et dernier épisode, il est en cours de rédaction, car je reconnais que parfois ce n’est pas facile de trouver le bon angle pour écrire une histoire, mais il est en bonne voie. Cordialement.

      André VESSOT

      Répondre à ce message

  • Marie Deroubaix, fille du Nord (3e partie) 29 septembre 2010 19:28, par jomavic

    bravo c’est une très belle histoire que je suis depuis son début, cela nous plonge dans le passé de nos ancêtres disparus

    Répondre à ce message

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